L'Homme Qui Lit

À propos des livres

Parti en fumée, John Marrs

Ma note :

Ces dernières semaines, je cours après le temps libre. Sur ces fichues 24h que durent les journées, il faut établir des priorités et faire des sacrifices pour ne pas exploser sous la charge mentale : je continue de lire autant que possible, mais j’ai dû repousser la rédaction de mes avis (après tout, sont-ils seulement lus ?) à un avenir assez flou. Croyez-bien qu’il n’est pas si simple de parler d’un livre lu il y a seulement dix jours quand entre temps quatre autres livres sont passés par là. Je rattrape mon retard dans le désordre, en commençant par Parti en fumée, de John Marrs, un auteur que je n’avais jamais lu, mais dont j’ai adoré ce titre ! Vous allez encore vous plaindre, mais c’est ainsi, il a paru chez Amazon Publishing donc disponible à petit prix sur Amazon en grand format (10 euros) et en livre numérique (2 euros, ou en prêt sur Kindle Unlimited).

C’est un sacré hasard mais cette lecture ne pouvait pas mieux tomber par rapport à mon rythme du moment et à mon envie de tout envoyer valser dans ma vie, pour ne plus garder que les amis, le copain, la lecture et l’écriture. Et du temps pour moi.

Catherine et Simon sont un couple assez ordinaire qui sort d’une période difficile après que le plus jeune de leurs quatre enfants soit décédé dans un accident domestique. Un matin, Catherine se réveille et Simon n’est déjà plus là. Parti courir, ou travailler tôt, probablement. Et pourtant, Simon a disparu. Il s’est comme volatilisé. Pour Catherine, ses enfants, les amis, la famille, la police, la soudaine disparition de Simon sans aucun mot, sans aucun indice, est un effroyable mystère et une douleur sourde faite d’interrogations, de doutes, d’angoisse. Pour Simon, c’était le besoin de tout plaquer pour repartir à zéro après s’être rendu compte qu’il ne parviendrait pas à se suicider. Partir, c’est comme mourir et renaître ailleurs.

Des années plus tard, des décennies même, Simon vient toquer à la porte de Catherine, pour justifier son départ.

Le roman est construit sur ces deux temps, le passé qui se rapproche au fil du récit, et le présent dans cette pièce où les deux anciens mariés se font face. Au début j’ai été un peu circonspect sur la construction de la narration, j’avais peur de m’y perdre, mais en réalité découvrir le ressenti des uns, le parcours de l’autre, et confronter leur histoire ensuite fut une idée assez brillante. L’histoire est vraiment géniale, j’ai adoré la cruauté du récit, les choix basés sur des ressentis, des faits, qui volent en éclat à la lumière de révélations des années après. Refaire sa vie, passer pour mort, fuir et revenir, tout ça pour un affreux malentendu, c’est une sacré aventure que ce roman, que ces vies brisées et reconstruites. Une très bonne lecture que je recommande sans aucune réserve !

Parti en fumée, de John Marrs, est publié chez Thomas & Mercer (Amazon Publishing) en septembre 2017 sous le titre « When You Disappeared » . Il paraît en France chez le même éditeur le 21 juillet 2020 dans une traduction de Nordine Haddad.

Et toujours les Forêts, Sandrine Collette

Ma note :

J’étais passé totalement à côté de ce bouquin et pourtant, je le sais parce que le titre et la couverture m’ont toujours aguiché, je l’ai croisé un nombre incroyable de fois chez mon libraire ou sur les réseaux sociaux, et il aura fallu qu’il remporte le Grand prix RTL / Lire en plus d’une flopée d’autres prix pour que je me décide enfin à l’acheter. Dans ma flemme, j’étais même persuadé de n’avoir jamais lu Sandrine Collette, alors qu’il s’avère que j’ai déjà lu Un vent de cendres (sans passion) et Des nœuds d’acier (une claque !) : c’est vraiment terrible, Alzheimer. Ainsi, armé de mon amnésie chronique et sans même savoir de quoi parlait le livre, je me suis lancé dans la lecture de Et toujours les Forêts.

Si vous baissez les bras à la lecture de cette chronique, je vais aller à l’essentiel : Sandrine Collette parvient à réinventer le roman post-apocalyptique en livrant un récit magistral, que vous ne devriez rater sous aucun prétexte.

