À propos des livres

Catégorie : Polar Page 1 of 4

Larmes de fond, Pierre Pouchairet

Ma note :

Cette année je n’ai pas dévoré beaucoup de polars, et c’est un peu la faute à la rentrée littéraire qui ne met pas en avant le roman policier, malheureusement pas franchement pourvoyeur d’un Goncourt, d’un Femina ou d’un Renaudot. Il faut donc ruser pour dénicher les bons polars, miser sur le bouche à oreille, sur les recommandations des copains, les réseaux sociaux, les blogs spécialisés, les libraires amateurs de roman noir. C’est ainsi que Larmes de fond s’est retrouvé dans ma liste d’achats, et parce qu’en plus le livre est édité avec soin, je n’ai pas su résister lorsque je l’ai eu entre les mains dans ma librairie.

Il s’agit de mon premier roman de Pierre Pouchairet, et croyez-moi : je regrette de ne pas l’avoir lu plus tôt ! Pour résumer l’histoire, un ancien haut-fonctionnaire est kidnappé dans la plus grande discrétion, et c’est grâce à des écoutes mises en places dans le cadre d’une affaire le concernant que Léanne, commandante de police fraîchement nommée à Brest, découvrira que Jean de Frécourt s’est fait enlever. Qui peut bien faire chanter la famille de ce vieux facho, et pourquoi le kidnapper ?

En parallèle, Johana la petite sœur de Léanne est nommée commandante à la police judiciaire de Nice, où elle prend la suite de la frangine un an après soigné les brûlures graves qu’elle aura subies dans une précédente affaire. À peine arrivée, les cadavres s’empilent sur la Côte d’Azur, à commencer par un ancien flic proche du pouvoir, mi-barbouze mi-crapule, retrouvé gonflé par la chaleur et criblé de balles, son appartement plein de poudre blanche. Après lui, ce sera au tour d’un ancien copain de l’Intérieur, désormais à la tête d’une boîte de sécurité privée, de se retrouver exécuté après avoir été manifestement torturé. Tout ce beau monde est lié de près où de loin à un réseau d’extrême droite dirigé par un certain Jean de Frécourt.

Les deux frangines vont devoir collaborer pour faire avancer leurs enquêtes qui s’imbriquent parfaitement. Trafic de drogue, vente d’armes en provenance de Russie, grand banditisme, politique, petite délinquance, extrême droite, terrorisme, renseignements : tout va se mêler dans un roman absolument génial, une enquête palpitante et richement construire qui verra les cadavres s’amonceler de page en page jusqu’au dénouement libérateur. Une superbe découverte, je l’ai dévoré en une journée et j’en veux encore.

Larmes de fond, de Pierre Pouchairet, est publié aux éditions Filature(s) le 18 septembre 2020.

Histoires de la nuit, Laurent Mauvignier

Ma note :

Dès que j’ai l’occasion de faire un trajet en voiture, généralement un trajet d’une bonne demi-heure pour me rendre dans le petit hôpital situé tout en bas de mon département, je mets le podcast de La Grande Librairie dans ma voiture et avec un aller-retour j’ai presque écouté l’intégralité de l’émission, à défaut d’avoir le temps – où l’envie – de la regarder en replay. Toutes ne me passionnent pas, cela dépend un peu du casting, mais cette émission « Retour à la terre » qui parlait de la campagne était un très bon moment. J’y ai retrouvé Marie-Hélène Lafon que je devais rencontrer en librairie mi-novembre et dont j’avais adoré Histoire du fils ; mais également Mathias Enard qui m’a tellement donné envie de lire Le Banquet annuel de la Confrérie des Fossoyeurs que j’ai instantanément imaginé à la croisé d’un Jaume Cabré et d’un Carlos Ruiz Zafon, et qui dès le lendemain avait rejoint ma bibliothèque. J’y entendais également Serge Joncour présenter Nature humaine et sans aucun doute, ce roman terminera lui aussi entre mes mains.

