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Les huit montagnes, Paolo Cognetti

Ma note :

Paolo Cognetti - Les huit montagnesSuccès incontesté de la dernière rentrée littéraire, ce premier roman de l’italien Paolo Cognetti était incontournable pour celles et ceux qui aiment les romans prenant pour cadre la nature dans ce qu’elle a de plus beau, de plus sauvage, à la Jack London. Sans surprise, le livre s’est vu récompenser du prix Strega, probablement le prix littéraire le plus prestigieux d’Italie, ainsi que du prix Médicis étranger.

Je ne sais pas quelle part de l’auteur se retrouve dans cette histoire, mais elle semble être de cette intimité qui en appelle à l’expérience et aux souvenirs plus qu’à l’imagination. Dans les montagnes de la Vallée d’Aoste, se niche le petit village de Grana, où Pietro et ses parents viennent passer leurs étés, loin de leur quotidien de citadins. C’est là que l’enfant fera la connaissance de Bruno, celui qui deviendra son meilleur ami, et sera accueilli par sa famille comme un deuxième fils.

C’est à ses côtés que Pietro découvre la vie de la montagne, ses ruisseaux, ses difficultés et ses beautés. C’est avec son père que les enfants s’élanceront sur les chemins de randonnées, à la conquête de ces paysages magnifiques que l’on ne découvre que de l’autre côté des cimes. Ces deux là, l’innocent citadin et le taiseux montagnard, étaient faits pour s’entendre.

Les années passent, et Pietro revient vingt ans plus tard sur les traces de son enfance. Avec Bruno, pas plus bavard qu’à l’époque, ils travailleront à remettre sur pied cette masure de pierres nichée dans la montagne. Ces moments passés ensemble sont ceux des amitiés sincères et intenses, et l’on envie parfois cette complicité qui souvent de passe de mots. Pietro découvrira que, malgré son départ à l’autre bout du monde, Bruno et son père ont conservé jusqu’à sa mort une forme de complicité, un lien presque filial.

Je commençais à comprendre ce qui arrive à quelqu’un qui s’en va : les autres continuent de vivre sans lui.

Après s’être fait la main sur quelques nouvelles, Paolo Cognetti signe là un premier roman très abouti, fort, dont l’intensité se niche dans des phrases à la simplicité aussi belle que cette nature sauvage qu’elles servent souvent à dépeindre. Il y a les grands espaces verdoyants de Jack London et les aventures estivales de jeunes enfants dans la nature, à l’ombre d’un père omniprésent, comme dans un roman de Pagnol. Autant de bonnes raisons pour que Les huit montagnes soit un plaisir à lire, et un véritable succès pour l’auteur.

Les huit montagnes, de Paolo Cognetti, est publié en Italie en novembre 2016 sous le titre « Le otte montagne » . Il est publié en France le 23 août 2017 aux éditions Stock, dans une traduction d’Anita Rochedy.

Anthracite, Cédric Gras

Ma note :

Cédric Gras - AnthraciteSeconde lecture de la sélection de premiers romans publiés chez Stock, en lisse pour le Prix SensCritique du Premier Bouquin, et déjà un peu plus intéressé qu’avec L’éveil de Line Papin, qui m’avait plutôt endormi.

Nous sommes donc cette fois en Ukraine, en 2014, à l’époque dite de la « crise ukrainienne » , quand le gouvernement décide de ne pas se rattacher à l’Union Européenne, entraînant alors sa chute dans une révolution partant tous azimuts. La crise prit une dimension internationale lorsque la presqu’île de Crimée demande à rejoindre la Fédération de Russie, entraînant un chaos diplomatique et militaire de grande envergure. Dans le Donbass, une région du sud-est de l’Ukraine, les miliciens s’affrontent, d’un côté les pro-russes, de l’autre les ukrainiens.

Au centre de tout ça, deux amis d’enfance aux destins divergents – l’un est chef d’orchestre et fuit une arrestation imminente, l’autre dirigeait une mine d’anthracite, une variété de charbon gris – prennent la fuite et tentent, en sauvant leur peau, de mettre à l’abri les femmes qu’ils aiment.

J’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire, mes connaissances du conflit ukrainien n’allant pas plus loin que celles apportées par les journaux télévisés et la presse en ligne (mais merci Wikipédia, hein !), et le roman était quelques fois un peu difficile à suivre dans sa logique. Il y a du bon, dans ce roman flirtant de réalisme, et j’ai apprécié la cocasserie des certaines situations, qui prêtent à sourire, en dépit du fait que l’on se retrouve au beau milieu d’une guerre, avec de vrais morts, et qu’en soit ça ne me fasse pas franchement marrer. J’ai été moins ennuyé mais pas passionné par l’histoire de ce premier roman.

