Ma note :

Quand j’ai découvert en mai les avis dithyrambiques de la presse spécialisée et des blogueurs américains autour de The Vanishing Half, le second roman de Brit Bennett après The Mothers (Le coeur battant de nos mères, paru aux éditions Autrement en août 2017 et disponible en poche chez J’ai lu) qui allait paraître début juin outre-Atlantique, j’ai su. J’ai su que cette histoire me toucherait, j’ai su que j’avais envie d’avoir ce livre entre les mains, de me plonger dans ses pages, d’en disséquer le récit, de me vautrer dans chaque phrase, dans chaque mot, en ronronnant de plaisir. Impatient, j’ai partagé ma fébrilité sur les réseaux sociaux et je dois publiquement remercier la (le ?) community manager des éditions Autrement pour sa patience et son enthousiasme en écho au mien. Seule l’annonce d’une parution rapide en France m’a empêché de le commander en anglais pendant l’été.

J’étais pourtant loin d’imaginer en réalité ce qui m’attendait : un roman magique, parfait, sublime, un roman qu’on aimerait sans fin, afin qu’on puisse chaque jour poursuivre le voyage littéraire. Une claque, un coup de cœur, un chavirement, vous utiliserez l’image qui vous plaît le plus mais vous l’aurez compris : ce livre m’a transporté au delà de toutes mes espérances.

Qui est-on vraiment ? Cette question sur l’identité et ses conflits est au cœur du roman de Brit Bennett. Autour du destin clivé de deux jumelles, Desiree et Stella Vignes, l’autrice tisse une toile incroyable au fil des ans sur cette question aussi intime que sociétale. Sommes-nous jusqu’à notre mort la même personne qu’à notre naissance, celle qui porte l’héritage génétique de ses parents et de son milieu sans pouvoir jamais s’en défaire ? Sommes-nous celui ou celle que la société fait de nous, par la façon dont elle nous voit, dont elle nous catégorise ? Ou bien sommes-nous celui ou celle que l’on désire devenir, indépendante et libérée de ses origines, de son genre, comme un caméléon qui s’adapte à l’environnement qu’il côtoie ?

Desiree aura d’un mariage malheureux une fille tellement noire qu’on dira d’elle qu’elle vire au bleu nuit, une enfant noire comme jamais Mallard n’en a vu, cette ville peuplée d’afro-américains au teint clair qu’on pourrait prendre pour des blancs un peu bronzés. Stella refera sa vie dans un autre univers, gommant au maximum ces origines qui l’embarrassent en se créant une nouvelle vie et une seconde peau jusqu’à enfin vivre dans ce milieu blanc aisé, ce milieu privilégié dont elle rêvait depuis longtemps. Des années après, les cicatrices sont toujours visibles et certaines plaies jamais totalement refermées deviennent béantes : il faut alors retrouver cette autre moitié de soi pour redevenir soi-même.

Un roman magistral, brillant du début jusqu’à la fin, à côté duquel il ne faut surtout pas passer.

L’autre moitié de soi, de Brit Bennett, est publié aux États-Unis le 2 juin 2020 chez Riverhead Books sous le titre « The Vanishing Half » . Il paraît en France le 19 août 2020 aux éditions Autrement dans une traduction de Karine Lalechère.