À propos des livres

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Le dernier enfant, Philippe Besson

Ma note :

Il y a deux événements littéraires que j’attends avec impatience chaque année : la rentrée littéraire de septembre qui adoucit la fin de l’été et son immanquable spleen et la parution d’un nouveau roman de Philippe Besson qui réchauffe les cœurs entre deux parts de galette en tout début d’année.

Je radote, mais chaque année je vous dis que ça vaut le coup d’essayer Besson. Vous n’aimerez peut-être pas, après tout les productions des auteurs sont inégales, mais il faut découvrir la beauté de ses phrases, de son style. Sauf quand il s’épanche sur ses amours élyséens, je ne suis jamais déçu.

Le dernier enfant, c’est une petite journée dans la vie d’une famille, un évènement banal scruté au microscope et disséqué par l’auteur : le dernier des trois enfants d’un couple quitte le foyer pour s’installer dans un studio, en ville. Si vous vouliez un pitch, le voilà.

Le talent de l’auteur, c’est d’arriver à parfaitement capturer et analyser les enjeux, les douleurs secrètes, des inquiétudes d’une mère. Je l’ai lu avec le ravissement au bord des lèvres, et si elle n’était pas partie trop tôt, c’est un livre que je me serai empressé de faire lire à ma mère pour savoir si, elle aussi, avait ressenti cet orage intérieur au départ du petit dernier.

Ce syndrome du nid vide dont ma libraire m’a parlé et que Philippe Besson illustre avec talent dans ce magnifique roman est une réalité terrible que beaucoup de femmes vivent dans le silence de leur cœur, et qui conduit à beaucoup de syndromes dépressifs.

Parce que c’est beau, parce que c’est touchant, intelligent, sensible sans effusion, parce que la plume de Besson me bouleverse toujours autant, je ne peux que vous inciter à lire Le dernier enfant.

Le dernier enfant de Philippe Besson a paru le 7 janvier aux éditions Julliard.

Et à la fois je savais que je n’étais pas magnifique, Jon Monnard

Ma note :

Jon Monnard - Et à la fois je savais que je n'étais pas magnifiqueIl faut peut-être y voir une coïncidence perverse, mais c’est la seconde fois que je trouve un auteur helvète aussi sublime qu’hétérosexuel. Mais surtout, aussi sympathique que doué, et c’est peut-être ça, finalement, la marque de fabrique d’un écrivain chez nos voisins à l’impassible neutralité. Après Joël Dicker, qui avait fait vibrer le cœur de quelques midinettes – dont votre serviteur – et accompagné un paquet de lecteurs dans les pas de Marcus Goldman, voici que le tout aussi jeune Jon Monnard signe aux éditions L’âge d’homme son premier roman, au titre aussi long qu’intriguant, Et à la fois je savais que je n’étais pas magnifique.

Coska est un jeune homme à l’étroit dans une école d’arts dont il semble hermétique aux différents codes et comportements. Pourtant estimé brillant par certains professeurs, cette jeune étoile connaîtra le destin de tous les astres soumis à la pression : au bord de l’implosion, il fera le choix de tout plaquer pour se consacrer à sa passion viscérale qu’est la littérature, et surtout l’écriture.

Après avoir remporté un concours d’écriture pour une maison de haute couture réputée, il collaborera en grande pompe avec cette marque désireuse d’intellectualiser son image. Des étoiles plein les yeux, le jeune auteur découvrira à ses dépens un monde aussi hostile que superficiel, fait de faux semblants, de gloires éphémères et de promesses dorées.

Les ignares, les profiteurs se sont entichés de la littérature, de la bohème, de l’intellectualité comme de simples accessoires extérieurs ou des vecteurs d’images, sans grande profondeur.

De son vrai nom Jonathan Monnard, écrivain en herbe depuis ses douze ans, grand lecteur, instagrammeur prolifique et par ailleurs comédien amateur dans la troupe de théâtre Les Culturés, l’auteur s’est dit inspiré par un concours d’écriture organisé par la marque Prada, y voyant là une trame propice à l’écriture de ce roman dont il avait fait la promesse à sa mère quelques années avant son décès.

Préfacé par le célèbre Philippe Besson, ce premier roman est surprenant dans ses thématiques, celles de la fugacité du succès, de la superficialité des apparences, et finalement, celle des illusions perdues. Un court roman initiatique et pourtant terriblement lucide sur la tyrannie du faux semblant dans le milieu de la mode comme dans sa représentation dans les réseaux sociaux, que j’ai lu avec beaucoup de plaisir et auquel il faut reconnaître de belles qualités. Jon Monnard aspire, et je ne le blâmerai surtout pas, à continuer d’écrire, des romans comme des scénarios. On ne demande pas mieux.

Et à la fois je savais que je n’étais pas magnifique, de Jon Monnard, est publié en Suisse le 9 mars 2017 et en France le 30 mars 2017 aux éditions L’âge d’homme.

« Arrête avec tes mensonges », Philippe Besson

Ma note :

Philippe Besson - Arrête avec tes mensongesC’est avec une régulière impatience que j’attends les premiers jours de janvier, qui signent pour moi la parution éventuelle – et tellement espérée – d’un nouveau texte de Philippe Besson. Pour son dix-huitième roman, l’auteur qui fêtera ses cinquante ans à la fin du mois de janvier nous offre un récit d’autofiction remarquable, quasiment autobiographique.

