À propos des livres

Étiquette : RL2016

Aux petits mots les grands remèdes, Michael Uras

Ma note :

Michaël Uras - Aux petits mots les grands remèdesAlex exerce un drôle de métier, aussi novateur qu’énigmatique : il est bibliothérapeute. Après avoir suivi une formation à l’étranger, car il y a peu de thérapeutes qui soignent par la lecture, le voilà officiellement installé. S’il soigne ses clients, qu’il considère comme des patients, en leur faisant lire des titres aux vertus thérapeutiques, choisis spécifiquement en fonction de leurs problèmes, sa vie n’est pas dénuée de complications.

Pas tout à fait remis de sa rupture avec Mélanie, dont il est encore amoureux, la voilà qui finit à l’hôpital dans un sale état après s’être fait agresser en marge d’une manifestation qui la confrontait à une foule de bigots opposés au mariage pour tous.

Tous les matins, l’absence de Mélanie éclatait. Un feu d’artifice envahissait l’appartement. Une pluie de fusées noires dans la pièce éclairée. Il fallait pourtant s’en extraire et tenter d’aider les autres.

Il lui faut malgré tout continuer à soigner ceux qui comptent sur lui. Il y a Yann, l’adolescent revêche qui ne peut plus parler depuis un terrible accident, et qui vit reclus dans sa chambre en faisant subir un enfer à sa mère surprotectrice ; mais également Anthony, le footballeur professionnel qui n’assume pas sa différence et demande une discrétion quasi maladive sur sa thérapie, quand il s’affiche en boxer sur tous les Abribus.

C’est sans compter sur Robert, un homme vieillissant qui s’ennuie dans son couple, s’extasie pour une machine à laver et retrouve ses amis le week-end pour des manifestations contre le mariage pour tous, qu’il faut bien aider même si Alex ne partage absolument pas ses idées. Pour couronner le tout, il est surveillé de près par Marceline Farber, sa voisine et propriétaire, qui ne l’a jamais vu d’un bon oeil et le poursuit afin d’obtenir le paiement intégral de ses loyers…

Troisième roman de Michael Uras, professeur de lettres modernes dans le Haut-Doubs, Aux petits mots les grands remèdes est un roman pétillant d’intelligence, débordant d’amour de la littérature tout en conservant une légèreté de ton et un humour très fin. J’ai noté tout un tas de petites phrases et de formules percutantes pendant la lecture de ce roman très agréable, qui donnerait envie de devenir bibliothérapeute.

Aux petits mots les grands remèdes, de Michael Uras, est publié le 31 août 2016 aux éditions Préludes.

Anna, Niccolo Ammaniti

Ma note :

Niccolo Ammaniti - AnnaNous sommes en 2020, en Sicile. Sur cette petite île qui s’accroche presque à la botte de l’Italie, vivent Anna et son petit frère Astor, et pas grand chose d’autre. Quelques années plus tôt, un virus inconnu surnommé La Rouge a déferlé sur la planète, décimant tous les adultes plus où moins rapidement. De manière assez mystérieuse, la maladie ne se déclare chez les enfants qu’avec les signes de puberté. Les Grands réduits à l’état de cadavres à la décomposition plus où moins avancée, ne reste alors plus sur la planète qu’une génération d’enfants de moins de 14 ans, résignés à survivre en attendant la mort. Ou une guérison miraculeuse.

A Castellammare, au nord ouest de l’île, les deux enfants tentent de survivre dans la maison de leur mère. Astor, quatre ans, vit enfermé dans le terrain familial, effrayé par toutes les horreurs qu’Anna a inventé pour éviter que son petit frère n’aille se confronter à la laideur du monde. C’est elle qui explore les villes à l’abandon, errant de boutique saccagée en maison déjà fouillée, dans l’espoir de trouver quelques vieilles conserves leur permettant de se remplir l’estomac de temps en temps.

Sur cette île coupée du monde, livrée à elle-même, règne un espoir d’enfant : une Grande aurait survécu, et serait immunisée face au virus. Cette adulte érigée en déesse vivrait protégée par une meute d’enfants dans un hôtel du coin, et chacun y va de son histoire pour imaginer comment la contenter, afin d’obtenir d’elle une immunisation. Pour Anna et Astor, l’espoir se situe sur le continent, où elle est persuadée que certains ont survécu et mis au point un remède. De Palerme à Messine, commence alors un long périple dans un territoire peuplé de cadavres, de bandes d’enfants errants et de meutes de chiens affamés. Un voyage vers l’espoir.

Romancier italien bien connu à l’étranger, Niccolo Ammaniti voit la plupart de ses romans adaptés au cinéma. Anna dérogera peut-être à cette règle : si le roman se lit avec avidité, et que la plume est belle et l’histoire émouvante, haletante, impossible de s’enlever de l’esprit un air de déjà lu, de déjà vu. Anna pourrait être une variante de La Route de Cormac McCarthy, qui semble avoir posé les codes du genre. Les amateurs de série retrouveront également l’ambiance post-apocalyptique de The Walking Dead, zombies en moins. Un bon roman, mais qui m’a un peu déçu par son manque d’originalité.

