À propos des livres

Catégorie : Polar Page 3 of 4

Terminus Elicius, Karine Giebel

Ma note :

Karine Giebel - Terminus EliciusLe monde de l’édition est parfois fait de mystère, de choix étranges, et je m’interroge toujours sur l’opportunité – et les motivations – qu’ont eu les éditions Belfond de republier ce tout premier roman de Karine Giebel, auteur française de polar désormais bien connue, qui était paru en 2004 dans la collection Rail Noir des éditions La Vie du Rail, un groupe de presse spécialisé dans la publication de magazines et de romans en rapport avec le transport ferroviaire.

Terminus Elicius nous emmène donc à Marseille, dans un commissariat de la ville où travaille Jeanne, une employée administrative un peu particulière, oscillant entre des rituels maniaques et les décompensations psychotiques. Au bureau, elle est discrète au point d’en devenir invisible, même si elle aimerait que le capitaine Esposito la remarque un peu plus.

Jeanne donc, très ritualisée, prend tous les jours le même train pour se rendre de Istres – où elle vit avec sa mère, dépressive neurasthénique – à Marseille, où elle travaille. Et inversement, le soir. Toujours le même train, la même place, les mêmes habitudes.

Un jour, glissée entre deux sièges, Jeanne trouve une lettre laissée là à son attention. A l’intérieur, un courrier d’un mystérieux Elicius, qui lui annonce la surveiller depuis longtemps, l’aimer, et être un tueur. Et ça tombe bien, pendant ce temps, le capitaine Esposito et son équipe traquent en vain un tueur en série dans les environs de Marseille.

Pour la faire court, Jeanne et le tueur correspondent plus où moins, entre deux crises de nerf et deux égorgements de victimes, tandis que la police patauge littéralement dans un bain de sang. Le capitaine Esposito est pourtant déterminé, comme l’illustre cette brillante phrase : « Désormais, il en faisait une affaire personnelle. Il y passerait ses jours, ses nuits, sa vie entière s’il ne fallait. Et sa traque ne connaîtrait ni répit ni pitié » .

Bref, ce roman fut très vite lu, et c’est tant mieux. Je l’ai trouvé plein de bons sentiments, de grosses ficelles, d’amateurisme, de clichés en veux-tu en voilà. J’en étais désolé pour Karine Giebel, pour qui j’ai beaucoup d’estime littéraire, car je ne comprends pas qu’on ai voulu remettre en avant ce livre qui a toutes les qualités, et tous les défauts, d’un premier roman. Si vous ne connaissez pas encore l’auteur, attaquez-vous plutôt à Purgatoire des innocents ! Enfin, on notera la présence d’une nouvelle inédite en fin d’ouvrage, pour faire passer la pilule du roman : une bonne idée, mais loin d’être suffisante.

Terminus Elicius, de Karine Giebel, est publié en 2004 aux éditions La Vie du Rail et republié le 3 novembre 2016 aux éditions Belfond. Le titre est également disponible au format poche depuis octobre 2011 aux éditions Pocket.

En pleine turbulence, Jon Ottar Olafsson

Ma note :

Jon Ottar Olaffson - En pleine turbulenceLes auteurs islandais ne courent pas les rayonnages de nos librairies, mais à l’échelle de ce petit pays et de ses 337 610 habitants au recensement de 2016, on compte un nombre important d’auteurs dont le succès dépasse les frontières de cette île. Il suffit de se rendre dans les polars dans sa librairie pour voir apparaître des noms aux consonances typiques, comme Arnaldur Indridasson, Audur Ava Olafsdottir, Ragnar Jonasson, Yrsa Sigurdardottir… et Jon Ottar Olafsson.

Titulaire d’un doctorat en sciences criminelles, et ayant travaillé plusieurs années au sein des forces de l’ordre avant d’intégrer un bureau d’enquête spécialisé dans les crimes liés à crise économise de 2008, l’auteur signe avec « En pleine turbulence » son second roman après avoir publié en 2014 « Une ville sur écoute » , déjà aux Presses de la cité.

