À propos des livres

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Délivrances, Toni Morrison

Ma note :

Toni Morrison - DélivrancesPour cette rentrée littéraire, le site de vente en ligne PriceMinister a décidé de mettre les petits plats dans les grands pour soutenir la littérature, en lançant une opération spéciale : les Matchs de la Rentrée Littéraire, hashtag officiel #MRL15. Pour ce grand coup marketing au service des livres, le site offrait 1000 livres parmi une sélection d’une dizaine de titres, demandant aux participants d’en parler sur l’un des réseaux sociaux de leur choix. Voilà donc comment, il y a quelques semaines, Toni Morrison arrivait dans ma boîte aux lettres.

L’auteur, du haut de ses 84 ans, n’avait jamais franchi les portes de ma bibliothèque. Et pourtant à son palmarès, une édifiante carrière littéraire, avec pas moins de deux prestigieuses récompenses pour seulement une douzaine de romans parus : le prix Pullitzer en 1988 pour son très célèbre roman Beloved, et le prix Nobel de littérature en 1993 pour l’ensemble de son oeuvre.

Son dernier roman, Délivrances, aborde la difficile question de la place des traumatismes de l’enfance dans nos vies d’adultes. Le personnage principal, Lula Ann, qui se fait appeler Bride, est directrice régionale d’une grande marque de cosmétiques. Sur le papier, elle a tout pour être heureuse : une beautée naturelle, un charme qui fait tourner la tête de plus d’un homme, une belle voiture, un appartement somptueux, un travail dans lequel elle excelle. Mais nul tableau ne saurait être si parfait, et l’épine dans le pied de Bride, c’est son intriguant petit ami Booker qui s’en est allé en claquant la porte, ne justifiant son départ que d’un sibyllin « tu n’es pas la femme que je veux« .

Sur ce difficile chemin de repentance, Bride affrontera les fantômes de son passé et devra se confronter aux conséquences vertigineuses d’un mensonge prononcé des années plus tôt, quand une petite fille un peu trop noire pour sa mère ne cherchait qu’à obtenir amour et attention de cette dernière.

Délivrances est un roman difficile, particulier. Il y est question très régulièrement (trop régulièrement, oserai-je même) d’abus sexuels d’enfants par des adultes, et on comprend pour la voir appliquer à chaque personnage que cette thématique est probablement plus importante pour l’auteur qu’il n’y paraît. Pourtant, ce périple aux allures parfois délirantes, est une dissection sans pitié d’adultes blessés dans leur enfance, illustrant sans détour les conséquences de ces traumatismes si répandus. Le titre original est d’ailleurs parfaitement parlant, « God Help the Child« . Un livre à la plume concise et maîtrisée, que j’ai vite lu, mais sans être passionné.

Délivrances, de Toni Morrison, est publié aux États-Unis en avril 2015 sous le titre « God Help the Child », et paru en France le 20 août 2015 chez Christian Bourgois éditeur, dans une traduction de Christine Laferrière.

78, Sébastien Rongier

Ma note :

Sébastien Rongier - 78Si l’on devait faire comme les scientifiques et réaliser un carottage de la France pour passer au microscope l’échantillon prélevé et observer une époque du pays, nul doute que l’on obtiendrait un résultat très proche du livre de Sébastien Rongier, artiste touche à tout qui publie avec 78 sont second roman, après avoir publié également des essais sur l’art.

Dans un café de province, à deux pas de la cathédrale de Sens, toute une génération se retrouve, symptomatique de cette époque d’entre deux, marquant la fin de l’après guerre, de l’époque coloniale, et l’entrée dans la crise.

Se retrouvent sous la plume de l’auteur un petit garçon, resté seul à siroter sa menthe à l’eau, tandis que l’adulte qui l’accompagnait s’en est allé. Mais également le patron du bar, et son cuisinier qui fut, sur le papier, son ennemi pendant la guerre d’Algérie. Il y a cette femme, qui noit son chagrin dans le Get 27, inspirant cette jeune fille qui décide de prendre sa vie en main et de s’émanciper d’une vie écrite pour elle. C’est aussi l’époque où le nationalisme revient, et dans le café se réunissent également quelques militants d’extrême droite, bien décidés à enroler le patron avec eux.