Et puis, Mauvignier. Je dis Mauvignier, ça fait comme si je connaissais, alors qu’en réalité vous m’auriez dit Laurent Mauvignier la veille de l’émission je vous aurais regardé avec des grands yeux de vache, fait une petite moue négative et dit en secouant la tête de gauche à droite, « connais pas » . Maintenant que je l’ai lu, j’ai l’impression d’en faire partie, d’en être, et de m’autoriser à dire « j’ai lu le dernier Mauvignier, c’est quelque-chose quand même ! » . Et quel livre, c’est vrai, c’est incroyable. Vous allez finir par penser, le gars n’a dû lire que des Okapi jusqu’à maintenant pour être extatique un roman sur deux, ça n’est pas tout à fait vrai mais je me sens en veine de lire d’aussi bons livres en cascade.

Histoires de la nuit, ça vous emmène en rase campagne dans un lieu-dit de trois maisons joliment nommé « L’écart des trois filles seules » dans le hameau de La Bassée. C’est un lieu assez banalement rural qui pourrait être situé dans la plupart des départements du pays. L’une de ces maisons est inhabitée et est à vendre, l’autre est occupée par Christine une artiste peintre en exil de la cité, venue se réfugier dans la solitude et dans l’art il y a plus de vingt-cinq ans. La dernière maison est celle de la ferme des Bergogne, où Patrice son complice agriculteur vit avec sa femme Marion, qui travaille à l’imprimerie du coin, et leur fille Ida, qui est assez grande pour comprendre certaines choses par elle-même.

La vie est assez calme, si ce n’est ces lettres anonymes qui emmerdent Christine et qui l’obligent à se faire conduire par Bergogne à la gendarmerie du coin, où l’affaire ne soulève pas un képi. Ce jour là, tout le monde à mieux à faire que penser à ça : ce sont les quarante ans de Marion, Patrice lui prépare une fête surprise et intimiste avec Christine et deux de ses copines de l’imprimerie ; Christine est chargée de préparer les gâteaux et se voit déjà passer une belle soirée avec cette famille d’adoption ; Ida attend cette soirée avec impatience car elle semble être un des rares évènements qui insuffle un peu de joie entre son père et sa mère ; Marion doit montrer de quelle trempe elle est faite lors d’une réunion avec ses deux collègues, son chef de projet et son directeur, où ils espèrent lui faire porter le chapeau d’une erreur collective. L’esprit est à la fête ce jour là, à La Bassée, jusqu’à ce que débarquent des inconnus, et que tout bascule.

Tenez-vous bien, parce que vous allez littéralement tomber à la renverse avec ce roman. Si vous vivez dans une maison un peu isolée à la campagne, je vous mets au défi de réussir à le lire sans aller vérifier que votre porte est bien fermée à clé. J’ai eu la chair de poule dès les premiers chapitres, c’est un thriller qui n’en a pas l’air mais qui est diablement efficace. Les phrases sont longues, fournies, tout est détaillé à l’infini et j’ai traversé cette brève histoire de 640 pages qui était à l’origine un scénario d’une trentaine de pages destiné à devenir un moyen-métrage comme si je la voyais sur grand écran. C’est divin, c’est efficace, c’est très bien écrit, ça vous coupe le souffle, ça vous remue à l’intérieur, c’est un très, très bon roman : ne le manquez surtout pas, ce serait vraiment passer à côté de quelque chose. Si vous ne me croyez pas, allez lire les deux premiers chapitres sur le site de l’éditeur, le lien est juste en dessous.

Histoires de la nuit, de Laurent Mauvignier, est publié par Les éditions de minuit le 3 septembre 2020.

Le Pacte de l’étrange, John Connolly

Ma note :

J’ai découvert les romans policiers de l’auteur irlandais John Connolly il y a quelques années à l’occasion d’un service de presse des Presses de la Cité (Les Anges de la nuit, paru en 2009, on peut donc dire que ça remonte !), et j’étais instantanément tombé sous le charme de ces romans atypiques dont le détective Charlie Parker est le personnage principal. Il est flanqué dans toutes ses aventures de ses deux meilleurs amis Louis et Angel, un couple de porte-flingues qui vous ferait changer de trottoir en baissant les yeux si vous étiez amené à croiser leur route. Depuis, je surveille attentivement les nouvelles publications de la saga même si je n’ai pas encore lu le titre précédent, qui attend sagement son tour dans les rayons de ma bibliothèque.

