Ma note :

Il y a toujours de belles découvertes dans les rentrées littéraires et des premiers romans brillants qui nous font dire « mais pourquoi a-t-il attendu si longtemps pour écrire ? » . C’est exactement que j’ai pensé après quelques chapitres de ce succulent roman, Le monde du vivant, premier roman de Florent Marchet dont je n’avais jamais entendu parler, et dont la fiche Wikipédia m’apprend qu’il est auteur-compositeur et qu’il a collaboré à de nombreux albums, titres et musiques de films. J’aime ces trajectoires atypiques, essayer de deviner le musicien derrière l’auteur, de trouver la trace de l’auteur dans les personnages au fil des pages, et de comprendre dans les interviews ou les rencontres avec les lecteurs ce qui a pu déclencher l’envie d’écrire de la littérature.

Mettez vos bottes car nous partons à la campagne et plus précisément aux Maisons Rouges, cette ferme où Jérôme a emmené sa famille un jour où il avait décidé qu’il en avait assez de cette vie d’ingénieur agronome à Orléans. Avec cette nouvelle activité, Jérôme pensait donner vie à ses idéaux écologiques, prendre soin de cette terre qu’on massacre à coup d’engrais et de culture intensive, et avec l’aide de son épouse Marion il s’est lancé dans l’aventure du bio, en diversifiant son activité : des vaches laitières, des poulets, du fromage de la ferme, des céréales…

Pourtant ça n’est jamais aussi simple qu’on l’imagine. Les idéaux se trouvent confrontés à la réalité d’une économie difficile, de la dépendance aux marchés, des aléas de la vie comme cet accident qui blesse Marion et met toute l’exploitation en difficulté alors que la chaleur de l’été est étouffante. Jérôme ne peut pas vraiment compter sur sa fille Solène qui termine son collège et avec laquelle les relations sont tendues, ni sur son fils Gabin, trop petit et vivant sur une autre planète. Ils n’ont pas d’autre choix que de se tourner vers les wooffers, ces jeunes volontaires qui travaillent gratuitement sur des exploitations bio en échange du gîte et du couvert. C’est ainsi qu’au cœur de l’été, Théo arrivera aux Maisons Rouges au sein d’une famille en tension où les désirs, les frustrations et les rancœurs silencieuses ne tarderont pas à se libérer.

C’est un premier roman incroyable ! Rarement j’ai eu cette sensation d’évidence dans ma lecture, ce sentiment de lecteur que tous les ingrédients étaient là et en juste quantité, que la recette était parfaite et que bon sang, quand même, quel bouquin. J’ai sincèrement été impressionné par la justesse, celle du propos, des personnages, de leurs réactions, de l’analyse sociétale. C’est un livre abouti que j’avais beaucoup de mal à quitter entre deux périodes de lecture. Un auteur que je compte bien suivre et qui, je l’espère, nous gratifiera d’autres parutions !

Le monde du vivant, de Florent Marchet, a paru le 26 août 2020 aux éditions Stock.