J’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans ce roman pourtant très court, et les premières tentatives de lecture furent laborieuses. La thématique est pourtant intéressante, et l’idée de cette étude historico-sociologique de la France par le biais de personnages réunis dans un lieu populaire, comme échantillon représentatif d’une époque, est très bonne. Peut-être est-ce l’époque que je n’ai pas connu, peut-être la façon d’écrire de l’auteur, mais je n’ai pas réussi à adhérer à ce livre avant les dernières pages. Dommage.

78, de Sébastien Rongier, est publié le 19 août 2015 chez Fayard.

Les Assassins, R.J. Ellory

Ma note :

R.J. Ellory - Les AssassinsIl aura fallu attendre beaucoup d’années pour que Roger Jon Ellory, connu comme R.J. Ellory, soit publié en France. L’honneur en revient à l’inquiétante maison d’édition Sonatine, fournisseur officiel de frissons, qui publia l’année de sa création Seul le silence, le premier R.J. Ellory traduit dans l’hexagone. De l’auteur britannique dont le succès est désormais international, on apprend dans sa biographie qu’il aura essuyé des centaines de refus d’éditeurs britanniques comme américains, avant que son premier roman ne soit finalement publié en 2003.

Depuis, et avec une heureuse régularité, l’auteur dont les thrillers se déroulent aux États-Unis enchaîne les succès en s’attaquant à la culture populaire américaine : la mafia dans Vendetta, le célèbre NYPD dans Les Anges de New-York, la CIA dans Les Anonymes. Avec Les Assassins, Ellory nous met une nouvelle fois sur la piste d’un insaisissable tueur en série.

Alors que la police peine à résoudre les centaines d’homicides sur lesquels elle planche, faute de moyens humains et financiers, un enquêteur du quotidien City Herald et la journaliste avec laquelle il collabore arrivent à relier plusieurs meurtres entre eux. John Costello est l’un des rares rescapés d’un tueur en série, encyclopédie vivante sur le phénomène, il va découvrir que ces meurtres en apparence très distincts sont en réalité des reconstitutions de crimes réalisés des années plus tôt, exactement le même jour.

Aux côtés de l’inspecteur Ray Irving, ils vont tenter de débusquer ce tueur qui semble toujours avoir un coup d’avance, et qui laisse dans son sillage de plus en plus de victimes, et jamais aucun indice sur son identité ou ses motivations…

Les Assassins marque une fois encore l’excellence d’Ellory dans son domaine, avec un roman palpitant, que l’on dévore avec autant d’impatience que d’effroi, et dont la lente progression est un merveilleux supplice. Le travail de documentation est saisissant, rendant l’histoire des plus réalistes, parvenant même à me coller la chair de poule et à me faire rallumer la lumière alors que je lisais au fond de mon lit. Un roman maîtrisé, une histoire glaçante : le plaisir absolu d’un merveilleux thriller.

Les Assassins, de R.J. Ellory, est paru aux États-Unis en 2010 sous le titre « The Anniversary Man », et publié en France aux éditions Sonatine le 19 août 2015 dans une traduction de Clément Baude.

Etta et Otto (et Russell et James), Emma Hooper

Ma note :

Etta et Otto et Russell et James - Emma HooperJe dois confesser en préambule de cet avis, un coup de cœur pour Les Escales, une jeune maison d’édition qui publie depuis trois ans déjà de très beaux livres, tant dans leur contenu qu’en tant qu’objets, et dont le catalogue contient des auteurs qui me sont chers, comme Jeffrey Archer (et sa passionnante saga Chronique des Clifton) ou Victoria Hislop, et qui a publié le très beau livre de Catherine Chanter pour cette rentrée littéraire, Là où tombe la pluie.

L’éditeur a donc fait confiance à une jeune auteur canadienne aux faux airs d’Amélie Poulain, Emma Hooper, qui publie avec Etta et Otto (et Russell et James) son premier roman, et qui fait une entrée remarquée dans le paysage littéraire international avec une diffusion dans 23 pays, pour 18 traductions !

Ce livre nous parle du temps qui passe et des souvenirs qui restent, en suivant le personnage d’Etta, une vieille femme de 83 ans qui semble un peu perdre la tête, et décide de partir à pieds voir la mer en se dirigeant vers l’est, quitte à parcourir plus d’un millier de kilomètres. Durant son périple, elle fera la rencontre d’un coyote qu’elle appellera James, et de nombreux habitants qui seront d’abord intrigués par son périple, puis finalement fascinés collectivement.

