À propos des livres

Catégorie : Roman Page 2 of 17

Mon désir le plus ardent, Pete Fromm

Ma note :

Si vous me lisez de temps en temps, vous savez déjà que je suis assez fan (pour ne pas dire totalement mordu) de nature writing et donc par extension de quasiment toutes les publications de Gallmeister, éditeur dont le catalogue est aussi savoureux d’un point de vue littéraire que les couvertures de ses titres au format poche sont superbes. Alors que je n’avais guère entendu parler de Pete Fromm, il a soudainement et sans aucune explication débarqué dans mes réseaux sociaux. Impossible de regarder les publications sur Instagram ou les tweets d’amoureux des livres sans voir un Pete Fromm glissé dans les coups de cœur. Ni une ni deux, j’ajoutais Indian Creek son premier roman à ma colossale liste d’achats, et en échangeant avec une libraire sur Pete Fromm au moment de faire une commande, elle me convainquait de me laisser tenter par Mon désir le plus ardent.

L’histoire débute dans le Wyoming, ou Maddy, qui s’était jurée de ne jamais sortir avec un garçon de son âge et encore moins avec un passeur (un guide de rafting), se retrouve dans les bras de Dalton, passeur de son âge, dont elle tombe follement amoureuse. Ce roman, raconté de la voix de Maddy, est en quelque sorte le roman de l’histoire d’amour entre Mad et Dalt, comme ils s’appelleront quasiment toute leur vie. Des rivières du Wyoming à celles de l’Oregon, en passant par des expéditions de pêche sauvage en Mongolie, la vie leur réservera les tourments ordinaires : un mariage atypique où ils scelleront leur union les doigts entrelacés dans la rivière pour « un voyage aussi long que celui du courant », une belle famille avec ses deux enfants Attila (At) et Izzy (Iz), une entreprise à eux pour emmener les touristes dans les remous des rivières, là où la nature est comme indomptable.

Et puis la sclérose en plaque, que Mad va développer. Un invité inattendu avec lequel le couple puis la famille passera sa vie à s’accorder, tentant de s’adapter en gardant autant que possible la tête haute, même quand il faudra quitter la rivière pour s’installer en ville, vendre l’entreprise, fixer des rampes dans les couloirs de la maison. Un roman qui raconte une histoire d’amour ne peut pas faire l’impasse sur les douleurs, sur les égarements, sur les coups de poing sur la table pour clore une discussion, sur ces larmes de frustration, de rancœur, de colère.

On ne m’avait pas menti en me disant que ce livre me plairait : j’ai tourné les pages sans m’en rendre compte, passé une vie aux côtés de Dalt, Mad, At et Iz, aux côtés de la SEP, des petits bonheurs, des moments douloureux, de cette fin qui a ouvert les vannes des larmes qui, depuis un bon moment, ne demandaient qu’à couler. C’est beau, c’est dur, ça a trouvé une résonance particulière dans ma vie et souvent en lisant Mad parler de sa maladie j’ai pensé à ma mère dans son fauteuil, la main en crochet et prise de spasmes, j’ai pensé à ces espoirs que la maladie emporte et aux nouvelles histoires qu’on doit alors écrire pour continuer d’avancer. Un roman magnifique, une histoire émouvante, un amour triomphant malgré tout. Immanquable. Merci Pete Fromm.

Mon désir le plus ardent, de Pete Fromm, est publié aux États-Unis en août 2014 chez Red Hen Press. Il est publié en France aux éditions Gallmeister en avril 2018 et en poche dans sa collection Totem en mai 2019, dans une traduction de Juliane Nivelt.

Un Secret Birman, Enzo Daumier

Ma note :

C’est une addiction terrible que d’acheter plus de livres que je ne suis capable d’en lire : j’ai à peine lu la moitié de ma bibliothèque et je découvre parfois, caché dans un recoin, un titre s’étant fait si discret depuis des années alors que je l’avais pourtant acheté avec le désir de l’aventure littéraire immédiate, que je me demande si je ne devrais pas me faire interdire l’entrée dans les librairies ! Alors quand il s’agit de fouiller dans ma liseuse, remplie de services de presse, de promos américaines et de romans gays la plupart du temps auto-édité, le vertige me prends. Voilà comment, au détour d’une conversation avec son auteur Enzo Daumier, il s’est avéré que j’avais acheté en 2017 le troisième et dernier tome de cette saga dont les deux premiers titres, Tendres baisers d’Oxford et Les Frimas d’Oxford, m’avaient laissé un souvenir très agréable.