Nous retrouvons dans ce roman l’inspecteur David Arnarson de la police criminelle, qui se retrouve détâché comme officier de liaison avec la police britannique après qu’un jeune islandais, doctorant à Cambridge, ait été retrouvé mort dans sa chambre, criblé de balles. Quelques heures plus tôt, l’inspecteur avait reçu un étrange message lui demandant de venir l’aider à Cambridge, signé par l’étudiant assassiné, dont il n’avait jusque là pas entendu parler.

En Angleterre, les choses se compliqueront pour notre inspecteur, car cet homicide en apparence simple, que la police locale pense lié à un traffic de drogues auprès de riches étudiants, cache en réalité un complot terroriste d’envergure internationale. Intégrant temporairement le célèbre MI5, service de sécurité intérieur britannique, il sera pourvu de quelques gadgets bien utiles, surtout lorsqu’il devra sauver sa peau après qu’un groupe de tueur essaie  de se débarrasser de lui.

J’ai dévoré ce roman finalement assez vite lu, à l’écriture très fluide et au récit plein de rebondissements. Il n’en fallait pas beaucoup plus au fan de James Bond que je suis que de voir débarquer le MI5 pour ne plus pouvoir reposer ce bouquin ! Je n’ai finalement été déçu que par la fin de l’histoire, un peu bâclée en quelques pages, mais les perspectives ouvertes lors des toutes dernières pages donnent clairement envie de surveiller la publication des prochaines aventures de l’inspecteur islandais !

En pleine turbulence, de Jon Ottar Olafsson, est publié en Islande en novembre 2014 sous le titre « Ókyrrð ». Il est publié le 20 octobre 2016 aux éditions Presses de la cité dans une traduction de Jean-Christophe Salaun.

Je sais pas, Barbara Abel

Ma note :

Barbara Abel - Je sais pasJe n’aime pas les enfants. Ça paraît souvent exagéré, lancé comme une provocation, une boutade, mais c’est pourtant vrai : j’ai horreur des chères têtes blondes devant lesquelles la plupart de mes congénères s’extasient. Avec ce nouveau polar de l’auteur belge Barbara Abel, soit son dixième roman, les choses ne sont pas prêtes de s’arranger…

Lors d’une sortie scolaire en forêt, Mylène la jeune institutrice se retrouve dans une situation difficile lorsque la jeune Emma, cinq ans, décide de n’en faire qu’à sa tête. En perfide manipulatrice, elle réussit parfaitement à cliver les adultes autour d’elle, opposant avec une facilité déconcertante sa maîtresse et une autre accompagnante, tout comme ses parents, un peu plus tard dans la lecture.

Seulement voilà, puisqu’il faut un drame dans ce genre de roman, Emma est manquante lorsque les enfants sont comptés à l’issue de la balade. Ni une ni deux, notre courageuse mais globalement immature enseignante part à sa recherche dans les bois, armée d’un extraordinaire sens de l’orientation féminin. Elle trouvera l’enfant, tombée dans une sorte de puit naturel, et se retrouvera elle-même coincé avec elle lorsqu’elle tentera de l’aider.

Un peu plus tard, alors que la petite Emma est retrouvée par les gendarmes mobilisés après sa disparition, et bien que l’on soit toujours sans nouvelles de Mylène, l’enfant déclarera « je sais pas » lorsqu’on la questionnera sur la localisation de sa maîtresse, dont elle porte le foulard noué autour du bras. Machiavélique, l’enfant.

La suite du roman tourne autour de la disparition de l’institutrice, au passé agité, diabétique sous insuline, et dont le père n’est autre que l’amant de la mère de la petite Emma. Vous les voyez, les grosses ficelles ?

