À propos des livres

Catégorie : Roman Page 3 of 17

Les Fleurs de l’ombre, Tatiana de Rosnay

Ma note :

Je plaide facilement coupable lorsqu’on me demande, à moi qui lit plus que la moyenne, ce que j’ai pensé d’un titre de Tatiana de Rosnay : je n’en ai lu qu’un (Elle s’appelait Sarah, 2012) qui était très bien, mais je n’ai de ce fait aucun avis intéressant à donner sur le style de l’autrice, ni de réponse à apporter au fameux « tu penses que ça pourrait me plaire ? ». Aussi lorsque j’ai vu passer l’autrice dans La Grande Librairie version confinée sur France 5, sa façon de parler de son livre m’a tout de suite plu, tout comme l’intrigue qui, pourrait-on dire, tombait à point nommé.

Il s’agit donc d’une dystopie, ce genre littéraire qui imagine le monde de demain en proie à une forme de toute puissance, et peut-être que c’est un hasard de mon programme de lecture ma foi assez aléatoire et éclectique, mais ces romans d’anticipation ont la part belle dans mes lectures du moment et je les dévore avec un œil particulièrement curieux. Clarissa Katsef est une autrice franco-britannique parisienne déjà grand-mère, et alors qu’elle échappe brusquement à son mariage elle cherche sans grand succès un appartement pour ce qu’elle envisage comme sa nouvelle vie.

Un peu par hasard, elle tombe sur un nouveau programme immobilier tout proche de l’ancienne tour métallique si chère aux touristes du monde entier, qui a disparue comme une partie du quartier dans la série d’attentat qui a bouleversé la planète. Cette résidence, le programme CASA, semble attrayant : un bâtiment neuf, un loyer abordable pour un appartement inaccessible aux 95% des français les moins aisés, une résidence composée d’artistes triés sur le volet, et entièrement gérée par un assistant virtuel, l’avenir de la domotique.

Il y a pourtant bien quelque chose qui chagrine Clarissa, une impression assez floue, diffuse, celle d’être épiée en permanence et d’être comme le cobaye d’une expérience scientifique. Quand elle en parle autour d’elle, on sourit poliment, on s’inquiète pour son sommeil, voire même on la prend carrément pour folle. L’avenir lui donnera-t-il raison ?

J’ai passé un bon moment avec ce livre. Pas d’inquiétude pour celles ou ceux qui, comme moi, sont allergiques à la science-fiction, le genre est ici présent à dose homéopathique. C’est un roman intriguant car raconté d’une seule voix, qui se déroule dans un Paris meurtri, subissant également le dérèglement climatique et même parfois confiné, surveillé par des drones, ce qui n’est pas sans trouver un écho particulier à l’actualité. Il y a ce rapport intriguant aux lieux, cette société auscultée dans la façon dont elle a évolué, ce monde d’aujourd’hui qui ne sera plus jamais le même qu’hier, ces rapports amoureux qui s’effritent et parfois se renforcent. Une agréable lecture teintée de mystère qui m’a accompagné par une belle journée aux allures estivales, bercé par le roulis des vagues sur la plage.

Les Fleurs de l’ombre, de Tatiana de Rosnay, est co-publié aux éditions Robert Laffont et Héloïse d’Ormesson et sorti en librairie le 12 mars 2020.

Les corps se vendent la nuit, Barry Eisler

Ma note :

J’allais vous dire que je ne connaissais pas du tout Barry Eisler, mais après avoir fureté dans sa bibliographie, je réalise que non seulement il a déjà écrit un paquet de romans mais qu’en plus, j’en avais déjà mis un dans ma liste d’achats ! Je vais donc vous dire que je n’avais lu Barry Eisler. Si la plupart de ses titres précédents étaient sortis chez Belfond, c’est chez Amazon Publishing (maison d’édition du groupe Amazon, créée en 2009) que sortent désormais ses nouveaux titres, avec la particularité d’un prix d’achat broché modéré (dix euros), un prix de e-book encore plus abordable (deux euros) et la possibilité pour les abonnés Amazon Prime d’emprunter ce titre gratuitement dans leur bibliothèque numérique.