Pour Le Pacte de l’étrange, Parker s’attaque à une sorte de secte consanguine dont l’étrangeté donne tout son sens au titre de la traduction française et dont le titre original donne également un sacré indice sur ce que l’on s’apprête à rencontrer au fil des pages : « A Game of Ghosts », rien que ça !

Alors qu’il essaie de conserver un lien familial avec son ex-femme et sa fille Sam qui a semble-t-il été kidnappée par sa faute dans le titre précédent (quelle idée aussi hein, de ne pas lire les bouquins dans l’ordre ?!), Parker est sollicité par l’agent du FBI qui le tient en laisse et le paie aussi grassement qu’officieusement pour ses services, afin qu’il enquête sur la disparition d’un autre détective privé, Jaycob Eklund, sans trop savoir pourquoi le FBI s’intéresse de manière non-officielle à sa disparition. Son enquête le mènera sur les traces des Frères, fraternité ou organisation restée secrète depuis plus d’un siècle, qui aurait fait une sorte de pacte avec le diable et qui est prête à tuer pour protéger son existence et perpétuer sa lignée.

Si j’étais très heureux de retrouver Charlie Parker et son acidité légendaire, tout comme cet inénarrable binôme qui l’accompagne en tout temps, et que l’enquête est dans son ensemble agréable, j’ai clairement été refroidi par l’aspect fantastique de ce roman. D’ordinaire, Connolly convoque une touche de mystique dans les romans de la saga et disons que c’est la petite pincée de sel qui me va bien, mais là avec la présence de fantômes dans le récit, ce fût un peu trop surnaturel à mon goût. Ne croyez pas cependant que ça m’empêchera de continuer à suivre les aventures de Charlie Parker.

Le Pacte de l’étrange, de John Connolly, est publié au Royaume-Uni en avril 2017 chez Hodder & Stoughton sous le titre « A Game of Ghosts » . Il paraît en France aux éditions Presses de la Cité le 4 juin 2020 dans une traduction de Jacques Martinache.

Le jour où Kennedy n’est pas mort, R.J. Ellory

Ma note :

Depuis son médiatique assassinat à Dallas le 22 novembre 1963, John Fitzgerald Kennedy n’a cessé d’alimenter l’imagination d’écrivains ou de scénaristes, transportant le plus jeune président élu des États-Unis d’Amérique dans une sorte de panthéon de la mémoire collective. Il faudrait en effet avoir aujourd’hui plus de soixante ans pour pouvoir prétendre avoir un quelconque souvenir de cet évènement et pourtant, pas une année ne passe sans que JFK, son ascension sulfureuse et sa fin tragique, ne se retrouvent au cœur d’une quelconque actualité, fut-elle littéraire.

Et il faut tout le talent d’un écrivain que j’adore sans aucune réserve, Roger John Ellory, pour revisiter l’histoire sans nous ennuyer en écrivant cette superbe et passionnante uchronie qui sortira dans quelques jours chez vos libraires, toujours chez Sonatine, dont le catalogue est incroyablement riche de romans parfaits.

Mitch Newman est un photo-reporter sans grand talent, assez solitaire, rongé par l’alcool, le traumatisme de quelques mois passés à couvrir la guerre de Corée et la solitude qu’un chagrin d’amour avec la flamboyante Jean Boyd aura laissé. C’est justement quand il apprend, après quinze ans sans avoir eu de ses nouvelles, qu’elle se serait suicidée dans son appartement, que sa vie bascule. Pour lui comme pour celles et ceux qui côtoyaient Jean, difficile de penser que cette jeune journaliste talentueuse, flamboyante et opiniâtre ait pu choisir de s’ôter la vie par elle-même.

Pour sa mère Alice autant que pour lui, il se lance sur les pas de sa dernière enquête, non sans mal car tout semble auréolé de secrets et Mitch ne tardera pas à comprendre que des enjeux bien supérieurs à ceux qu’il aurait pu imaginer sont probablement dans l’ombre de cette enquête. De Dallas à Washington, il poursuivra son enquête dans le sillage du président Kennedy et de son entourage, partira à la recherche de Lee Harvey Oswald, interrogera toutes celles et ceux qui pourraient l’aider à comprendre pourquoi, où pour qui, Jean était devenue trop gênante.