Quasiment quatre ans après, je viens donc de dévorer Un Secret Birman, qui reprend l’histoire où elle s’était arrêtée, c’est à dire avec un Lucien au cœur brisé par les deux déceptions sentimentales de sa vie, à savoir son ex-boyfriend Matthew et la star de la pop anglaise Andrew qui l’a publiquement renié pour protéger son identité sexuelle dans les médias. Il a fallu reconnecter pas mal de neurones pour me souvenir des deux précédents tomes, mais l’auteur glisse ça et là quelques rappels salutaires pour la compréhension de l’histoire.

Dans Un Secret Birman, Lucien emménage avec son chat dans une petite maison d’Oxford où il va tenter de se reposer et de finir sa thèse loin des tumultes passés. Évidemment, rien ne se passera comme prévu, et Andrew comme Matthew ne sont jamais bien loin. Nous serions bien naïfs de penser que ce voyage en Birmanie qu’il a prévu avec sa meilleure amie Ruby-Lou et son petit ami Nicholas se déroulera sans surprises !

Fidèle à l’esprit des deux premiers tomes, ce dernier opus fut une lecture très agréable dans laquelle j’ai pris plaisir à retrouver Lucien et ses turpitudes sentimentales. Je ne ferais aucune révélation, mais sachez quand même qu’à la fin du roman il est heureux, en bonne santé et très amoureux. Si vous ne l’avez pas encore lu, c’est le moment d’acheter les trois titres de la saga ; et si c’est déjà fait, vous serez ravi d’apprendre que sortira cette semaine Le Youtubeur, le nouveau roman d’Enzo Daumier, dans lequel il m’a promis que Lucien ferait une apparition. Autant vous dire tout de suite que le titre est déjà pré-commandé, et que j’essaierai de le lire avant 2025.

Un Secret Birman, d’Enzo Daumier, est auto-publié et a paru en décembre 2016 (disponible en livre papier ou livre numérique).

Big Summer, Jennifer Weiner

Ma note :

J’ai repéré Big Summer dans la presse américaine, où les critiques, les magazines et les pages culturelles des journaux listent régulièrement leurs coups de cœurs, alimentant considérablement au passage ma liste d’achats pourtant déjà conséquente ! Ce titre était unanimement apprécié et en quelques clics il était arrivé dans ma Kindle. Le plus étonnant étant que j’ai acheté ce titre en anglais pour sa bonne presse – il est souvent évoqué comme LE roman de plage de cet été – mais qu’après avoir cherché si Jennifer Weiner avait déjà été publiée en France, je suis persuadé que je n’aurais pas acheté ce titre si je l’avais croisé en librairie chez moi car les couvertures françaises cataloguent clairement ses romans dans un genre littéraire dont le nom m’est insupportable : la chick lit, ou la littérature de poulettes.

Et pourtant, j’ai adoré ce livre ! Il m’a accompagné pendant près d’une semaine et m’a offert un très bon moment de lecture. Pour résumer l’histoire, Daphne Berg est une influenceuse « plus-size » (disons ronde) qui cartonne sur Instagram auprès d’une partie de la population souvent inexistante chez les influenceurs. Elle doit son succès à une vidéo devenue virale où, humiliée par un garçon dans un bar pour son physique, elle se dispute avec sa meilleure amie Drue Cavanaugh. Il faut dire qu’entre Daphne et Drue, il y a un monde ! Elles se sont rencontrées dans leur classe d’un lycée huppé de New-York où les parents de Daphne enseignent tandis que la famille de Drue a fondé l’établissement et fait parti des plus grandes fortunes de la ville.

Des années après qu’elles aient pris des chemins différents, Drue débarque dans la vie de Daphne en la suppliant d’être témoin à son mariage avec une célébrité issu d’une télé-réalité. Elle acceptera et rapidement les deux amies retrouveront leur complicité d’avant, jusqu’à la journée du mariage, sublime, parfaitement mis en scène et calibré pour les réseaux sociaux, où la vie des deux amies va basculer dans le décor pourtant somptueux de Cape Cod.

