À propos des livres

Étiquette : gay

Rainbow Warriors, Ayerdhal

Ma note :

Ayerdhal - Rainbow WarriorsAlors ça, il fallait y penser ! Je ne sais plus bien comment ni où j’ai mis la main sur ce livre, mais le résumé de l’éditeur figurant sur la quatrième de couverture m’a tout de suite plu, par son improbable singularité. Imaginez : une armée de pédés, de gouines et travelos bien décidés à renverser un dictateur africain, on ne croise pas ça tous les jours chez son librairie.

Et pourtant, c’est l’histoire très sérieuse de ces Rainbow Warriors, une armée privée de mercenaires, recrutés dans le plus grand secret par un ancien général américain fraîchement retraité et un peu frileux à l’idée de diriger cette clique de soldats si différents. Financée par de très généreuses donations de célébrités, l’organisation est dirigée par l’ex-secrétaire général des Nations Unies, très au fait du manque de liberté de ce petit pays fictif de l’Afrique dictatoriale et de l’homophobie qui y règne.

Le récit suit donc le recrutement de quelques soldats remarquables, dont certains seront amenés à prendre le commandement d’unités lors du coup d’état qui se profile. L’entraînement de ces personnalités si différentes et pourtant toujours drôles et touchantes ne manque pas de passages hilarants, et tous apporteront leur pierre à l’édifice dans cette grande armée bigarrée.

Mais Ayerdhal ne se contente pas d’une fresque originale et humoristique sur cette improbable armée LGBT, il parvient à interroger sérieusement le lecteur sur l’exercice du pouvoir et ses dérives, que nous rencontrons une fois le coup d’état réussi et le nouveau gouvernement mis en place, car même la bonne volonté démocratique d’homosexuels trop longtemps ségrégationnés ne suffit pas toujours à réussir en politique. Un roman sérieusement marrant à dévorer !

Rainbow Warriors, d’Ayerdhal est publié en mars 2013 aux éditions Au Diable Vauvert. Disponible en format poche depuis février 2015 au Livre de poche.

Nos bonheurs fragiles, Laurent Fialaix

Ma note :

Laurent Fialaix - Nos bonheurs fragilesIl m’est assez difficile de savoir par où commencer, et quoi dire, dans ce qui est une ébauche de critique de ce livre. J’y vois deux raisons assez simples, plus délicates que la traditionnelle angoisse de la page blanche.

Alors que je viens de tourner les dernières pages du roman de Laurent, je suis en proie à une sorte d’imbroglio émotionnel, qui d’un côté rend ma prose plus libre, mais de l’autre l’empêche de s’organiser afin d’avoir un sens. La seconde raison, qui pourrait finalement être aisément franchissable, est que je connais Laurent. Comme je lui disais lors d’une discussion à coeur ouvert sur mes premières impressions, alors que je venais d’en dévorer les premières pages, il est difficile d’être impartial dés lors qu’on connaît l’auteur d’un ouvrage à critiquer, surtout avec ce récit très personnel dont il serait très franchement difficile de dire du mal. Pas par retenue, mais par bon sens. Quel jugement critique peut-on porter sur une histoire vécue, à mille lieux de la fiction ?

Alors qu’en dire… ? Nos bonheurs fragiles est un roman qui n’en est pas un, ce serait plutôt un récit, un journal intime. Celui d’un homme qui, hanté par la mort de son compagnon, fait le maximum pour garder la tête hors de l’eau. Un récit construit à l’image des sentiments qui habitent l’auteur et qui finissent par se propager au lecteur : plein d’ambivalence et de contradictions, laissant apercevoir à quel point un drame peut laisser dévasté.

Il y a Laurent et son compagnon depuis six ans, un compagnon qu’il aime et qui pourtant l’épuise, dont il ne supporte plus les excès, l’alcoolisme, la violence, et cette envie de mort. Puis ce suicide, terrible, qui ouvre la voie du pire : la culpabilité. A laquelle vient s’opposer, parfois, la rancune : celle d’un vivant subissant les conséquences de la mort. Nos bonheurs fragiles est un récit profondément humain, où l’on assiste impuissant à la lente reconstruction d’un homme devant continuer à vivre malgré tout. Un livre difficile, mais que l’on sait thérapeutique pour son auteur.

Nos bonheurs fragiles, de Laurent Fialaix, est paru en août 2009 aux éditions Léo Scheer.

Paradis amer, Tatamkhulu Afrika

Ma note :

Tatamkhulu Afrika - Paradis amerL’auteur vous est probablement inconnu, et ce fut également mon cas jusqu’à ce que je fasse sa connaissance par le biais de cette autobiographie écrite du temps de son vivant. Si l’écrivain sud-africain est mort il y a plus de dix ans, il nous a laissé en ultime héritage un magnifique roman d’amour : Paradis amer.