Vous auriez raison de vous dire : bon c’est bien beau tout ça, mais ça nous dit pas si le livre vaut le coup ! Et bien il vaut sacrément le coup. Pour résumer l’histoire : Livia Lone est flic à Seattle a un vécu terrible puisqu’elle est née en Thaïlande mais a été vendue par ses parents avec sa sœur à des trafiquants d’êtres humains qui l’ont emmenée aux États-Unis. Pendant le trajet en bateau, elles sont violées à de nombreuses reprises par des policiers corrompus. Arrivées aux États-Unis, elles sont séparées et se retrouvent de nouveau esclaves sexuelles. Aujourd’hui Livia elle en a gros sur la patate, et dans un précédent bouquin que j’aurais peut-être dû lire avant (Livia Lone) elle part en Thaïlande et se débarrasse d’une partie des enfoirés qui ont causé la mort de sa sœur et fait de sa vie un enfer.

Aussi quand elle est approchée par un agent fédéral qui monte une task force sur le trafic d’êtres humains et lui propose une mission de six mois en Thaïlande, ça ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd. Elle part quelques jours avant le début de sa mission dans le but secret de finir le ménage, et son enquête empreinte de vengeance la mène rapidement sur la piste de Sorm, un ancien responsable Khmer Rouge manifestement encore utilisé et protégé par quelques services de renseignements, à la tête du trafic.

Sur place elle va découvrir qu’elle n’est pas la seule à vouloir sa peau et elle devra faire équipe malgré elle avec Dox, un sniper et tueur à gage qui bosse pour la CIA. Croyez-moi, ça ne va être simple pour ces deux-là de mettre la main sur Sorm qui est en cavale, protégé par une flopée de gardes du corps et manifestement aidé dans sa cavale par un service de renseignement.

Il y a tout ce que j’aime dans ce genre de roman : c’est bien écrit, c’est crédible, c’est recherché et sacrément documenté (on voit que l’auteur a bossé un temps à la CIA), il y a des scènes d’action en veux-tu en voilà et les personnages sont attachants avec leurs forces et leurs failles. J’ai dévoré ce livre, je le recommande chaudement si vous cherchez un bon bouquin policier ces temps-ci. Pour ma part, j’ai très envie d’emprunter le premier titre de cette saga pour le plaisir de retrouver Livia Stone entrain de zigouiller des enfoirés, tout comme la suite de ce livre (All the Devils) qui a déjà paru en anglais en septembre dernier.

Les corps se vendent la nuit, de Barry Eisler, est publié aux États-Unis en janvier 2018 sous le titre « The Night Trade » . Il est publié aux éditions Amazon Publishing le 12 mai 2020 dans une traduction de Marie Chabin.

Red Rabbit, Tom Clancy

Il y a quelques jours en indexant ma bibliothèque dans Gleeph, une application que je suis entrain d’essayer, j’ai remis la main sur mon rayon entièrement dédié aux bouquins de Tom Clancy, auteur aussi incontournable que prolifique, et j’ai entrepris de faire le point sur ceux que je n’avais pas encore lu. Mémoire de poisson rouge oblige, j’ai dû aller sur SensCritique pour voir où j’en étais arrivé dans la saga Jack Ryan qui compte quand même 17 titres. Et là quelle surprise : je n’ai pas marqué Red Rabbit comme lu, c’est à dire le onzième titre de la saga, alors que j’ai lu les douzième et treizième. Ni une ni deux, je ressors les deux tomes en grand format, pour mon plus grand plaisir.

Red Rabbit déplace l’intrigue dans le passé et correspondrait, dans la chronologie de la vie de son personnage principal, au troisième roman de la saga. Vous suivez toujours ? Nous sommes donc au tout début des années 80 et le chef du KGB s’inquiète d’un courrier que le pape Jean-Paul II a envoyé aux autorités de Pologne, qui menacerait l’autorité et donc le pouvoir de l’URSS sur cette partie du territoire. Pour cet homme qui a une foi inébranlable dans la grande Russie de Staline, il n’y a qu’une seule façon de régler le problème : il faut assassiner le pape.

