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La Disparition de Josef Mengele, Olivier Guez

Ma note :

Olivier Guez - La disparition de Josef MengeleJ’ai déjà sûrement évoqué le plaisir que j’ai à lire des romans ou des essais concernant la seconde guerre mondiale, l’occupation française et le régime nazi, sans fascination morbide, mais avec une curiosité chaque fois renouvelée, comme incapable de croire que « nous ayons pu faire ça ». C’est ainsi que cette dernière rentrée littéraire m’a proposé L’ordre du jour, déception personnelle mais prix Goncourt 2017, et La Disparition de Josef Mengele, lauréat du prix Renaudot.

Mengele était un médecin allemand, officier de la SS servant une cause macabre dans les camps de concentration, et plus particulièrement à Auschwitz où il fût responsable du tri des déportés arrivant par wagons entiers, qu’il envoyait sans scrupules se faire gazer par centaines, et où il réalisait également d’effroyables expériences médicales dont on frissonne encore aujourd’hui, tant la cruauté et la perversité qu’elles demandaient sont incompatibles avec le progrès médical.

En 1945, lorsque l’Armée Rouge libère Auschwitz, il a déjà pris la fuite vers l’Ouest où les américains l’arrêtent, mais dans le chaos de la Libération, le laissent filer ne sachant pas qu’il était un criminel de guerre. C’est avec de faux papiers qu’il vivra quelques années en Allemagne, avant de prendre la fuite vers l’Amérique latine, aidé par un réseau d’anciens nazis spécialisé dans l’exfiltration d’anciens dignitaires et hauts gradés.

Le récit romancé d’Olivier Guez débute avec l’arrivée en 1949 de Mengele à Buenos Aires, en Argentine, où sous une fausse identité il travaille comme charpentier et loge dans une pension familiale, avant de rapidement se mettre en rapports avec d’anciens nazis arrivés avant lui, lui permettant de s’installer chez des amis dans une immense demeure. Commencera alors pour Mengele une période faste, celle d’un homme libre, qui se fait de l’argent en devenant commercial pour l’entreprise familiale d’engins agricoles, tout en échappant à tout travail d’enquête qui le vise.

Cela semble incroyable et pourtant, c’est avec sa véritable identité qu’il demande un passeport allemand et réussit même à se rendre en Allemagne pour voir son fils auprès de qui il prétend être un oncle, épousant même sa belle-sœur et la faisant s’installer en Argentine. Il mène alors, comme choisira l’auteur comme titre pour la première partie de ce roman, une vie de pacha.

Dans la seconde partie du récit, Le rat, la fuite tranquille de Mengele est mise à mal. Traqué par des chasseurs de nazis, qui obtiennent des autorités allemandes un mandat d’arrêt international, Mengele doit faire profil bas, et n’est plus bien vu en Argentine. Dans la même période, les services de renseignements israéliens, le Mossad, s’occupent de kidnapper et ramener en Israël le nazi Adolf Eichmann afin qu’il soit jugé et condamné à mort.

Pour Mengele, c’est de nouveau l’exil, au Brésil cette fois. Ses soutiens se font rares, et l’argent que sa famille lui accorde discrètement vient moins facilement depuis que les autorités enquêtent plus sérieusement. Dans cette seconde partie, Mengele ne mène plus une existence flamboyante, mais il se terre, et se cache dans une ferme avec un couple avec qui il entretient des rapports conflictuels. Malade, en déclin, l’homme finira par vivre comme un rat, fardeau pour tous ceux qui jusque là le supportaient par sympathie, ou par appât du gain.

Olivier Guez nous offre un récit fascinant, un travail extrêmement documenté, une enquête historique sous forme de roman qui méritait amplement le prix Renaudot. Si je connaissais les grandes lignes de la fuite de Mengele en Amérique latine, je n’avais jamais eu connaissance de tous ces détails, des complicités des régimes locaux, de la mauvaise volonté des autorités allemandes pour enquêter, des difficultés du Mossad pour poursuivre leur inéluctable vengeance. C’est un récit difficile, car à distance de ses crimes on pourrait être tenté de trouver Mengele sympathique dans sa nouvelle vie, quasiment ordinaire. Un roman à lire, si ce n’est pas encore fait.

