À propos des livres

Étiquette : JC Lattès

Le tunnel, Carl-Johan Vallgren

Ma note :

Carol-Johan Vallgren - Le tunnelVoilà un polar éminemment atypique ! Son auteur, Carl-Johan Vallgren, est un touche-à-tout : à 53 ans, l’homme est tour à tour chanteur, comédien ou écrivain, et fait publier ses derniers romans sous le pseudonyme de Lucifer, sauf en France où les éditeurs ont bien perçu que ça n’était pas très vendeur… Le tunnel, c’est un second roman avec le même personnage principal, Danny Katz, un toxicomane vaguement sevré, génie de l’informatique, et détective privé quand il le faut. Et après ses premières mésaventures dans Le garçon de l’ombre (chez le même éditeur), force est de constater que notre anti-héros s’attire les histoires compliquées.

Jorma Hedlund décide de se lancer dans un dernier braquage après avoir reçu des infos inespérées d’un homme travaillant pour une compagnie de transport de fond : lui qui voulait prendre sa retraite et se retirer du banditisme, c’est raté. Seulement, rien n’est jamais aussi simple dans la vie que sur le papier, et le braquage tournera au fiasco, obligeant Jorma à prendre la fuite et à se terrer.

Katz lui, retrouvera son ami et ancien dealer Ramon, qui vit désormais avec sa copine Jenny. Des retrouvailles de courte durée, puisque le premier sera retrouvé raide mort quelques jours plus tard, et que la seconde sera portée disparue.

Enquêtant sur la disparition de son ami, Katz va se retrouver au cœur d’un trafic glauque au possible, mêlant la drogue et la prostitution, et les hommes d’influence à un mystérieux réseau d’orgies sado-maso, à l’origine de nombreuses disparitions.

Le tunnel mérite amplement son titre original, « Les porcs » , quand il s’agit de résumer l’esprit global du roman. Si l’intrigue tient la route malgré les bas fonds dans lesquels elle évolue, j’ai pour autant eu beaucoup de mal à avancer dans ce roman – ce n’était peut-être tout simplement pas la bonne période – et j’ai mis plus de deux mois à en venir à bout. La saga Danny Katz s’arrêtera donc là pour moi…

Le tunnel, de Carl-Johan Vallgren, est publié en Suède en octobre 2015 sous le titre « Svinen » . Il est publié en France aux éditions JC Lattès le 10 mai 2017 dans une traduction d’Esther Sermage.

Origine, Dan Brown

Ma note :

Dan Brown - OrigineJe me suis lancé dans la lecture d’Origine, le dernier né de la plume de Dan Brown, avec un mélange d’appréhension et d’excitation. Appréhension, car Inferno, son avant dernier bouquin, était imbuvable et n’était qu’un guide touristique romancé, dénué d’intérêt. Excitation car, comme je l’ai déjà dit dans ma critique d’Inferno, j’ai toujours l’espoir de retrouver le même univers qu’au commencement, quand le Da Vinci Code avait révélé au monde l’univers de son auteur, l’entraînant vers le succès qu’il connaît depuis.

L’intrigue se joue cette fois en Espagne, où Langdon a rendez-vous avec Edmond Kirsch, un de ses anciens élèves devenu l’un des scientifiques les plus controversés du moment. Ce soir là, au musée Guggenheim de Bilbao, l’homme s’apprête à révéler au monde sa dernière trouvaille, la réponse ultime à la question que les Hommes se posent depuis des millénaires, qui renverserait probablement l’équilibre des religions.

Seulement voilà, alors qu’il est sur le point de prendre la parole, face à un parterre d’invités triés sur le volet, et tandis que la planète entière suit son allocution retransmise sur internet, Kirsch est abattu. Aux côtés d’Ambra Vidal, la directrice du musée, et fiancée du futur roi d’Espagne, Langdon devra prendre la fuite afin de déverrouiller la séquence vidéo qu’allait lancer son ancien élève et ami avant son assassinat, et qui révèlera le fruit de ses recherches.