Si vous avez un peu de temps, je vais vous en dire un peu plus. Corentin est trimballé de foyer en foyer par une mère qui ne l’a pas désiré et cherche par tous les moyens à se débarrasser de ce gosse chaque jour un peu plus encombrant. C’est dans les Forêts, là-bas dans la vallée, que Corentin sera déposé – pour ne pas dire expédié – afin d’être élevé par Augustine, grand-mère aux allures de sorcière qui pourtant saura lui donner assez d’amour et d’éducation pour lui permettre, à l’âge adulte, de partir étudier dans la Grande Ville, où il vivra ses premières expériences.

Seulement voilà, parce qu’il fallait s’y attendre depuis le temps qu’on nous l’annonce, une grande catastrophe survient. On l’imagine écologique, mais on n’en sait pas plus, et à vrai dire ça n’est pas un problème dans le récit. L’humanité est décimée d’un coup d’un seul, et seuls ceux qui étaient à l’abri dans les caves, sous-sols et autres entrailles de la Terre, auront survécu à la catastrophe. Après cette apocalypse, il faut pour Corentin partir et retrouver Augustine, s’assurer qu’elle soit en vie.

La suite, ma foi, c’est encore mieux que vous la lisiez. C’est à la fois génialement angoissant, magistral, original, violent et cruellement beau. C’était un sacré challenge que d’écrire un roman de genre tout en renouvelant les codes, et c’est une réussite incontestée pour Sandrine Collette. Celui-là, je ne suis pas prêt d’oublier que je l’ai lu.

Et toujours les Forêts, de Sandrine Collette, est publié le 2 janvier 2020 aux éditions JC Lattès.

La Porte des enfers, Laurent Gaudé

Ma note :

Laurent Gaudé est l’un de ces rares auteurs contemporains que j’estime incontournable quand on aime la littérature française pour ce qu’elle offre de plus beau. Aussi, depuis que j’ai été transporté par ma lecture du Soleil des Scorta paru il y a déjà plus de quinze ans, j’ai entrepris de lire l’ensemble de ses romans et j’avance dans ma tâche avec une lenteur calculée, destinée à faire durer ce plaisir savoureux. Lorsque j’ai annoncé sur ma page Facebook que je débutais la lecture de La Porte des enfers, nombreux furent les commentaires me conseillant tel ou tel titre jugé plus merveilleux encore, et c’est bien la première fois qu’un tel engouement se créée sur ma page à propos de l’œuvre d’un auteur : c’est dire qu’il est aimé !

À Naples, Matteo vient de perdre son fils de six ans, Filippo, dans une effroyable fusillade entre deux familles rivales de la Camorra ; et c’est le terrible destin d’une journée où rien n’allait qui plaça le petit Pippo sur le trajet de cette balle, alors qu’il aurait suffit de quelques secondes, de quelques décisions différentes pour qu’il en soit autrement. Dans sa douleur, Matteo accepte une ultime supplication de sa femme Giuliana : « rends-moi mon fils, Matteo. Rends-le-moi, ou, si tu ne peux pas, donne-moi au moins celui qui l’a tué ! » . La décision est prise, il devra alors tuer Toto Cullaccio, qu’une âme bienveillante a désigné coupable de la mort de son enfant.

Seulement voilà, Matteo en est incapable, et lorsque Giuliana le quittera en le maudissant, il poursuivra sa déchéance au volant de son taxi de nuit. Arpentant les rues de Naples, il y rencontrera la faune particulière que seules les nuits protègent, Graziella, qui préfère qu’on l’appelle Grace à l’américaine, la prostituée transexuelle qui expie ses péchés après sa nuit de travail, le professore Provolone, qui a travaillé toute sa vie sur la porosité entre le monde des vivants et des morts et qui fricote dangereusement avec les mauvais garçons de la ville, don Mazerotti, le curé qui s’est attiré les foudres de Rome en côtoyant ceux que personne ne veut côtoyer, et Garibaldo, le propriétaire du café dans lequel tous se retrouveront à la faveur de la nuit. Ensemble, ils iront frapper à la porte des enfers pour aider Matteo à tenir la promesse faite à sa femme.

Difficile de parler de ce livre sans trop en dire, je serai tenté de tout vous raconter, de vous expliquer comment Laurent Gaudé réussi comme nul autre à rendre vivant un conte moderne, à faire pleurer les vivants comme les morts, mais je trahirai la belle surprise que ce récit vous offrira lorsque vous vous y plongerez. C’est magnifique, sensible, intelligent, la plume est superbe, concise, presque chirurgicale dans ses incisions littéraires. Que dire de plus, si ce n’est que je le recommande chaudement et qu’il fait honneur à l’amour que nous portons tous aux romans de Laurent Gaudé ?