La Disparition de Josef Mengele, d’Olivier Guez, est publié le 16 août 2017 aux éditions Grasset.

Aux petits mots les grands remèdes, Michael Uras

Ma note :

Michaël Uras - Aux petits mots les grands remèdesAlex exerce un drôle de métier, aussi novateur qu’énigmatique : il est bibliothérapeute. Après avoir suivi une formation à l’étranger, car il y a peu de thérapeutes qui soignent par la lecture, le voilà officiellement installé. S’il soigne ses clients, qu’il considère comme des patients, en leur faisant lire des titres aux vertus thérapeutiques, choisis spécifiquement en fonction de leurs problèmes, sa vie n’est pas dénuée de complications.

Pas tout à fait remis de sa rupture avec Mélanie, dont il est encore amoureux, la voilà qui finit à l’hôpital dans un sale état après s’être fait agresser en marge d’une manifestation qui la confrontait à une foule de bigots opposés au mariage pour tous.

Tous les matins, l’absence de Mélanie éclatait. Un feu d’artifice envahissait l’appartement. Une pluie de fusées noires dans la pièce éclairée. Il fallait pourtant s’en extraire et tenter d’aider les autres.

Il lui faut malgré tout continuer à soigner ceux qui comptent sur lui. Il y a Yann, l’adolescent revêche qui ne peut plus parler depuis un terrible accident, et qui vit reclus dans sa chambre en faisant subir un enfer à sa mère surprotectrice ; mais également Anthony, le footballeur professionnel qui n’assume pas sa différence et demande une discrétion quasi maladive sur sa thérapie, quand il s’affiche en boxer sur tous les Abribus.

C’est sans compter sur Robert, un homme vieillissant qui s’ennuie dans son couple, s’extasie pour une machine à laver et retrouve ses amis le week-end pour des manifestations contre le mariage pour tous, qu’il faut bien aider même si Alex ne partage absolument pas ses idées. Pour couronner le tout, il est surveillé de près par Marceline Farber, sa voisine et propriétaire, qui ne l’a jamais vu d’un bon oeil et le poursuit afin d’obtenir le paiement intégral de ses loyers…

Troisième roman de Michael Uras, professeur de lettres modernes dans le Haut-Doubs, Aux petits mots les grands remèdes est un roman pétillant d’intelligence, débordant d’amour de la littérature tout en conservant une légèreté de ton et un humour très fin. J’ai noté tout un tas de petites phrases et de formules percutantes pendant la lecture de ce roman très agréable, qui donnerait envie de devenir bibliothérapeute.

Aux petits mots les grands remèdes, de Michael Uras, est publié le 31 août 2016 aux éditions Préludes.

Anna, Niccolo Ammaniti

Ma note :

Niccolo Ammaniti - AnnaNous sommes en 2020, en Sicile. Sur cette petite île qui s’accroche presque à la botte de l’Italie, vivent Anna et son petit frère Astor, et pas grand chose d’autre. Quelques années plus tôt, un virus inconnu surnommé La Rouge a déferlé sur la planète, décimant tous les adultes plus où moins rapidement. De manière assez mystérieuse, la maladie ne se déclare chez les enfants qu’avec les signes de puberté. Les Grands réduits à l’état de cadavres à la décomposition plus où moins avancée, ne reste alors plus sur la planète qu’une génération d’enfants de moins de 14 ans, résignés à survivre en attendant la mort. Ou une guérison miraculeuse.

A Castellammare, au nord ouest de l’île, les deux enfants tentent de survivre dans la maison de leur mère. Astor, quatre ans, vit enfermé dans le terrain familial, effrayé par toutes les horreurs qu’Anna a inventé pour éviter que son petit frère n’aille se confronter à la laideur du monde. C’est elle qui explore les villes à l’abandon, errant de boutique saccagée en maison déjà fouillée, dans l’espoir de trouver quelques vieilles conserves leur permettant de se remplir l’estomac de temps en temps.

