À propos des livres

Étiquette : senscritique

Bronson, Arnaud Sagnard

Ma note :

Arnaud Sagnard - BronsonVoilà que s’achève la dernière lecture des quatre titres proposés par les éditions Stock pour le Prix SensCritique du Premier Bouquin, après L’éveil de Line Papin, Anthracite de Cédric Gras et Un travail comme un autre de Virginia Reeves, mon préféré de tous. Bronson est un peu différent des autres titres, puisqu’il s’agit d’une biographie romancée, un genre auquel je ne m’essaie pas assez souvent étant de principe peu attiré par les récits biographiques, mais dans lequel il faut reconnaître aux auteurs récents une volonté payante de transformer l’essai biographique en véritable roman, en invitant un peu la fiction pour lier les faits historiques entre eux.

« L’homme délesté de tout ce qui est accessoire » . Un jour, un critique a écrit cette phrase à son sujet. Névralgique et silencieux, Bronson est une puissance de retrait. L’air se raréfie en sa présence, ce stoïcien armé d’un revolver ne sature pas l’espace comme le font la plupart des grandes acteurs, il vide plutôt l’écran de toute autre présence. Sans se battre ni parler, il exerce une forme performative de violence. Elle est déjà là comme une pesanteur.

Bronson est une légende du cinéma américain, un homme destiné à tout sauf à se retrouver sur grand écran, qui débuta sa vie comme mineur de charbon, dans une famille de mineurs, habituée aux drames. Né entre deux guerres, il sera mobilisé lors de la seconde et se retrouvera mitrailleur dans la queue d’un avion militaire, à essayer de sauver sa peau face aux pilotes japonais.

Après quelques cours de théâtre dans une grande ville, Bronson se fait remarquer pour sa gueule, son physique de bandit qui l’aidera aussi souvent qu’il ne le pénalisera dans la vie. Un taiseux avare de mots souvent cantonné à ces rôles d’individu imperméable, qui aime les femmes à sa façon, et épousera sa première femme à 28 ans.

La carrière de Bronson sera ensuite à l’image de la filmographie qu’il laisse derrière lui après son décès en 2003 : un long succès, l’acteur étant adulé partout où il passe. « Depuis qu’il est apparu à l’écran un harmonica à la bouche, le public européen lui voue un culte sans précédent. (…) Il est le détenu creusant le tunnel du salut, l’homme poursuivant et trouvant l’assassin de son frère, l’enquêteur résolvant un mystère, il sera l’amant traquant et punissant la femme qui l’a trahi, l’Indien condamnant l’oppresseur, le mafieux mettant à bas le système, l’espion mettant fin à la guerre froide… » .

Arnaud Sagnard fait du récit de la vie de Charles Bronson, né Bunchinsky, un roman intriguant, une biographie originale qui plus souvent qu’à son tour donne envie de s’installer devant sa télé pour visionner ces films mythiques qui ne sont pourtant pas de ma génération, afin de rencontrer cet acteur dont je connais désormais la vie sans en connaître l’oeuvre.

Bronson, d’Arnaud Sagnard, est publiée le 24 août 2016 aux éditions Stock.

Anthracite, Cédric Gras

Ma note :

Cédric Gras - AnthraciteSeconde lecture de la sélection de premiers romans publiés chez Stock, en lisse pour le Prix SensCritique du Premier Bouquin, et déjà un peu plus intéressé qu’avec L’éveil de Line Papin, qui m’avait plutôt endormi.

Nous sommes donc cette fois en Ukraine, en 2014, à l’époque dite de la « crise ukrainienne » , quand le gouvernement décide de ne pas se rattacher à l’Union Européenne, entraînant alors sa chute dans une révolution partant tous azimuts. La crise prit une dimension internationale lorsque la presqu’île de Crimée demande à rejoindre la Fédération de Russie, entraînant un chaos diplomatique et militaire de grande envergure. Dans le Donbass, une région du sud-est de l’Ukraine, les miliciens s’affrontent, d’un côté les pro-russes, de l’autre les ukrainiens.

Au centre de tout ça, deux amis d’enfance aux destins divergents – l’un est chef d’orchestre et fuit une arrestation imminente, l’autre dirigeait une mine d’anthracite, une variété de charbon gris – prennent la fuite et tentent, en sauvant leur peau, de mettre à l’abri les femmes qu’ils aiment.

J’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire, mes connaissances du conflit ukrainien n’allant pas plus loin que celles apportées par les journaux télévisés et la presse en ligne (mais merci Wikipédia, hein !), et le roman était quelques fois un peu difficile à suivre dans sa logique. Il y a du bon, dans ce roman flirtant de réalisme, et j’ai apprécié la cocasserie des certaines situations, qui prêtent à sourire, en dépit du fait que l’on se retrouve au beau milieu d’une guerre, avec de vrais morts, et qu’en soit ça ne me fasse pas franchement marrer. J’ai été moins ennuyé mais pas passionné par l’histoire de ce premier roman.

Anthracite, de Cédric Gras, est publié le 24 août 2016 aux éditions Stock.

Un travail comme un autre, Virginia Reeves

Ma note :

Virginia Reeves - Un travail comme un autreTroisième lecture des quatre titres proposés par les éditions Stock aux dix membres du jury de cette 1ère édition du Prix SensCritique du Premier Bouquin… et enfin un roman qui m’a absorbé. La courte biographie de l’auteur sur son site nous informe qu’elle est diplômée en écriture par l’université d’Austin au Texas, et qu’elle est désormais retournée vivre en famille dans le Montana, d’où elle est originaire. Ce premier roman a par ailleurs été retenu lors de la première sélection de treize titres du Man Booker Prize, l’un des plus prestigieux prix littéraires anglophones, mais il n’a malheureusement pas été retenu parmi les six finalistes.