J’ai découvert Jennifer Weiner avec ce roman, et comme je le disais c’est une très belle découverte. Son style est différent de ce que j’ai l’habitude de lire, il y a un travail de fourmi qui est apporté au récit, des détails, des souvenirs qui soudain s’étalent sur plusieurs pages, une vraie densité dans le récit mais qui n’alourdi par la lecture. C’est profond, touchant, c’est étonnant, j’ai sincèrement beaucoup aimé cette lecture, ses personnages, son histoire, son positionnement sur les hommes et les femmes en surpoids, sur ces apparences que nous embellissons sur les réseaux sociaux, sur l’amitié, le pardon, la capacité que nous avons à faire amende honorable et à changer. Quand j’ai achevé ma lecture, la première chose que j’ai pensé c’est qu’elles allaient me manquer, et que j’aurais bien profité de quelques jours de plus avec elles. Un beau roman qui sortira je l’espère bientôt en France, et dont il faudra surveiller la parution pour ne pas le manquer !

Big Summer, de Jennifer Weiner, et publié aux États-Unis le 5 mai 2020 chez Atria Books.

Toutes les histoires d’amour ont été racontées, sauf une, Tonino Benacquista

Ma note :

Tonino Benacquista et moi, c’est un peu une histoire d’amour qui n’a jamais été racontée. Il y a de cela quinze ans, j’arrivais fraichement à Paris et je fréquentais un garçon, un autre amoureux des livres, qui a eu l’idée extraordinaire de m’offrir deux romans de cet auteur dont je n’avais jusqu’alors jamais entendu parler : Saga et Quelqu’un d’autre. Les deux sont très différents, Saga est une lecture légère qui nous plonge dans les aventures truculentes, ubuesques, d’une série télévisée française nocturne faite de bric et de broc qui devient une institution nationale ; tandis que Quelqu’un d’autre est un roman qui m’a profondément touché, en offrant l’opportunité à des adultes de changer de vie, de repartir à zéro, en devenant quelqu’un d’autre. J’ai remercié le garçon et poursuivi mon histoire d’amour littéraire avec Benacquista depuis, et je dois dire qu’il est l’un de ces rares auteurs dont je guette avec une impatience folle les nouvelles parutions.

Son précédent livre, Romanesque, était parfait. Si, je peux le dire avec l’objectivité très relative d’un fan absolu : il était par-fait ! Vous comprendrez donc que la barre était haute lorsque j’ai débuté cette nouvelle lecture.

Et quel plaisir ! Quel bonheur ! Quelle joie, que de retrouver la plume de Benacquista. Un style à lui, des phrases sublimes dont on pourrait penser qu’il passe des heures à les retravailler comme on taillerait un diamant brut pour en faire le plus beau des bijoux. J’étais comme un enfant au jour de Noël, à relire encore et encore ces phrases que je trouvais si belles, en me disant qu’il me serait impossible de toutes les citer sur les réseaux sociaux sans me retrouver à recopier le roman dans son ensemble.

J’ai retrouvé avec plaisir quelques clins d’œil à l’univers de Saga (on pourrait parler d’un caméo) avec la profondeur et l’introspection de Quelqu’un d’autre : c’était aussi troublant qu’agréable. L’imagination de l’auteur est sans limite, et ce roman, c’est un peu comme des poupées russes littéraires : plein d’histoires dans l’histoire, des chemins improbables, un récit parfois un peu dur à suivre (j’admets avoir été parfois perdu, dérouté de ne pas savoir où Benacquista m’emmenait), mais alors un vrai bonheur d’inventivité. J’ai souvent songé « il y aurait de quoi écrire un roman sur cette petite histoire dans l’histoire ».

Si vous n’avez jamais lu Benacquista, je vous déconseille de le rencontrer par ce roman un peu plus difficile : lisez Malavita et sa suite, lisez Saga, Quelqu’un d’autre, Romanesque, débutez par les plus belles histoires et venez ensuite vous régaler avec celle qui n’avait pas encore été racontée.

Toutes les histoires d’amour ont été racontées, sauf une, de Tonino Benacquista, est publié le 5 mars 2020 aux éditions Gallimard.