La Porte des enfers, de Laurent Gaudé, a paru chez Actes Sud en août 2008 et est disponible en poche chez Babel depuis juin 2010.

Qui ne tente rien, Jeffrey Archer

Ma note :

C’est en participant au jury du Prix des lecteurs du Livre de Poche en 2013 que j’ai eu la chance de lire mon premier roman de Jeffrey Archer, tumultueux homme politique et auteur britannique qui cumule une impressionnante bibliographie ! Il s’agissait du premier tome de la saga Chronique des Clifton, Seul l’avenir le dira, qui ouvrit la voie à six autres romans que j’ai par la suite acheté en anglais et dont je devrais me presser de lire les derniers tant elle est brillante. L’auteur de 80 ans s’est donc lancé dans une nouvelle saga autour du personnage de William Warwick que l’on avait déjà croisé dans la saga précédente puisqu’il s’agissait d’un personnage fictif dans les romans de Harry Clifton ! Si le premier tome Qui ne tente rien vient tout juste de sortir en France, Archer et son éditeur PanMacMillan ont déjà annoncé un second tome à paraître en octobre au Royaume-Uni.

William Warwick est un jeune policier britannique qui vient tout juste d’intégrer Scotland Yard après avoir fait ses classes douloureuses comme simple agent de la Metropolitan Police de Londres, en refusant la promotion directe qu’on aurait pu lui accorder. Son père est l’un des plus brillants avocats du barreau londonien et si sa sœur Grace est également devenue avocate pour travailler au côté de leur père, William a fait un choix différent en embrassant une carrière de policier après des études d’histoire de l’art. Fraichement nommé inspecteur, il rejoint l’équipe en charge des antiquités et des biens culturels du Yard et sera chargé d’enquêter, entre autres, sur la disparition d’un célèbre tableau de Rembrandt volé au Fitzmolean Museum quelques années plus tôt.

En parallèle de ses autres affaires, il se lancera sur les traces d’un faussaire réalisant des copies interdites de ces chefs-d’œuvre et tombera éperdument amoureux de Beth Rainsford, assistante au musée pour lequel le Yard recherche le Rembrandt. Rien n’étant jamais si simple pour les personnages de Jeffrey Archer, Warwick devra jongler entre sa nouvelle romance, la pression de l’enquête, les secrets de famille et de riches collectionneurs prêts à tout pour conserver leurs œuvres et leur fortune.

Ce fut agréable de retrouver la plume de Jeffrey Archer, j’y ai retrouvé l’esprit des Clifton, et j’ai d’ailleurs souvent été troublé dans ma lecture par une incapacité à savoir si le roman se situait en 1950 ou dans les années 2000. Il s’avère que l’histoire se déroule dans les années 80, mais le style du roman et de l’écriture d’Archer lui donne des allures un peu plus vintage. Pas de coup de cœur à la lecture de ce premier tome dont les enquêtes sont agréables mais pas passionnantes, ce qui ne m’empêchera absolument pas d’aller m’acheter le prochain titre « Hidden in Plain Sight » lorsqu’il sortira en France.

Qui ne tente rien, de Jeffrey Archer, est publié au Royaume-Uni en septembre 2019 chez PanMacMillan sous le titre « Nothing Ventured » . Il paraît en France aux éditions Les Escales le 9 juillet 2020 dans une traduction d’Oscar Perrin.

La Vie en rouge de Sam, Robert Dugoni

Ma note :

Je suis décidément positivement surpris par la qualité de mes lectures de romans publiés chez Amazon Publishing, après Les corps se vendent la nuit de Barry Eisler que j’ai beaucoup aimé il y a quelques semaines, voilà que je lis une fois encore grâce à la plateforme NetGalley mon premier roman de Robert Dugoni et c’est un coup de cœur inattendu ! Dernièrement j’ai enchaîné des lectures ennuyantes ou des romans sympas mais sans plus (avec quelques bonnes bandes-dessinées entre deux pour varier), et ce pavé de près de 600 pages m’a accompagné pendant une semaine de lecture très agréable, ce qui est une bonne nouvelle car je désespérais un peu !