Je n’ai pris aucun plaisir à la lecture de ce polar trop facile, rarement raccord. Peut-être que ne partage pas l’hypersensibilité d’un lectorat féminin, mais j’avais en permanence l’impression que les personnages étaient au bord de l’hystérie, la mère d’Emma étant particulièrement insupportable. L’enfant n’est absolument pas crédible, l’auteur lui prêtant volontiers des traits totalement inadaptés pour une enfant de cinq ans, la transformant en petite créature diabolique aux calculs froids. Probable déformation professionnelle, mais je n’ai pas non plus été emballé par la pseudo urgence amenée par le diabète, l’histoire étant sur ce point irréaliste. Enfin, j’ai globalement été agacé par cette usante sensibilité à fleur de peau, cette panique permanente. Un bouquin qui donne envie de se bouffer un Lysanxia et de se faire un bilan thyroïdien. Décevant !

Je sais pas, de Barbara Abel, est publié le 6 octobre 2016 aux éditions Belfond.

Un coeur sombre, R.J. Ellory

Ma note :

RJ Ellory - Un coeur sombreUn an après l’excellent Les Assassins, et pour ne pas déroger aux habitudes, nous retrouvons Roger Jon Ellory avec son polar annuel, toujours chez Sonatine, l’éditeur spécialisé dans le roman frissonnant. Nous voici de nouveau au sein du célèbre NYPD, le département de police de la ville de New York cher à l’auteur, que l’on avait déjà apprécié dans Les Anges de New York.

Vincent Madigan est un de ces flics corrompu jusqu’à l’os, qui a tiré un trait quelques années plus tôt sur ses idéaux et la bonne morale, afin de se remplir les poches, et d’éponger diverses dettes. Homme de main et indic de Sandià, le mafieux du coin, Madigan est un sale type qui ne parle plus ni à ses ex femmes ni à ses enfants, carbure à l’alcool et aux médicaments, mais est toutefois un bon flic.

Je suis surpris chaque matin en me réveillant de m’apercevoir que personne ne m’a tué.

La grande spécialité de Madigan reste quand même de prendre de mauvaises décisions, comme par exemple celle de monter une équipe pour faire un casse dans une des planques qu’utilise Sandià pour stocker le fric de ses activités illégales. Après avoir dézingué les porte-flingues du mafieux et récupéré un paquet de pognon, il se débarrasse de ses partenaires d’un jour. Seulement voilà, rien n’est jamais aussi simple, et tandis qu’il se voit confier l’enquête sur l’une des deux tueries, il découvre une petite fille blessée par une balle perdue, cachée dans la maison de Sandià.

De son côté, le mafieux met la pression sur Madigan afin qu’il lui livre le nom des coupables, car son neveu faisait partie des porte-flingues abattus pour de l’argent de toute façon inutilisable, car lui-même volé lors d’un braquage, et donc tracé. Et comme si les mauvaises nouvelles ne suffisaient pas, il va devoir composer avec l’arrivée d’un inspecteur des affaires internes sur les enquêtes…

Sans surprise, Un coeur sombre est un excellent polar, un roman noir dans lequel j’ai retrouvé avec plaisir la plume d’Ellory, qui s’impose aujourd’hui comme une figure incontournable de la littérature policière. Les personnages sont creusés, épais, l’auteur prenant le temps de les faire exister avant de les jeter dans l’arène de son imagination macabre, dont il ne nous épargne aucun détail, ne nous fait grâce d’aucune cruauté. Une lecture passionnante, un anti-héros qu’on adore détester, une intrigue bien menée, bref, un très bon Ellory.

Un coeur sombre, de R.J. Ellory, est publié aux États-Unis en avril 2013 sous le titre « A Dark and Broken Heart » . Il est publié en France le 1er octobre 2016 aux éditions Sonatine, dans une traduction de Fabrice Pointeau.

La Rage, Zygmunt Miloszewski

Ma note :

Zygmunt Miloszewski - La RageS’il semble parfois difficile de trouver un polar qui s’aventure un peu hors des sentiers battus, qui ne respecte pas totalement les codes du genre, qui réussisse à me surprendre dans le développement de son intrigue, c’est que je n’avais encore jamais lu Zygmunt Miloszewski, un auteur polonais de quarante ans dont le nom semble à première vue imprononçable. Il faut remercier ici Fleuve éditions ainsi que Netgalley pour cette découverte originale, passée un peu inaperçue chez mon libraire.

