À propos des livres

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Terminus Elicius, Karine Giebel

Ma note :

Karine Giebel - Terminus EliciusLe monde de l’édition est parfois fait de mystère, de choix étranges, et je m’interroge toujours sur l’opportunité – et les motivations – qu’ont eu les éditions Belfond de republier ce tout premier roman de Karine Giebel, auteur française de polar désormais bien connue, qui était paru en 2004 dans la collection Rail Noir des éditions La Vie du Rail, un groupe de presse spécialisé dans la publication de magazines et de romans en rapport avec le transport ferroviaire.

Terminus Elicius nous emmène donc à Marseille, dans un commissariat de la ville où travaille Jeanne, une employée administrative un peu particulière, oscillant entre des rituels maniaques et les décompensations psychotiques. Au bureau, elle est discrète au point d’en devenir invisible, même si elle aimerait que le capitaine Esposito la remarque un peu plus.

Jeanne donc, très ritualisée, prend tous les jours le même train pour se rendre de Istres – où elle vit avec sa mère, dépressive neurasthénique – à Marseille, où elle travaille. Et inversement, le soir. Toujours le même train, la même place, les mêmes habitudes.

Un jour, glissée entre deux sièges, Jeanne trouve une lettre laissée là à son attention. A l’intérieur, un courrier d’un mystérieux Elicius, qui lui annonce la surveiller depuis longtemps, l’aimer, et être un tueur. Et ça tombe bien, pendant ce temps, le capitaine Esposito et son équipe traquent en vain un tueur en série dans les environs de Marseille.

Pour la faire court, Jeanne et le tueur correspondent plus où moins, entre deux crises de nerf et deux égorgements de victimes, tandis que la police patauge littéralement dans un bain de sang. Le capitaine Esposito est pourtant déterminé, comme l’illustre cette brillante phrase : « Désormais, il en faisait une affaire personnelle. Il y passerait ses jours, ses nuits, sa vie entière s’il ne fallait. Et sa traque ne connaîtrait ni répit ni pitié » .

Bref, ce roman fut très vite lu, et c’est tant mieux. Je l’ai trouvé plein de bons sentiments, de grosses ficelles, d’amateurisme, de clichés en veux-tu en voilà. J’en étais désolé pour Karine Giebel, pour qui j’ai beaucoup d’estime littéraire, car je ne comprends pas qu’on ai voulu remettre en avant ce livre qui a toutes les qualités, et tous les défauts, d’un premier roman. Si vous ne connaissez pas encore l’auteur, attaquez-vous plutôt à Purgatoire des innocents ! Enfin, on notera la présence d’une nouvelle inédite en fin d’ouvrage, pour faire passer la pilule du roman : une bonne idée, mais loin d’être suffisante.

Terminus Elicius, de Karine Giebel, est publié en 2004 aux éditions La Vie du Rail et republié le 3 novembre 2016 aux éditions Belfond. Le titre est également disponible au format poche depuis octobre 2011 aux éditions Pocket.

Je sais pas, Barbara Abel

Ma note :

Barbara Abel - Je sais pasJe n’aime pas les enfants. Ça paraît souvent exagéré, lancé comme une provocation, une boutade, mais c’est pourtant vrai : j’ai horreur des chères têtes blondes devant lesquelles la plupart de mes congénères s’extasient. Avec ce nouveau polar de l’auteur belge Barbara Abel, soit son dixième roman, les choses ne sont pas prêtes de s’arranger…

Lors d’une sortie scolaire en forêt, Mylène la jeune institutrice se retrouve dans une situation difficile lorsque la jeune Emma, cinq ans, décide de n’en faire qu’à sa tête. En perfide manipulatrice, elle réussit parfaitement à cliver les adultes autour d’elle, opposant avec une facilité déconcertante sa maîtresse et une autre accompagnante, tout comme ses parents, un peu plus tard dans la lecture.

Seulement voilà, puisqu’il faut un drame dans ce genre de roman, Emma est manquante lorsque les enfants sont comptés à l’issue de la balade. Ni une ni deux, notre courageuse mais globalement immature enseignante part à sa recherche dans les bois, armée d’un extraordinaire sens de l’orientation féminin. Elle trouvera l’enfant, tombée dans une sorte de puit naturel, et se retrouvera elle-même coincé avec elle lorsqu’elle tentera de l’aider.

Un peu plus tard, alors que la petite Emma est retrouvée par les gendarmes mobilisés après sa disparition, et bien que l’on soit toujours sans nouvelles de Mylène, l’enfant déclarera « je sais pas » lorsqu’on la questionnera sur la localisation de sa maîtresse, dont elle porte le foulard noué autour du bras. Machiavélique, l’enfant.