Sa marche est l’occasion d’explorer ses souvenirs, notamment ceux concernant son mari Otto, dont elle fit la rencontre lors de son premier poste d’enseignante dans une école rurale du Canada, et qui partira faire la guerre sur un autre continent quelques mois plus tard. Elle rencontrera également Russell, l’un des amis d’enfance d’Otto, qui fut éperdument amoureux d’elle.

Ce roman est un objet littéraire non identifié, difficile à appréhender, alternant sans ménagement les vicissitudes confuses d’une femme âgée à des retours dans le passé un peu moins nébuleux. Si j’ai aimé la plume d’Emma Hooper, sa beauté de style, sa poésie, j’ai parfois été un peu perdu dans l’ensemble que forme ce roman, dont je ne suis pas sûr d’avoir totalement saisi les dernières pages. Mais pour cette douce sensation de rêve éveillé que m’a offerte l’auteur, je surveillerai tout de même ses prochains romans.

Etta et Otto (et Russell et James), d’Emma Hooper, est paru au Canada en janvier 2015 sous le titre « Etta and Otto and Russell and James », et publié le 21 octobre 2015 aux éditions Les Escales dans une traduction de Carole Hanna.

Déclic mortel, Anthony Horowitz

Ma note :

Anthony Horowitz - Déclic mortelAlors que Spectre, le dernier né des films de l’immortelle saga James Bond sortira dans quelques jours au Royaume-Uni, et quelques jours plus tard en France (le 11 novembre pour être exact), quelle meilleure façon de patienter et de se remettre dans la peau de l’intrépide agent 007 que de dévorer Déclic mortel, le dernier livre écrit par Anthony Horowitz à partir de notes de Ian Fleming, le créateur de Bond ?

Vous suivrez Bond dans une aventure vintage, puisque l’action se tient dans la fin des années 50, en pleine guerre froide ! M. l’envoie courir sur le circuit du Nürburgring en Allemagne, où il devra protéger le pilote britannique, favori de la course, que l’équipage russe a l’intention d’éliminer sur le circuit afin de démontrer la puissance de son industrie automobile en ravissant la première place.

Sur place, et après une formation accélérée par une belle pilote à qui notre tombeur aurait bien appris quelques tours, Bond fera la rencontre d’un intriguant milliardaire américain d’origine coréenne, Jason Sin, qu’il surprendra en pleine discussion avec un général du SMERSH, le service de contre-espionnage russe… Menant l’enquête, il fera la rencontre de la charmante Jeopardy Lane, la James Bond Girl de ce livre, avec qui il devra malgré lui collaborer pour découvrir et arrêter le terrible projet de Sin visant à sonner le glas de la conquête spatiale américaine.

Anthony Horowitz, écrivain britannique aux mille et un succès, a été désigné par le fond de publication des œuvres de Ian Fleming pour reprendre la suite de la saga à la manière de, comme avant lui William Boyd, Sebastian Faulks et d’autres écrivains s’y étaient appliqués. On doit lui reconnaître un certain talent à faire revivre notre agent secret préféré dans le décors des premiers livres, au volant des bolides de l’époque, ayant un sens inné pour la bagarre et une capacité incroyable à se sortir de situations impossibles, en terminant le tout dans les bras de l’héroïne de l’histoire. Un très bon roman, qui se lit comme il se verrait dans un vieux téléviseur cathodique. À ne pas manquer, surtout si vous êtes comme moi un grand fan de James Bond !

Déclic mortel, d’Anthony Horowitz, est paru au Royaume-Uni le 8 septembre 2015 sous le titre « Trigger Mortis », et est publié en France le 23 septembre 2015 aux éditions Calmann-Lévy, dans une traduction d’Annick Le Goyat.

Paradis amer, Tatamkhulu Afrika

Ma note :

Tatamkhulu Afrika - Paradis amerL’auteur vous est probablement inconnu, et ce fut également mon cas jusqu’à ce que je fasse sa connaissance par le biais de cette autobiographie écrite du temps de son vivant. Si l’écrivain sud-africain est mort il y a plus de dix ans, il nous a laissé en ultime héritage un magnifique roman d’amour : Paradis amer.