Sam Hill est un petit garçon ordinaire doté d’une particularité extraordinaire : il est né les yeux rouges. Sa mère, très croyante, y voit le signe que Dieu a placé en son fils un destin unique. Pour ses camarades ou les adultes qui le rencontrent la première fois, difficile de faire abstraction de cette différence qui souvent effraie, et on peut dire que l’enfance de Sam ne sera pas de tout repos. Dans son institution catholique, il servira de souffre douleur et sera moqué par beaucoup qui l’appelleront Sam Hell, le fils du diable. Soutenu par l’amour inconditionnel de ses parents et par l’amitié inattendue de deux autres enfants marginalisés qui deviendront ses meilleurs amis, Ernie Candwell le seul afro-américain de son école et Mickie Kennedy une jeune fille rebelle aux allures de garçon manqué, Sam deviendra un enfant à l’intelligence incroyable.

De ses premiers pas sur les marches rouges de l’école catholique à son travail d’ophtalmologue qui parcourt le monde pour chercher une autre personne qui, comme lui, serait atteinte de cet albinisme oculaire rarissime, Robert Dugoni nous offre quarante ans de vie de Sam Hill. Rien n’est oublié, ses blessures, sa force, son amitié, son premier amour, ses passions, la douceur de sa famille, le doute sur sa foi, la douleur de voir son père malade, les renoncements pour soutenir sa famille, les déceptions, les succès et le bonheur, en six cent pages nous sommes embarqués dans la vie extraordinaire de Sam Hill (traduction littérale du titre originel).

Vous n’aurez probablement pas tous le même engouement que moi à la lecture de ce roman, certains le trouveront sûrement un peu misérabiliste à certains endroits, ou trop religieux à d’autres. Pour moi qui suis dénué de toute croyance, j’ai trouvé le rapport de Sam à sa foi chrétienne très touchant, celui d’une foi qui apporte du réconfort et pousse à la bienveillance. Une très belle lecture, probablement même ma plus belle lecture de l’année pour le moment : bravo et merci Robert Dugoni ! Cet excellent roman est disponible sur Amazon en format broché à prix mini (10 euros) et en livre numérique (emprunt inclus dans l’abonnement Kindle ou achat à 3 euros).

La Vie en rouge de Sam, de Robert Dugoni, est publié aux États-Unis en avril 2018 chez Lake Union Publishing (Amazon Publishing) sous le titre « The Extraordinary Life of Sam Hell » . Il paraît en France le 7 juillet 2020 toujours chez Amazon Publishing dans une traduction de Béatrice Guisse-Lardit.

Juste une fois pour essayer, Élodie Garnier

Ma note :

Si j’ai l’habitude de lire de la littérature de genre gay, dans laquelle j’arrive parfois à m’identifier, je n’avais me semble-t-il jamais sauté le pas avec la littérature lesbienne. Cette sortie en librairie de Juste une fois pour essayer, le premier roman d’Élodie Garnier, fut donc l’occasion idéale de m’y essayer en sollicitant le titre auprès de l’éditeur sur la plateforme NetGalley dont je vous ai déjà parlé. J’imaginais une histoire tendre et sensuelle entre deux jeunes femmes dont l’une expérimente un amour singulier, proche de ce que j’ai déjà pu lire des premiers émois entre deux garçons, et je souriais intérieurement en pensant que j’allais enfin mettre à mal quelques idées reçues.

Quand après quelques pages j’ai compris que la rencontre se déroulait pour de vrai dans un club de handball, j’ai quand même pensé que c’était pas gagné pour déconstruire mes stéréotypes avec ce livre. J’ai beaucoup aimé le début de l’histoire, la fuite inopinée de Paris à cause d’un burn out, la sérénité retrouvée auprès de sa famille dans un petit village de province (bon ok résumé comme ça, c’est vrai que ça semble déjà cliché), et puis la rencontre. Les œillades, l’indifférence, les boutades, la rencontre, la séduction, le jeu, les regards appuyés, les baisers volés, la passion dévorante et la sexualité épanouie, je me suis dit « ah en fait ça va c’est pas trop différent des garçons » , mis à part quelques détails techniques qui restent d’ailleurs très pudiques.

C’est ensuite que j’ai compris que je m’étais fourvoyé. On ne peut pas nier que les hommes et les femmes soient différents, et même si je défends farouchement la neutralité de genre, je suis toujours émerveillé que les hommes et les femmes arrivent à vivre en couple parfois toute une vie, au delà des besoins nécessaires à la simple perpétuation de l’espèce humaine, tant nous avons des fonctionnements différents.