Luttant alors contre la montre, Langdon et Vidal devront filer à Barcelone en échappant aux tueurs qui en ont manifestement après eux, sans parler des gardes royaux dont ils ne savent pas vraiment s’ils essaient de les protéger où de les faire taire. Du palais royal jusqu’aux bureaux de Kirsch, le chemin sera long et semé d’embuches. Le jeu en vaut-il seulement la chandelle ?

Je serais presque réconcilié avec Dan Brown grâce à Origine. Presque, parce que ce roman est un peu moins étouffant sur l’aspect « j’étale le fruit de mes recherches » que le précédent roman, et que l’intrigue avec la couronne d’Espagne est un peu grosse, même si pour l’américain moyen tout ça doit être totalement plausible. Malgré tout, le rythme se tient, l’intrigue en général est assez originale, et j’ai pris du plaisir à lire ce Dan Brown, même si l’on reste loin des premiers romans…

Origine, de Dan Brown, est publié aux États-Unis en octobre 2017 sous le titre « Origin » . Il paraît en France le 4 octobre 2017 aux éditions JC Lattès dans une traduction de Dominique Defert et Carole Delporte.

Positif, Camille Genton

Ma note :

Camille Genton - PositifJ’ai eu la drôle d’idée de lire ce récit alors que j’étais moi-même en attente de mes résultats de dépistage de différentes IST, effectué quelques jours plus tôt dans le centre d’information et de dépistage d’un établissement de santé à côté de chez moi. C’est une période toujours délicate, on se rassure comme on peut en imaginant, un peu anxieux, la possibilité du pire.

Camille Genton, visage angélique de 32 ans, est un jeune entrepreneur parisien que les spécialistes qualifient volontiers d’entrepreneur à succès. A 25 ans, celui qui résume son mode de vie du moment en parlant de « Gentonnerie » pour les « excès en tout genre du mec qui ne sait pas s’arrêter, veut toujours aller plus loin » , et qui est sur le point d’ouvrir son premier restaurant, tombe amoureux d’un garçon.

Entre eux, c’est aussi simple qu’évident, et deux semaines après leur coup de foudre, Marc-Antoine s’installe chez Camille « tout naturellement » . Parce qu’on s’aime, on va se faire dépister, le cœur léger, sans y penser. Et c’est là, dans ce laboratoire aux improbables employés, que le diagnostique sera posé : il est séropositif.

Commence alors une période difficile, celle de l’acceptation de la maladie, un moment où il faut trouver le médecin avec qui l’on se sent en confiance pour débuter le suivi de cette maladie chronique. Paradoxalement, le combat le plus difficile pour Camille ne sera pas de sauver son couple, qui perdure aujourd’hui encore, mais de faire face à ce qu’il appelle à juste raison « la double peine » , celle d’être malade et d’être considéré comme incapable.

Ma maladie m’a obligé à retrouver le goût des choses simples. J’apprécie la normalité autrefois tant redoutée.

De son combat et de ses nécessaires mensonges, notamment aux banques, afin d’obtenir les prêts nécessaires à son activité d’entrepreneur, Camille s’est inspiré pour écrire un récit résolument positif. Jamais larmoyant, ne cherchant aucune excuse ou aucune compassion, il expose sa vie de jeune homme actif et malade dans un superbe témoignage. En septembre, il a lancé avec l’appui de nombreuses personnalités le manifeste « Nous sommes tous positif.ve.s » afin de dénoncer les discriminations dont sont victimes les personnes séropositives et de réclamer un droit à l’oubli. Plus d’informations sur les articles du Parisien ou de FranceInfo.

J’ai terminé Positif le jour où je suis allé chercher mes résultats au centre d’information et de dépistage, un peu moins anxieux, et avec moins d’aprioris. Et Camille de conclure : « même si les molécules que j’ai dans le sang ne m’autorisent plus à être le même, je viens d’avoir trente et un ans, je suis atteinte du VIH et tout va bien, merci » .

Positif, de Camille Genton, est publié le 6 septembre 2017 aux éditions JC Lattès.