L’histoire débute aux prémisses de la seconde guerre mondiale, quand le narrateur, Tom Smith, part au combat en Afrique du nord puis est fait prisonnier. Dans les camps dans lesquels ils s’entasseront avec d’autres combattants de différentes nationalités, ils passeront des mains des alliés  italiens à celles de l’ennemi absolu, les soldats du Reich, et si la vie au camp est un supplice psychologique et physique, l’ambiance, les conditions de détentions, les visites de la Croix-Rouge, les activités autorisées rendent le quotidien moins insupportable que dans les camps de concentration. Et c’était sans compter sur les sentiments nés de la promiscuité…

Aussi improbable que cela puisse sembler, ces camps de prisonniers ont abrité des histoires d’amour entre hommes, des relations qui allaient plus loin que le simple plaisir mécanique que deux hommes coupés du monde extérieur peuvent s’offrir. Il y aura donc Douglas, cet anglais pot-de-colle dont l’auteur semble ne pas réussir à se défaire, et vis à vis duquel un sentiment ambivalent apparaît : bien qu’il ne supporte pas ses manières d’épouse, il appréciera cette amitié si forte qui parfois l’aura porté au delà des épreuves de l’emprisonnement.

Tout sera remis en question par l’arrivée de Danny, un jeune éphèbe sans manières, solitaire et assez sauvage pour offrir au narrateur une échappatoire à sa relation étouffante avec Douglas. Très vite, leur relation éveillera des questionnements inédits chez Tom, sur la nature exacte de ses sentiments, sur la réalité de son attirance, sur ce désir physique qui s’impose malgré la fragilité des corps.

Paradis amer est une histoire d’amour singulière, différente parce qu’homosexuelle sans vraiment l’être, unique parce que subordonnée a un moment précis, un moment très sombre de la vie de deux hommes. J’y ai trouvé la camaraderie et la tendresse des Amitiés Particulières de Peyrefitte, avec ce désir brûlant, cet incendie amoureux qui couve, que j’avais tant aimé dans Brokeback Moutain. L’auteur nous rappelle au crépuscule de sa vie que l’amour est beau parce qu’il transcende les questions d’étiquette, et qu’il réussi tel une petite graine à germer dans le cœur pourtant aride de deux hommes déportés dans les camps de prisonniers nazis. Un roman qui se dévore et qui nous consume, une très belle histoire à découvrir sans tarder.

Paradis amer, de Tatamkhulu Afrika est paru en 2002 en Afrique du Sud sous le titre « Bitter Eden », et publié aux Presses de la Cité le 3 septembre 2015 dans une traduction de Georges-Michel Sarotte.

Miroitements, Erwin Mortier

Ma note :

CouvertureFayard publie pour cette édition 2015 de la rentrée littéraire le septième roman d’Erwin Mortier, un auteur belge flamand néerlandophone qui fêtera cette année ses 50 ans. Infirmier de formation, celui qui débuta sa carrière en psychiatrie se consacra par la suite à l’écriture de romans, de poèmes, d’essais historiques ou encore de chroniques pour un quotidien flamand progressiste, De Morgen.

Dans Miroitements, il retrouve l’époque de la première guerre mondiale, époque qui lui tient à coeur et dans laquelle il avait déjà plongé sa plume lors d’un précédent roman, Sommeil des dieux.

Edgard Demont est homosexuel, et se raconte sans pudeur dans ce récit en filigrane, où il est question de ses amants. Il y a Matthew, le mari britannique de sa soeur (la narratrice du Sommeil des dieux) avec qui il vit une histoire aussi belle que clandestine durant de nombreuses années, qu’il rencontra dans l’hôpital militaire où il fut soigné pour ses blessures lors de la première guerre.

Il y a Pierre également, un jeune homme qui reste à ses côtés comme un domestique, et qui troque son rôle de valet lorsque la nuit tombe pour se glisser sous les draps de son maître. Il y a le cousin Paul, il y a les garçons d’un soir, et ceux des gestes brusques dans l’intimité d’une ruelle. Et probablement ceux qu’Edgard ne raconte pas.

De ce récit de vie se dégage une grande mélancolie, l’histoire se raconte comme un bilan désabusé, des blessures restées ouvertes, des cicatrices qui défigurent. C’est un roman complexe et douloureux à la fois, mêlant une écriture parfois poétique aux passages grivois sans prévenir. Miroitements s’achève comme un pincement au coeur, se referme sur les illusions d’Edgard.

Je regrette néanmoins les très nombreux dialogues en anglais, et certains en allemand, qui ne sont traduits qu’en fin d’ouvrage plutôt qu’en note de bas de page, et qui saccadent la lecture si l’on n’est pas anglophone (on retrouvait ce procédé fastidieux dans Les Bienveillantes, de Jonathan Littell).

Miroitements, d’Erwin Mortier, est paru en Belgique en mars 2014 sous le titre « De spiegelingen », et publié le 26 août 2015 aux éditions Fayard dans une traduction (du néerlandais) de Marie Hooghe.

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