Lorsque les services secrets britanniques et américains ont vent du courrier du pape, Jack Ryan qui a été envoyé à Londres avec sa famille par le directeur de la CIA pour travailler directement au sein du SIS, est chargé d’évaluer l’état de la menace, car tous se doutent que la vie du pape est en jeu. En parallèle, le couple d’agents du FBI Foley vient d’arriver sous couverture pour leur nouvelle résidence à Moscou, et ne tardera pas à être contacté par un agent du KGB en charge du chiffrement des transmissions, pour qui cette histoire de vouloir faire assassiner le pape va au-delà de ce qu’il peut accepter et qui ne voit pas d’autre solution que de faire appel à la CIA pour l’empêcher.

Dans ce grand roman d’espionnage à l’ancienne, dont l’histoire se déroule il y a 40 ans, pas de smartphone, d’internet, mais des fax cryptés, des lignes fixes sécurisées et des super ordinateurs qui stockent des données sur VHS dans d’immenses salles du sous-sol de la CIA. C’est encore l’époque d’un espionnage à l’ancienne, avec ses codes secrets sur papier, ses boîtes à lettres disséminées en ville, ses rencontres discrètes entre agents, les rideaux déplacés dans un sens précis pour faire passer un message, etc. Pour les amoureux des romans d’espionnage d’après-guerre, c’est tout simplement divin. L’intrigue est dense, basée en partie sur des faits réels (l’attentat contre le pape Jean-Paul II a bien eu lieu en 1981), et fait appel à un tel enchevêtrement que ça ne peut que rendre l’histoire crédible. Un roman formidable, un très bon Tom Clancy, et si vous n’avez jamais lu la saga des Jack Ryan, allez-y vous allez adorer.

Red Rabbit, de Tom Clancy, est paru aux États-Unis en août 2002 sous le même titre. Il est publié en France en deux tomes aux éditions Albin-Michel en octobre 2003 puis en poche au Livre de Poche en octobre 2005.

Survivre, Vincent Hauuy

Ma note :

Comme un drôle de hasard, mes lectures de dystopies s’enchaînent, et alors que cette guerre sanitaire inopinée touche à sa fin, lire des œuvres de fiction décrivant un monde post-apocalyptique ou un monde du futur traversé par des crises majeures, comme des épidémies virales internationales, prend forcément une résonance toute particulière. J’ai donc lu en deux jours Survivre, quatrième roman de Vincent Hauuy qui se décrit comme « romancier, scénariste, concepteur de jeux vidéos » sur son site internet, et que je découvrais à l’occasion de ce roman.

L’auteur nous amène dans un avenir assez proche, dans quinze ans, en 2035. L’équilibre mondial est chamboulé par les grandes crises sanitaires, sociétales et climatiques que notre présence nuisible et chaque jour grandissante à la surface du globe a inexorablement fini par causer. Florian Starck est un ancien journaliste qui s’est exilé en ermite dans les Alpes après le décès de sa femme et de sa fille unique, à distance de la violence des émeutes des grandes villes, essayant de survivre paisiblement dans la nature avec la communauté voisine, sans demander grand chose à personne, malgré la présence de quelques pillards.

C’est sans compter sur sa sœur, Ministre de l’Intérieur d’un pays profondément fracturé, qui l’envoie enquêter sur l’inquiétante disparition de leur frère Pierrick aux États-Unis, où il était parti travailler à une biographie d’Alejandro Perez, milliardaire sur le point de lancer une émission de télé-réalité révolutionnaire dans un complexe hautement sécurisé. Officiellement, Starck a été choisi pour être un des coach de l’émission, tandis qu’en parallèle de son enquête et de l’émission, sa sœur lui demande de glaner quelques infos pour le compte de la DGSE…

J’étais assez mitigé dans la première moitié du roman, sur le style, la crédibilité de l’histoire, sur certaines libertés que les auteurs doivent prendre pour faire tenir leur intrigue mais qui parfois, aux yeux d’un lecteur, prennent des allures de ficelles un peu trop grosses. Et j’ai clairement été ennuyé par la lourde répétition des mots « bushcraft » et de « collapsologue » dans le récit au point que j’ai regretté de ne pas avoir compté le nombre de fois où j’ai pu les lire !

