Ma note :

Ce week-end aux urgences, pendant une garde assez calme, on avait discuté féminisme avec deux les deux médecins avec qui j’étais. On parlait plus exactement de littérature féministe, et au fond, on en revenait toujours à cette sombre histoire d’inégalité, de pouvoir détenu et non partagé, d’une forme de violence sociale historique, qui veut que les hommes, de préférence blancs et hétérosexuels, luttent activement pour rester en haut de ce qu’ils imaginent être une pyramide sociale.

Évidemment, quand après ça je débute Le Mal-épris, premier roman d’une collègue infirmière fraîchement paru chez Calmann-Lévy, j’ai comme un sourire en me disant « je suis dans le thème ». Et puis très vite, ce sourire laisse place à une gêne, une sorte de malaise indicible.

C’est que Paul, le narrateur, est un petit homme laid, un homme moyen, ordinaire, qui pourrait être un homme bien après tout, mais qui ne le sera pas. Il ronge sa solitude, son travail insipide, les femmes qui ne le regardent même pas. Elles se moquent de sa laideur, c’est sûr. Et c’est d’abord vers Mylène, sa voisine de palier, que son obsession maladive se porte.

Le rejet, la déception et la rancœur le pousseront à se tourner vers Angélique, sa collègue qui fera l’affaire, sans emballement, comme une proie abordable. Car c’est ça, Paul est un prédateur, un homme dérangé, et Angélique est sa proie. Il sera intrépide, sans pitié. Est-il trop tard pour lutter contre soi-même ?

Quel livre glaçant ! C’est rare, mais j’ai dû refermer le livre lors des scènes de violence. Je connais la violence, mais je n’en vois que le résultat dans ce qu’elle offre de plus laid, de plus injuste. Là, j’en étais le spectateur impuissant, presque complice. C’est une claque, ce premier roman, ça vous prend à la gorge, ça décortique la spirale de la violence, l’emprise, c’est effroyable et le style est sec et violent comme un coup parti trop vite. Bravo Bénédicte !

Le Mal-épris de Bénédicte Soymier a paru le 6 janvier aux éditions Calmann-Lévy.