Anthracite, de Cédric Gras, est publié le 24 août 2016 aux éditions Stock.

Mes illusions donnent sur la cour, Sacha Sperling

Ma note :

Sacha Sperling - Mes illusions donnent sur la courEn période de rentrée littéraire, il est difficile de sortir du lot quand on publie son premier roman, et que la presse s’obstine dans les grandes largeurs à critiquer les titres des auteurs les plus attendus. Sacha Sperling, « fils de« , voit pourtant son premier roman publié chez Fayard à tout juste dix-huit ans.

Plongé dans ce qu’il convient aujourd’hui d’appeler la « jeunesse dorée » des beaux quartiers parisiens, le lecteur fera la connaissance de Sacha, un jeune adolescent d’à peine quatorze ans, étudiant en troisième dans un collège bien fréquenté.

Il rencontrera au hasard d’un voyage Augustin, un garçon de son collège un peu plus âgé que lui. Entre eux s’établira une complicité teintée d’admiration et de désir, qui deviendra plus qu’une simple amitié. Sacha est perdu, amoureux, sous l’emprise complète d’Augustin, et ne vit que lors de ses soirées en boîte où il découvre les filles, l’alcool et la cocaïne.

On pourrait voir dans ce roman « à l’américaine » une version tricolore d’un Bret Easton Ellis, où se mélangent les corps, les sexualités et les abus chez une jeunesse s’ennuyant de la vie, baignant dans le confort et l’argent de parents trop occupés à les négliger. Pourtant, j’y vois surtout l’histoire d’un adolescent éperdument amoureux d’un garçon mystérieux, sombre et sûr de lui, qui par amour se laisse emporter vers un monde qui ne lui convient pas, et finira par le détruire. Une histoire belle comme douloureuse, une plume qui sait transporter et émouvoir, et qu’on surveillera avec attention.

Mes illusions donnent sur la cour, de Sacha Sperling, est publié en août 2009 chez Fayard. Disponible en format poche depuis août 2011 au Livre de poche.

Today we live, Emmanuelle Pirotte

Ma note :

Emmanuelle Pirotte - Today we liveLes rentrées littéraires savent si bien mettre en avant les auteurs phares des différentes maisons d’édition (on parlera d’auteurs bankables, car l’édition est une économie : les auteurs attendus font les gros tirages, donc les grosses rentrées d’argent), appelés à rafler la plupart des prix avec la même surprise feinte d’année en année, qu’on en oublierai que ces rentrées sont aussi celles des petits nouveaux, qu’ils laissent ou non leur empreinte dans le paysage littéraire français. C’est le cas d’Emmanuelle Pirotte, dont la quatrième de couverture nous informe laconiquement qu’elle est scénariste et que Today we live est son premier roman.

Nous sommes en 1944 dans les Ardennes belges, au moment où l’armée allemande tente dans un baroud d’honneur de contrer l’inexorable marche en avant des armées de la Libération. Mathias est un soldat allemand, un SS d’une unité spéciale utilisée pour l’opération Greif, visant à reprendre le contrôle de plusieurs ponts sur la Meuse afin de faciliter la progression des troupes allemandes. Comme tous ses camarades de cette unité si particulière, il parle un anglais quasi parfait, est revêtu d’un uniforme de soldat américain, et placé au volant d’une Jeep ennemie.

Le prenant pour un allié, un prêtre lui confie la petite Renée, une enfant juive dont l’existence est menacée par l’arrivée d’une colonne allemande dans son village. Au moment d’abattre l’enfant, et alors qu’elle tourne vers lui ses grands yeux noirs, Mathias réalise l’acte le plus surprenant et le plus humain de sa courte mais sombre carrière de SS : il décide, sans comprendre pourquoi, de la laisser vivre et de fuir cette guerre avec elle. La suite du roman raconte leur survie précaire dans une campagne belge épuisée et résignée, accueillant bon gré mal gré allemands puis américains, avec la même lassitude, n’aspirant qu’à vivre enfin paisiblement.

Today we live est un premier roman qui se lit bien, l’écriture est agréable, et on progresse facilement dans cette histoire qui ne manque pas d’originalité. Cependant et malgré ces débuts prometteurs, j’ai ressenti un manque de profondeur, un manque d’épaisseur dans les personnages et dans l’histoire en général, ce qui ne m’a pas empêché d’apprécier le livre dans son ensemble, mais qui parfois m’a laissé un peu sur ma faim. Un auteur à suivre, dans tous les cas.

Today we live, d’Emmanuelle Pirotte, est publié le 3 septembre 2015 au Cherche-Midi.

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