Il y a déjà le héros de ce roman noir, Teodore Szacki, qui n’a rien à renier à ses concurrents conventionnels : fringuant, cynique, un peu misogyne, psychorigide, superbement sapé, l’homme n’est ni policier, ni détective privé, mais procureur. Au début, j’étais dubitatif sur ce personnage atypique pour un enquêteur, mais l’aspect procédurier de l’histoire rend vite ce héros hors norme crédible. Et puis entre nous, quel plaisir de ne pas se coltiner le traditionnel policier alcoolique, blessé de la vie, séparé, renégat du service, tête brûlée, …

Ensuite, l’environnement est rapidement hostile : finis les égouts ancestraux d’Italie, les cathédrales parisiennes, les étendues enneigées de Scandinavie, nous voici catapultés à Olsztyn, au nord-est de la Pologne dans la région de Varmie-Mazurie, une ville qui déprime notre héros nostalgique de Varsovie, et où l’ancien rattachement à l’Allemagne semble aussi important que la présence de onze lacs dans la ville.

Enfin, l’histoire s’épaissit au fil des pages, et j’ai apprécié comment chaque nouveau chapitre compliquait un peu plus l’intrigue : tout démarre avec un squelette retrouvé dans un ancien abri aérien d’un hôpital de la ville, qu’on pense d’abord être celui d’un soldat de la seconde guerre mondiale, avant de réaliser que la victime n’a disparue que depuis quelques jours, et la fin est aussi inattendue que réussie.

La Rage fut donc une bonne lecture, un polar original et efficace, différent de ce que j’ai pu lire jusque là, avec un héros atypique mais par ailleurs sympathique. Troisième roman de la saga, il m’a donné envie de rattraper l’histoire en me plongeant dans les deux premiers tomes.

La Rage, de Zygmunt Miloszewski, est publié en Pologne en octobre 2014 sous le titre Gniew. Il est publié en France chez Fleuve éditions le 8 septembre 2016 dans une traduction de Karim Barbarski.

Une avalanche de conséquences, Elizabeth George

Ma note :

Elizabeth George - Une avalanche de conséquencesJeune blogueur aux débuts du phénomène, dans une précédente vie parisienne, j’avais réussi à contacter quelques attachées de presse de différents éditeurs, dont celle des Presses de la cité, qui à l’époque déjà était vraiment très sympa. Quelques services de presse plus tard, j’avais le bonheur de lire mon premier polar d’Elizabeth George, Anatomie d’un crime, un roman qui jusqu’à maintenant reste en bonne place dans mon Top 10 des lectures, tous genres confondus.

Aussi l’occasion de me replonger dans l’univers britannique de l’auteur à succès avec Une avalanche de conséquences était trop belle, et malgré un peu de retard, j’ai pu trouver le temps d’avaler cet excellent polar pendant un séjour d’une semaine à Paris.

Caroline Goldacre est une femme aussi détestable que pathologique, autour de laquelle les cadavres s’entassent. Il y a déjà son fils Will, qui se jette du haut d’une falaise dans le Dorset alors que son ex-petite amie tombe sur son journal intime, puis quelques années plus tard Clare Abbott, écrivain féministe engagée auprès de qui Caroline tenait un rôle d’assistante envahissante.

Le rapport entre ces deux crimes n’est pas évident, aussi quand Rory l’attachée de presse de Clare est à son tour empoisonnée, Barbara Havers de Scotland Yard demande à l’inspecteur Lynley d’être officiellement chargée de l’enquête. Flanquée d’un coéquipier dont elle se serait bien passée, la policière alors en disgrâce va pouvoir s’immerger dans la campagne anglaise du Dorset, en apparence si paisible, et qui cache pourtant de profondes inimités.

Dans ce roman sur le secret de famille et les personnalités pathologiques, Elizabeth George réussit une fois encore à faire vivre un polar de grande qualité, une histoire prenante aux personnages denses, à l’image d’une Caroline Goldacre qu’elle adore nous faire détester au fil des pages. Qui sont les bourreaux, qui sont les victimes ? C’est toute la question de ce roman réussi que j’ai dévoré dés que j’en avais l’occasion.