Pacifique, Stéphanie Hochet

Ma note :

Avant d’être capable d’aller vers un libraire et de demander des conseils, d’échanger sur les livres, de me sentir légitime à tenir une conversation malgré le fossé culturel et littéraire entre les professionnels du livre et moi, simple lecteur consommateur, j’ai longtemps choisi la facilité. Celle des auteurs à succès, qui exposaient à peu de risque, celle des recommandations des magazines littéraires auxquels je m’abonnais pour une année, de manière très sporadique, et qui ne me rassuraient pas vraiment sur mon niveau mais regorgeaient de bons conseils, et enfin celle des réseaux sociaux, ces simples amoureux des livres, armés de bonne volonté et de peu de prétentions, qui se révèlent parfois une formidable source d’inspiration au moment de constituer sa liste d’achats.

Et c’est comme ça qu’au détour d’un tweet et de deux recommandations très appuyées en commentaire, je me suis retrouvé avec ce joli livre de Stéphanie Hochet entre les mains, une autrice dont je n’avais jamais rien lu auparavant, en sortant de chez mon libraire.

Aucun regret, évidemment : le roman a tenu les promesses qui accompagnaient les recommandations. Il est court, je l’ai dévoré en un clin d’œil : à peine le temps de partir au Japon en pleine Guerre du Pacifique à bord d’un de ces avions pilotés par des jeunes soldats kamikazes, de transpirer un peu sur mon transat sous le soleil de plomb d’une journée sans vent, que j’étais déjà arrivé à la fin de ce voyage que j’aurais souhaité ne jamais interrompre.

C’est vrai qu’il y a de la poésie, dans la plume de Stéphanie Hochet, et comme souvent quand je suis touché par la musicalité des phrases, je me suis surpris à les lire à voix haute pour les apprécier plus encore. À mon tour de vous conseiller de vous laisser embarquer dans cette belle aventure au pays du soleil levant, dans ce roman aussi beau qu’annoncé, mélodieux, travaillé et très riche qui a résolument apporté sa touche de poésie et de délicatesse à mes lectures du mois de juin.

Pacifique, de Stéphanie Hochet, est publié le 4 mars 2020 aux éditions Rivages.

Le jour où Kennedy n’est pas mort, R.J. Ellory

Ma note :

Depuis son médiatique assassinat à Dallas le 22 novembre 1963, John Fitzgerald Kennedy n’a cessé d’alimenter l’imagination d’écrivains ou de scénaristes, transportant le plus jeune président élu des États-Unis d’Amérique dans une sorte de panthéon de la mémoire collective. Il faudrait en effet avoir aujourd’hui plus de soixante ans pour pouvoir prétendre avoir un quelconque souvenir de cet évènement et pourtant, pas une année ne passe sans que JFK, son ascension sulfureuse et sa fin tragique, ne se retrouvent au cœur d’une quelconque actualité, fut-elle littéraire.

Et il faut tout le talent d’un écrivain que j’adore sans aucune réserve, Roger John Ellory, pour revisiter l’histoire sans nous ennuyer en écrivant cette superbe et passionnante uchronie qui sortira dans quelques jours chez vos libraires, toujours chez Sonatine, dont le catalogue est incroyablement riche de romans parfaits.

Mitch Newman est un photo-reporter sans grand talent, assez solitaire, rongé par l’alcool, le traumatisme de quelques mois passés à couvrir la guerre de Corée et la solitude qu’un chagrin d’amour avec la flamboyante Jean Boyd aura laissé. C’est justement quand il apprend, après quinze ans sans avoir eu de ses nouvelles, qu’elle se serait suicidée dans son appartement, que sa vie bascule. Pour lui comme pour celles et ceux qui côtoyaient Jean, difficile de penser que cette jeune journaliste talentueuse, flamboyante et opiniâtre ait pu choisir de s’ôter la vie par elle-même.

Pour sa mère Alice autant que pour lui, il se lance sur les pas de sa dernière enquête, non sans mal car tout semble auréolé de secrets et Mitch ne tardera pas à comprendre que des enjeux bien supérieurs à ceux qu’il aurait pu imaginer sont probablement dans l’ombre de cette enquête. De Dallas à Washington, il poursuivra son enquête dans le sillage du président Kennedy et de son entourage, partira à la recherche de Lee Harvey Oswald, interrogera toutes celles et ceux qui pourraient l’aider à comprendre pourquoi, où pour qui, Jean était devenue trop gênante.

