À propos des livres

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Lontano, Jean-Christophe Grangé

Ma note :

Grangé, LontanoFaut-il vraiment refaire ici la biographie de Jean-Christophe Grangé ? Difficile d’être passé à côté de l’un des rares (bons) auteurs de thrillers en France, surtout quand certains de ses titres ont été adaptés sur grand écran. Pour cette rentrée littéraire, Grangé sort donc un nouveau roman aussi sombre et aussi fou que ses précédents, en prévenant d’avance qu’une suite sera publiée en 2016, de quoi rendre fébrile n’importe quel aficionado.

Lontano, c’est la traque haletante d’un tueur ressurgi du passé, c’est une plongée dans les blessures et la folie d’une famille à deux doigts de l’implosion, c’est un regard cynique sur les ruines encore fumantes de la Françafrique et d’un passé colonial pas si éloigné que ça.

Erwan Morvan est commandant à la brigade criminelle, quai des orfèvres : il est chargé par son père – un flic de la vieille école, mi-barbouze mi-conseiller place Beauvau – de mener l’enquête en Bretagne sur la mort intriguante d’un élève officier pilote dans une école de l’aéronautique navale, survenue en plein bizutage. Son enquête est rendue difficile par ce que son père, qui semble être impliqué de près ou de loin dans cette histoire sordide, lui cache.

Alors qu’un second cadavre mutilé est retrouvé à Paris, l’enquête s’oriente vers une piste improbable : un ancien tueur en série ayant sévi au Congo, l’Homme-Clou, arrêté à l’époque par son père, et mort depuis quelques années dans une unité spécialisée en Bretagne…

Erwan devra alors mener de front une enquête de plus en plus complexe, une famille au bord de l’abîme, des magouilles dans l’exploitation minière que possède son père au Congo, une vie sentimentale chaotique ; le tout l’entraînant dans l’exploration de ses limites, de la noirceur de la perversité humaine, sur les traces de l’Homme-Clou.

J’ai dévoré cet excellent Grangé malgré ses 800 pages, sur le sillon de cette histoire totalement folle mais qui prend sens dans les derniers chapitres. On y retrouve une thématique chère à l’auteur, celle des modifications génétiques, mais qui ne dévie cette fois pas trop dans la science-fiction : de quoi rallier les déçus des précédents titres.

Lontano, de Jean-Christophe Grangé, est publié le 9 septembre 2015 chez Albin-Michel.

Les Bienveillantes, Jonathan Littell

Ma note :

CouvertureLe phénomène qui a entouré ce livre reste assez extraordinaire pour une oeuvre littéraire fraîchement publiée. On en a parlé partout, j’ai lu des critiques dythirambiques un peu partout, et leur radical opposé ça et là. C’est d’ailleurs marrant, ces « pavés dans la marre », qui suscitent soit l’engouement soit un dédain pur et dur, sans jamais finalement susciter d’avis mitigé.

J’ai beaucoup aimé, je ne le cacherais pas plus longtemps. Je ne sais pas trop comment parler de ce livre, c’est assez difficile. On m’a souvent demandé dans le bus, au café, au travail, ce que je pensais de ma lecture : « ahhh, vous avez Les Bienveillantes ! Et bien, alors, c’est comment ? Parce que j’hésite beaucoup… ».

Alors, qu’en dire ? Ce livre est phénoménal, pour sûr. Le sujet, déjà, ne peut pas laisser insensible. Narrer la seconde guerre mondiale du point de vue « des méchants », c’est assez rare pour être relevé. Etablir une oeuvre de fiction construite sur l’Histoire, et pas la plus belle, ce n’est pas rien non plus. On suit ici la vie d’un officer SS jusqu’à la chute de Berlin, sur 900 pages, et parfois ce qu’on lit fait mal.