L’histoire débute aux prémisses de la seconde guerre mondiale, quand le narrateur, Tom Smith, part au combat en Afrique du nord puis est fait prisonnier. Dans les camps dans lesquels ils s’entasseront avec d’autres combattants de différentes nationalités, ils passeront des mains des alliés  italiens à celles de l’ennemi absolu, les soldats du Reich, et si la vie au camp est un supplice psychologique et physique, l’ambiance, les conditions de détentions, les visites de la Croix-Rouge, les activités autorisées rendent le quotidien moins insupportable que dans les camps de concentration. Et c’était sans compter sur les sentiments nés de la promiscuité…

Aussi improbable que cela puisse sembler, ces camps de prisonniers ont abrité des histoires d’amour entre hommes, des relations qui allaient plus loin que le simple plaisir mécanique que deux hommes coupés du monde extérieur peuvent s’offrir. Il y aura donc Douglas, cet anglais pot-de-colle dont l’auteur semble ne pas réussir à se défaire, et vis à vis duquel un sentiment ambivalent apparaît : bien qu’il ne supporte pas ses manières d’épouse, il appréciera cette amitié si forte qui parfois l’aura porté au delà des épreuves de l’emprisonnement.

Tout sera remis en question par l’arrivée de Danny, un jeune éphèbe sans manières, solitaire et assez sauvage pour offrir au narrateur une échappatoire à sa relation étouffante avec Douglas. Très vite, leur relation éveillera des questionnements inédits chez Tom, sur la nature exacte de ses sentiments, sur la réalité de son attirance, sur ce désir physique qui s’impose malgré la fragilité des corps.

Paradis amer est une histoire d’amour singulière, différente parce qu’homosexuelle sans vraiment l’être, unique parce que subordonnée a un moment précis, un moment très sombre de la vie de deux hommes. J’y ai trouvé la camaraderie et la tendresse des Amitiés Particulières de Peyrefitte, avec ce désir brûlant, cet incendie amoureux qui couve, que j’avais tant aimé dans Brokeback Moutain. L’auteur nous rappelle au crépuscule de sa vie que l’amour est beau parce qu’il transcende les questions d’étiquette, et qu’il réussi tel une petite graine à germer dans le cœur pourtant aride de deux hommes déportés dans les camps de prisonniers nazis. Un roman qui se dévore et qui nous consume, une très belle histoire à découvrir sans tarder.

Paradis amer, de Tatamkhulu Afrika est paru en 2002 en Afrique du Sud sous le titre « Bitter Eden », et publié aux Presses de la Cité le 3 septembre 2015 dans une traduction de Georges-Michel Sarotte.

Les promesses, Amanda Sthers

Ma note :

Amanda Sthers - Les promesses

Il est toujours un peu gênant d’avouer ne pas connaître un auteur dont on nous assure pourtant qu’il est à la fois connu et prolifique, et qu’il semble tout à fait incongru –pour ne pas dire suspect– qu’un amoureux des livres à temps plein, passant autant de temps en librairie, ne connaisse pas ne serait-ce que de nom. Mais quand même, tu sais bien, c’est l’ex de Bruel ?!

Après avoir fait un rapide tour sur Wikipédia, et découvert que cette cousine surdouée de Yann Quéffelec était quand même un peu plus que l’ex de, il était donc temps de m’attaquer à un de ses romans, et pour ne rien faire comme il faut, pourquoi ne pas commencer par le dernier en date, sorti à l’occasion de cette traditionnellement fastueuse rentrée littéraire ?

Les promesses, donc, écrit de la voix d’un homme, nous raconte Alexandre, que ses proches appelent Sandro, italien du côté de son père, français du côté de sa mère. De son enfance en Toscane à son mariage raté et ses enfants insipides, Sandro traversera la perte d’un père, la négligence d’une mère qu’on perçoit comme absente, et les turpitudes amoureuses avec diverses femmes, avant de finalement choisir une forme d’exil dans l’immense maison italienne de son richissime grand-père.