Anna, de Niccolo Ammaniti, est publié en Italie en octobre 2015 sous le même titre. Il paraît en France le 31 août 2016 aux éditions Grasset dans une traduction de Myriem Bouzaher.

La Trêve, Saïdeh Pakravan

Ma note :

Saïdeh Pakravan - La TrêveDans son dernier roman, l’auteur franco-américaine Saïdeh Pakravan, née en Iran et installée à Paris, imagine un monde bouleversé par un évènement inimaginable : une trêve dans la folie des hommes. Sans prévenir, un 9 juillet à minuit, tout semble s’arrêter : plus de meurtre, plus de crime, plus de viol, plus de morts, plus de maladies, et plus de naissances.

Les urgences sont vides, les ambulances restent sagement alignées en attendant désespérément un appel de détresse, et les commissariats s’ennuient face à cette soudaine pause dans ce qui constitue d’ordinaire leur activité quotidienne. L’auteur nous fait suivre un policier, loin des stéréotypes du genre, qui profite de cette trêve pour se rapprocher d’une journaliste d’origine iranienne, elle même ne restant pas insensible à ses charmes.

Une fois que les médias se sont emparés de cet étrange phénomène, défiant toute statistique et toute logique scientifique, la trêve se retrouve sur toutes les lèvres, et des hommes politiques aux charlatans, tous profitent de l’évènement pour faire parler d’eux. Parmi une multitudes de petites histoires, où des personnages à peine rencontrés illustrent brièvement l’absence de capacité malveillante en ce jour extraordinaire, on suit plus particulièrement le destin de quatre personnes sur lesquels pèse une force négative.

Ce roman original m’a fait penser à un négatif des scénarios de la saga American Nightmare, où à l’exact opposé, pendant vingt-quatre heures, tous les crimes étaient autorisés. Les histoires s’enchaînent avec un certain amusement, au début, puis une vague lassitude, sur le tard, de part leur aspect un peu redondant, dénué de surprise. La lecture est néanmoins rendue agréable grâce au talent de raconteuse d’histoires de l’auteur, qui semble n’être jamais à cours d’idées quand il s’agit d’imaginer la perversité et la méchanceté des humains entre eux. Un livre étrange mais agréable, plein d’espoir et un brin mystique, qui mérite qu’on lui donne sa chance.

La Trêve, de Saïdeh Pakravan, est publié le 25 août 2016 aux éditions Belfond dans une traduction d’Agnès Michaux.

Là où les lumières se perdent, David Joy

Ma note :

David Joy - Là où les lumières se perdent« La vie dans laquelle j’étais né semblait avoir été gravée dans le marbre à l’instant où mon nom de famille avait été griffonné sur mon acte de naissance » , nous lance en guise d’avertissement Jacob McNeely. C’est que, dans le comté de Caroline du Nord où il vit avec son père Charly, porter ce nom condamne à une sorte de malédiction, celle d’être jugé comme un moins que rien, au mieux, ou comme un délinquant, au pire. Et toujours, d’inspirer la peur et le dégoût autour de soi.

« J’avais été chié par une mère accro à la meth qui venait juste d’être libérée de l’asile de fous. J’étais le fils d’un père qui me planterait un couteau dans la gorge pendant mon sommeil si l’humeur le prenait » . Alors que son père est un des gros dealers de meth de la région, le môme grandit à ses côtés en apprenant quelques règles simples, ne faire confiance à personne, ne jamais se retourner, être toujours sur ses gardes. Pour son père, Jacob est une sorte de relève, et c’est désormais à lui qu’il confie la mission de corriger un de leurs associés à la langue trop pendue.

Dans cette vie jalonnée de ratés, Jacob trouvera pourtant une raison d’espérer, de rêver à un avenir meilleur, à une vie différente que celle à laquelle son nom et ses origines le destinent. C’est Maggie, une voisine avec qui il a grandit et dont il est éperdument amoureux malgré leur récente séparation, qui lui donne l’envie de tout changer. « Maggie savait d’où je venais, elle savait ce qu’on cherchait à faire de moi, et elle croyait tout de même que je pourrais m’en sortir » .

Seulement rien n’est jamais simple dans la vie, encore moins pour ceux qui ont grandi en tournant le dos à la chance, et lorsque le passage à tabac merdera dans les grandes largeurs, Jacob n’aura pas d’autre choix pour s’en sortir que de couper les liens, se libérer de ses entraves : il va devoir affronter son père.

Premier roman d’un jeune écrivain américain, Là où les lumières se perdent nous plonge dans une vie de malchance. C’est un récit noir de crasse et rouge du sang versé, où la lumière apparaît au bout d’un interminable tunnel, insaisissable espoir d’une vie différente, folle utopie d’échapper à sa destinée. Un roman sur le désir de rédemption, sur l’amour, sur le destin et sur cette putain de vie, qui parfois prend plus qu’elle ne donne. Un excellent premier roman d’un auteur dont il faut absolument suivre les prochaines publications, et qu’on ne manquera pas j’en suis certain, de retrouver bientôt au cinéma.

