Ma note :

J’avais acheté ce roman il y a quelques années déjà, guidé à la fois par un titre accrocheur et par des critiques qui m’avaient plu. Certaines n’avaient jamais vu la mer fut donc dévoré en deux temps, quelques pages hier soir avant de sentir le poids du sommeil sur mes paupières, puis les pages restantes ce matin, après la douche, caressé par un soleil jouant à cache-cache au travers les nuages, allongé dans un bain de soleil sur ma terrasse. Un livre peu épais, qu’on traverse rapidement.

Sur la forme, j’ai été surpris pour ne pas dire perturbé. La narration sans narratrice, ces anonymes comme parlant d’une seule voix et énonçant d’un souffle continu le calvaire de toutes ces femmes comme dans un catalogue de mauvais goût, m’a un peu déstabilisé.

Il faut pourtant aller voir au delà, et s’intéresser au message, à l’histoire. Cette histoire terrible de femmes plutôt jeunes – parfois trop jeunes – arrachées à leur pays, leur famille, leur culture, pour aller épouser des hommes choisis sur le papier là-bas, sur le continent américain. L’espoir d’une vie meilleure, loin des rizières, et l’espoir de l’argent qui permettra de soutenir la famille restée au pays.

Et quel drame, quelle déception. Exploitées par les hommes dans tous les aspects de leurs vie, ces jeunes femmes subiront une vie de soumission, de violence, de dur labeur, de racisme et de suspicion. Rien ne leur sera épargné, et le récit prend des tours mélancoliques sans jamais verser dans la rancœur pour aborder cette partie de l’histoire américaine, celle de ces jeunes immigrées venues comme esclaves invisibles. Un récit polyphonique, à la forme atypique, mais sacrément touchant, que je vous conseille à mon tour de dévorer.

Certaines n’avaient jamais vu la mer, de Julie Otsuka, est publié aux États-Unis en mars 2012 sous le titre « The Buddha in the Attic » . Il paraît en France en août 2012 aux éditions Phébus dans une traduction de Carine Chichereau, et est disponible depuis septembre 2013 en format poche aux éditions 10/18.