Ma note :

Je vous avais déjà expliqué ce qui me poussait à lire en anglais, par delà le snobisme et ma volonté farouche de conserver un semblant d’aptitude bilingue, j’y vois généralement l’occasion de lire des romans qui ne sont pas voire ne seront pas publiés en français, et c’est souvent le cas pour la littérature de genre LGBT+ qui ne dépasse généralement pas la porte de son éditeur originel. Ainsi donc avant l’été, alors que je furetais dans le catalogue nord-américain de NetGalley à la recherche des livres les plus attendus outre-Atlantique, j’ai été accroché par la très belle couverture d’After Elias, avant de découvrir en lisant le résumé que les personnages principaux étaient un couple d’hommes.

Coen et Elias sont en couple depuis huit ans, vivent ensemble à Vancouver au Canada anglophone et s’apprêtent à se passer la bague au doigt dans quelques jours, sur une île paradisiaque au large du Mexique, d’où est originaire Elias. Tandis que Coen est déjà à l’hôtel pour finaliser les derniers préparatifs du mariage avec l’organisatrice, Elias parcourt le monde dans l’avion dont il est co-pilote. Tout va basculer lorsque sur la télévision du bar de l’hôtel, il verra sur une chaîne d’informations qu’un avion reliant l’Europe à Vancouver s’est abîmé en mer.

J’ai été franchement désarçonné par la réaction initiale du personnage, finalement assez calme, qui ne s’effondre pas à grand renfort de hurlements, de vie terminée, de choses comme ça. Coen décide de rester sur l’île et de poursuivre les festivités avec les invités à venir, en transformant ce mariage non remboursable en une célébration de la vie d’Elias, tout juste disparu. Le staff de l’hôtel s’inquiète, ses amis, ses parents, tout le monde lui demande de rentrer, de tout annuler, l’imagine au fond du trou : mais non, Coen persiste dans son choix.

Un ultime enregistrement de quelques secondes est diffusé par la tour de contrôle de Reykjavík en Islande dans lequel on entend Elias dire un « pronto dios », ce que tout le monde comprend comme le message d’adieu d’un candidat au suicide, qui se serait tué avec des centaines de passagers, comme ce fût le cas avec cet avion de GermanWings en 2015, et dont l’histoire a inspiré l’auteur. Personne n’a de certitudes, et pourtant ce doute est un ennemi redoutable qui viendra jeter un voile sombre sur cette étrange célébration qui s’annonce.

Je ne peux pas révéler la fin, seulement vous dire que c’est vraiment excellent et que je ne m’attendais pas à ces derniers chapitres. Coen vit son deuil à sa manière, épaulé par sa famille et ses meilleurs amis. L’auteur, dont il s’agit du premier roman, alterne intelligemment entre des flashbacks permettant de comprendre l’histoire et la personnalité de chacun d’eux, et les jours qui suivent la disparition d’Elias. Un très beau roman sur l’amour, la culpabilité, le deuil. Vous pouvez bien sûr l’acheter en anglais au format papier ou en livre numérique, mais j’espère surtout que ce livre saura un jour attirer l’œil d’un éditeur francophone ! Fingers crossed, comme on dit là-bas.

After Elias, de Eddy Boudel Tan, a paru en septembre 2020 chez Dundurn Press.