Une avalanche de conséquences, de Elizabeth George, est publié aux États-Unis en octobre 2015 sous le titre « A Banquet of Consequences » . Il paraît en France le 22 septembre 2016 aux Presses de la Cité dans une traduction d’Isabelle Chapman.

Là où les lumières se perdent, David Joy

Ma note :

David Joy - Là où les lumières se perdent« La vie dans laquelle j’étais né semblait avoir été gravée dans le marbre à l’instant où mon nom de famille avait été griffonné sur mon acte de naissance » , nous lance en guise d’avertissement Jacob McNeely. C’est que, dans le comté de Caroline du Nord où il vit avec son père Charly, porter ce nom condamne à une sorte de malédiction, celle d’être jugé comme un moins que rien, au mieux, ou comme un délinquant, au pire. Et toujours, d’inspirer la peur et le dégoût autour de soi.

« J’avais été chié par une mère accro à la meth qui venait juste d’être libérée de l’asile de fous. J’étais le fils d’un père qui me planterait un couteau dans la gorge pendant mon sommeil si l’humeur le prenait » . Alors que son père est un des gros dealers de meth de la région, le môme grandit à ses côtés en apprenant quelques règles simples, ne faire confiance à personne, ne jamais se retourner, être toujours sur ses gardes. Pour son père, Jacob est une sorte de relève, et c’est désormais à lui qu’il confie la mission de corriger un de leurs associés à la langue trop pendue.

Dans cette vie jalonnée de ratés, Jacob trouvera pourtant une raison d’espérer, de rêver à un avenir meilleur, à une vie différente que celle à laquelle son nom et ses origines le destinent. C’est Maggie, une voisine avec qui il a grandit et dont il est éperdument amoureux malgré leur récente séparation, qui lui donne l’envie de tout changer. « Maggie savait d’où je venais, elle savait ce qu’on cherchait à faire de moi, et elle croyait tout de même que je pourrais m’en sortir » .

Seulement rien n’est jamais simple dans la vie, encore moins pour ceux qui ont grandi en tournant le dos à la chance, et lorsque le passage à tabac merdera dans les grandes largeurs, Jacob n’aura pas d’autre choix pour s’en sortir que de couper les liens, se libérer de ses entraves : il va devoir affronter son père.

Premier roman d’un jeune écrivain américain, Là où les lumières se perdent nous plonge dans une vie de malchance. C’est un récit noir de crasse et rouge du sang versé, où la lumière apparaît au bout d’un interminable tunnel, insaisissable espoir d’une vie différente, folle utopie d’échapper à sa destinée. Un roman sur le désir de rédemption, sur l’amour, sur le destin et sur cette putain de vie, qui parfois prend plus qu’elle ne donne. Un excellent premier roman d’un auteur dont il faut absolument suivre les prochaines publications, et qu’on ne manquera pas j’en suis certain, de retrouver bientôt au cinéma.

Là où les lumières se perdent, de David Joy, est publié aux États-Unis en mars 2015 sous le titre « Where all light tends to go » . Il paraît en France le 25 août 2016 aux éditions Sonatine dans une traduction de Fabrice Pointeau.

Les adeptes, Ingar Johnsrud

Ma note :

Ingar Johnsrud - Les adeptesJ’ai toujours idéalisé la Scandinavie, ces terres de vikings que l’on connaît surtout pour ses meubles aux noms imprononçables et son modèle social souvent cité en exemple, pour ses prisons, son système de santé, sa politique migratoire, son idéal de formation aux gestes de premiers secours, la moralité de ses élus, etc. Depuis une grosse dizaine d’année et l’arrivée de Stieg Larsson, ces pays se sont taillés la part belle dans les polars édités en France, avec quelques têtes d’affiche comme Henning Mankell, Jo Nesbo, Jussi Adler-Olsen ou encore Camilla Lackberg. Il faudra aujourd’hui compter sur un petit nouveau qui devrait s’installer durablement, Ingar Johnsrud.

