À propos des livres

Catégorie : Polar

Ne pars pas sans moi, Gilly Macmillan

Ma note :

Gilly Macmillan - Ne pars pas sans moiC’était un dimanche ordinaire pour Rachel Jenner, cette mère célibataire récemment divorcée, qui se baladait en forêt avec son fils Ben, huit ans. Un dimanche ordinaire jusqu’à ce que son fils, qui lui demande l’autorisation de partir devant sur le chemin jusqu’à la maison, disparaisse. Elle pense à une blague, un mauvais tour, un jeu d’enfants, jusqu’à ce qu’en quelques secondes l’incertitude et le doute la ravagent, puis cette douleur, viscérale : son fils a disparu.

La police arrive rapidement sur les lieux, ainsi que le père de l’enfant. Les recherches débutent, les questions de la police également. Puis très vite, la culpabilité, quand elle doit expliquer pourquoi Ben n’était pas resté à côté d’elle. Les voisins s’activent, les recherches s’intensifient, et quand au bord de l’eau les enquêteurs retrouvent les vêtements de l’enfant soignement pliés, l’enlèvement ne fait plus aucun doute.

La conférence de presse tenue par l’inspecteur en charge de l’enquête est un désastre, cette mère au visage hagard, avec du sang sur les mains, est bien en peine face à la brutalité des questions des journalistes. Très vite, l’histoire s’emballe : la presse ne la lâche plus, et sa maison est assiégée jour et nuit de journalistes. Sur les réseaux sociaux comme sur internet, le peuple spécule, et certains condamnent sans procès cette mère paniquée.

En parallèle de l’enquête et de la descente aux enfers de Rachel, racontée comme un flashback, l’auteur nous emmène dans les carnets tenus par une psychologue, chargée de rencontrer l’inspecteur Jim Clemo à distance de cette enquête, et de faire le point sur son propre ressenti.

Si sur certains points le roman aurait pu gagner en originalité, ou en noirceur, Ne pars pas sans moi reste un thriller efficace à l’atmosphère pesante, qui s’intéresse à l’aspect médiatique d’une affaire de police touchant la société. Un roman bien construit, facile à lire, qui réussit brillamment à maintenir le doute jusqu’aux dernières pages quant au sort de ce petit garçon.

Ne pars pas sans moi, de Gilly Macmillan, est publié en février 2015 au Royaume-Uni sous le titre « Burnt Paper Sky ». Il paraît en France en février 2016 aux éditions Les Escales dans une traduction de Christel Paris.

Tout ce qu’on ne s’est jamais dit, Celeste Ng

Ma note :

Celeste Ng - Tout ce qu'on ne s'est jamais ditEn furetant chez son libraire, repartir avec un roman paru chez Sonatine est presque toujours la certitude de lire un bon roman, tant cette jeune maison d’édition – elle fêtera cette année ses 8 ans d’existence –  semble vouée à ne faire paraître que d’excellents thrillers et autres romans noirs. Avec Tout ce qu’on ne s’est jamais dit, le premier roman de Celeste Ng (prononcez « ing« ), l’éditeur reste fidèle à ses habitudes en publiant un roman incroyablement puissant qui a déjà rencontré outre-Atlantique un franc succès littéraire.

La famille Lee pourrait ressembler à une famille modèle, si l’on ne s’y attardait pas. Le père, James, est professeur d’université, tandis que son épouse Marylin est femme au foyer. Ils ont trois enfants, Nath, Lydia et Hannah, qui s’en tirent honorablement dans leurs études, et pour lesquels ils nourrissent de grandes ambitions.

Cet american dream va durement s’interrompre lorsque le cadavre de Lydia sera retrouvé au fond du lac situé à quelques pas de la maison. Que s’est-il passé cette nuit où leur fille a disparu ? Alors que l’enquête de la police s’oriente vers un suicide, personne ne veut y croire dans sa famille, Lydia était une fille tellement heureuse. Personne, sauf son frère Nath, qui a toujours vu clair en sa soeur.

Le roman est froid et sombre comme l’eau du lac dans lequel on a repêché Lydia. Celeste Ng dissèque avec un talent rare cette famille, construite sur des faux semblants, où les parents cherchent à faire de leurs enfants ce qu’ils n’ont jamais réussi à être. Tandis que le père essaie de prendre sa revanche sur les moqueries liées à son origine ethnique, et rêve que ses enfants soient les plus intégrés possible, leur mère frustrée d’avoir dû interrompre ses études scientifiques pour tenir la maison et s’occuper d’eux, essaie de faire de sa fille un petit génie afin qu’elle puisse, enfin, voir son désir de femme médecin accompli.

L’auteur réussit à écrire un roman saisissant d’intelligence, la lente mais parfaite autopsie d’un drame annoncé, d’une famille aux vicissitudes presque ordinaires. Un excellent livre, très bien écrit, parfaitement construit et que je conseille sans réserve : un gros coup de coeur !

Tout ce qu’on ne s’est jamais dit, de Celeste Ng, est publié en juin 2014 aux États-Unis sous le titre « Everything I never told you ». Il est publié en France le 3 mars 2016 aux éditions Sonatine dans une traduction de Fabrice Pointeau.

Serre-moi fort, Claire Favan

Ma note :

Claire Favan - Serre-moi fortDifficile de percer dans le milieu du polar, tant les codes du genre son stricts, les clichés sont légion et le talent d’écriture est rare. Réussir à être original dans cette niche littéraire qui a le vent en poupe et intéresse plus de lecteurs intermittents que la littérature générale, n’est pas toujours aisé. Cependant je suis toujours ravi de découvrir de nouveaux auteurs francophones comme Ingrid Desjours ou Claire Favan, capables de rivaliser avec les caciques du polar dont on est parfois un peu trop vite lassé.

Serre-moi fort n’est pas le polar du siècle, disons le tout de suite, mais il possède assez d’originalité et d’ingéniosité pour se démarquer du lot. L’histoire se situe aux États-Unis et débute dans les années 90, où l’on suit l’enquête relative à la disparition de plusieurs jeunes filles, victimes probables d’un même et seul ravisseur qui n’est connu que par le surnom que la presse lui a donné, l’Origamiste.

Le livre s’intéresse essentiellement à une disparition, celle de la jeune Lana, qui laisse une famille empreinte de désespoir et éclipse totalement la vie de son jeune frère Nick. Les jours passants, malgré une enquête au point mort, la vie de cette famille sera profondément bouleversée, et Nick deviendra une figure fantomatique dans une maison dédiée à la recherche de ces filles disparues, à laquelle ses parents se sont rattachés de manière obsessionnelle.

Quand un charnier est découvert des années plus tard dans une grotte en pleine forêt d’Alabama, le lieutenant Gibson est chargé de l’enquête, et peut rapidement redonner une identité aux victimes étrangement momifiées. Son enquête s’oriente alors sur la piste d’un tueur en série ayant sévit pendant des années, dans les pas de l’Origamiste. Mais au jeu du chat et de la souris, l’inspecteur se retrouve rapidement en mauvaise posture…

Dans ce polar, Claire Favan met en scène avec brio un renversement saisissant d’effroi, mélangeant victimes et bourreaux, dans un style agréable permettant une lecture intensive. Pour autant, et bien qu’elle nous épargne les habituels clichés dévolus à ce genre de littérature, l’histoire manque de crédibilité sur la fin et le récit n’est pas assez glaçant à mon goût. Il faut avouer que je suis un peu difficile…

Serre-moi fort, de Claire Favan, est publié le 11 février 2016 dans la collection La Bête Noire aux éditions Robert Laffont.

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