Ma note :

Certaines lectures sont particulièrement douloureuses, et ce fut le cas avec Les Prophètes de l’auteur new-yorkais Robert Jones, Jr. qui m’a plongé dans l’enfer de l’esclavagisme pendant plus de 500 pages. Ces romans sur la barbarie et la sauvagerie de l’homme sur l’homme nous permettent de ne pas oublier, ne pas vouloir effacer l’histoire ou la rendre moins cruelle pour nous rassurer. L’humanité est un fardeau que nous portons tous collectivement, et ce genre de roman nous le rappelle sans ambages.

Dans le Mississipi, Paul et Ruth Halifax tiennent une plantation de coton dans laquelle travaillent des dizaines d’esclaves noirs, des nègres considérés comme du mobilier, des animaux sans âmes exploités, violés et tués une main sur un cœur et l’autre sur la Bible. Deux jeunes garçons vivent un peu à part des autres esclaves depuis leur plus jeune âge : Samuel et Isaiah s’occupent de la grange et de ses animaux, à l’écart des champs de coton. Entre ces deux-là, l’amitié a rapidement laissé place à un amour aussi fort qu’indicible, et quand le jour s’éteint sur la plantation leurs ombres s’unissent tendrement dans la paille de la grange.

Parce qu’il pensera se rapprocher du maître et gagner des privilèges sur les autres moins-que-rien, Amos, un des esclaves, se mettra en tête de devenir pasteur et de prêcher la Bible aux autres esclaves de la plantation pendant la journée de repos. Pour les deux garçons que les femmes protégeaient d’un silence maternel, comme pour l’humanité depuis des siècles, l’arrivée de la religion et de ses dogmes n’apportera que le sang et les larmes. Ce sera sans compter sur le retour de Timothy, le fils Halifax, dont les intentions vis à vis de Samuel et Isaiah n’ont rien de religieuses.

Les Prophètes est un roman difficile, douloureux à bien des égards. Une histoire d’amour parmi les esclaves d’une plantation, c’est un rayon de lumière dans les ténèbres : ça fait rêver autant que ça attise la haine de ceux qui veulent éteindre toute espérance. J’ai parfois été un peu perdu par le style de l’auteur, que j’ai trouvé assez lourd et digressif sur la longueur, mais cela n’enlève rien à la désolante beauté de l’histoire. À lire, assurément.

Les Prophètes de Robert Jones, Jr. a paru aux États-Unis en janvier 2021 sous le titre « The Prophets » . Il paraît en France le 1er septembre aux éditions Grasset dans une traduction de David Fauquembert. Service de presse numérique obtenu via NetGalley.