Quand le souffle rejoint le ciel, Paul Kalanithi

Ma note :

Paul Kalanithi - Quand le souffle rejoint le cielRegarder la mort en face pour garder la tête haute face à l’ultime injustice d’une vie écourtée n’est pas à la portée de toutes les personnes malades, mais c’est pourtant l’admirable leçon que l’on peut tirer de la lecture de ce livre posthume ô combien déchirant. Paul Kalanithi se découvre malade alors qu’il est interne en neurochirurgie, une spécialité difficile dans laquelle il excelle, et qui lui réserve sans nul doute une brillante carrière. Quand il consulte une consœur avec son épouse Lucy, également médecin, pour sa perte de poids et ses douleurs dorsales qui le font souffrir le martyr, il ne se fait guère d’illusion sur le résultat des examens.

Atteint d’un cancer pulmonaire ayant déjà tissé sa toile mortelle sur de nombreux autres organes, Paul voit sa vie basculer à 36 ans. Il passe alors du statut de chirurgien prometteur à celui de patient, et se retrouve « de l’autre côté » , derrière la barrière invisible que tout soignant redoute de franchir un jour.

Entouré de sa femme, qu’il a rencontré en faculté de médecine, de son père, lui-même cardiologue, ainsi que du reste de sa famille, il débutera un premier traitement. Son cancer un temps stabilisé, et après un peu de rééducation, il retournera au bloc opératoire pour prendre en charge quelques patients, avec un rythme de travail allégé.

Le couple décide alors de s’organiser pour donner la vie, et quelques mois plus tard, les voilà heureux parents d’une petite Cady, rayon de soleil dans un ciel bien sombre. Malheureusement, très rapidement, la santé de Paul se dégrade, et l’écriture même de son livre devient difficile.

Il mourra entouré de ses proches le 9 mars 2015, en ayant choisi de partir sans souffrance ni acharnement. Son livre, resté inachevé, est terminé par sa femme Lucy, qui rédige un émouvant épilogue à la mémoire de celui qu’elle aura aimé et accompagné jusqu’aux derniers instants. Un récit intime et émouvant, d’une éprouvante lucidité, qui rappelle que ceux qui vont mourir nous donnent toujours les plus belles leçons de vie.

Pour en savoir plus sur Paul Kalanithi, voir quelques vidéos de lui et de ses proches pendant la rédaction de ce livre-testament, vous pouvez aller sur son site.

Quand le souffle rejoint le ciel, de Paul Kalanithi, est publié aux États-Unis sous le titre « When Breath Becomes Air » en janvier 2016. Il paraît en France le 15 février 2017 aux éditions JC Lattès dans une traduction de Cécile Fruteau.

Au paradis des manuscrits refusés, Irving Finkel

Ma note :

Irving Finkel - Au paradis des manuscrits refusésPour un amoureux des livres, difficile de ne pas se réjouir quand au hasard d’une escapade chez son libraire, on croise un roman sur les livres, décoré d’une belle bibliothèque comme l’était la couverture de Confiteor de Jaume Cabré, nous laissant l’espoir fou de retrouver le cimetière des livres oubliés de Carlos Ruiz Zafón, ou un univers s’en rapprochant.

Dans ce roman d’Irving Finkel, conservateur du département Moyen-Orient du très distingué British Museum, caché derrière sa barbe blanche, ses lunettes rondes et cet air de vieux chercheur sorti d’Indiana Jones, il ne s’agit pas tout à fait d’un cimetière de livres oubliés, mais d’une bibliothèque dédiée aux romans, aux essais, aux guides, aux poèmes et à toute forme de manuscrit n’ayant jamais réussi à être publié, conservé avec ses innombrables lettres de refus, cyniques et méprisantes si possible.

Dans cette étrange bibliothèque, inconnue du grand public et perdue dans la campagne britannique, une clique de bibliothécaires, chercheurs et conservateurs hors norme protège cet étrange foisonnement de ratés, dans lesquels se cachent sûrement quelques perles ayant échappé de peu à la notoriété. A leur tête, le double docteur Patience veille à protéger la tradition léguée par ses prédécesseurs, attaquée par l’arrivée de personnages extérieurs aux motivations parfois crapuleuses.

