Ma note :

Vous avez été nombreux (et peut-être nombreuses) à vous laisser séduire par la beauté gracile de Timothée Chalamet dans le rôle d’Elio, adolescent de dix-sept ans enivré d’une passion estivale aussi insaisissable qu’inattendue pour Oliver, étudiant américain de vingt quatre ans venu partager pour l’été la maison familiale du bord de mer de son professeur, en Italie. C’était dans le film Call me by your name réalisé par Luca Guadagnino, adapté du roman éponyme (et paru en France sous deux titres, Plus tard ou jamais paru aux Éditions de l’Olivier en 2008, puis Appelle-moi par ton nom chez Grasset en 2018) et qui eu un beau succès dans les salles en début d’année 2018 et énormément de récompenses, permettant au livre de connaître le même succès en librairie.

Il aura donc fallu attendre près de deux ans pour voir arriver en librairie une suite à cette histoire d’amour hors norme, et si le roman a paru aux États-Unis en octobre 2019, il est pour le moment inédit en français, son éditeur Grasset ayant repoussé la sortie au 27 mai 2020. Mon impatience à retrouver Elio et Oliver fut telle pendant cette période de confinement que je n’ai finalement pas pu attendre un mois de plus, et j’ai craqué en achetant le livre numérique sur ma liseuse Kindle en anglais. Voilà, fébrile, impatient, j’allais pouvoir me replonger dans cet amour indicible.

Je suis partagé entre deux sentiments vis-à-vis de ce roman que j’ai dévoré en deux jours : d’un côté, une terrible déception, celle de ne pas avoir trouvé un roman conforme à mes attentes, à mes espoirs, et d’avoir mis en doute jusqu’à environ la moitié du roman, le fait qu’il s’agisse d’une suite à Appelle-moi par ton nom. D’un autre, celui d’un plaisir rare, la lecture d’un livre à l’écriture musicale, mélodieuse, qui m’a même poussé à lire régulièrement à voix haute, pour le plaisir solitaire d’entendre la beauté des phrases dans mes oreilles.

Le livre nous amène donc plusieurs années après ce qu’on pourrait appeler « l’été italien » , auprès des différents personnages. Dix ans après, pour débuter, avec le père d’Elio, à Rome. Une rencontre inattendue dans un train, une passion flamboyante, que rien n’arrête, entre une jeune artiste photographe et un professeur de deux fois son âge. Entre eux, la séduction comme un jeu, le désir, le plaisir, et la peur de la fugacité et de l’abandon. Absolument pas ce à quoi je m’attendais en débutant le roman, mais il faut le dire, une belle histoire.

Cinq ans plus tard (donc quinze ans après l’été italien), avec Elio cette fois, à Paris. Une rencontre inattendue dans une église, une passion flamboyante, que rien n’arrête, entre un jeune artiste musicien et un avocat de deux fois son âge. Entre eux, la séduction comme un jeu… bref, vous avez compris. Un second acte comme un parfait miroir du premier.

Cinq ans plus tard, enfin, avec Oliver, cette fois à New-York. Marié à celle qu’il allait retrouver après l’été italien, il s’apprête à quitter leur appartement face à l’Hudson pour retourner vivre et enseigner dans le New-Hampshire. Le soir de ses adieux, lors d’une petite soirée organisée dans leur appartement vide, il se montre fidèle à l’ambiguïté sensuelle qu’on lui connaît et à sa tendance à désirer sans barrière, hommes ou femmes…

Pour le dernier chapitre… et bien il faudra lire le livre. Je ne souhaite pas vous en dévoiler plus, sachez que ces dernières pages m’ont fait pleurer. Je suis une âme sensible, il faut dire.

Ô, comme j’ai trouvé facile de m’arracher quelques larmes pour me faire oublier ennui et déception qui avaient accompagné ma lecture jusqu’à cette fin savoureuse. Si l’écriture est sincèrement magnifique, j’ai été un peu agacé de ces vies romanesques, trop faciles, surfant sur ce cliché nord-américain d’une vieille Europe vouée aux amours libertins et à la transgression de tous les interdits, fantasme d’une certaine indolence. Un livre étonnant, parfois, sur ce rapport aux pères, omniprésents de la première à la dernière page, tandis que les mères, elles, sont quasiment inexistantes. Sur cette obsession, également, de mettre ensemble de jeunes gens et des hommes plus âgés, qui m’a fait penser aux érastes et aux éromènes de la Grèce antique. Enfin, j’ai trouvé dommage que ce roman comme le précédent évitent soigneusement de nommer l’homosexualité et la bisexualité, et se contentent d’en montrer les aspects pratiques et en l’évoquant comme un désir, une envie de bonheur, de plaisir. Comme si cette orientation sexuelle n’était qu’une envie éphémère, qui pourrait être balayée le lendemain par une envie contraire.

Un avis mitigé donc : une histoire décevante un peu douceâtre servie par une plume magnifique.

Find Me, de André Aciman, est publié aux États-Unis en octobre 2019 chez Farrar, Straus and Giroux. Disponible en France sous le titre « Trouve-moi » aux éditions Grasset dans une traduction de Anne Damour le 27 mai 2020.