L’histoire est brillamment construite, je vous dirais sans surprise car c’est une habitude des romans d’Ellory, et j’ai autant aimé l’aspect polar, enquête et suspens que de me plonger dans une histoire que je ne connais que de très loin en découvrant la face cachée de ce jeune président qui, finalement, semblait destiné à devoir mourir.

Le jour où Kennedy n’est pas mort, de R.J. Ellory, est publié au Royaume-Uni le 21 mars 2019 chez Orion sous le titre « Three Bullets » . Il est publié en France aux éditions Sonatine le 4 juin 2020 dans une traduction de Fabrice Pointeau.

Reine de beauté, Amy K. Green

Ma note :

Avec cette couverture, difficile de passer à côté de Reine de beauté, on s’imagine déjà dans ces maisons bourgeoises des banlieues américaines, ces familles parfaites derrière les façades des maisons entretenues, et pourtant cette noirceur, ces drames auquel nul n’échappe. J’ai lu ce roman en même temps que je regardais la série Little Fires Everywhere sur Amazon Prime (adaptée du superbe roman La saison des feux, de Celeste Ng) et j’ai pensé à ce parallèle amusant entre la série et le roman, celui des faux semblants d’une société si étonnante vue de nos yeux européens.

À Wrenton dans l’état du Maine, Jenny est retrouvée morte dans un bois. Son corps vêtu d’une chemise de nuit rose porte des traces de violence, elle a sûrement été violée, et dans une communauté plutôt paisible l’assassinat d’une jeune fille de treize ans, ancienne reine du beauté de son collège, plonge la ville dans la consternation. Qui a bien pu salir l’innocence d’une fille sans histoire ? Quel monstre rôde ?

Sa grande sœur Virginia mènera l’enquête avec l’inspecteur chargé de l’affaire, alors que sa famille finalement déjà très fragile est sur le point de voler en éclat. De fil en aiguille, nous découvrons à travers ses recherches que beaucoup de suspects se profilent, et que Jenny n’était pas la petite poupée dont on semble préférer se souvenir. Est-ce JP, cet intriguant marginal de trois ans son aîné avec qui elle voulait fuguer ? Est-ce Gil, ce pédophile de New-York sur lequel la police est incapable de mettre la main ? Est-ce Mark, ce professeur de mathématiques habile manipulateur qui a déjà fait des ravages auprès des lycéennes ? Est-ce sa propre sœur Virginia, un de ces samedis soir de beuverie dont elle ne garde qu’un souvenir embrumé ? Est-ce leur père, qui semble mener une double vie ? Leur belle-mère, que la folie et l’alcoolisme rendent imprévisible ?

Il y a tant de suspects et de rebondissements dans ce whodunit parfaitement maîtrisé que j’ai été surpris, chapitre après chapitre, de m’interroger à nouveau sur la possibilité que ce soit tel ou tel protagoniste qui ait tué Jenny Kennedy. Le roman n’est pas particulièrement sombre comme le serait un thriller, il n’y a pas un monstre terrifiant caché derrière les rideaux ou tapis dans les bois qui attend d’assassiner les jeunes reines de beauté. Il y a une communauté d’individus qui tous ont des failles, des secrets, des déviances, qui vivent en fragile équilibre avec ce fardeau et qui parfois, au gré des évènements qui s’enchaînent, forment un engrenage tragique et inéluctable. Un très bon polar, vous devriez adorer !

Reine de beauté, d’Amy K. Green, est publié aux États-Unis le 14 janvier 2020 chez Dutton sous le titre « The Prized Girl » . Il est publié en France aux éditions Belfond le 28 mai 2020 dans une traduction de Sarah Tardy.