Je ne ferais que deux reproches à Littell, si je peux me permettre. La première, est particulièrement pénible dans la progression de la lecture au départ, c’est l’emploi de germanisme : les grades, les ministères, les tactiques, … tout est en allemand dans le texte, et le lecteur est prié de se reporter en fin d’ouvrage pour comprendre. Au départ, c’est assommant, on tient 900 pages à bout de bras, on est vite lassé de chercher à la fin. Mais passé un certain cap de lecture, on se familiarise avec le tout. Le second point, c’est que dans la vie du Dr Aue (le personnage principal) tout n’est pas rose. Il est un peu psychopathe sur les bords, et quand Littell se lance dans 20 pages de délire sexuel et psychotique, je vous assure, il faut tenir le cap.

Le tout se lit pourtant très facilement, et le roman crée une sorte de fascination assez étrange, je lisais dés qu’il m’était possible de lire, partout et en tout temps. On ne se sent alourdi par le récit que lorsqu’il digresse un peu. D’un point de vue historique, ma culture générale ne me permet pas de remettre en cause les éléments cités dans le livre, mais je trouve l’ensemble merveilleusement documenté. Une amie m’a laissé entendre que Littell s’était fasciné sur le sujet : je n’en doute absolument pas.

Si vous aimez lire, si vous avez de la patience et de la force dans les bras, lancez-vous dans la lecture de cette oeuvre singulière, parfois glassante d’effroi, toujours intéressante, étrangement fascinante. J’ai encore le souvenir du soir où j’ai achevé la lecture de ce roman : je suis resté interdit pendant un bon quart d’heure, comme sonné, à me dire « c’est terminé, réveille-toi, ce n’était qu’un livre« . Comment mieux illustrer que ce roman m’a pris corps et âme pendant toute sa lecture ?

Les Bienveillantes, de Jonathan Littell, est paru en août 2006 chez Gallimard, et remporte le Prix Goncourt ainsi que le Grand prix du roman de l’Académie Française la même année. Disponible en format poche chez Folio depuis février 2008.

Miroitements, Erwin Mortier

Ma note :

CouvertureFayard publie pour cette édition 2015 de la rentrée littéraire le septième roman d’Erwin Mortier, un auteur belge flamand néerlandophone qui fêtera cette année ses 50 ans. Infirmier de formation, celui qui débuta sa carrière en psychiatrie se consacra par la suite à l’écriture de romans, de poèmes, d’essais historiques ou encore de chroniques pour un quotidien flamand progressiste, De Morgen.

Dans Miroitements, il retrouve l’époque de la première guerre mondiale, époque qui lui tient à coeur et dans laquelle il avait déjà plongé sa plume lors d’un précédent roman, Sommeil des dieux.

Edgard Demont est homosexuel, et se raconte sans pudeur dans ce récit en filigrane, où il est question de ses amants. Il y a Matthew, le mari britannique de sa soeur (la narratrice du Sommeil des dieux) avec qui il vit une histoire aussi belle que clandestine durant de nombreuses années, qu’il rencontra dans l’hôpital militaire où il fut soigné pour ses blessures lors de la première guerre.

Il y a Pierre également, un jeune homme qui reste à ses côtés comme un domestique, et qui troque son rôle de valet lorsque la nuit tombe pour se glisser sous les draps de son maître. Il y a le cousin Paul, il y a les garçons d’un soir, et ceux des gestes brusques dans l’intimité d’une ruelle. Et probablement ceux qu’Edgard ne raconte pas.

De ce récit de vie se dégage une grande mélancolie, l’histoire se raconte comme un bilan désabusé, des blessures restées ouvertes, des cicatrices qui défigurent. C’est un roman complexe et douloureux à la fois, mêlant une écriture parfois poétique aux passages grivois sans prévenir. Miroitements s’achève comme un pincement au coeur, se referme sur les illusions d’Edgard.

Je regrette néanmoins les très nombreux dialogues en anglais, et certains en allemand, qui ne sont traduits qu’en fin d’ouvrage plutôt qu’en note de bas de page, et qui saccadent la lecture si l’on n’est pas anglophone (on retrouvait ce procédé fastidieux dans Les Bienveillantes, de Jonathan Littell).

Miroitements, d’Erwin Mortier, est paru en Belgique en mars 2014 sous le titre « De spiegelingen », et publié le 26 août 2015 aux éditions Fayard dans une traduction (du néerlandais) de Marie Hooghe.

Blanche

Blanche, de Gallimard

Blanche, de Gallimard

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