1984, l’année de ma naissance, et l’hiver de ses dix-sept ans. L’histoire se déroule au lycée de Barbezieux, une petite ville de Charente, entre Angoulême et Bordeaux. Philippe est un garçon studieux, du style premier de la classe, avec quelques manières féminines qui le condamnent rapidement au soupçon d’homosexualité. Qu’importe. Dans la cour, il n’a d’yeux que pour Thomas Andrieu, garçon ténébreux sur qui les remous de la vie semblent glisser sans prise. Jusqu’à ce jour inattendu où, celui qu’il pensait ne pas être destiné aux garçons, vient lui confier le désir qu’il a pour lui, et le secret dont cela doit s’entourer.

C’est alors une histoire d’amour, une histoire de manque, que nous confie Philippe Besson. Un récit authentique, celui d’un adolescent assumant sa sexualité, qui tombe amoureux d’un garçon ne l’assumant pas. Une histoire vouée à ne pas s’envoler, condamnée par avance à devenir objet du passé, quand à la question de savoir pourquoi Thomas l’a choisi lui, l’auteur se remémore la réponse qui aujourd’hui le hante encore : « parce que tu partiras et que nous resterons » .

Lecteur assidu de l’auteur, même si parfois déçu, j’avais écrit à propos de Son frère, qui en fut ma première lecture, « je soupçonne ce livre d’être autobiographique. On ne peut pas écrire aussi bien et aussi juste sur ce sujet sans l’avoir fatalement touché du doigt » . Je comprends aujourd’hui avec « Arrête avec tes mensonges » que l’intuition était juste, qu’il fallait voir dans cette sensibilité, dans cette justesse des sentiments, un vécu plus ou moins proche, une tristesse quasi-similaire.

C’est la prodigieuse beauté de ce récit, de nous ouvrir les portes de l’univers de Philippe Besson, de nous permettre de comprendre les thèmes récurrents de l’auteur, ceux des amours contrariés, de l’abandon, du manque, du deuil. Ce roman, cette histoire qu’il peut aujourd’hui raconter, c’est la matrice de l’auteur que j’aime à lire, c’est la genèse d’une oeuvre toujours à fleur de peau.

Philippe Besson nous offre une fois de plus un texte sensible et délicat, à l’écriture chirurgicale, un récit intime sur le drame du secret, sur la séparation, mais aussi sur une époque, celle des années 80 et de l’épidémie de mort dont elle fut le témoin. Un livre à ne pas manquer.

« Arrête avec tes mensonges » de Philippe Besson est publié aux éditions Julliard le 5 janvier 2017.

Les passants de Lisbonne, Philippe Besson

Ma note :

Philippe Besson - Les Passants de LisbonneVous pourriez me trouver snob, mais je n’aime pas Noël. Les cadeaux, les réunions de famille, les repas interminables, ce n’est pas mon truc, c’est comme ça. Ne parlons même pas des festivités du nouvel an… Pourtant chaque année, le mois de décembre voit naître en moi une certaine impatience que la petite rentrée littéraire, la rentrée d’hiver comme on l’appelle parfois, vient récompenser avec la sortie en librairie du désormais traditionnel « nouveau Besson ».

Cette année, l’auteur nous emmène dans la chaleur humide des rues lisboètes. Dans un hôtel qu’on imagine luxurieux et à la fois baigné d’un certain cachet historique, un homme aborde une femme. Il ne sait pas trop expliquer pourquoi, peut-être parce qu’ils sont tous deux français, mais la voir chaque jour dans le patio de cet établissement, seule, lui donne envie de l’aborder.

Très vite, ces deux là scelleront un pacte tacite, celui de se raconter, de mettre des mots sur la tristesse dans laquelle ils sont drapés, sans espoir de se revoir, d’aller au delà de cet échange. Elle raconte la douleur, la souffrance et le vide qui l’habitent depuis qu’elle a perdu son mari lors du grand tremblement de terre qui a ravagé San Francisco, où il était entrain de travailler.

Il raconte ce vide qu’il tente de remplir de garçons éphémères depuis que son compagnon l’a quitté, ces soirées qu’il termine aux bras d’amants d’un soir, glanés dans les lieux festifs qu’offre la ville. Ils partagent cette triste solitude des êtres abandonnés par ceux qu’ils aiment, et sans en avoir conscience, parviendront tous deux à s’aider, à se soigner de cette envie d’exil, de solitude.

Ce livre est, à l’instar de tous les romans de Philippe Besson, un livre magnifique, à l’écriture ciselée : c’est un formidable roman sur le deuil. L’auteur parvient à mettre en mots les sentiments les plus variés de nos expériences humaines, que ce soit l’amour, la tristesse, la souffrance, le doute, l’apathie ou encore l’abandon. Ce roman ne fait pas défaut aux livres précédents, et tient toutes les promesses que la sourde fébrilité de l’attente avaient créées, en offrant un plaisir de lecture inégalé, que seule la plume de Besson sait faire naître. Vivement l’an prochain…

Les passants de Lisbonne, de Philippe Besson, est publié le 7 janvier 2016 aux éditions Julliard.

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