Les corps se vendent la nuit, Barry Eisler

Ma note :

J’allais vous dire que je ne connaissais pas du tout Barry Eisler, mais après avoir fureté dans sa bibliographie, je réalise que non seulement il a déjà écrit un paquet de romans mais qu’en plus, j’en avais déjà mis un dans ma liste d’achats ! Je vais donc vous dire que je n’avais lu Barry Eisler. Si la plupart de ses titres précédents étaient sortis chez Belfond, c’est chez Amazon Publishing (maison d’édition du groupe Amazon, créée en 2009) que sortent désormais ses nouveaux titres, avec la particularité d’un prix d’achat broché modéré (dix euros), un prix de e-book encore plus abordable (deux euros) et la possibilité pour les abonnés Amazon Prime d’emprunter ce titre gratuitement dans leur bibliothèque numérique.

Vous auriez raison de vous dire : bon c’est bien beau tout ça, mais ça nous dit pas si le livre vaut le coup ! Et bien il vaut sacrément le coup. Pour résumer l’histoire : Livia Lone est flic à Seattle a un vécu terrible puisqu’elle est née en Thaïlande mais a été vendue par ses parents avec sa sœur à des trafiquants d’êtres humains qui l’ont emmenée aux États-Unis. Pendant le trajet en bateau, elles sont violées à de nombreuses reprises par des policiers corrompus. Arrivées aux États-Unis, elles sont séparées et se retrouvent de nouveau esclaves sexuelles. Aujourd’hui Livia elle en a gros sur la patate, et dans un précédent bouquin que j’aurais peut-être dû lire avant (Livia Lone) elle part en Thaïlande et se débarrasse d’une partie des enfoirés qui ont causé la mort de sa sœur et fait de sa vie un enfer.

Aussi quand elle est approchée par un agent fédéral qui monte une task force sur le trafic d’êtres humains et lui propose une mission de six mois en Thaïlande, ça ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd. Elle part quelques jours avant le début de sa mission dans le but secret de finir le ménage, et son enquête empreinte de vengeance la mène rapidement sur la piste de Sorm, un ancien responsable Khmer Rouge manifestement encore utilisé et protégé par quelques services de renseignements, à la tête du trafic.

Sur place elle va découvrir qu’elle n’est pas la seule à vouloir sa peau et elle devra faire équipe malgré elle avec Dox, un sniper et tueur à gage qui bosse pour la CIA. Croyez-moi, ça ne va être simple pour ces deux-là de mettre la main sur Sorm qui est en cavale, protégé par une flopée de gardes du corps et manifestement aidé dans sa cavale par un service de renseignement.

Il y a tout ce que j’aime dans ce genre de roman : c’est bien écrit, c’est crédible, c’est recherché et sacrément documenté (on voit que l’auteur a bossé un temps à la CIA), il y a des scènes d’action en veux-tu en voilà et les personnages sont attachants avec leurs forces et leurs failles. J’ai dévoré ce livre, je le recommande chaudement si vous cherchez un bon bouquin policier ces temps-ci. Pour ma part, j’ai très envie d’emprunter le premier titre de cette saga pour le plaisir de retrouver Livia Stone entrain de zigouiller des enfoirés, tout comme la suite de ce livre (All the Devils) qui a déjà paru en anglais en septembre dernier.

Les corps se vendent la nuit, de Barry Eisler, est publié aux États-Unis en janvier 2018 sous le titre « The Night Trade » . Il est publié aux éditions Amazon Publishing le 12 mai 2020 dans une traduction de Marie Chabin.

Red Rabbit, Tom Clancy

Il y a quelques jours en indexant ma bibliothèque dans Gleeph, une application que je suis entrain d’essayer, j’ai remis la main sur mon rayon entièrement dédié aux bouquins de Tom Clancy, auteur aussi incontournable que prolifique, et j’ai entrepris de faire le point sur ceux que je n’avais pas encore lu. Mémoire de poisson rouge oblige, j’ai dû aller sur SensCritique pour voir où j’en étais arrivé dans la saga Jack Ryan qui compte quand même 17 titres. Et là quelle surprise : je n’ai pas marqué Red Rabbit comme lu, c’est à dire le onzième titre de la saga, alors que j’ai lu les douzième et treizième. Ni une ni deux, je ressors les deux tomes en grand format, pour mon plus grand plaisir.