Le titre original« Wienerbrorskapets » est imprononçable mais se traduit par « la confrérie de Vienne« , en référence à la Société pour l’hygiène raciale dont il est question dans le roman. L’éditeur français a choisi un titre plus proche de celui de l’éditeur anglophone, qui avait choisi « Those who follow« , plus en lien avec l’aspect sectaire de l’histoire.

Difficile de résumer ce roman sans trop en dire afin de ne pas gâcher l’intrigue ! Le commissaire Fredrik Beier est chargé d’enquêter sur la disparition de la fille et du petit fils d’une responsable politique chrétien-démocrate au sein d’une secte s’appelant La Lumière de Dieu. Une flic du renseignement intérieur, Kafa Iqbal, est chargée de lui prêter main forte. Une enquête banale, jusqu’à ce que la ferme dans laquelle s’était retirée la communauté ne devienne la cible d’un bain de sang, et que la plupart de ses membres soient portés disparus. Autre élément troublant, celle ci cachait dans son sous-sol un laboratoire ultra-sécurisé, dont personne n’est capable de dire à quoi il pouvait bien servir. La suite est une course contre la montre, mêlant pêle-mêle un tueur aussi redoutable qu’insaisissable, des morts, un couple d’homosexuels kidnappés, encore des morts, du terrorisme biologique et des nazis.

Premier roman d’une trilogie qui s’annonce franchement pas mal, Les adeptes est un très bon polar, chargé d’hémoglobine et aux rebondissements incessants, avec une histoire qui pour autant tient la route. J’ai adoré dévorer ce roman, et une fois la moitié du bouquin atteinte, impossible de m’arrêter de lire ! Je ne peux que conseiller, et être impatient que le second tome, Kalypso, qui sort ce mois-ci en Norvège soit publié en France.

Les adeptes, d’Ingar Johnsrud, est publié en janvier 2015 en Norvège sous le titre « Wienerbrorskapets » . Il paraît en France le 19 mai 2016 dans la collection La Bête Noire aux éditions Robert Laffont, dans une traduction d’Hélène Hervieu.

Gangsterland, Tod Goldberg

Ma note :

Tod Goldberg - GangsterlandC’est -enfin !- l’été et vous ne savez pas quoi lire ? Filez chez votre libraire, lecteurs indécis, car Gangsterland pourrait bien vous accompagner lors de vos très difficiles séance de bronzette sur le sable chaud… Tod Goldberg, vous connaissez peut-être déjà sans le savoir, est un journaliste américain qui a publié quelques nouvelles dont une qui lui inspira ce premier roman traduit en français. L’auteur est surtout connu pour être derrière l’idée originale de la série Burn Notice (2007-2013), tirée de ses nouvelles éponymes.

Gangsterland, donc, c’est un roman joyeusement décalé, truculent à souhait ! Sal Cupertine est tueur à gage pour la mafia de Chicago, du genre super efficace et doté d’une mémoire hors norme, qui ne laisse jamais aucune trace de ses assassinats et n’a jamais été arrêté par le FBI. Sauf qu’un jour dans un hôtel, sous l’emprise de la drogue et un brin parano, il dézingue trois agents du FBI et leur indic’ : la paix relative que la puissante institution fédérale accorde à la mafia vole en éclat, et le problème Sal doit être réglé en catastrophe…

Jugé trop précieux, il échappe à une balle dans la nuque, et se retrouve exilé à Las Vegas dans un camion frigorifique, contraint d’abandonner sa femme et son fils. Pour éviter qu’il ne soit retrouvé, alors qu’il est devenu l’homme à abattre dans tous les États-Unis, il subit de nombreuses opérations transformant totalement son visage. Et pour parfaire sa couverture, quelle meilleure idée que de transformer le tueur sans scrupule en… rabbin !

À la synagogue, c’est donc le nouveau rabbin Cohen qui débarque du jour au lendemain, avec ses manières un peu frustres et son visage qui intrigue les meilleurs observateurs. Seulement voilà, la chasse à l’homme ne s’est pas arrêtée au cadavre abandonné avec ses papiers d’identité, et un agent du FBI mis au placard se lance sur la piste Cupertine. Ira-t-il jusqu’au rabbin… ?