Sur cette île coupée du monde, livrée à elle-même, règne un espoir d’enfant : une Grande aurait survécu, et serait immunisée face au virus. Cette adulte érigée en déesse vivrait protégée par une meute d’enfants dans un hôtel du coin, et chacun y va de son histoire pour imaginer comment la contenter, afin d’obtenir d’elle une immunisation. Pour Anna et Astor, l’espoir se situe sur le continent, où elle est persuadée que certains ont survécu et mis au point un remède. De Palerme à Messine, commence alors un long périple dans un territoire peuplé de cadavres, de bandes d’enfants errants et de meutes de chiens affamés. Un voyage vers l’espoir.

Romancier italien bien connu à l’étranger, Niccolo Ammaniti voit la plupart de ses romans adaptés au cinéma. Anna dérogera peut-être à cette règle : si le roman se lit avec avidité, et que la plume est belle et l’histoire émouvante, haletante, impossible de s’enlever de l’esprit un air de déjà lu, de déjà vu. Anna pourrait être une variante de La Route de Cormac McCarthy, qui semble avoir posé les codes du genre. Les amateurs de série retrouveront également l’ambiance post-apocalyptique de The Walking Dead, zombies en moins. Un bon roman, mais qui m’a un peu déçu par son manque d’originalité.

Anna, de Niccolo Ammaniti, est publié en Italie en octobre 2015 sous le même titre. Il paraît en France le 31 août 2016 aux éditions Grasset dans une traduction de Myriem Bouzaher.

La Trêve, Saïdeh Pakravan

Ma note :

Saïdeh Pakravan - La TrêveDans son dernier roman, l’auteur franco-américaine Saïdeh Pakravan, née en Iran et installée à Paris, imagine un monde bouleversé par un évènement inimaginable : une trêve dans la folie des hommes. Sans prévenir, un 9 juillet à minuit, tout semble s’arrêter : plus de meurtre, plus de crime, plus de viol, plus de morts, plus de maladies, et plus de naissances.

Les urgences sont vides, les ambulances restent sagement alignées en attendant désespérément un appel de détresse, et les commissariats s’ennuient face à cette soudaine pause dans ce qui constitue d’ordinaire leur activité quotidienne. L’auteur nous fait suivre un policier, loin des stéréotypes du genre, qui profite de cette trêve pour se rapprocher d’une journaliste d’origine iranienne, elle même ne restant pas insensible à ses charmes.

Une fois que les médias se sont emparés de cet étrange phénomène, défiant toute statistique et toute logique scientifique, la trêve se retrouve sur toutes les lèvres, et des hommes politiques aux charlatans, tous profitent de l’évènement pour faire parler d’eux. Parmi une multitudes de petites histoires, où des personnages à peine rencontrés illustrent brièvement l’absence de capacité malveillante en ce jour extraordinaire, on suit plus particulièrement le destin de quatre personnes sur lesquels pèse une force négative.

Ce roman original m’a fait penser à un négatif des scénarios de la saga American Nightmare, où à l’exact opposé, pendant vingt-quatre heures, tous les crimes étaient autorisés. Les histoires s’enchaînent avec un certain amusement, au début, puis une vague lassitude, sur le tard, de part leur aspect un peu redondant, dénué de surprise. La lecture est néanmoins rendue agréable grâce au talent de raconteuse d’histoires de l’auteur, qui semble n’être jamais à cours d’idées quand il s’agit d’imaginer la perversité et la méchanceté des humains entre eux. Un livre étrange mais agréable, plein d’espoir et un brin mystique, qui mérite qu’on lui donne sa chance.

La Trêve, de Saïdeh Pakravan, est publié le 25 août 2016 aux éditions Belfond dans une traduction d’Agnès Michaux.