Red Rabbit déplace l’intrigue dans le passé et correspondrait, dans la chronologie de la vie de son personnage principal, au troisième roman de la saga. Vous suivez toujours ? Nous sommes donc au tout début des années 80 et le chef du KGB s’inquiète d’un courrier que le pape Jean-Paul II a envoyé aux autorités de Pologne, qui menacerait l’autorité et donc le pouvoir de l’URSS sur cette partie du territoire. Pour cet homme qui a une foi inébranlable dans la grande Russie de Staline, il n’y a qu’une seule façon de régler le problème : il faut assassiner le pape.

Lorsque les services secrets britanniques et américains ont vent du courrier du pape, Jack Ryan qui a été envoyé à Londres avec sa famille par le directeur de la CIA pour travailler directement au sein du SIS, est chargé d’évaluer l’état de la menace, car tous se doutent que la vie du pape est en jeu. En parallèle, le couple d’agents du FBI Foley vient d’arriver sous couverture pour leur nouvelle résidence à Moscou, et ne tardera pas à être contacté par un agent du KGB en charge du chiffrement des transmissions, pour qui cette histoire de vouloir faire assassiner le pape va au-delà de ce qu’il peut accepter et qui ne voit pas d’autre solution que de faire appel à la CIA pour l’empêcher.

Dans ce grand roman d’espionnage à l’ancienne, dont l’histoire se déroule il y a 40 ans, pas de smartphone, d’internet, mais des fax cryptés, des lignes fixes sécurisées et des super ordinateurs qui stockent des données sur VHS dans d’immenses salles du sous-sol de la CIA. C’est encore l’époque d’un espionnage à l’ancienne, avec ses codes secrets sur papier, ses boîtes à lettres disséminées en ville, ses rencontres discrètes entre agents, les rideaux déplacés dans un sens précis pour faire passer un message, etc. Pour les amoureux des romans d’espionnage d’après-guerre, c’est tout simplement divin. L’intrigue est dense, basée en partie sur des faits réels (l’attentat contre le pape Jean-Paul II a bien eu lieu en 1981), et fait appel à un tel enchevêtrement que ça ne peut que rendre l’histoire crédible. Un roman formidable, un très bon Tom Clancy, et si vous n’avez jamais lu la saga des Jack Ryan, allez-y vous allez adorer.

Red Rabbit, de Tom Clancy, est paru aux États-Unis en août 2002 sous le même titre. Il est publié en France en deux tomes aux éditions Albin-Michel en octobre 2003 puis en poche au Livre de Poche en octobre 2005.

Fermer les yeux, Antoine Renand

Ma note :

J’aime les polars réussis lorsqu’ils parviennent à me happer dans la lecture, qu’ils réussissent à me faire oublier l’heure qu’il est, le besoin de manger, toutes ces petites choses que j’avais pu prévoir de faire dans cette journée de week-end prolongé à la météo mitigée, et que seuls quelques impératifs parviennent à me faire reposer le livre temporairement. Je reviens alors vers le fauteuil ou le canapé en trottinant, pressé de me replonger dans une histoire aussi sordide que passionnante, comme une série télévisée captivante dont on serait incapable de s’empêcher de voir l’épisode suivant.

Tassi est un gendarme aujourd’hui à la retraite, divorcé, alcoolique en déclin, abîmé par la vie après qu’il eu causé la mort de sa fille dans un accident de voiture alors qu’il était alcoolisé, bien des années auparavant. À la fin de sa carrière, il aura bouclé l’enquête de la disparition d’une jeune enfant en arrêtant, le cadavre dans les bras, Gabin Lepage, marginal du village et coupable idéal qui ne tarda pas à signer des aveux.

Quelques années plus tard, et alors qu’il s’est brutalement sevré de l’alcool lorsque son médecin lui annonça une cirrhose, il entend parler d’une autre affaire dans la région, une adolescente plus âgée mais dont les lésions si particulières ayant fuitées dans la presse lui reviennent comme un flashback. Il en est convaincu, il ne peut que s’agir du même bourreau. Et Lepage étant toujours en prison, cela ne peut signifier qu’une chose : il a fait condamner le mauvais homme.