Malgré ces quelques points qu’un éditeur pourrait aider à corriger avant de boucler un manuscrit, j’ai été finalement assez étonné moi-même de me laisser prendre au jeu, si je puis dire, et d’être suffisamment happé par l’intrigue pour avoir hâte, le lendemain, de terminer ma lecture de ce roman et d’en connaître le dénouement. Les personnages prennent de l’épaisseur et deviennent attachants, l’histoire se complexifie dans le bon sens et il faut saluer au passage l’imagination de l’auteur pour un scénario aussi tordu mais appréciable. En somme, une découverte d’un auteur dont je vais désormais suivre les prochaines publications et une lecture agréable pour un roman qui ne peut, contexte oblige, que nous pousser à nous interroger.

Survivre, de Vincent Hauuy, est publié le 19 mars 2020 aux éditions Hugo Thriller.

L’affaire Collini, Ferdinand von Schirach

Ma note :

Ceux qui n’ont jamais lu de livre de Ferdinand von Schirach (oui, vous aussi vous auriez aimé qu’il prenne un pseudonyme d’auteur plus simple à prononcer) pourraient penser, en lisant la quatrième de couverture, que des affaires criminelles et des histoires d’avocat, ça ne doit pas franchement être palpitant. Je peux vous rassurer sur ce point : vous n’allez pas vous farcir une édition mise à jour du Dalloz, et le talent de conteur de l’auteur, avocat pénaliste allemand qui s’est spécialisé dans les affaires criminelles. Si le nom est, en toute logique, inconnu dans l’Hexagone, il est un avocat reconnu en Allemagne, et un auteur prolifique dont les livres se vendent très bien. En 2019, ce roman a même été adapté au cinéma par Marco Kreuzpaintner (à qui l’on devait le sublime film gay Summer Storm).

J’avais déjà beaucoup aimé deux autres de ses recueils de nouvelles, Crimes et Coupables également parus chez Gallimard puis Folio, et j’avais hâte de me lancer dans L’affaire Collini. Il n’est cette fois pas question d’un recueil de nouvelles mais bien d’un seul livre, une seule affaire, dans laquelle l’auteur est amené à défendre Fabrizio Collini, retraité sans histoire issu de l’immigration italienne et inculpé pour le meurtre de Hans Meyer, richissime industriel allemand de plus de quatre-vingt ans.

Si le meurtre est froid, violent, prémédité, l’auteur se rend sans aucune résistance et assume son acte, sans en expliquer les motifs. L’affaire serait en soi banale – si tant est qu’un meurtre puisse l’être – si la victime n’était autre que le grand-père du meilleur ami de l’avocat, famille dont il est resté proche durant des années et avec laquelle il gardera un lien affectif particulier. Voilà un dilemme intéressant pour ce jeune avocat commis d’office : défendre un homme ordinaire qui assume son crime dans son premier procès criminel, ou se retirer pour soutenir la famille endeuillée. Une chose est sûre, le procès ne sera pas sans rebondissements, les cicatrices de ce pays n’étant pas encore toutes cicatrisées.

C’est un réel plaisir que de lire Ferdinand von Schirach, même si vous avez des réticences liées au genre, à la thématique judiciaire, son écriture est si belle que vous vous retrouvez dés les premières pages au bord d’un lac de Bavière un soir d’été, avec son meilleur ami et la sœur de celui ci, comme si vous l’aviez vécu. Je n’aurais pas d’autres recommandations que : lisez von Schirach ! C’est superbe, ça ne vous ennuiera pas, et vous viendrez me remercier ensuite.

L’affaire Collini, de Ferdinand von Schirach est publié en Allemagne en septembre 2011 sous le titre « Der Fall Collini » . Il est publié en France aux éditions Gallimard en juin 2014 dans une traduction de Pierre Malherbet, et est disponible en poche chez Folio depuis octobre 2015.

Fermer les yeux, Antoine Renand

Ma note :

J’aime les polars réussis lorsqu’ils parviennent à me happer dans la lecture, qu’ils réussissent à me faire oublier l’heure qu’il est, le besoin de manger, toutes ces petites choses que j’avais pu prévoir de faire dans cette journée de week-end prolongé à la météo mitigée, et que seuls quelques impératifs parviennent à me faire reposer le livre temporairement. Je reviens alors vers le fauteuil ou le canapé en trottinant, pressé de me replonger dans une histoire aussi sordide que passionnante, comme une série télévisée captivante dont on serait incapable de s’empêcher de voir l’épisode suivant.