Alabama, années 1920. Roscoe T Martin est électricien, ancien employé de la compagnie d’électricité Alabama Power, parti s’installer avec son épouse Marie et leur jeune fils Gerald dans la ferme de ses beaux parents dont ils ont hérité. Fasciné depuis toujours par la magie de ce courant dont il perçoit très vite le développement fulgurant, il s’adapte mal à la vie de fermier et ne s’occupe guère de l’exploitation qui décline alors doucement. Un jour, il décide que ses compétences d’électricien peuvent servir à moderniser la ferme, et avec l’aide de Wilson leur employé noir, prend sur lui de détourner du courant électrique sur une ligne de son ancienne compagnie qui passe à proximité, laissant croire à tout le monde que la compagnie innove en électrifiant les exploitations agricoles.

La ferme reprend lentement vie, de même que le couple, et l’exploitation connaît alors une période relativement heureuse. Seulement voilà, un soir alors que la famille est en plein dîner, le shérif vient arrêter Roscoe pour vol, mais également pour homicide : un des employés d’Alabama Power chargé de la maintenance des lignes est tombé sur leur installation permettant de détourner le courant et est mort électrocuté par son transformateur maison.

Tandis que Wilson est condamné comme complice, et vendu comme prisonnier à une mine, Roscoe est envoyé dans la prison de Kilby après avoir été condamné à vingt ans de prison lors d’un procès bâclé où sa femme refusera de venir le voir.

Le roman alterne entre les récits de la vie en prison, une prison moderne qui vient de se doter de la chaise électrique, et l’histoire de cette famille jusqu’au drame qui la fit voler en éclat. Je n’avais absolument pas entendu parler de ce roman, et c’est dommage, parce que je l’ai littéralement dévoré ! Le personnage de Roscoe, autour de qui tourne le récit, est plus complexe qu’il n’y paraît et rend l’histoire plus surprenante, ses réactions moins prévisibles. Je me suis surpris à m’être attaché à celui qui, dans les premières pages, m’avait clairement rebuté. C’est un roman magnifique sur la famille, sur la prison, sur le pardon et la rédemption : une de mes lectures préférées de cette année !

Un travail comme un autre, de Virginia Reeves, est publié en mars 2016 aux États-Unis sous le titre “Work Like Any Other” . Il est publié en France le 24 août 2016 aux éditions Stock dans une traduction de Carine Chichereau.

L’éveil, Line Papin

Ma note :

L'éveil - Line PapinJe suis un fervent utilisateur du site SensCritique depuis plusieurs années. J’ai regardé avec un brin de jalousie l’industrie du cinéma offrir les meilleurs partenariats commerciaux à ce site de partage de critiques (et de bien plus, d’ailleurs). Aussi quand j’ai vu passer l’info d’un partenariat avec un éditeur, j’ai sauté sur l’occasion pour proposer ma candidature : autant vous dire que j’étais super content d’être retenu avec neufs autres lectrices et lecteurs du site.

L‘idée, c’est de nous partager via la plateforme NetGalley quatre “premiers romans” publiés aux éditions Stock à l’occasion de cette rentrée littéraire, de nous demander de les lire puis d’en publier notre avis sans contrainte au moins sur SensCritique, afin de désigner un lauréat. Vous avez raison, c’est un peu biaisé, parce que c’est une opération commerciale avant tout, et j’aurais aimé comme certains d’entre vous que SensCritique propose un prix littéraire indépendant. Qui sait, les années suivantes peut-être ?!

Concernant ma première lecture, L’éveil, je suis moins enthousiaste. J’ai découvert au moment de rédiger cet avis très bref que son auteur, Line Papin, avait tout juste vingt ans, et je n’avais même pas pris le temps de lire le résumé du roman, aussi on ne pourra pas penser que j’en ai débuté la lecture avec un à priori.

Nous sommes au Viêt Nam, à Hanoï. Un français expatrié bosse comme serveur et lors d’une fête, y fait la rencontre de Juliet, la fille de l’ambassadeur d’Australie. C’est mignon, ça sent bon les amourettes de vacances, on s’imagine déjà les balades dangereuses accrochés l’un contre l’autre sur un scooter dans les rues bondées, à jouer du klaxon pour essayer de n’écraser personne, et le coucher de soleil la tête de la fille posée sur l’épaule du garçon, doigts entrelacés, le regard perdu dans l’immensité du paysage teinté d’une douce chaleur rose orangée. On rêve un peu, on pourrait oublier avoir déjà subi Marc Lavoine et Zoé Félix dans le même genre de scène au cinéma.

Et en fait, non. Pour rester dans la tradition culturelle française, on se retrouve embarqué dans un ménage à trois avec une autre française, Laura, qui vient brouiller les cartes avec son anorexie, ses excès, son instabilité.

Tout n’est pas à jeter avec l’eau du bain, dans ce premier roman. Bon, c’est peut-être parce que je suis un mec, allez savoir, mais ces atermoiements émotionnels féminins, ça m’épuise : c’est lors de ce genre de lecture que je suis heureux d’être gay, pour tout vous dire. Et qu’on écrive un roman où le mec réfléchit comme une femme, c’est un mauvais point. Pour autant, il faut reconnaître que l’essentiel de la lecture est plutôt agréable et que la plume de l’auteur est prometteuse. À surveiller, donc.

L’éveil, de Line Papin, est publié le 24 août 2016 aux éditions Stock.

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén

error

Retrouvez également L'Homme Qui Lit sur