La suite du roman tourne autour de la disparition de l’institutrice, au passé agité, diabétique sous insuline, et dont le père n’est autre que l’amant de la mère de la petite Emma. Vous les voyez, les grosses ficelles ?

Je n’ai pris aucun plaisir à la lecture de ce polar trop facile, rarement raccord. Peut-être que ne partage pas l’hypersensibilité d’un lectorat féminin, mais j’avais en permanence l’impression que les personnages étaient au bord de l’hystérie, la mère d’Emma étant particulièrement insupportable. L’enfant n’est absolument pas crédible, l’auteur lui prêtant volontiers des traits totalement inadaptés pour une enfant de cinq ans, la transformant en petite créature diabolique aux calculs froids. Probable déformation professionnelle, mais je n’ai pas non plus été emballé par la pseudo urgence amenée par le diabète, l’histoire étant sur ce point irréaliste. Enfin, j’ai globalement été agacé par cette usante sensibilité à fleur de peau, cette panique permanente. Un bouquin qui donne envie de se bouffer un Lysanxia et de se faire un bilan thyroïdien. Décevant !

Je sais pas, de Barbara Abel, est publié le 6 octobre 2016 aux éditions Belfond.

La tentation d’être heureux, Lorenzo Marone

Ma note :

Lorenzo Marone - La tentation d'être heureuxJe n’ai pas assez souvent l’occasion de m’essayer à la littérature italienne et après avoir terminé La tentation d’être heureux, je ne peux que le regretter. Troisième roman de l’ancien avocat napolitain, qui consacre désormais sa vie à l’écriture, à sa femme et à son fils, il se déroule dans la ville dont il est originaire et qui est malheureusement plus réputée pour la Camorra, sa mythique mafia, que pour ses talents littéraires.

Cesare Annunziata est un vieux machin de soixante-dix-sept ans qui n’aime pas grand monde et ronchonne tout le temps. Veuf, il vit seul dans son appartement à Naples, et ne côtoie pas grand monde à part sa voisine de pallier, une vieille folle dont l’appartement est infesté de chats qu’elle recueille et dont l’odeur est pestilentielle, et un vieil impotent quelques étages plus bas, ami de longue date qui vit cloitré en attendant la mort.

Pourtant il a une famille, mais il passe son temps à se chamailler avec sa fille avocate qui le sermonne comme un enfant sur son hygiène de vie désastreuse depuis qu’il a survécu à un infarctus, et il en veut à son fils de ne pas être fichu de lui dire qu’il est homosexuel, comme s’il risquait de mal le prendre. A son âge, Cesare a décidé de reprendre sa vie en main, et s’il a jusque là été un mauvais mari et un piètre père, c’est terminé : il dit ce qu’il pense, fait ce qu’il veut et s’amuse comme un enfant en se faisant passer pour le préfet ou un ancien gradé de la gendarmerie afin d’obtenir quelques faveurs.

Pourtant, derrière ce personnage un brin acariâtre se cache quelqu’un de bien, et quand il découvrira que sa nouvelle voisine de pallier se fait allègrement taper dessus par son mari, Cesare décide de prendre les choses en main avec l’aide de ses voisins…

Malgré une histoire pas franchement poilante, celle de la violence conjugale et du tabou social qu’elle réprésente, Lorenzo Marone arrive à rendre ce roman drôle et léger, et on se prend d’affection pour ce personnage atypique de papy grincheux, qui n’est pas sans rappeler par certains moments celui de Jonas Jonasson dans Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire. Un roman attachant, plus délicat qu’il n’y paraît, qui donne effectivement envie d’être heureux.

La tentation d’être heureux, de Lorenzo Marone, est publié en Italie en janvier 2015 sous le titre « La tentazione di essere felici » . Il est publié en France le 1er septembre 2016 aux éditions Belfond dans une traduction de Renaud Temperini.

La Trêve, Saïdeh Pakravan

Ma note :

Saïdeh Pakravan - La TrêveDans son dernier roman, l’auteur franco-américaine Saïdeh Pakravan, née en Iran et installée à Paris, imagine un monde bouleversé par un évènement inimaginable : une trêve dans la folie des hommes. Sans prévenir, un 9 juillet à minuit, tout semble s’arrêter : plus de meurtre, plus de crime, plus de viol, plus de morts, plus de maladies, et plus de naissances.