Tassi est un gendarme aujourd’hui à la retraite, divorcé, alcoolique en déclin, abîmé par la vie après qu’il eu causé la mort de sa fille dans un accident de voiture alors qu’il était alcoolisé, bien des années auparavant. À la fin de sa carrière, il aura bouclé l’enquête de la disparition d’une jeune enfant en arrêtant, le cadavre dans les bras, Gabin Lepage, marginal du village et coupable idéal qui ne tarda pas à signer des aveux.

Quelques années plus tard, et alors qu’il s’est brutalement sevré de l’alcool lorsque son médecin lui annonça une cirrhose, il entend parler d’une autre affaire dans la région, une adolescente plus âgée mais dont les lésions si particulières ayant fuitées dans la presse lui reviennent comme un flashback. Il en est convaincu, il ne peut que s’agir du même bourreau. Et Lepage étant toujours en prison, cela ne peut signifier qu’une chose : il a fait condamner le mauvais homme.

Pour autant, son passé à la gendarmerie ne plaide pas en sa faveur, et personne dans l’institution n’écoute les élucubrations de cet alcoolique parti en disgrâce sans demander son reste. Pourtant quand son ancien supérieur de l’époque à qui il se confie tente de l’aider, et que le soir même ce dernier est abattu et que Tassi échappe de justesse au même destin, le doute ne peut plus subsister : il est sur la bonne piste, et avec ou sans l’aide de la gendarmerie, il va devoir mener l’enquête dans la région pour retrouver ce tueur.

Il ira pour cela convaincre Nathan Rey, sorte de profiler autoproclamé et auteur de plusieurs bouquins sur les tueurs en série, et qui acceptera finalement de quitter Paris pour venir l’aider dans son enquête. Il pourra également s’appuyer sur Emma Marciano, l’avocate qui assure la défense de Lepage dans la révision de son procès.

Est-ce le meilleur polar du monde ? Non, assurément. Il faut faire abstraction de quelques clichés récurrents au genre, de facilités dans l’histoire, d’impressions de « déjà lu » que l’on retrouve fréquemment dans les romans policiers, mais pour autant l’écriture est ciselée, le rythme est là, et je me suis totalement laissé emporter par ce roman dont la fin m’a agréablement surpris. Il m’aura en tout cas donné envie de dire L’empathie, son précédent roman également publié dans la collection La Bête Noire l’an passé.

Fermer les yeux, d’Antoine Renand, est publié dans la collection La Bête Noire aux éditions Robert Laffont le 12 mars 2020.

Dans la forêt, Jean Hegland

Ma note :

Les livres ont parfois cette étrange manie de tomber à point nommé, que ce soit quand vous les croisez dans les rayonnages de votre librairie, ou que vous vous décidiez à les sortir de votre bibliothèque pour les lire : si l’on doutait encore que les livres avaient une âme et que c’étaient eux qui nous choisissaient, et non l’inverse, il fallait lire Dans la forêtroman post-apocalyptique publié initialement en 1996 mais resté confidentiel jusqu’à son retour en grâce en 2016 – en pleine pandémie mortelle de coronavirus.

Choisi au hasard dans ma conséquente pile à lire (oui, bon, je sais…), j’avais une certaine fébrilité à l’idée de m’attaquer à ce livre qui m’avait tant donné envie lors de son achat mais dont j’avais totalement oublié le sujet. Je n’avais que deux certitudes : j’y serai dans la nature, merci le titre et l’éditeur Gallmeister, spécialisé dans le nature writing.

En même temps que l’inquiétude et la confusion est apparu un sentiment d’énergie, de libération. Les anciennes règles avaient été temporairement suspendues, et c’était excitant d’imaginer les changements qui naîtraient inévitablement de ce bouleversement, de réfléchir à tout ce qu’on aurait appris – et corrigé – quand les choses repartiraient. Alors même que la vie de tout le monde devenait plus instable, la plupart des gens semblaient portés par un nouvel optimisme, partager la sensation que nous étions en train de connaître le pire, et que bientôt – quand les choses se seraient arrangées -, les problèmes à l’origine de cette pagaille seraient éliminés du système, et l’Amérique et l’avenir se trouveraient en bien meilleure forme qu’ils ne l’avaient jamais été.