Au fil des pages, j’ai levé les yeux au ciel, soupiré, pensé « mais bordel c’est pas possible elle va pas recommencer » et balancé des « oh, come on ! » de plus en plus fréquents alors que j’étais embarqué dans un grand huit émotionnel. Le cycle est le suivant : je t’aime, c’est trop intense, je te quitte, tu me manques, je ne comprends pas que tu m’ignores depuis que je t’ai quittée, je souffre, revoyons-nous une dernière fois pour tout arrêter, oh mon dieu je t’aime encore plus, mais tu ne vas pas quitter ton mari, il faut qu’on arrête là, tu me manques, je souffre…

Arrivé à la moitié du récit (dont finalement je ne sais pas s’il est fictif ou autobiographique), la narratrice a la prévenance d’informer le lecteur que « cette tempête dans mon crâne ne s’apaisera jamais » . Sincèrement, c’est sympa, parce que ça m’a permis d’interrompre ma lecture quelques pages plus loin lors d’un énième revirement sentimental (ponctué d’un ultime « oh, come on ! » ), en me disant que même sans être pompier, essayer d’éteindre un incendie ravageur en l’aspergeant de liquide inflammable, c’était vraiment d’une logique qui m’échappait.

Juste une fois pour essayer, d’Élodie Garnier est publié aux éditions Mazarine le 1er juillet 2020.

Le Pacte de l’étrange, John Connolly

Ma note :

J’ai découvert les romans policiers de l’auteur irlandais John Connolly il y a quelques années à l’occasion d’un service de presse des Presses de la Cité (Les Anges de la nuit, paru en 2009, on peut donc dire que ça remonte !), et j’étais instantanément tombé sous le charme de ces romans atypiques dont le détective Charlie Parker est le personnage principal. Il est flanqué dans toutes ses aventures de ses deux meilleurs amis Louis et Angel, un couple de porte-flingues qui vous ferait changer de trottoir en baissant les yeux si vous étiez amené à croiser leur route. Depuis, je surveille attentivement les nouvelles publications de la saga même si je n’ai pas encore lu le titre précédent, qui attend sagement son tour dans les rayons de ma bibliothèque.

Pour Le Pacte de l’étrange, Parker s’attaque à une sorte de secte consanguine dont l’étrangeté donne tout son sens au titre de la traduction française et dont le titre original donne également un sacré indice sur ce que l’on s’apprête à rencontrer au fil des pages : « A Game of Ghosts », rien que ça !

Alors qu’il essaie de conserver un lien familial avec son ex-femme et sa fille Sam qui a semble-t-il été kidnappée par sa faute dans le titre précédent (quelle idée aussi hein, de ne pas lire les bouquins dans l’ordre ?!), Parker est sollicité par l’agent du FBI qui le tient en laisse et le paie aussi grassement qu’officieusement pour ses services, afin qu’il enquête sur la disparition d’un autre détective privé, Jaycob Eklund, sans trop savoir pourquoi le FBI s’intéresse de manière non-officielle à sa disparition. Son enquête le mènera sur les traces des Frères, fraternité ou organisation restée secrète depuis plus d’un siècle, qui aurait fait une sorte de pacte avec le diable et qui est prête à tuer pour protéger son existence et perpétuer sa lignée.

Si j’étais très heureux de retrouver Charlie Parker et son acidité légendaire, tout comme cet inénarrable binôme qui l’accompagne en tout temps, et que l’enquête est dans son ensemble agréable, j’ai clairement été refroidi par l’aspect fantastique de ce roman. D’ordinaire, Connolly convoque une touche de mystique dans les romans de la saga et disons que c’est la petite pincée de sel qui me va bien, mais là avec la présence de fantômes dans le récit, ce fût un peu trop surnaturel à mon goût. Ne croyez pas cependant que ça m’empêchera de continuer à suivre les aventures de Charlie Parker.

Le Pacte de l’étrange, de John Connolly, est publié au Royaume-Uni en avril 2017 chez Hodder & Stoughton sous le titre « A Game of Ghosts » . Il paraît en France aux éditions Presses de la Cité le 4 juin 2020 dans une traduction de Jacques Martinache.