Là où les lumières se perdent, David Joy

Ma note :

David Joy - Là où les lumières se perdent« La vie dans laquelle j’étais né semblait avoir été gravée dans le marbre à l’instant où mon nom de famille avait été griffonné sur mon acte de naissance » , nous lance en guise d’avertissement Jacob McNeely. C’est que, dans le comté de Caroline du Nord où il vit avec son père Charly, porter ce nom condamne à une sorte de malédiction, celle d’être jugé comme un moins que rien, au mieux, ou comme un délinquant, au pire. Et toujours, d’inspirer la peur et le dégoût autour de soi.

« J’avais été chié par une mère accro à la meth qui venait juste d’être libérée de l’asile de fous. J’étais le fils d’un père qui me planterait un couteau dans la gorge pendant mon sommeil si l’humeur le prenait » . Alors que son père est un des gros dealers de meth de la région, le môme grandit à ses côtés en apprenant quelques règles simples, ne faire confiance à personne, ne jamais se retourner, être toujours sur ses gardes. Pour son père, Jacob est une sorte de relève, et c’est désormais à lui qu’il confie la mission de corriger un de leurs associés à la langue trop pendue.

Dans cette vie jalonnée de ratés, Jacob trouvera pourtant une raison d’espérer, de rêver à un avenir meilleur, à une vie différente que celle à laquelle son nom et ses origines le destinent. C’est Maggie, une voisine avec qui il a grandit et dont il est éperdument amoureux malgré leur récente séparation, qui lui donne l’envie de tout changer. « Maggie savait d’où je venais, elle savait ce qu’on cherchait à faire de moi, et elle croyait tout de même que je pourrais m’en sortir » .

Seulement rien n’est jamais simple dans la vie, encore moins pour ceux qui ont grandi en tournant le dos à la chance, et lorsque le passage à tabac merdera dans les grandes largeurs, Jacob n’aura pas d’autre choix pour s’en sortir que de couper les liens, se libérer de ses entraves : il va devoir affronter son père.

Premier roman d’un jeune écrivain américain, Là où les lumières se perdent nous plonge dans une vie de malchance. C’est un récit noir de crasse et rouge du sang versé, où la lumière apparaît au bout d’un interminable tunnel, insaisissable espoir d’une vie différente, folle utopie d’échapper à sa destinée. Un roman sur le désir de rédemption, sur l’amour, sur le destin et sur cette putain de vie, qui parfois prend plus qu’elle ne donne. Un excellent premier roman d’un auteur dont il faut absolument suivre les prochaines publications, et qu’on ne manquera pas j’en suis certain, de retrouver bientôt au cinéma.

Là où les lumières se perdent, de David Joy, est publié aux États-Unis en mars 2015 sous le titre « Where all light tends to go » . Il paraît en France le 25 août 2016 aux éditions Sonatine dans une traduction de Fabrice Pointeau.

Police, Hugo Boris

Ma note :

Hugo Boris - PolicePeu de professions vous exposent à la fascination et à la haine au quotidien. Les policiers français subissent la schizophrénie sociale d’un pays qui change de cible au gré du vent médiatique : on les applaudit pour les encourager après les attentats, on pleure leurs morts lors d’évènements dramatiques, on les caillasse sans vergogne lors des manifs, on les méprise lorsque l’exercice de leur profession vient déranger les petits arrangements qu’on prend avec la loi, on les suspecte d’être tout à la fois ignares, alcooliques, ripous et violents. Un amour vache, dira-t-on.

Hugo Boris nous plonge en immersion dans une mission ordinaire d’un équipage lambda de la police nationale, trois policiers comme on en croise tous les jours sans forcément y prêter attention. Virginie, la femme tourmentée par une grossesse non désirée qu’elle s’apprête à stopper, Aristide, le beau tas de muscles à la grande gueule, qui tente par tous les moyens de rester dans le giron de celle qu’il a réussi à mettre dans son lit un soir, et Erik, le major et chef d’équipage qui passe pour un vendu à la solde de sa hiérarchie.