Dans la forêt, donc, c’est l’histoire de deux sœurs racontée par l’une d’elle dans un cahier d’écolier, après que le monde d’hier se soit arrêté pour une raison assez floue pour être transposable à toutes les crises qui nous pendent au nez, voire que nous traversons. Elles vivent donc dans la maison familiale, à l’écart d’une petite ville de Californie, dans une certaine quiétude malgré l’absence. L’absence de leur mère, d’abord, emportée par la maladie. L’absence de leur père, ensuite, emporté par un banal accident.

Et l’absence de tout, ensuite. Plus de nouvelles. Plus d’électricité. Plus d’essence. Face à l’absence, il reste l’espoir, la fraternité, la lutte, l’intelligence, et la nature. Même si la violence des hommes n’est jamais loin -cruelle espèce que nous sommes !- la nature est ici magnifiée dans ce qu’elle offre de plus beau : une ressource nourricière et protectrice pour l’homme comme elle l’a été pendant des millions d’années déjà, si tant est que l’on cherche à la comprendre et qu’on la respecte.

Sans verser dans le sensationnel de la mode post-apocalyptique du moment, sans zombies ni hordes régressives de barbares, Jean Hegland nous emmène dans un récit simple, doux et sensuel, celui de deux sœurs qui ne peuvent survivre qu’ensemble, et qu’avec la nature. Une très belle lecture, qui ne pouvait vraiment pas mieux tomber.

La forêt qui se révélait à mesure que la nuit se retirait était un lieu dur, indifférent, un lieu où un homme pouvait verser le sang de sa vie sur le sol, et les arbres, les pierres, la terre même ensanglantée demeuraient identiques.

Si vous ne l’avez pas encore lue, bonne nouvelle : elle est disponible en poche et en broché, à tarif réduit donc, et elle est également adaptée en bande dessinée par Lomig aux éditions Sarbacane. Le tout se trouvera aisément chez votre libraire de proximité, c’est promis. Pour les cinéphiles, vous pourrez visionner l’adaptation sortie en salle en 2015 avec Ellen Page.

Dans la forêt, de Jean Hegland, est publié aux États-Unis en 1996 sous le titre « Into the forest » . Il paraît en France en janvier 2017 aux éditions Gallmeister dans une traduction de Josette Chicheportiche, et est disponible en poche dans la collection Totem du même éditeur depuis juin 2018.

Leurs ailes de géants, Joost de Vries

Ma note :

Difficile de savoir par où commencer pour vous parler de ce livre. Tout du long de sa lecture, il m’a tout à la fois paru insaisissable, indescriptible, et par ailleurs captivant, presque enchanteur. Je me suis surpris au cours de ma lecture, n’arrivant pas à reposer ma liseuse alors qu’il était déjà deux heures du matin, de me dire qu’il y avait sûrement une dose de magie noire, de sorcellerie dans ce livre. Et la magie, en littérature, ça ne prend pas toujours avec tout le monde, mais je ne peux que vous conseiller de tenter l’aventure aux côtés de ces deux frères qui vous emmèneront dans des aventures inattendues de part le monde.

Edmund et Sieger van Zeeland sont deux personnages atypiques, charismatiques, qui ont probablement autant de points communs que de divergences flagrantes. Edmund se laisse vivre sur une fortune confortable amassée un peu par hasard en ayant été au bon endroit au bon moment lors de la genèse d’une appli mobile qui fit un carton. Solitaire, il se repaît de son savoir encyclopédique aussi impressionnant qu’inutile, créant admiration comme irritation autour de lui. On le retrouvera auprès de la femme de son frère Sieger qu’il partira retrouver sans vraiment la connaître, sur le tournage de la série de cape et d’épée du moment, aux confins de l’Europe, déguisé en conquistador sur une caravelle à Cuba, empêtré dans une relation née sans désir dans son immense appartement.

Son frère lui, est journaliste et se retrouve de son propre chef désigné héritier d’un grand reporter venant tout juste de passer l’arme à gauche. Personnage flamboyant et énigmatique, il mènera tour à tour une scission dans sa rédaction à Amsterdam en apprenant que son frère est sur le point de se voir confier un cahier central d’un nouveau genre, une cavale qui n’en est pas vraiment une après un attentat dans un lieu ultra sécurisé à Berlin, une enquête tumultueuse sur les traces d’un oligarque russe en pleine guerre d’Ukraine, une discussion sans faux semblants avec l’ancienne reine Beatrix, autour d’une clope.

