Ma note :

Laurent Fialaix - Nos bonheurs fragilesIl m’est assez difficile de savoir par où commencer, et quoi dire, dans ce qui est une ébauche de critique de ce livre. J’y vois deux raisons assez simples, plus délicates que la traditionnelle angoisse de la page blanche.

Alors que je viens de tourner les dernières pages du roman de Laurent, je suis en proie à une sorte d’imbroglio émotionnel, qui d’un côté rend ma prose plus libre, mais de l’autre l’empêche de s’organiser afin d’avoir un sens. La seconde raison, qui pourrait finalement être aisément franchissable, est que je connais Laurent. Comme je lui disais lors d’une discussion à coeur ouvert sur mes premières impressions, alors que je venais d’en dévorer les premières pages, il est difficile d’être impartial dés lors qu’on connaît l’auteur d’un ouvrage à critiquer, surtout avec ce récit très personnel dont il serait très franchement difficile de dire du mal. Pas par retenue, mais par bon sens. Quel jugement critique peut-on porter sur une histoire vécue, à mille lieux de la fiction ?

Alors qu’en dire… ? Nos bonheurs fragiles est un roman qui n’en est pas un, ce serait plutôt un récit, un journal intime. Celui d’un homme qui, hanté par la mort de son compagnon, fait le maximum pour garder la tête hors de l’eau. Un récit construit à l’image des sentiments qui habitent l’auteur et qui finissent par se propager au lecteur : plein d’ambivalence et de contradictions, laissant apercevoir à quel point un drame peut laisser dévasté.

Il y a Laurent et son compagnon depuis six ans, un compagnon qu’il aime et qui pourtant l’épuise, dont il ne supporte plus les excès, l’alcoolisme, la violence, et cette envie de mort. Puis ce suicide, terrible, qui ouvre la voie du pire : la culpabilité. A laquelle vient s’opposer, parfois, la rancune : celle d’un vivant subissant les conséquences de la mort. Nos bonheurs fragiles est un récit profondément humain, où l’on assiste impuissant à la lente reconstruction d’un homme devant continuer à vivre malgré tout. Un livre difficile, mais que l’on sait thérapeutique pour son auteur.

Nos bonheurs fragiles, de Laurent Fialaix, est paru en août 2009 aux éditions Léo Scheer.