Malgré un cadre qui pourrait se révéler propice à l’écriture d’un roman trépidant, aux rebondissements originaux, Irving Finkel livre un premier roman assez ennuyeux, trop rocambolesque pour être amusant, un brin farfelu, qui aurait pu rejoindre sa bibliothèque… On serait tenté de blâmer l’humour britannique, mais j’ai lu des auteurs anglais dont l’humour était efficace, et je crois juste que Finkel s’adresse à un public plus jeune que moi, que je situerai dans la tranche des pré-adolescents, d’autant plus que l’édition originale était enrichie d’illustrations.

Au paradis des manuscrits refusés, de Irving Finkel, est publié au Royaume-Uni en 2007 sous le titre « The Last Resort Library ». Il est publié en France le 9 mars 2016 aux éditions JC Lattès dans une traduction d’Olivier Lebleu.

Sur une majeure partie de la France, Franck Courtès

Ma note :

Frank Courtès - Sur une majeure partie de la FranceLa France est un beau pays, constitué pour l’essentiel d’une campagne luxuriante faisant face à des villes qui peinent à élargir leurs frontières. C’est de cette province historiquement agricole, faite de maisons en pierres et de corps de ferme isolés, de ces petits villages français typiques, construits autour de la place de l’église, dont il est question dans ce très beau livre de Franck Courtès.

Avec nostalgie, le narrateur quitte Paris pour une escapade provinciale avec quelques amis, ces « p’tits week-ends » que les parisiens exilés de province adorent. Dans cette campagne verdoyante qui l’a vu grandir et qu’il a vu changer, il retrouve un peu par hasard un camarade de son enfance, l’occasion pour lui de brosser le portrait d’une génération ayant connu l’urbanisation de ces terres jusque là protégées de tous les drames de la modernité.

Quentin a grandi dans les pas de son père et de son ouvrier, un garde chasse et un amoureux de la terre un peu coupé du monde, et se destine à reprendre le domaine, les ruines du vieux château avec ses douves pleines de poissons, les bois dans lesquels il organise la chasse le week-end. Né handicapé d’un pied malformé, il deviendra un garçon curieux et sensible, s’intéressant à la peinture et à la lecture, sans jamais mépriser le travail de la terre ni renier son amour pour la nature dans laquelle il vit toutes ses aventures avec son petit frère Benoît. Plus tard, il tombera amoureux d’Anne, une fille rêvant de s’installer en ville que même une grossesse accidentelle ne parviendra pas à faire rester à ses côtés.

Gary lui, semble être né d’une mauvaise graine. Issu d’une famille peu reluisante, il deviendra dés l’enfance un petit délinquant, les choses ne s’arrangeant pas avec le temps. Avec l’arrivée des banlieusards et des étrangers, chassés d’une capitale ne pouvant plus les héberger, cette campagne va se modifier, s’urbaniser, et offrir à Gary le tremplin idéal pour sa carrière de délinquant, le transformant en dealer de drogue dont les faits de violence le conduisent très jeune en prison.

Le récit se construit autour de cette lente transformation de la France, avec l’arrivée du béton, de l’agriculture industrielle, de la drogue et de la délinquance organisée. Les destins de Gary et de Quentin flirtent l’un avec l’autre, s’accrochant plus que de raison, tantôt à cause de son petit frère Benoît, devenu trafiquant pour l’argent facile, tantôt pour Anne, qui sombre dans la drogue et s’abandonne aux bras de ce voyou violent mais généreux avec sa drogue. La tension monte au fil des pages entre les deux, jusqu’au drame, inéluctable, qui d’un coup de fusil ramène le calme sur la campagne.

Franck Courtès livre avec Dans une majeure partie de la France un roman nostalgique sur la France de l’après-guerre, sur ces campagnes qui ont vu disparaître l’amour du terroir au profit de celui des immeubles et du béton, de ces fermes qui étaient reprises par les enfants et qui désormais sont soumises aux produits chimiques, au rendement, à l’industrie agro-alimentaire et aux banques. Un récit passionnant sur le destin de deux hommes qui s’opposent malgré leur proximité, et qui sans mélancolie, trace en toile de fond l’évolution d’une société et la transformation d’un territoire.

Sur une majeure partie de la France, de Franck Courtès, est publié le 20 janvier 2016 aux éditions JC Lattès.

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén

error

Retrouvez également mes coups de cœur sur