L’histoire est brillamment construite, je vous dirais sans surprise car c’est une habitude des romans d’Ellory, et j’ai autant aimé l’aspect polar, enquête et suspens que de me plonger dans une histoire que je ne connais que de très loin en découvrant la face cachée de ce jeune président qui, finalement, semblait destiné à devoir mourir.

Le jour où Kennedy n’est pas mort, de R.J. Ellory, est publié au Royaume-Uni le 21 mars 2019 chez Orion sous le titre « Three Bullets » . Il est publié en France aux éditions Sonatine le 4 juin 2020 dans une traduction de Fabrice Pointeau.

Reine de beauté, Amy K. Green

Ma note :

Avec cette couverture, difficile de passer à côté de Reine de beauté, on s’imagine déjà dans ces maisons bourgeoises des banlieues américaines, ces familles parfaites derrière les façades des maisons entretenues, et pourtant cette noirceur, ces drames auquel nul n’échappe. J’ai lu ce roman en même temps que je regardais la série Little Fires Everywhere sur Amazon Prime (adaptée du superbe roman La saison des feux, de Celeste Ng) et j’ai pensé à ce parallèle amusant entre la série et le roman, celui des faux semblants d’une société si étonnante vue de nos yeux européens.

À Wrenton dans l’état du Maine, Jenny est retrouvée morte dans un bois. Son corps vêtu d’une chemise de nuit rose porte des traces de violence, elle a sûrement été violée, et dans une communauté plutôt paisible l’assassinat d’une jeune fille de treize ans, ancienne reine du beauté de son collège, plonge la ville dans la consternation. Qui a bien pu salir l’innocence d’une fille sans histoire ? Quel monstre rôde ?

Sa grande sœur Virginia mènera l’enquête avec l’inspecteur chargé de l’affaire, alors que sa famille finalement déjà très fragile est sur le point de voler en éclat. De fil en aiguille, nous découvrons à travers ses recherches que beaucoup de suspects se profilent, et que Jenny n’était pas la petite poupée dont on semble préférer se souvenir. Est-ce JP, cet intriguant marginal de trois ans son aîné avec qui elle voulait fuguer ? Est-ce Gil, ce pédophile de New-York sur lequel la police est incapable de mettre la main ? Est-ce Mark, ce professeur de mathématiques habile manipulateur qui a déjà fait des ravages auprès des lycéennes ? Est-ce sa propre sœur Virginia, un de ces samedis soir de beuverie dont elle ne garde qu’un souvenir embrumé ? Est-ce leur père, qui semble mener une double vie ? Leur belle-mère, que la folie et l’alcoolisme rendent imprévisible ?

Il y a tant de suspects et de rebondissements dans ce whodunit parfaitement maîtrisé que j’ai été surpris, chapitre après chapitre, de m’interroger à nouveau sur la possibilité que ce soit tel ou tel protagoniste qui ait tué Jenny Kennedy. Le roman n’est pas particulièrement sombre comme le serait un thriller, il n’y a pas un monstre terrifiant caché derrière les rideaux ou tapis dans les bois qui attend d’assassiner les jeunes reines de beauté. Il y a une communauté d’individus qui tous ont des failles, des secrets, des déviances, qui vivent en fragile équilibre avec ce fardeau et qui parfois, au gré des évènements qui s’enchaînent, forment un engrenage tragique et inéluctable. Un très bon polar, vous devriez adorer !

Reine de beauté, d’Amy K. Green, est publié aux États-Unis le 14 janvier 2020 chez Dutton sous le titre « The Prized Girl » . Il est publié en France aux éditions Belfond le 28 mai 2020 dans une traduction de Sarah Tardy.