Alors que l’incendie fait rage au Centre de Rétention Administrative de Vincennes, où s’entassent les immigrés clandestins en attente de décision de reconduite à la frontière, tous les trois se retrouvent embarqués pour une escorte d’un tadjik jusqu’à l’aéroport Charles de Gaulle. Cette mission en apparence banale, répétée des dizaines de fois par jour par des équipes spécialisées, va profondément transformer le destin de ces trois policiers, qui verront leurs certitudes voler en éclat.

C’est un roman qui se lit rapidement, deux cent pages qui nous plongent dans l’habitacle de cet équipage hétéroclite et plus complexe qu’il n’y paraît, à la manière d’un documentaire télévisé. L’histoire est touchante et empreinte d’humanité, ne verse pas dans le pathos, et nous rappelle, s’il en était besoin, que sous cet uniforme jamais assez bien taillé ne se cachent que des hommes et des femmes ordinaires, passionnés par un métier qui les use, et parfois même bien incapables de cacher leur sensibilité derrière leur gilet pare-balles.

Police, de Hugo Boris, est publié le 24 août 2016 aux éditions Grasset.

Déserteur, Boris Bergmann

Ma note :

Boris Bergmann - DéserteurDans un avenir fictif, mais ô combien tangible, la France déclare une guerre totale au terrorisme après une vague d’attentats meurtriers, et pour contenter un électorat en mal de vengeance, le gouvernement utilise une armée de drones pour bombarder sans relâche l’ennemi dans son propre camp.

Notre narrateur, génie de l’informatique et hacker sans aucune morale, qui « fait partie d’une génération pour qui toute technologie est organique » , rejoint les drapeaux après une rupture sentimentale lui ayant laissé l’amer goût de la revanche. Aucun patriotisme chez cet homme mystérieux dont on ne sait presque rien, sinon qu’il s’engage pour l’argent, et prend un certain plaisir à programmer chaque jour dans des bureaux climatisés à Paris des codes servant à assurer cette guerre propre qui se joue à distance, devant des écrans et joystick à la main.

Quand il est envoyé sur le terrain pour une mission au Moyen-Orient, il découvre l’aberration de cette guerre moderne et clinique, où les drones assument les risques à la place des soldats. C’est au côté de jeunes militaires à la ferveur blessée qu’il passe ses journées, et tandis qu’il programme ces avions sans pilote, eux s’ennuient du combat, de cet essentiel corps à corps avec l’ennemi.

Lentement, l’auteur transforme le récit, et ce qui aurait pu passer pour une altération de la réalité, une discrète anticipation, devient science fiction, et l’essor des machines sur l’homme se fait angoissant lorsque l’on découvre que certaines de ces machines ultra-secrètes sont totalement autonomes, et se passent de contrôle humain. Quand survient l’inéluctable mutinerie, l’armée n’hésite pas à laisser les drones sacrifier les hommes, quitte à faire passer la tuerie pour un assaut terroriste supplémentaire. Dans ce terrain hostile, notre hacker saura-t-il seulement sauver sa peau ?

Déserteur est un récit atypique, glissant au fil des pages dans un univers de science fiction. La langue est belle et maîtrisée, et j’ai pris un réel plaisir littéraire à la lecture de ce roman, qui s’est achevé d’une traite. Le propos est intelligent, et interroge avec justesse sur ces guerres modernes, où chaque militaire mort au combat porte le poids de l’échec de la Nation à protéger ses soldats lors de ses conflits. Un roman actuel et lucide, mon premier de la rentrée littéraire 2016, qui place d’emblée la barre haute !

Déserteur, de Boris Bergmann, est publié le 17 août 2016 aux éditions Calmann-Lévy.