Je vous avais prévenu : Leurs ailes de géants est un roman difficile à résumer en quelques phrases, mais le talent de son auteur que j’ai découvert grâce à cette lecture est incroyable, il réussit à vous emmener en voyage au fil des pages même si vous n’avez aucune idée de ce qui vous attend dans le chapitre suivant. Laissez-vous embarquer, j’espère que comme moi vous serez conquis !

Leurs ailes de géants, de Joost de Vries, est publié aux Pays-Bas en octobre 2017 sous le titre « Oude Meesters » . Il est publié en France le 19 mars 2020 aux éditions Les Escales dans une traduction d’Emmanuèle Sandron.

Find Me, André Aciman

Ma note :

Vous avez été nombreux (et peut-être nombreuses) à vous laisser séduire par la beauté gracile de Timothée Chalamet dans le rôle d’Elio, adolescent de dix-sept ans enivré d’une passion estivale aussi insaisissable qu’inattendue pour Oliver, étudiant américain de vingt quatre ans venu partager pour l’été la maison familiale du bord de mer de son professeur, en Italie. C’était dans le film Call me by your name réalisé par Luca Guadagnino, adapté du roman éponyme (et paru en France sous deux titres, Plus tard ou jamais paru aux Éditions de l’Olivier en 2008, puis Appelle-moi par ton nom chez Grasset en 2018) et qui eu un beau succès dans les salles en début d’année 2018 et énormément de récompenses, permettant au livre de connaître le même succès en librairie.

Il aura donc fallu attendre près de deux ans pour voir arriver en librairie une suite à cette histoire d’amour hors norme, et si le roman a paru aux États-Unis en octobre 2019, il est pour le moment inédit en français, son éditeur Grasset ayant repoussé la sortie au 27 mai 2020. Mon impatience à retrouver Elio et Oliver fut telle pendant cette période de confinement que je n’ai finalement pas pu attendre un mois de plus, et j’ai craqué en achetant le livre numérique sur ma liseuse Kindle en anglais. Voilà, fébrile, impatient, j’allais pouvoir me replonger dans cet amour indicible.

Je suis partagé entre deux sentiments vis-à-vis de ce roman que j’ai dévoré en deux jours : d’un côté, une terrible déception, celle de ne pas avoir trouvé un roman conforme à mes attentes, à mes espoirs, et d’avoir mis en doute jusqu’à environ la moitié du roman, le fait qu’il s’agisse d’une suite à Appelle-moi par ton nom. D’un autre, celui d’un plaisir rare, la lecture d’un livre à l’écriture musicale, mélodieuse, qui m’a même poussé à lire régulièrement à voix haute, pour le plaisir solitaire d’entendre la beauté des phrases dans mes oreilles.

Le livre nous amène donc plusieurs années après ce qu’on pourrait appeler « l’été italien » , auprès des différents personnages. Dix ans après, pour débuter, avec le père d’Elio, à Rome. Une rencontre inattendue dans un train, une passion flamboyante, que rien n’arrête, entre une jeune artiste photographe et un professeur de deux fois son âge. Entre eux, la séduction comme un jeu, le désir, le plaisir, et la peur de la fugacité et de l’abandon. Absolument pas ce à quoi je m’attendais en débutant le roman, mais il faut le dire, une belle histoire.

Cinq ans plus tard (donc quinze ans après l’été italien), avec Elio cette fois, à Paris. Une rencontre inattendue dans une église, une passion flamboyante, que rien n’arrête, entre un jeune artiste musicien et un avocat de deux fois son âge. Entre eux, la séduction comme un jeu… bref, vous avez compris. Un second acte comme un parfait miroir du premier.

Cinq ans plus tard, enfin, avec Oliver, cette fois à New-York. Marié à celle qu’il allait retrouver après l’été italien, il s’apprête à quitter leur appartement face à l’Hudson pour retourner vivre et enseigner dans le New-Hampshire. Le soir de ses adieux, lors d’une petite soirée organisée dans leur appartement vide, il se montre fidèle à l’ambiguïté sensuelle qu’on lui connaît et à sa tendance à désirer sans barrière, hommes ou femmes…

Pour le dernier chapitre… et bien il faudra lire le livre. Je ne souhaite pas vous en dévoiler plus, sachez que ces dernières pages m’ont fait pleurer. Je suis une âme sensible, il faut dire.