Pour autant, son passé à la gendarmerie ne plaide pas en sa faveur, et personne dans l’institution n’écoute les élucubrations de cet alcoolique parti en disgrâce sans demander son reste. Pourtant quand son ancien supérieur de l’époque à qui il se confie tente de l’aider, et que le soir même ce dernier est abattu et que Tassi échappe de justesse au même destin, le doute ne peut plus subsister : il est sur la bonne piste, et avec ou sans l’aide de la gendarmerie, il va devoir mener l’enquête dans la région pour retrouver ce tueur.

Il ira pour cela convaincre Nathan Rey, sorte de profiler autoproclamé et auteur de plusieurs bouquins sur les tueurs en série, et qui acceptera finalement de quitter Paris pour venir l’aider dans son enquête. Il pourra également s’appuyer sur Emma Marciano, l’avocate qui assure la défense de Lepage dans la révision de son procès.

Est-ce le meilleur polar du monde ? Non, assurément. Il faut faire abstraction de quelques clichés récurrents au genre, de facilités dans l’histoire, d’impressions de « déjà lu » que l’on retrouve fréquemment dans les romans policiers, mais pour autant l’écriture est ciselée, le rythme est là, et je me suis totalement laissé emporter par ce roman dont la fin m’a agréablement surpris. Il m’aura en tout cas donné envie de dire L’empathie, son précédent roman également publié dans la collection La Bête Noire l’an passé.

Fermer les yeux, d’Antoine Renand, est publié dans la collection La Bête Noire aux éditions Robert Laffont le 12 mars 2020.

Le Poids du monde, David Joy

Ma note :
David Joy - Le Poids du monde

J’avais découvert l’écriture noire et ciselée de David Joy lors de la parution en France de son premier roman, Là où les lumières se perdent (que je vous conseille vivement si vous ne l’avez pas déjà lu, il est désormais disponible en poche chez 10/18). C’était il y a deux ans déjà, et pourtant le souvenir de cette lecture est toujours aussi étincelant, celui d’un roman sombre, violent, sans espoir, et terriblement réussi. Aussi, quand j’ai vu que son second roman allait sortir en librairie à la fin de l’été, je n’ai pas pu résister. Merci encore aux éditions Sonatine pour cette lecture anticipée.

Dans cette Amérique rurale et défavorisée, où le chômage, la drogue, la violence et la messe du dimanche rythment une vie de misère, Aiden et Thad sont d’inséparables amis. C’est que, pour ces deux ados, la vie a vraiment mal commencée, et c’est l’union de ces deux destins malheureux qui fera naître ce lien entre les deux garçons, à mi-chemin entre l’amitié et la fraternité. À douze ans, Aiden voit le crâne de sa mère voler en éclats lorsque son père lui tire dessus, avant de retourner l’arme contre lui, juste après lui avoir marmonné le seul « je t’aime » qu’il entendra de sa vie. Thad lui, est le fils non désiré d’un viol, poussé très jeune à vivre dans un mobil-home à bonne distance de sa mère et de son beau-père, qui ne sait que boire et cogner. Ceux que la vie rejetait ne pouvaient que se retrouver et s’entendre.

Des années plus tard, le pays est comme prostré, d’un côté il y a cette guerre contre les Talibans à l’autre bout du monde, qui ruine le pays et détruit toute une génération partie faire cette guerre sans y être préparée, de l’autre la crise économique qui frappe le pays plus durement que le terrorisme encore, et qui ravage tous ceux qui ne sont pas partis se battre en Afghanistan. À son retour de l’armée, Thad ne sera plus tout à fait le même, se réfugiant dans l’alcool et la drogue pour oublier ce dos en vrac et ces souvenirs dont il ne veut rien dire, et qui l’empêchent de dormir.

Avec Aiden, ils feront le coup de trop lorsque leur dealer, totalement défoncé, se fait exploser la cervelle en se collant le canon d’une arme qu’il pensait déchargée sur la tempe. Toute cette came, cet argent, ces armes, donnent de mauvaises idées aux deux voyous, qui se confronteront bien vite à un milieu qu’ils n’étaient pas prêts à affronter. Dans cet emballement pour sortir la tête de l’eau, dans cette course à l’argent facile, seul porteur d’espoir d’une vie meilleure, tous les chemins ne se valent pas, et ne conduisent pas au succès.