Là où les lumières se perdent, de David Joy, est publié aux États-Unis en mars 2015 sous le titre « Where all light tends to go » . Il paraît en France le 25 août 2016 aux éditions Sonatine dans une traduction de Fabrice Pointeau.

Police, Hugo Boris

Ma note :

Hugo Boris - PolicePeu de professions vous exposent à la fascination et à la haine au quotidien. Les policiers français subissent la schizophrénie sociale d’un pays qui change de cible au gré du vent médiatique : on les applaudit pour les encourager après les attentats, on pleure leurs morts lors d’évènements dramatiques, on les caillasse sans vergogne lors des manifs, on les méprise lorsque l’exercice de leur profession vient déranger les petits arrangements qu’on prend avec la loi, on les suspecte d’être tout à la fois ignares, alcooliques, ripous et violents. Un amour vache, dira-t-on.

Hugo Boris nous plonge en immersion dans une mission ordinaire d’un équipage lambda de la police nationale, trois policiers comme on en croise tous les jours sans forcément y prêter attention. Virginie, la femme tourmentée par une grossesse non désirée qu’elle s’apprête à stopper, Aristide, le beau tas de muscles à la grande gueule, qui tente par tous les moyens de rester dans le giron de celle qu’il a réussi à mettre dans son lit un soir, et Erik, le major et chef d’équipage qui passe pour un vendu à la solde de sa hiérarchie.

Alors que l’incendie fait rage au Centre de Rétention Administrative de Vincennes, où s’entassent les immigrés clandestins en attente de décision de reconduite à la frontière, tous les trois se retrouvent embarqués pour une escorte d’un tadjik jusqu’à l’aéroport Charles de Gaulle. Cette mission en apparence banale, répétée des dizaines de fois par jour par des équipes spécialisées, va profondément transformer le destin de ces trois policiers, qui verront leurs certitudes voler en éclat.

C’est un roman qui se lit rapidement, deux cent pages qui nous plongent dans l’habitacle de cet équipage hétéroclite et plus complexe qu’il n’y paraît, à la manière d’un documentaire télévisé. L’histoire est touchante et empreinte d’humanité, ne verse pas dans le pathos, et nous rappelle, s’il en était besoin, que sous cet uniforme jamais assez bien taillé ne se cachent que des hommes et des femmes ordinaires, passionnés par un métier qui les use, et parfois même bien incapables de cacher leur sensibilité derrière leur gilet pare-balles.

Police, de Hugo Boris, est publié le 24 août 2016 aux éditions Grasset.

Déserteur, Boris Bergmann

Ma note :

Boris Bergmann - DéserteurDans un avenir fictif, mais ô combien tangible, la France déclare une guerre totale au terrorisme après une vague d’attentats meurtriers, et pour contenter un électorat en mal de vengeance, le gouvernement utilise une armée de drones pour bombarder sans relâche l’ennemi dans son propre camp.

Notre narrateur, génie de l’informatique et hacker sans aucune morale, qui « fait partie d’une génération pour qui toute technologie est organique » , rejoint les drapeaux après une rupture sentimentale lui ayant laissé l’amer goût de la revanche. Aucun patriotisme chez cet homme mystérieux dont on ne sait presque rien, sinon qu’il s’engage pour l’argent, et prend un certain plaisir à programmer chaque jour dans des bureaux climatisés à Paris des codes servant à assurer cette guerre propre qui se joue à distance, devant des écrans et joystick à la main.

Quand il est envoyé sur le terrain pour une mission au Moyen-Orient, il découvre l’aberration de cette guerre moderne et clinique, où les drones assument les risques à la place des soldats. C’est au côté de jeunes militaires à la ferveur blessée qu’il passe ses journées, et tandis qu’il programme ces avions sans pilote, eux s’ennuient du combat, de cet essentiel corps à corps avec l’ennemi.

Lentement, l’auteur transforme le récit, et ce qui aurait pu passer pour une altération de la réalité, une discrète anticipation, devient science fiction, et l’essor des machines sur l’homme se fait angoissant lorsque l’on découvre que certaines de ces machines ultra-secrètes sont totalement autonomes, et se passent de contrôle humain. Quand survient l’inéluctable mutinerie, l’armée n’hésite pas à laisser les drones sacrifier les hommes, quitte à faire passer la tuerie pour un assaut terroriste supplémentaire. Dans ce terrain hostile, notre hacker saura-t-il seulement sauver sa peau ?

Déserteur est un récit atypique, glissant au fil des pages dans un univers de science fiction. La langue est belle et maîtrisée, et j’ai pris un réel plaisir littéraire à la lecture de ce roman, qui s’est achevé d’une traite. Le propos est intelligent, et interroge avec justesse sur ces guerres modernes, où chaque militaire mort au combat porte le poids de l’échec de la Nation à protéger ses soldats lors de ses conflits. Un roman actuel et lucide, mon premier de la rentrée littéraire 2016, qui place d’emblée la barre haute !

Déserteur, de Boris Bergmann, est publié le 17 août 2016 aux éditions Calmann-Lévy.

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