Ma note :

J’ai lu ce livre avec beaucoup trop de retard ! D’abord, cela faisait près d’un an que je le voyais me passer sous le nez au gré de mes balades sur les réseaux sociaux, et j’avais même poussé le vice jusqu’à le prendre en main une fois en librairie, pour en apprécier la qualité, observer de près le graphisme sublime de la couverture, renifler le doux parfum de l’encre et du papier neuf mélangés lorsque j’en tournais les pages. Je l’ai acheté lors d’un séjour à Vannes en pleine vague de chaleur, mais lu au frais quelques jours plus tard et croyez-bien que j’aurais aimé, par 35 degrés, me retrouver aux côtés d’Uqsuralik à faire de la chasse sur la banquise de l’Arctique : ça m’aurait sérieusement rafraîchi les idées !

C’est un très joli livre, atypique, surprenant, mais vraiment beau. D’abord, c’est important pour moi : c’est un très bel objet. Rares sont les éditeurs qui cherchent à rendre leurs parutions « quali », j’imagine que par facilité et par économie, faire un peu comme le monde c’est plus simple. Là, j’ai trouvé le même plaisir que lorsque j’ai un livre éditeur chez Monsieur Toussaint Louverture ou chez Les Moutons Électriques : il y a un vrai travail sur l’objet livre, au delà du travail habituel de l’éditeur sur le texte de l’auteur. Le grain du papier, son grammage, la typo, la mise en page, le graphisme, l’harmonie est là, et rien que pour ça il faut féliciter et encourager Le Tripode à continuer de nous créer d’aussi beaux livres.

Sur l’histoire, c’est très inhabituel par rapport à mes lectures, c’est un peu comme un conte plein de mysticisme qui se déroule sur une terre sauvage (je dis une terre, mais en réalité il y a autant d’eau que de terre), hostile, dans laquelle il s’agit plus de survivre que de vivre. Uqsuralik est une jeune inuit séparée de sa famille, qui erre avec ses chiens et tente de survivre comme elle peut face aux éléments hostiles à la présence de l’homme. D’un clan à un autre, armée de quelques outils rudimentaires et d’un plaisir de chasser qui la font souvent passer pour un garçon manqué, elle survivra aux évènements difficiles de sa vie, entre deux famines, passages indescriptibles oscillants entre le délire et le mystique, où elle devra parfois lutter pour sa survie et celle de sa nouvelle famille.

Un roman surprenant, qui m’a entraîné au gré des chapitres et qui est intelligemment illustré de quelques photographies en fin d’ouvrage permettant de mettre une image sur cette vie hors du commun qui nous est totalement inconnue. Un peu moins désormais, grâce à la superbe plume de Bérengère Cournut.

De pierre et d’os, de Bérengère Cournut, est publié aux éditions Le Tripode le 29 août 2019.