Ma note :

J’ai toujours adoré voyager et m’évader dans la nature sans avoir à bouger de chez moi, c’est beaucoup plus simple et beaucoup moins coûteux que de s’organiser un voyage à la Into the wild. Je suis donc comblé que depuis une quinzaine d’années on trouve très facilement en France des romans de nature writing, ce courant littéraire nord-américain à mi-chemin entre la nostalgie d’une Amérique sauvage intouchée par l’homme et le documentaire écologiste, comme plaidoyer pour un mode de vie plus sain.

Les éditions Gallmeister se sont spécialisées dans ce genre de littérature, pour mon plus grand bonheur car leur catalogue s’est étoffé avec les années et des écrivains de talents ont pu percer en dehors de leurs frontières. C’est inspiré de ces lectures m’embarquant dans la nature américaine que j’ai cherché à compléter ma bibliothèque avec quelques classiques, et je dois là remercier ma libraire pour ses bons conseils, au delà des évidences comme David Thoreau.

Wild Idea, c’est donc un récit, une tranche autobiographique, mais cela se lit comme un roman. Dan O’Brien vit dans un ranch du Dakota du Sud (voir sur une carte), enseigne également la littérature, et est un grand amoureux de la nature et de la protection des espèces. Alors qu’avec son meilleur ami il pratique la chasse au faucon sur les terres de son ranch en élevant quelques bisons, il rêve de retrouver un écosystème permettant aux bisons de retrouver leurs terres et leur vie originelle.

C’est donc armé de cet espoir et aux côtés de Jill, la femme dont il tombera amoureux au premier regard, que Dan O’Brien fonde la Wild Idea Buffalo Company et rachète un ranch plus grand, avec un immense terrain et une autorisation de pacage pour son troupeau sur les terres d’une réserve fédérale tout à côté. Son crédo est simple : il veut élever, moissonner et vendre de la viande de bison nourri à l’herbe naturelle, sans engraissage intensif ni abattage industriel. De la viande saine, un élevage respectueux de la nature.

Outre la narration succulente et la tendresse évidente de cet homme pour sa famille, ses amis ou la nature, le roman interroge la viabilité d’un projet aux tendances écologiques à l’heure de la capitalisation folle : comment développer une entreprise vertueuse, respectueuse de la nature, des animaux, tout en respectant les contraintes légales, la sécurité sanitaire, la nécessité de faire assez d’argent pour vivre sans être dépendant des banques ou d’investisseurs gourmands.

Tout ne sera pas simple dans leur parcours, mais on se prend de tendresse pour ce projet qu’on aimerait pouvoir soutenir. Un magnifique roman qui m’a permis de passer deux jours dans les plaines verdoyantes du Dakota du Sud, entouré de bisons, de faucons, de chiens, de chevaux, d’une nature parfois hostile mais toujours généreuse, et d’une famille avec laquelle on aimerait partager un bon plat de viande de bison nourri à l’herbe, un soir, sous le porche d’un ranch des Grandes Plaines, à contempler la nature.

Wild Idea, de Dan O’Brien, est publié en septembre 2014 aux États-Unis sous le titre « Wild Idea: Buffalo and Family in a Difficult Land » . Il est publié en France en mai 2015 Au Diable Vauvert, dans une traduction de Walter Gripp.