Stranded, Jessica Frances

Ma note :

J’aime bien les bouquins gays, bon d’abord parce que ça me parle un peu plus quand même que les romances hétéro dans lesquelles je m’identifie pas franchement, mais parce qu’en plus il y a toujours une palette de clichés qui me fait bondir pendant ma lecture, juste assez pour que mon côté fleur bleue ne prenne pas le dessus et que je ne me mette pas à rêver de prince charmant et de toutes ces conneries qui n’existent que dans ce genre de romans, précisément. Ça n’est clairement pas de la littérature érotique, disons plutôt un polar romantique, mais si vous êtes allergique à l’idée de lire trois ou quatre pages sur ce que deux mecs inondés d’hormones peuvent faire ensemble dans l’intimité, ne lisez pas Stranded. Bah non.

Un jour je vous ferais un article sur ce blog pour vous expliquer pourquoi je suis dans l’ensemble agacé que la littérature de pédés soit devenue un objet tendance, convoité et exploité par des autrices pour des lectrices, au point finalement de totalement nous déposséder de ce truc qui, sans misogynie aucune, est clairement une affaire de bonhommes.

Nous sommes donc à Midsummer, un petit bled paumé de l’Arkansas où Conner Sherwood est tombé en panne avec sa voiture alors qu’il venait tout juste de débuter un road-trip pour se retrouver avec lui-même et ses milliers d’abonnés sur les réseaux sociaux. C’est l’introspection américaine 2.0 ça, les enfants. À Midsummer, il n’y a pas grand chose, un gros millier d’habitants, et surtout Rocky Green, sorte d’égérie de Tom of Finland qui t’emballe notre je-suis-romantique-et-je-me-pose-trop-de-questions de Conner après deux œillades dans le bar du village.

Pour parfaire le cliché, Rocky est le shérif local, a une petite fille dont il a la garde et bien-sûr, c’est un cœur de pierre. Quand j’en étais arrivé là, je soupirais en me disant « mais bordel c’est pas possible » tellement dans cette histoire les homos étaient des clichés d’eux-mêmes : le passif superficiel et torturé qui finalement n’est rien d’autre que la fille, et l’actif viril intrépide et insensible dans le rôle du garçon dont il faut ravir le cœur.

Ce qui sauve l’histoire, parce que vous n’allez peut-être pas le croire mais j’ai bien aimé ce bouquin dans son ensemble, c’est que malgré tout, elle est bien écrite, que le développement de l’intrigue tient la route et que la petite enquête policière m’a plu ! Car oui, il suffit que Conner débarque à Midsummer pour que les cadavres s’empilent.

Je n’avais jamais lu Jessica Frances, c’est une autrice qui ne semble pas avoir été traduite en français, qui a publié essentiellement des histoires romantiques hétérosexuelles. Ce titre-là est auto-édité et surtout, il ne coûte que 99 cents sur les plateformes numériques, ce qui est un prix ridiculement dérisoire compte-tenu du travail réalisé par son autrice. Et comme je suis un peu maso et que Stranded est annoncé comme le premier tome d’une saga qui en contiendrait trois, croyez-bien que je lirais la suite.

Stranded, de Jessica Jones, est publié le 29 mai 2020 en auto-édition et disponible sur les plateformes numériques.

Where’d you go, Bernadette, Maria Semple

Ma note :

Vous l’aviez peut-être déjà compris, mais sinon vous allez le découvrir, j’aime beaucoup lire en anglais. Pas par snobisme, mais soit quand les circonstances l’obligent (un roman pas encore publié en français, qui ne le sera jamais, ou alors trop tard pour mon impatience) soit quand j’ai bénéficié d’une offre sur le e-book, parce que les éditeurs américains bradent régulièrement leurs vieux titres avec des promos très intéressantes sur les versions numériques, que nos éditeurs francophones rechignent à faire (un jour, je vous ferais un article là dessus !). Bref, alors que ce roman a été publié en français sous le titre « Bernadette a disparu » il y a quelques années et est même disponible en poche, j’ai fait le choix de le lire en anglais pour mon plus grand plaisir.

Bernadette Fox est une architecte de renom qui n’a pourtant quasiment jamais exercé et n’a finalisé qu’un seul projet avant-gardiste en recyclant des matériaux trouvés à proximité immédiate de son chantier, ce qui lui permis il y a plusieurs années de rafler LE prix qui fait rêver tous les architectes américains, raflant au passage une coquette somme. Elle vit désormais à Seattle avec son mari Elgin qui est un ponte de l’intelligence artificielle chez Microsoft et sa fille Bee qui est fragile mais surdouée, dans une immense maison qui prend l’eau de toute part et que la municipalité reclasserait si elle venait à la visiter.