Tod Goldberg débarque dans l’hexagone avec un roman plein d’humour, où un tueur à gage sans pitié devient un rabbin à la philanthropie unique en son genre. Un très bon moment de lecture, un roman fantasque et plein de cynisme que vous devriez embarquer avec votre serviette de plage !

Gangsterland, de Tod Goldberg, est publié aux États-Unis en septembre 2014 sous le même titre. Il est publié en France le 4 mai 2016 aux éditions Super 8 dans une traduction de Zigor.

Les Fils d’Odin, Harald Gilbers

Ma note :

Harald Gilbers - Les fils d'OdinOn ne compte plus les polars et autres thrillers dont l’action se déroule dans l’Allemagne nazie, passé déshonorant pour l’humanité mais source inépuisable d’inspiration pour les écrivains du monde entier. Il faut dire qu’en marge de ses activités les plus connues, le régime à la croix gammée flirtait sans trop s’en cacher avec un ésotérisme grotesque pour justifier une partie de son idéologie raciale. C’est dans cette ambiance mystique que nous entraîne le journaliste allemand Harald Gilbers, qui publie avec Les Fils d’Odin son second roman après Germania, paru l’an passé et mettant déjà en scène le même personnage principal.

Richard Oppenheimer est un ancien commissaire de Berlin, qui travallait dans la Kripo, la police criminelle, jusqu’à ce que ses origines juives deviennent problématiques à l’arrivée au pouvoir des nazis. Mis à pied, l’ancien flic a traversé la guerre dans la clandestinité en se faisant passé pour mort, et vivant sous un faux nom. C’est au coeur d’un Berlin en ruine, ravagé par les bombardements ennmis en ce tout début d’année 1945, qu’il va devoir reprendre du service pour sauver une amie qui lui est proche.

Hilde von Strachwitz est une femme médecin issue de l’aristocratie tant répugnée par le régime nazi, et farouche opposante à ce dernier. Lorsque Hauser, son mari médecin militaire revient à Berlin sans prévenir afin de lui demander son aide, elle se sent bien obligée de lui prêter main forte pour fuir le régime. Jusqu’à ce qu’elle découvre qu’il travaillait pour la SS au camp de concentration d’Auschwitz où il menait des expériences médicales sur les détenus.

Après leur dispute, le cadavre de l’officier est retrouvé dans un appartement de Berlin, décapité et les mains tranchées, et Hilde est arrêtée puis emprisonnée par la Gestapo, qui mène une enquête aussi expéditive qu’accablante avant son jugement par un instance habituée à distribuer des peines de mort à la plupart des procès.

C’est dans cette ambiance pressante, le procès et la condamnation d’un côté, l’avancée quotidienne des armées russes vers Berlin de l’autre, qu’Oppenheimer doit mener l’enquête le plus discrètement possible dans une ville en proie à la débâcle générale, aux derniers soubresauts d’un régime à l’agonie, où la population survit comme elle peut aux bombardements et à la pénurie d’eau, de nourriture et d’électricité.

Bien que se présentant comme ésotérique, l’aspect mystique n’est présent qu’au compte goutte dans ce roman qui se rapproche finalement plus du polar historique, et qui m’a rappelé pour beaucoup les romans de la saga Bernie Gunther de Philip Kerr (comme La dame de Zagreb), à propos de cet ancien commissaire de la Kripo… Le roman se lit bien, l’enquête est intéressante et les personnages crédibles, de même que le contexte de la débâcle est original, car il donne au récit une allure de course contre la montre. J’ai malgré tout lu ce roman sans passion dévorante, avec un arrière goût de déjà-lu.

Les Fils d’Odin, de Harald Gilbers, est publié en Allemagne en septembre 2015 sous le titre ‘Odins Söhne » . Il est publié en France le 7 mars 2016 aux éditions Kero dans une traduction de Joël Falcoz.

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