Délivrances, Toni Morrison

Ma note :

Toni Morrison - DélivrancesPour cette rentrée littéraire, le site de vente en ligne PriceMinister a décidé de mettre les petits plats dans les grands pour soutenir la littérature, en lançant une opération spéciale : les Matchs de la Rentrée Littéraire, hashtag officiel #MRL15. Pour ce grand coup marketing au service des livres, le site offrait 1000 livres parmi une sélection d’une dizaine de titres, demandant aux participants d’en parler sur l’un des réseaux sociaux de leur choix. Voilà donc comment, il y a quelques semaines, Toni Morrison arrivait dans ma boîte aux lettres.

L’auteur, du haut de ses 84 ans, n’avait jamais franchi les portes de ma bibliothèque. Et pourtant à son palmarès, une édifiante carrière littéraire, avec pas moins de deux prestigieuses récompenses pour seulement une douzaine de romans parus : le prix Pullitzer en 1988 pour son très célèbre roman Beloved, et le prix Nobel de littérature en 1993 pour l’ensemble de son oeuvre.

Son dernier roman, Délivrances, aborde la difficile question de la place des traumatismes de l’enfance dans nos vies d’adultes. Le personnage principal, Lula Ann, qui se fait appeler Bride, est directrice régionale d’une grande marque de cosmétiques. Sur le papier, elle a tout pour être heureuse : une beautée naturelle, un charme qui fait tourner la tête de plus d’un homme, une belle voiture, un appartement somptueux, un travail dans lequel elle excelle. Mais nul tableau ne saurait être si parfait, et l’épine dans le pied de Bride, c’est son intriguant petit ami Booker qui s’en est allé en claquant la porte, ne justifiant son départ que d’un sibyllin « tu n’es pas la femme que je veux« .

Sur ce difficile chemin de repentance, Bride affrontera les fantômes de son passé et devra se confronter aux conséquences vertigineuses d’un mensonge prononcé des années plus tôt, quand une petite fille un peu trop noire pour sa mère ne cherchait qu’à obtenir amour et attention de cette dernière.

Délivrances est un roman difficile, particulier. Il y est question très régulièrement (trop régulièrement, oserai-je même) d’abus sexuels d’enfants par des adultes, et on comprend pour la voir appliquer à chaque personnage que cette thématique est probablement plus importante pour l’auteur qu’il n’y paraît. Pourtant, ce périple aux allures parfois délirantes, est une dissection sans pitié d’adultes blessés dans leur enfance, illustrant sans détour les conséquences de ces traumatismes si répandus. Le titre original est d’ailleurs parfaitement parlant, « God Help the Child« . Un livre à la plume concise et maîtrisée, que j’ai vite lu, mais sans être passionné.

Délivrances, de Toni Morrison, est publié aux États-Unis en avril 2015 sous le titre « God Help the Child », et paru en France le 20 août 2015 chez Christian Bourgois éditeur, dans une traduction de Christine Laferrière.

Les Assassins, R.J. Ellory

Ma note :

R.J. Ellory - Les AssassinsIl aura fallu attendre beaucoup d’années pour que Roger Jon Ellory, connu comme R.J. Ellory, soit publié en France. L’honneur en revient à l’inquiétante maison d’édition Sonatine, fournisseur officiel de frissons, qui publia l’année de sa création Seul le silence, le premier R.J. Ellory traduit dans l’hexagone. De l’auteur britannique dont le succès est désormais international, on apprend dans sa biographie qu’il aura essuyé des centaines de refus d’éditeurs britanniques comme américains, avant que son premier roman ne soit finalement publié en 2003.

Depuis, et avec une heureuse régularité, l’auteur dont les thrillers se déroulent aux États-Unis enchaîne les succès en s’attaquant à la culture populaire américaine : la mafia dans Vendetta, le célèbre NYPD dans Les Anges de New-York, la CIA dans Les Anonymes. Avec Les Assassins, Ellory nous met une nouvelle fois sur la piste d’un insaisissable tueur en série.