L’Homme qui tua Chris Kyle, Fabien Nury / Brüno

Ma note :

Je ne vous parle pas souvent de bandes dessinées sur ce blog mais pourtant j’ai plaisir à en lire de temps en temps. J’envie les amoureux de ce « neuvième art », leur connaissance parfois encyclopédique de cet univers dans lequel j’ai toujours l’impression de ne pas être légitime. J’ai grandi dans les BD, comme beaucoup d’enfants, dévorant les magazines de type Picsou (que d’aventures !) puis ensuite les intégrales d’Astérix et Obélix, de Spirou et Fantasio, des albums de Tintin. J’ai tenté de lire ce que mes grands frères lisaient, comme les XIII ou les Corto Maltese, sans jamais accrocher à l’univers ou au dessin. Pendant des années, j’ai donc évité d’acheter de la BD, pensant que c’était un genre inaccessible, ou qui ne me plairait pas.

Il m’arrive désormais de me laisser tenter par quelques albums, des intégrales généralement, quand l’histoire et le dessin m’attirent. C’est le cas de ce roman graphique écrit par Fabien Nury et dessiné par Brüno, qui nous raconte la mort de Chris Kyle, ce sniper des Navy Seals américain qui s’est tristement distingué en Irak par le record de tués confirmés de l’histoire de l’armée américaine, avec 160 personnes abattues devant témoin, et probablement 255 au total. Chris Kyle est vétéran de l’armée quand il publie en 2012 son best-seller « American Sniper » , une histoire de héros à l’américaine : celle d’un militaire blanc hétérosexuel du Texas qui tue les bad guys pour établir la justice de son pays partout dans le monde. Vous connaissez peut-être l’histoire, son récit ayant été adapté au cinéma par Clint Eastwood avec Bradley Cooper dans le rôle de Chris Kyle.

Au Texas, où il est adulé par une large partie de la population, il cherche à venir en aide aux vétérans souffrant du syndrome de stress post-traumatique… en les accueillant sur un stand de tir spécialement dédié. C’est là qu’il vivra les dernières secondes de sa vie, abattu en février 2013 par Eddie Ray Routh, un vétéran comme lui dont la santé mentale est précaire depuis qu’il a quitté l’armée. C’est sur le destin croisé de ces deux hommes, et sur la vie de la veuve de Chris Kyle que Fabien Nury et Brüno se sont penchés pour ce roman graphique. Sans jugement ni prise de position, ils racontent et illustrent ce déclin brutal du héros américain causé par un inconnu déséquilibré. J’ai beaucoup aimé me plonger dans les 162 pages de ce roman !

L’Homme qui tua Chris Kyle, de Fabien Nury et Brüno est publié le 29 mai 2020 chez Dargaud et existe également dans une version noir et blanc.

Les sœurs Van Apfel ont disparu, Felicity McLean

Ma note :

Mes lectures obéissent à une règle simple : prendre du plaisir. Cela me permet de ne pas m’enfermer dans un style en particulier, même si dans l’ensemble je sais que je ne prends pas de plaisir avec certaines littératures : les essais m’ennuient souvent, la science-fiction (ou la fantasy, je ne suis pas assez expert pour connaître finement les genres et les sous-genres) me perd, les romances ont souvent tendance à m’agacer d’un sentimentalisme dégoulinant. Notez que cela ne m’empêche absolument pas d’être agréablement surpris par quelques titres de ces genres là, et à l’inverse, d’être parfois terriblement ennuyé avec des romans qui, sur le papier, étaient censés me plaire.

C’est exactement ce qui s’est passé avec ce roman australien, Les sœurs Van Apfel ont disparu de l’autrice Felicity McLean, que j’ai repéré dans les nouveautés des éditions Presses de la Cité et dont j’avais hâte de débuter la lecture. Après avoir franchi le cap symbolique de la moitié de la lecture (que je m’oblige toujours à atteindre avant de baisser les bras), et en voyant pas d’amélioration, j’ai capitulé : je n’accrochais pas.

Il ne s’agit donc pas de dire du mal de ce roman, ni de le dénigrer sournoisement : c’est aussi inutile qu’irrespectueux. Je dirais simplement que ça n’a pas accroché. La rencontre entre un livre et un lecteur est une expérience parfois riche, parfois décevante, et c’est ainsi, il ne faut pas toujours y chercher d’explication. J’ai globalement apprécié le style de l’autrice mais après avoir atteint la moitié je ne voyais toujours pas ni de quoi ce livre parlait, ni où il m’emmenait. Mes yeux lisaient, pages après pages, sans rien y comprendre, sans jamais accrocher à quelque chose, comme poussés par une sorte d’habitude mécanique. Objectivement, je serai même bien incapable de résumer ce que j’en ai lu.