Ô, comme j’ai trouvé facile de m’arracher quelques larmes pour me faire oublier ennui et déception qui avaient accompagné ma lecture jusqu’à cette fin savoureuse. Si l’écriture est sincèrement magnifique, j’ai été un peu agacé de ces vies romanesques, trop faciles, surfant sur ce cliché nord-américain d’une vieille Europe vouée aux amours libertins et à la transgression de tous les interdits, fantasme d’une certaine indolence. Un livre étonnant, parfois, sur ce rapport aux pères, omniprésents de la première à la dernière page, tandis que les mères, elles, sont quasiment inexistantes. Sur cette obsession, également, de mettre ensemble de jeunes gens et des hommes plus âgés, qui m’a fait penser aux érastes et aux éromènes de la Grèce antique. Enfin, j’ai trouvé dommage que ce roman comme le précédent évitent soigneusement de nommer l’homosexualité et la bisexualité, et se contentent d’en montrer les aspects pratiques et en l’évoquant comme un désir, une envie de bonheur, de plaisir. Comme si cette orientation sexuelle n’était qu’une envie éphémère, qui pourrait être balayée le lendemain par une envie contraire.

Un avis mitigé donc : une histoire décevante un peu douceâtre servie par une plume magnifique.

Find Me, de André Aciman, est publié aux États-Unis en octobre 2019 chez Farrar, Straus and Giroux. Disponible en France sous le titre « Trouve-moi » aux éditions Grasset dans une traduction de Anne Damour le 27 mai 2020.

Toute la lumière que nous ne pouvons voir, Anthony Doerr

Ma note :

J’éprouve toujours un sentiment ambivalent entre la frustration et le regret quand je termine un aussi beau roman que celui-ci, en pensant qu’il était là, à portée de main, dans ma bibliothèque, et que je l’ai laissé filer pendant de longs mois, et parfois même de longues années. Allons donc à l’essentiel de cet avis : si vous avez ce roman chez vous, qu’il n’a pas encore été lu, allez-y, et si vous ne l’avez pas encore acheté, foncez !

L’histoire se déroule donc en Europe, à plusieurs époques mais disons d’une période qui s’étend de la montée du nationalisme allemand d’avant guerre à la libération française. Nous suivons deux personnages à travers différentes périodes de cette époque (avec d’ailleurs des sauts aléatoires dans le temps qui m’ont un peu déstabilisé au début) : Marie-Laure, une jeune aveugle vivant à Paris avec son père, serrurier en chef du Muséum d’Histoire Naturelle ; Werner, un jeune allemand en orphelinat avec sa sœur, se découvrant une passion pour les mathématiques et une autodidaxie pour la radio.

Entre ces deux personnages, l’auteur tisse une lente toile à travers les années afin que leurs destins s’entremêlent, et c’est avec un certain délice que l’on tourne frénétiquement les pages en se demandant quand, enfin, l’un et l’autre verront leur histoire commune s’écrire. C’est ironiquement un diamant rare dont on dit qu’il est porteur d’une malédiction, qui fera que leurs routes seront amenées à se croiser à Saint-Malo, où l’une est réfugiée dans une maison de famille tandis que l’autre traque des émissions radio de la résistance.

Si j’ai été un peu surpris au début de ma lecture par les chapitres microscopiques (j’ai horreur de toutes ces pages blanches qui alourdissent les livres sans alléger les histoires) et des sauts dans le temps un peu inattendus, j’ai été très rapidement happé par cette lecture, je l’ai littéralement dévorée en une journée et demi et je l’ai refermée après six cent pages avec ce sentiment de plénitude que les beaux romans offrent aux lecteurs gourmands. Foncez !

Toute la lumière que nous ne pouvons voir, d’Anthony Doerr, est publié aux États-Unis en 2014 sous le titre « All the Light We Cannot See » . Il paraît en France le 4 mai 2015 aux éditions Albin-Michel dans une traduction de Valérie Malfoy, et est également disponible en poche au Livre de Poche depuis septembre 2016.

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