Ma note :

L’aridité du Texas. La chaleur étouffante de cette année 1976 qui vous accable dès que vous sortez de la maison, cette sécheresse qui rend difficile la survie des animaux, le bétail attaqué par les mouches à viande qu’on doit abattre dès qu’il est malade et brûler avant que les corps ne gonflent et n’empestent. Ces puits de forage qui fleurissent partout dans l’état, cet or noir qui attire prospecteurs et ouvriers, ce pétrole qui tue souvent sur les exploitations, mais qui rapporte des dollars bien américains à tout un tas de travailleurs, qu’ils s’empressent d’aller dépenser dans les bars de la ville et les clubs de strip-tease du coin. Ce Texas des hommes qui travaillent comme des forçats et risquent leur peau pour des forages, c’est aussi l’enfer des femmes qui subissent la loi du plus fort.

Comme Gloria Ramirez, 14 ans, qui préfère qu’on l’appelle Glory et qui ce matin là, un lendemain de Saint Valentin, se traînera dans un ultime instinct de survie sur plusieurs kilomètres jusqu’à la ferme où elle trouvera de l’aide. C’est Mary-Rose Whitehead qui recueille cette adolescente, tout du moins ce qu’il en reste. L’enfant est méconnaissable après une nuit de sévices, et si elle demande à sa fille d’appeler le shériff et une ambulance, elle aura tout de même besoin de son fusil – l’a-t-elle rechargé après sa dernière utilisation ? – pour se protéger quand au seuil de sa maison se présentera celui qui a fait subir les horreurs, et qui réclame sa proie.

Difficile d’obtenir justice dans cet état, à une époque qui n’a finalement rien à envier à l’Amérique raciste et sexiste de la présidence Trump. Il leur en faudra du courage, de la pugnacité et de la témérité à ces femmes – surtout à Mary Rose – pour tenir tête au système, ne pas faiblir face aux menaces et aux insultes, et si parfois elle sera au bord de l’abîme, qu’on pourrait se demander si ce combat qui n’est pas le sien mérite d’être mené, croyez bien qu’elle est prête à en découdre.

J’ai été happé par ma lecture alors que je débutais ce roman et me promettais de n’en lire que les premières pages avant de dormir, et hier soir encore alors qu’il me restait encore un quart du livre à lire, j’ai pensé repousser sa fin à ce matin, jusqu’à ce que je réalise qu’il était quasiment deux heures du matin et que je venais de le terminer. Il y a bien sûr quelques passages un peu moins entraînants, mais dans l’ensemble j’ai vraiment beaucoup accroché avec Glory, mais surtout avec Mary Rose la véritable héroïne de ce roman. Quelle femme !

Glory, d’Elizabeth Wetmore, a paru aux États-Unis en mars 2020 chez HarperCollins sous le titre « Valentine » . Il est publié en France aux éditions Les Escales le 27 août 2020 dans une traduction d’Emmanuelle Aronson.