Alors que la police peine à résoudre les centaines d’homicides sur lesquels elle planche, faute de moyens humains et financiers, un enquêteur du quotidien City Herald et la journaliste avec laquelle il collabore arrivent à relier plusieurs meurtres entre eux. John Costello est l’un des rares rescapés d’un tueur en série, encyclopédie vivante sur le phénomène, il va découvrir que ces meurtres en apparence très distincts sont en réalité des reconstitutions de crimes réalisés des années plus tôt, exactement le même jour.

Aux côtés de l’inspecteur Ray Irving, ils vont tenter de débusquer ce tueur qui semble toujours avoir un coup d’avance, et qui laisse dans son sillage de plus en plus de victimes, et jamais aucun indice sur son identité ou ses motivations…

Les Assassins marque une fois encore l’excellence d’Ellory dans son domaine, avec un roman palpitant, que l’on dévore avec autant d’impatience que d’effroi, et dont la lente progression est un merveilleux supplice. Le travail de documentation est saisissant, rendant l’histoire des plus réalistes, parvenant même à me coller la chair de poule et à me faire rallumer la lumière alors que je lisais au fond de mon lit. Un roman maîtrisé, une histoire glaçante : le plaisir absolu d’un merveilleux thriller.

Les Assassins, de R.J. Ellory, est paru aux États-Unis en 2010 sous le titre « The Anniversary Man », et publié en France aux éditions Sonatine le 19 août 2015 dans une traduction de Clément Baude.

Etta et Otto (et Russell et James), Emma Hooper

Ma note :

Etta et Otto et Russell et James - Emma HooperJe dois confesser en préambule de cet avis, un coup de cœur pour Les Escales, une jeune maison d’édition qui publie depuis trois ans déjà de très beaux livres, tant dans leur contenu qu’en tant qu’objets, et dont le catalogue contient des auteurs qui me sont chers, comme Jeffrey Archer (et sa passionnante saga Chronique des Clifton) ou Victoria Hislop, et qui a publié le très beau livre de Catherine Chanter pour cette rentrée littéraire, Là où tombe la pluie.

L’éditeur a donc fait confiance à une jeune auteur canadienne aux faux airs d’Amélie Poulain, Emma Hooper, qui publie avec Etta et Otto (et Russell et James) son premier roman, et qui fait une entrée remarquée dans le paysage littéraire international avec une diffusion dans 23 pays, pour 18 traductions !

Ce livre nous parle du temps qui passe et des souvenirs qui restent, en suivant le personnage d’Etta, une vieille femme de 83 ans qui semble un peu perdre la tête, et décide de partir à pieds voir la mer en se dirigeant vers l’est, quitte à parcourir plus d’un millier de kilomètres. Durant son périple, elle fera la rencontre d’un coyote qu’elle appellera James, et de nombreux habitants qui seront d’abord intrigués par son périple, puis finalement fascinés collectivement.

Sa marche est l’occasion d’explorer ses souvenirs, notamment ceux concernant son mari Otto, dont elle fit la rencontre lors de son premier poste d’enseignante dans une école rurale du Canada, et qui partira faire la guerre sur un autre continent quelques mois plus tard. Elle rencontrera également Russell, l’un des amis d’enfance d’Otto, qui fut éperdument amoureux d’elle.

Ce roman est un objet littéraire non identifié, difficile à appréhender, alternant sans ménagement les vicissitudes confuses d’une femme âgée à des retours dans le passé un peu moins nébuleux. Si j’ai aimé la plume d’Emma Hooper, sa beauté de style, sa poésie, j’ai parfois été un peu perdu dans l’ensemble que forme ce roman, dont je ne suis pas sûr d’avoir totalement saisi les dernières pages. Mais pour cette douce sensation de rêve éveillé que m’a offerte l’auteur, je surveillerai tout de même ses prochains romans.

Etta et Otto (et Russell et James), d’Emma Hooper, est paru au Canada en janvier 2015 sous le titre « Etta and Otto and Russell and James », et publié le 21 octobre 2015 aux éditions Les Escales dans une traduction de Carole Hanna.

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