Le roman se lit bien, est même assez agréable, mais les chapitres sont courts, les marges immenses, la police un peu augmentée, et on se doute que le roman s’il sort un jour en poche sera mince comme l’espoir d’un monde sans guerres. Sur le fond, j’ai traversé ces 300 pages avec une question en suspens : faut-il vraiment détester autant les hommes ? A lire Amanda Sthers, on pourrait voir en Sandro l’archétype du mâle : obsédé sexuel, obnubilé par ses érections (mais qu’est-ce qu’elle a avec ses érections toutes les trois pages, elle nous imagine priapiques ?, pensais-je), père déçu, mari raté, courtisant les femmes, se vautrant dans l’argent.

Les promesses non tenues rendraient-elles les écrivains acides ?

Les promesses, d’Amanda Sthers, est paru le 26 août 2015 chez Grasset.

Le Livre des Baltimore, Joël Dicker

Ma note :

Joel Dicker Le livre des baltimoreL’ébulition de la rentrée littéraire retombe à peine sur les très ennuyeux prix littéraires, que la sphère culturelle s’agite de nouveau, et qu’un seul nom revient sur toutes les lèvres : Joël Dicker. Le bel écrivain suisse francophone de 30 ans semble à peine remis de la déferlante internationale de son précédent roman « La vérité sur l’Affaire Harry Quebert » et de ses millions d’exemplaires vendus, que le voilà déjà à courir d’un studio de radio à un plateau télévisé, en passant par une séance de dédicaces en librairie, pour assurer la promotion de son dernier roman Le Livre des Baltimore.

On retrouve Marcus Goldman, écrivain américain à succès, aux côtés duquel l’on avait déjà résolu l’Affaire Harry Quebert. Cette fois, l’auteur annonce la couleur : il va nous parler du clan des Baltimore, de cette famille pour laquelle tout bascula après le Drame.

Alternant un récit actuel dans lequel on le découvre empêtré dans l’écriture, surveillé par la presse à scandale, et encore amoureux d’une chanteuse populaire ; avec des retours dans son passé et celui de sa famille, Marcus nous retracera la vie haute en couleur des Goldman-de-Montclair et des Goldman-de-Baltimore, les familles de deux frères qui semblent à la fois si proches et à la fois tellement opposées, comme en perpétuelle compétition, et de l’amitié si forte qu’il exista entre leurs enfants, qui s’appelaient le « Gang des Goldman ».

En filigrane de cette histoire familiale se dessine le Drame, qu’on perçoit initialement comme mystérieux, et que l’on entrevoit plus nettement au fur et à mesure que le récit avance, qu’il se rapproche, jusqu’à la révélation des dernières pages, cet emballement du récit, ce moment magique où les secrets se dévoilent, les intrigues se terminent, les vies ses brisent, et où le lecteur se retrouve le souffle coupé.

J’aurai du mal à cacher que j’ai dévoré ce livre, que j’attendais avec une certaine fébrilité, après avoir été conquis par Harry Quebert et le style de cet écrivain qui n’avait jusque là pas rencontré le succès. Je l’ai englouti comme un boulimique littéraire, progressant dans l’histoire comme si je la vivais moi-même, impressionné par la qualité de l’écriture, la capacité à maintenir une intrigue sans jamais tomber dans les facilités et les ficelles habituelles. Joël Dicker réussi quelque chose de formidable : il arrive à me secouer les neurones, à sortir du lot, à rendre sa lecture passionnante. Et pour ça, chapeau. Et merci.

Le Livre des Baltimore, de Joël Dicker, est publié le 30 septembre 2015 aux éditions de Fallois.

La neige noire, Paul Lynch

Ma note :

Paul Lynch - La neige noireJe n’avais jamais rien lu de Paul Lynch, bien qu’il ai déjà publié chez Albin Michel en 2014 son premier roman « Un ciel rouge, le matin » (Red sky in morning), que j’avais acheté en édition numérique auprès de son éditeur anglophone (un avantage de lire en anglais, les livres y sont souvent moins chers), mais pas encore lu.

Je débutais donc La neige noire sans aucun a priori, plutôt impatient de me retrouver à déambuler dans le Donegal et de me perdre dans ces grandes plaines d’Irlande, pays que j’ai à coeur de visiter un jour, que j’imagine aussi beau, humide et verdoyant que sur la photographie du bandeau accompagnant le livre.

