Ma note :

J’adore ces romans qui échappent totalement à mon radar littéraire mais qui finissent toujours par me revenir en main par un moyen ou un autre, des chroniques qui le mettent en avant lors d’une sortie poche, un cadeau, une copine qui l’a dévoré et qui me dit mais comment t’as pu passer à côté de ça ?, une librairie qui avoue, à l’occasion de la sortie d’un nouveau roman de l’auteur, qu’elle avait préféré son précédent. Bref, les bons bouquins finissent toujours par trouver le chemin de ma bibliothèque (pour les lectures médiocres, je suis seul responsable), et c’est une excellente nouvelle.

C’est ainsi que, pas très motivé à me lancer dans Buveurs de vent après avoir lu quelques avis mitigés, j’ai préféré découvrir l’auteur en lisant d’abord son précédent roman, Né d’aucune femme, qui a remporté en 2019 une ribambelle de prix (Prix des lectrices Elle, Prix Babelio, Prix des Libraires, …). Et alors, vous allez peut-être penser que je suis un garçon plein de bizarreries, mais j’ai commencé ce roman sans savoir de quoi il parlait. Naïf, j’avais imaginé d’après le titre et la couverture que ce serait un roman sur la maternité, sur un enfant à la recherche de ses origines : j’étais loin, très loin du compte.

Pour résumer l’intrigue à celles et ceux qui n’ont pas entendu parler du roman et voudraient s’y mettre en sachant dans quoi ils mettent les pieds, Rose est une jeune fille travaillant à la ferme de son père avec sa mère et ses trois sœurs cadettes. Une famille simple vivant chichement sur un bout de terre dans les Landes, on imagine plutôt au début du siècle dernier. Parce que les temps sont durs, son père commet l’impensable : il vend sa fille au maître des forges contre une bourse d’argent.

Au château du maître, Rose découvrira rapidement que derrière son rôle de servante, de domestique, se cache en réalité un dessein bien plus funeste, qui se rapproche plus de l’esclavage. Si elle trouve la mère du maître franchement rêche, elle n’est pas au bout de ses surprises, et c’est une vie de souffrances et de misère qui attend Rose si elle ne fait rien pour essayer de se sortir de cet enfer dans lequel son père l’a envoyée. Des années plus tard, un prêtre mettra secrètement la main sur les carnets que Rose a noirci de son histoire, et c’est à partir de là que nous connaîtrons le récit de sa douloureuse vie.

Une claque. Bim. Tu voulais un livre sur la maternité, la filiation, et tu te retrouves dans un thriller psychologique épouvantable ! Pour l’ambiance, l’époque, l’écriture, j’ai immédiatement pensé être dans l’univers d’un Philippe Claudel, et c’est une très bonne chose. Ce roman remue, met mal à l’aise, questionne, et finalement il est difficile de ne pas le dévorer dans une sorte d’engouement malsain, pour savoir ce que Rose deviendra. C’était magistral, coup de cœur à retardement mais coup de cœur quand même : j’espère que, d’une façon ou d’une autre, ce roman finira entre vos mains.

Né d’aucune femme, de Franck Bouysse, a paru le 10 janvier 2019 aux éditions La Manufacture de Livres. Il paraît en poche au Livre de Poche le 19 août 2020.