Faites-vous votre propre idée, et partagez avec moi ce qui vous a plu dans cette lecture !

Les sœurs Van Apfel ont disparu, de Felicity McLean est publié en Australie en mars 2019 chez HarperCollins Publisher sous le titre « The Van Apfel Girls Are Gone » . Il paraît en France le 28 mai 2020 aux éditions Presses de la Cité dans une traduction de Sylvie Schneiter.

L’Énigme de la chambre 622, Joël Dicker

Ma note :

Difficile d’être passé à côté de la sortie du dernier Joël Dicker, sortie décalée de fin mars à fin mai à cause de la fermeture des librairies pendant l’épidémie de Covid-19. Dicker, j’en suis parfois moi-même surpris, est un auteur que certaines et certains n’ont jamais lu. Preuve qu’au delà du phénomène, des critiques et des avis aux antipodes, de l’auteur belle-gueule super banquable, il subsiste une forme de désintérêt de ceux qui se méfient des romans dont on parle trop. Pour ma part, j’avais lu les trois précédentes parutions, avec beaucoup de plaisir pour La Vérité sur l’affaire Harry Quebert et Le Livre des Baltimore et un agacement certain, pour ne pas dire une déception inattendue à la lecture de La Disparition de Stephanie Mailer.

J’ai donc débuté L’Énigme de la chambre 622 avec une forme de réserve, une crainte. Tristement, cette dernière s’est avérée fondée, et j’ai terminé ma lecture de ce roman avec le soulagement d’avoir tenu bon jusqu’au bout. On ne va pas refaire le débat du « peut-on dire que Joël Dicker est écrivain » car c’est une discussion stérile et germanopratine qui ne mériterait pas d’avoir lieu en dehors des rédactions des magazines parisiens qui se font une haute idée de leurs goûts littéraires. Je ne vous dirais pas non plus que c’est un mauvais livre, parce que mon avis n’est pas universel, mon ressenti n’a pas vocation à se faire force de conviction. Je n’ai pas aimé, mais je sais que d’autres ont adoré et ça n’empêchera pas le monde de tourner.

Dicker nous emmène en escapade au Palace de Verbier, situé en bord d’un lac des Alpes suisses (si vous rêvez de randonnées dans les montagnes ou de descriptions verdoyantes, oubliez), et dans une grande banque de Genève. Alors qu’il séjourne au Palace après une pseudo rupture amoureuse, il s’interroge sur l’absence de chambre 622 à son étage, les numérotations passant de 621 à 621 bis avant de poursuivre sur 623. Puisqu’il explique puiser son inspiration dans de petits détails qui charrient de grandes questions, il se met à nous en faire un roman.

L’histoire s’étale à plusieurs périodes de l’histoire, et l’on passe régulièrement de l’une à l’autre de manière impromptue. Dicker, c’est un style facile à lire, agréable, une plume pas vraiment littéraire mais qu’on lit vite sans reformuler trois fois une phrase pour en saisir la compréhension ou y chercher une quelconque subtilité. Mais Dicker, c’est aussi comme dans le précédent roman, l’utilisation à outrance du même mécanisme que j’ai souvent expliqué par « un pas en avant, un pas en arrière » . Un personnage doit faire quelque chose, ou obtenir quelque chose. Il s’apprête à le faire, mais soudain se ravise ou change d’avis, ou alors ce qu’il devait obtenir lui échappe soudainement. Le chapitre suivant, tout repart dans l’autre sens, on se permet d’y croire. Et au chapitre suivant, c’est de nouveau compromis.

Après d’interminables atermoiements qui m’ont régulièrement arraché un « mais bon sang c’est pas possible, pas encore ! » , l’histoire passe de agaçante à ubuesque comme c’était déjà le cas dans le précédent titre avec une pirouette qui a transformé ma lecture en un mauvais Vaudeville, chaque personnage devenant ridicule à la caricature. Arrivé à la fin du récit page 569, j’ai soupiré en songeant que l’on ne m’y reprendrait pas.

L’Énigme de la chambre 622 de Joël Dicker est publié le 27 mai 2020 aux éditions De Fallois.

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