La famille Kane vit de l’élevage de quelques animaux dans une vieille ferme isolée, au milieu d’un grand terrain escarpé. Avant de revenir vivre avec son épouse et leur fils sur la terre de ses ancêtres, Barnabas Kane faisait partie de ces milliers d’immigrés irlandais partis tenter l’aventure américaine, construisant toujours plus haut ces immeubles new-yorkais qui chatouillent les nuages.

Son employé et vieil ami meurt alors qu’un mystérieux incendie détruit la grange attenante à la ferme, anéantissant par la même occasion tout son élevage, tandis que Barnabas échappe de peu au même sort, tiré des fumées par un voisin venu apporter son aide.

Après ce drame, qui bouleversa sa famille et le village, rien ne sera plus jamais pareil dans la vie de la famille Kane. De malheur en déception, affrontant l’hostilité toujours plus grande de ces habitants historiques les considérants comme des étrangers, Barnabas devra faire face à des choix décisifs pour tenter d’en sortir la tête haute.

La neige noire est un roman sans concession, au rythme langoureux et à l’écriture d’une rare poésie. J’ai été subjugué par le style, la beauté des phrases, cette façon de décrire les paysages, les émotions. L’histoire est aussi belle que sombre, et c’est le coeur serré que l’on en referme les dernières pages. A n’en pas douter, Paul Lynch est un auteur qui a trouvé son style, et je ne manquerai pas de rattraper mon retard en lisant son précédent roman, tout en surveillant ses prochaines parutions.

La neige noire, de Paul Lynch, est paru au Royaume-Uni en mars 2014 sous le titre « The Black Snow », et publié le 19 août 2015 chez Albin Michel dans une traduction de Marina Boraso.

La Zone d’intérêt, Martin Amis

Ma note :

La Zone d'intérêt, Martin AmisEst-il encore nécessaire de présenter Martin Amis, l’écrivain britannique lui-même fils d’écrivain, qui compte aujourd’hui parmi les auteurs de la couronne les plus réputés ? La plume grinçante et satirique d’Amis nous revient en France chez Calmann-Lévy à l’occasion de la rentrée littéraire (Antoine Gallimard, son éditeur historique, ayant refusé d’en acquérir les droits), dans une comédie détonnante se déroulant pendant la Shoah orchestrée par les nazis lors de la seconde guerre mondiale, époque dans laquelle l’auteur s’était déjà aventuré en 1991 dans La flèche du temps où il racontait dans un procédé de narration original la vie d’un médecin nazi.

Alors peut-on rire de tout, en littérature ? Réponse en lisant La Zone d’intérêt…

L’histoire se lit comme une pièce de théâtre, un vaudeville de camp de concentration réunissant Paul Doll, commandant du camp de concentration, alcoolique et obsédé, Hannah son épouse, belle et rebelle, et Angelus Thomsen, un officier de liaison SS qu’on nous dit maniéré, mais qui tombe éperduement amoureux de la femme du commandant.

Autour d’eux ? La mort, évidemment. L’abominable machine de destruction nazie tourne à plein régime, les trains se succèdent, les cadavres deviennent une problématique sanitaire : l’odeur des charniers rend l’air irrespirable et contamine l’eau. Pour les prisonniers encore en vie, c’est le travail forcé pour les industriels allemand, l’ultime effort de guerre, jusqu’à ce que leur cadavre rejoigne les nombreux autres qui attendent d’être réduits en cendre.

Au loin, les échos du front Russe, qui ne trompent personne sur le déclin de ce Troisième Reich qui devait durer mille ans, et qui n’en tiendra même pas dix. Dans cette ambiance cernée de tristesse, cette machine de mort, Thomsen courtisera Hannah sous les yeux fous de jalousie de Doll, lui-même pas très fidèle, et bien décidé à se débarasser de son épouse trop libertine…

Martin Amis signe avec La Zone d’intérêt un roman brillant, une comédie amère, cynique, dont l’effroi historique sert de décors irréaliste à une histoire aussi louffoque que ridicule, mais qu’on dévore avec un étrange plaisir, celui de découvrir un peu d’amour et de légèreté dans cette époque de destruction. Un très bon roman, à lire avec beaucoup de recul !

La Zone d’intérêt, de Martin Amis, est paru au Royaume-Uni en août 2014 sous le titre « The Zone of Interest », et publié le 19 août 2015 aux éditions Calmann-Lévy dans une traduction de Bernard Turle.

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