Ma note :

Vous vous souvenez quand je me plaignais d’enchaîner les bonnes lectures dans ma chronique du roman Le Dit du Mistral, et que je réclamais des lectures qu’on abandonne sur sa table de chevet ? Et bien voilà, j’ai été servi ! J’avais pourtant bien vu des avis très clivés sur Radical, mais je ne sais pas, j’étais optimiste, comme poussé par une certaine forme de curiosité à la lecture de la quatrième de couverture. Il m’a pourtant fallu faire preuve d’abnégation littéraire pour parvenir à terminer ce roman qui, de bout en bout m’a déplu. Il aurait fallu m’entendre, tous les deux chapitres, à dire des mais bon sang c’est pas vrai ! dans mon salon.

Nous suivons donc Nicolas, étudiant à Sciences Po se réclamant plutôt de gauche, issu d’un milieu modeste le poussant à faire du soutien scolaire pour financer en partie ses études. Nicolas se déclare plutôt bisexuel mais chasse uniquement sur des applications de rencontres homosexuelles. Après avoir échangé trois messages avec Harry, un jeune minet, il tombe éperdument amoureux et n’arrive plus à se passer de leurs discussions. Harry, dix-huit ans, est un jeune exalté du Nord qui est lui aussi bisexuel et adore avant toute chose la radicalité, qu’importe l’étiquette.

Il sera tout à la fois nationaliste, militant politique au Rassemblement National et fer de lance dans le mouvement des gilets jaunes alors en plein développement. Avec tous les miséreux de la France, ils se retrouvent autour d’un ennemi commun : l’immigré, l’étranger, l’arabe, l’africain, tout ce qui peut avoir une culture, une langue, une couleur de peau différente de celle d’Harry. Alors jusque là vous pourriez penser tiens c’est étonnant que ces deux là s’entendent, mais c’était sans compter sur les personnalités atypiques de ces deux jeunes un peu paumés.

En bonne coquille vide, Nicolas n’est pas toujours d’accord avec les emballements racistes de Harry, parfois même il se dira qu’il faut le quitter, mais une petite pipe suffira à lui faire oublier qu’il avait commencé à réfléchir. Et c’est comme ça jusqu’à la fin, dans leur pseudo-spirale les entraînant tous les deux dans une relation toxique et improbable : il y a les prémices d’un éveil intellectuel, d’un sens critique, et puis une bonne bite dans le cul avec quelques lignes graveleuses en plus et tout est pardonné.

Alors entre les personnages ridicules et incohérents, la neurasthénie de Nicolas, l’envie de choquer le lecteur toutes les cinq pages en décrivant du sexe de manière crue, les revirements incessants à base d’un je-t’aime-moi-non-plus qui clashe un chapitre et se réconcilie le suivant jusqu’à en devenir loufoques et les derniers chapitres qui concluent le roman à la va-vite… non vraiment, je ne peux pas dire que j’ai apprécié ma lecture, alors que c’est dommage parce qu’idée était là et qu’il y aurait eu matière à faire un roman intelligent. Pour lire un très bon roman sur les colères sociales, je vous invite plutôt à vous plonger dans le sublime Un jour viendra couleur d’orange de Grégoire Delacourt.

Radical, de Tom Connan, a paru chez Albin-Michel le 19 août 2020.