Et toutes les nuits, avant de se réveiller en frissonnant, il entendait les mots du Tout-Puissant, le Seigneur, qui disait : « Au bout du compte, c’est toujours le sang qui parle. »

David Joy nous offre une fois encore un roman réussi qui confirme le talent de l’auteur, au rythme parfaitement maîtrisé qui ne verse jamais dans le misérabilisme facile. L’écriture est percutante, et j’ai pris un plaisir fou à dévorer cette histoire, pourtant terriblement sinistre, et je vous invite à le découvrir dans quelques jours chez votre libraire, parmi toutes les publications de la rentrée littéraire. Son troisième roman venant tout juste d’être publié aux États-Unis, je ne peux qu’être pressé de le voir publié en France.

Le Poids du monde, de David Joy, est publié en mars 2017 aux États-Unis sous le titre « The Weight of This World » . Il paraît en France le 30 août 2018 aux éditions Sonatine, dans une traduction de Fabrice Pointeau.

Les Mystères d’Avebury, Robert Goddard

Ma note :
Robert Goddard - Les Mystères d'Avebury

Je suis en retard : dans mes lectures, c’est vrai, mais encore plus dans la rédaction de ces petits avis dans lesquels je me lance parfois plusieurs mois après avoir terminé les dits romans. Et alors là, je vous assure, je dois mobiliser au mieux ma mémoire pour me souvenir non seulement de l’histoire, mais surtout de mes sentiments au fil des pages. C’est donc plus d’un an après la sortie de ce dernier roman du britannique Robert Goddard que je me lance dans cet avis, et exactement six mois après en avoir achevé la lecture. Vous pardonnerez donc quelques inexactitudes et commentaires assez vagues.

Le roman s’ouvre sur le dernier lundi du moids de juillet de 1981, « par un été doux et pluvieux qui vient de virer à la canicule« , dans le petit village d’Avebury. David Umber est alors un jeune étudiant d’environ vingt-cinq ans qui sirote sa bière en attendant quelqu’un, installé en terrasse du Red Lion. C’est de là qu’il sera le témoin d’un drame qui verra naître la suite de l’histoire : l’enlèvement en pleine rue de la jeune Tamsin, puis sa soeur Miranda qui se lance à la poursuite du fourgon avant que celui-ci ne la percute en prenant la fuite.

Tout commence à Avebury. Mais ce n’est pas là que l’histoire se termine.

Vingt-trois ans après, Umber est guide touristique à Prague, et mène une existence tranquille depuis le suicide de sa compagne Sally, qui était la baby-sitter des trois enfants du drame d’Avebury, et autre témoin de cet épisode. C’est là-bas que l’inspecteur Sharp, alors retraité, va le retrouver pour lui demander de reprendre l’enquête avec lui sur la disparition de la petite Tamsin et sur l’accident ayant coûté la vie à sa grande soeur, ne s’étant jamais satisfait des aveux d’un homme qui pour lui n’est pas du tout lié à l’affaire. Pour convaincre Umber, il lui montrera un étrange courrier anonyme l’enjoignant de reprendre l’enquête, signé Junius.

Il faut dire que Junius, pseudonyme d’un célèbre polémiste anonyme du dix-huitième siècle, était précisément le sujet de la thèse d’Umber, et que ce fameux jour de 1981, c’est une source possédant des lettres prouvant la véritable identité de Junius qu’il attendait en terrasse du Red Lion.

Goddard, féru d’histoire et de crime, nous offre dans ce nouveau polar une enquête à la fois moderne et historique, un roman qui ne laisse guère de place à l’ennui et qui, comme souvent avec l’auteur, nous tient en haleine du début jusqu’à la fin. Un polar dévoré en quelques jours, dont je ne me souviens pas le dénouement avec exactitude mais que je sais m’avoir offert de beaux moments de lecture.

Les Mystères d’Avebury, de Robert Goddard, est publié au Royaume-Uni en 2005 sous le titre « Sight Unseen » . Il est publié en France aux éditions Sonatine le 11 mai 2017 dans une traduction de Maxime Berrée.

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