Ma note :

Encore un livre repéré pendant l’été lorsque nous étions dans l’insouciance estivale après la première vague de coronavirus, à profiter du soleil, du repos et à nous languir sur tous ces titres qu’on irait s’acheter en librairie dès leur sortie, en choisissant ceux qu’on s’achèterait fin août sur le reliquat du budget vacances pas vraiment consommé, et ceux qu’on achèterait début septembre sur le nouveau salaire qu’on commencerait à grignoter un peu, pour la bonne cause, celle de la littérature évidemment. Mon père, ma mère, mes tremblements de terre faisait parti de cette seconde sélection, appuyé par des retours enthousiastes de ceux l’ayant lu en service de presse. C’est ainsi que j’ai lu dimanche ce cinquième roman du photogénique et connecté Julien Dufresne-Lamy, auteur qui m’était jusqu’alors inconnu.

Charlie a quinze ans et attend avec sa mère dans la salle d’attente de la clinique, tandis qu’à deux pas de là, son père s’apprête à disparaître pour laisser place à Alice, la femme qu’il a choisi de devenir. Dans ce récit intimiste, l’adolescent reviendra sur deux ans de chamboulements, ces séismes auxquels le titre fait référence. Deux ans à essayer de comprendre, à accepter, à suivre les étapes ordinaires du deuil pour finalement accueillir dans leur maison leur père devenue Alice.

Il y a la découverte de la perruque, le soir, pour fumer dans le garage. Et puis ce coming-out de genre, à Noirmoutier, qui vient tout perturber. Il y a les premières marches en talon, les tenues rose parme, les copains du lycée qui grillent son père en travelo entrain de s’acheter des clopes et les messages d’insultes qui fleurissent dans la vie de Charlie. Il y a ce nouveau prénom, choisi en famille, comme une renaissance. Ces traitements, pleins d’effets secondaires, porteurs d’espoir : celui de devenir enfin celle qu’il sent être enfouie en lui depuis toujours.

Ce récit a réussi à m’interroger avec délicatesse sur mon rapport à la transidentité, à me confronter à mes propres a priori car même en étant gay, j’ai comme beaucoup des idées reçues sur ce que je ne connais pas. Bien sûr, je me dis souvent que ces histoires de pronoms genrés c’est une invention de notre temps, une mode, un truc à la marge qui passera, que le rouleau compresseur de la normalité écrasera rapidement, et puis parfois, et c’est aussi un des beaux rôles de la littérature, je réfléchis, j’essaie de comprendre plutôt que de juger, et d’inclure même si je ne comprends pas. J’ai bien aimé cette lecture, même s’il m’a manqué quelque chose, peut-être que je n’ai pas ressenti de tremblement de terre, à l’image de Charlie ce narrateur de 15 ans que j’ai trouvé trop apathique, parfois comme anesthésié dans sa façon de ressentir cette transition, alors que c’est l’âge où couvent de grands incendies qui s’embrasent pour un rien. Une belle histoire de famille à l’épreuve de la vie que je vous conseille tout de même de découvrir chez votre libraire.

Mon père, ma mère, mes tremblements de terre de Julien Dufresne-Lamy est publié aux éditions Belfond le 20 août 2020.