Les urgences sont vides, les ambulances restent sagement alignées en attendant désespérément un appel de détresse, et les commissariats s’ennuient face à cette soudaine pause dans ce qui constitue d’ordinaire leur activité quotidienne. L’auteur nous fait suivre un policier, loin des stéréotypes du genre, qui profite de cette trêve pour se rapprocher d’une journaliste d’origine iranienne, elle même ne restant pas insensible à ses charmes.

Une fois que les médias se sont emparés de cet étrange phénomène, défiant toute statistique et toute logique scientifique, la trêve se retrouve sur toutes les lèvres, et des hommes politiques aux charlatans, tous profitent de l’évènement pour faire parler d’eux. Parmi une multitudes de petites histoires, où des personnages à peine rencontrés illustrent brièvement l’absence de capacité malveillante en ce jour extraordinaire, on suit plus particulièrement le destin de quatre personnes sur lesquels pèse une force négative.

Ce roman original m’a fait penser à un négatif des scénarios de la saga American Nightmare, où à l’exact opposé, pendant vingt-quatre heures, tous les crimes étaient autorisés. Les histoires s’enchaînent avec un certain amusement, au début, puis une vague lassitude, sur le tard, de part leur aspect un peu redondant, dénué de surprise. La lecture est néanmoins rendue agréable grâce au talent de raconteuse d’histoires de l’auteur, qui semble n’être jamais à cours d’idées quand il s’agit d’imaginer la perversité et la méchanceté des humains entre eux. Un livre étrange mais agréable, plein d’espoir et un brin mystique, qui mérite qu’on lui donne sa chance.

La Trêve, de Saïdeh Pakravan, est publié le 25 août 2016 aux éditions Belfond dans une traduction d’Agnès Michaux.

Voici venir les rêveurs, Imbolo Mbue

Ma note :

Imbolo Mbue - Voici venir les rêveursNous sommes en 2007, en pleine crise financière des marchés américains. Jende Jonga est un camerounais originaire de Limbé, une station balnéaire anglophone située en bord de mer, et résidant illégalement sur le sol états-unien après que son visa ait expiré. Après plusieurs années à vivre de petits boulots, son cousin Winston lui obtient un entretien avec Clark Edwards, un associé de la banque d’investissement Lehman Brothers. Lorsque ce dernier l’engage comme chauffeur pour la famille, la vie de Jende s’en voit bouleversée.

Sa femme Neni et leur fils de six ans vont enfin pouvoir jouir de sa prospérité nouvelle, et la famille réfugiée dans un minuscule deux pièces de Harlem imagine déjà la Green Card à portée de main, leur ouvrant alors toutes les perspectives de réussite et de bonheur. Neni travaille dur pour espérer débuter un jour ses études afin de devenir pharmacienne, et ce nouvel emploi au service des Edwards les soulage des difficultés financières.

Entre Jende et son patron Clark, un respect mutuel s’établit, et les deux hommes partagent même quelques bons moments, ainsi que quelques secrets. C’est que, malgré leurs positions si distinctes, ils savent s’appuyer sur ce qui les rassemble : une certaine vision de la morale, le plaisir simple d’un coucher de soleil, le sens de la famille.

Mais pour les Jonga, l’attente de la réponse des services de l’immigration concernant leur demande d’asile, se fait chaque jour un peu plus difficile, l’épée de Damoclès d’une expulsion étant toujours bien présente, et « ils perdraient la chance de grandir sur une terre merveilleuse, peuplée de rêveurs » . Chez les Edwards, tout prend l’eau, et les tensions professionnelles de Clark à propos de sa banque, alors en plein remous, n’aident pas à apporter de la stabilité à son couple. Alors que tout vacille, vers quoi se tourneront-ils pour ne pas s’effondrer ?

Premier roman d’une camerounaise elle-même originaire de Limbé et partie étudier aux États-Unis en 1998, Voici venir les rêveurs s’est fait remarquer lors de la Foire du livre de Francfort il y a deux ans, et l’éditeur américain l’a alors acheté pour un joli montant. Réjouissons-nous qu’il sorte en France cinq jours avant les États-Unis, car ce magnifique roman est un des immanquables de cette rentrée littéraire, une magnifique histoire pleine d’humanité, confrontant deux hommes à l’American Dream. C’est beau, c’est touchant, c’est bruyant comme une avenue de Manhattan, ça sent la cuisine africaine à chaque page, et j’ai lu chaque dialogue en imaginant la voix chantante et mélodieuse d’Alain Mabanckou. Bref, c’est un coup de coeur : vous allez adorer !

Voici venir les rêveurs, de Imbolo Mbue, est publié aux États-Unis le 23 août 2016 sous le titre « Behold the Dreamers » . Il est publié en France le 18 août 2016 aux éditions Belfond dans une traduction de Sarah Tardy.

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