Ma note :

J’ai bien pensé ne jamais parvenir à terminer ce roman. Oh, pas qu’il soit difficile ou désagréable à lire, bien au contraire, mais disons qu’il est tombé au mauvais moment. Et quelque part, lire un bon roman dans une mauvaise période, ça gâche un peu l’expérience. Vous devrez donc composer avec l’avis d’un lecteur débordé, épuisé, frustré de ne pas avoir eu assez de temps libre et donc contraint de mettre 14 jours (quatorze !) pour venir à bout de ces 200 pages. Si je n’avais pas une pile-à-lire démesurée, je remettrai ce roman tout en bas de la pile de la rentrée littéraire pour y revenir une fois la frénésie passée, mais ne nous mentons pas, ce serait un vœu pieux.

C’est donc dans une saga familiale que nous embarquons, et plus précisément dans celle de la famille Lonsonier que nous suivons sur trois générations, des vignes jurassiennes jusqu’à Santiago du Chili. Le père de Lazare a quitté Lons-le-Saunier dans le Jura avec un pied de vigne survivant à l’épidémie de phylloxéra, ravageant quatre générations de vignobles, et le poussant à fuir vers la Californie, persuadé qu’il pourrait y faire à nouveau du vin. Malade durant la traversée, il fut débarqué en Amérique latine à Valparaiso au Chili, où ne parlant pas un mot d’espagnol il se fit rebaptiser par l’agent de l’immigration qui l’accueilli ce jour là. Ainsi naquit la famille Lonsonier sur le territoire chilien.

Les générations suivantes survivront à une guerre européenne qu’ils combattront par un patriotisme surfait, laissant à Lazare de terribles séquelles, à la seconde guerre mondiale, à l’arrivée du socialisme de Salvador Allende jusqu’au coup d’état qui portera le général Pinochet à la tête du pays, avec l’aide des États-Unis. Entre les deux, il faudra faire la connaissance des nombreux oiseaux venus du monde entier que Thérèse, l’épouse de Lazare, garde dans l’immense volière qu’il a fait construire pour elle. De leur mariage naîtra Margot qui, inspirée par compagnons ailés, rêvera de s’envoler, jusqu’à devenir l’une des pionnières de l’aviation.

C’est un de ces romans que j’adore, qui condensent en quelques pages le trésor de plusieurs vies, un roman comme Le soleil des Scorta de Laurent Gaudé. Car c’est une véritable magie que de faire tenir autant d’aventures en si peu de pages, de nous faire traverser les générations, les continents, les guerres, les amours et les douleurs sans jamais nous épuiser. J’aurais sincèrement aimé pouvoir dévorer ce roman d’une traite, il est beau, l’histoire est bien rythmée et les personnages sont attachants dans leurs joies comme dans leurs peines. Je l’ai lu sur les conseils de ma libraire et à mon tour je peux le conseiller sans retenue : faites-vous un thé, installez-vous dans votre coin de lecture favori et laissez-vous embarquer avec Miguel Bonnefoy dans une aventure hors du commun.

Héritage, de Miguel Bonnefoy, a paru aux éditions Rivages le 19 août 2020.