Ma note :

On m’interroge souvent sur mon plaisir de lire partout et en tout lieu, comme si c’était une habitude d’un autre âge, un loisir archaïque voué à l’obsolescence, supplanté par l’oisiveté éphémère qu’offrent les écrans de Netflix à TikTok. Je ne sais pas toujours expliquer ou convaincre et je botte régulièrement en touche avec une formule creuse du style « chacun son truc », mais au fond j’aurais envie d’avoir les mots justes pour leur montrer les mille et un voyages qu’ils ratent en ne lisant pas. Je serais désormais tenté de leur mettre ce roman entre les mains afin qu’ils trouvent la réponse par eux-mêmes.

Michael Christie nous embarque dans le passé d’une famille à travers plus d’un siècle d’histoire, de secrets et de trahisons. C’est en 2038 sur Greenwood Island que le roman s’ouvre, une petite île canadienne devenue l’un des rares vestiges forestier d’une planète qui étouffe sous la chaleur et les poussières depuis que le Grand Dépérissement a commencé. Jake Greenwood, spécialiste des arbres y est employée comme guide forestier pour les derniers hommes assez riches pour s’offrir cette excursion végétale. Un ancien petit-ami devenu avocat pour la compagnie qui l’emploie lui apprend qu’elle pourrait, contre toute attente, hériter de cette île.

L’histoire nous entraîne ensuite en 2008 auprès de Liam, son père qu’elle n’a jamais connu, qui mourut jeune sur un des chantiers où il travaillait comme charpentier, puis en 1974 où ce dernier n’était encore qu’un enfant menant une vie de vagabond dans un van avec sa mère, Willow Greenwood. Elle-même eu une enfance incroyable aux côtés de Harris et Everett Greenwood, deux frères qui n’en sont pas vraiment, un arrangement de la vie qui leur fit prendre ensuite des chemins opposés, l’un faisant fortune dans le bois et cachant ses penchants embarrassants et l’autre devenant vagabond avec un bébé à protéger. Remontant jusqu’en 1908, c’est sur leur histoire et l’arrivée de cette fillette inattendue que l’auteur nous amènera, avant de reprendre le chemin à l’envers jusqu’à parvenir aux décisions difficiles que Jake Greenwood doit prendre pour sauver les arbres.

Une lecture, c’est une rencontre unique entre une histoire et un lecteur à un moment particulier. Ce qui marche chez les uns ne marche pas toujours chez les autres, et ce qui ne marche pas un jour marchera peut-être dans quelques mois. Avec Lorsque le dernier arbre, ce fut instantanément une évidence, celle d’un très grand roman autour des arbres et des forêts, ces êtres vivants qui voient défiler les siècles, nous observent naître et puis mourir. Un roman incroyablement beau, une histoire familiale qui m’a donné l’impression qu’on avait mis Trois mille chevaux vapeur d’Antonin Varenne, la saga Chronique des Clifton de Jeffrey Archer et Le Fils de Philipp Meyer dans un shaker pour en sortir ce livre dont je peux dire qu’il est ma lecture de l’année. Si vous êtes prêts pour une aventure incroyable, vous savez désormais vers quel livre vous tourner.

Lorsque le dernier arbre de Michael Christie a paru au Canada en 2019 sous le titre « Greenwood ». Il paraît le 18 août 2021 aux éditions Albin-Michel dans une traduction de Sarah Gurcel. Service de presse adressé par l’éditeur.