C’est un personnage, cette Bernadette Fox. Elle déteste les mamans de l’école avec qui elle n’a jamais réussi à s’entendre, et ces dernières ne ratent pas une occasion de lui gâcher le quotidien, surtout sa voisine Audrey Griffin qui est une sacré peste en son genre. Dans cette vie atypique, il y a malgré tout une certaine forme d’équilibre, jusqu’à ce qu’une suite d’évènements sans gravité convainquent son mari que Bernadette doit être hospitalisée sous contrainte en psychiatrie, et qu’au moment de tenter de la convaincre avec la psychiatre venue tout exprès la chercher, Bernadette disparaisse. D’un coup d’un seul, Bernadette a disparu.

Le roman est en fait le journal de recherche de sa fille Bee, constituée d’échanges divers et variés, comme un dossier contenant un tas de documents et entrecoupé de tranches de récits pour faire du lien entre tous les évènements. Je n’avais pas entendu parler de ce roman avant de le télécharger en promo, et j’ai même découvert ensuite qu’il avait été adapté au cinéma en 2019 avec Cate Blanchette et Billy Cudrup (voir la bande-annonce). J’ai beaucoup aimé cette lecture revigorante et truculente, Bernadette est totalement barrée tout comme l’ensemble de son entourage, et j’ai souvent rigolé ou souri de leurs aventures respectives. Un roman très agréable qui se lit facilement comme si on participait à la grande escapade. Pour ma part, j’ai désormais hâte de voir le film. Ce sera en anglais, car il semble inédit en France.

Where’d you go, Bernadette, de Maria Semple, est publié en août 2012 chez Little, Brown & Company. Il a été publié en France sous le titre « Bernadette a disparu » aux éditions Plon en janvier 2013 et en poche aux éditions 10/18 en avril 2014, dans une traduction de Carine Chichereau.

L’audacieux Monsieur Swift, John Boyne

Ma note :

La mémoire est une faculté magique et insaisissable dans sa vaste complexité, on croit parfois se souvenir de quelque chose et en réalité, on se souvient de l’interprétation de cette chose. Parfois, on retient des détails inutiles, tant de choses insignifiantes qui peuvent rester graver là des années, alors qu’on aimerait pouvoir revisiter certains moments de notre vie à l’identique et que notre mémoire ne nous en offre que des bribes, des parcelles et parfois même, le néant. Et puis il y a ce que notre mémoire conserve, ce qu’elle garde évidemment mais qui ne nous est pas accessible à la demande, comme quand on butte sur un mot, bien sûr qu’on le connaît ce mot, mais c’est quoi déjà ? On l’a sur le bout de la langue. Ma mémoire, dans les premiers chapitres de L’audacieux Monsieur Swift, elle m’a fait imaginer Pierre Niney dans le rôle de ce vil Maurice Swift, au fond de moi je me disais « il serait parfait pour ce rôle, je crois, il a la beauté insolente et le talent d’acteur . Je souriais de ma trouvaille, sans pour autant réussir à m’enlever cette impression de déjà vu, de déjà lu. J’ai pensé, « il doit y avoir du Philippe Besson dans tout ça, ce rapport aux jeunes hommes séducteurs et intrépides » , et l’affaire était close.

La mémoire est formidable, je vous le disais, car parfois on ne se souvient pas d’un fait, en tout cas on n’a pas conscience de ce souvenir, et pourtant c’est là, enregistré dans un dédale de neurones. Et ça m’a frappé quand j’ai cherché dans la filmographie de Pierre Niney, car j’avais des images de lui en Maurice Swift dans cette villa en Italie, manipulateur, séducteur, prêt à tout pour parvenir à ses fins. Et c’était là, évidemment ! Comment avais-je pu ne pas me souvenir que ce livre faisait écho au film Un homme idéal ? Cette histoire d’un aspirant écrivain sans talent qui vole l’histoire d’un autre pour en faire un succès littéraire, et qui confronté à l’attente d’autres écrits se sent acculé face à la supercherie dans laquelle il s’est empêtré. Déjà en 1942, Henry Troyat écrivait une fiction sur ce thème, La mort saisit le vif.

J’ai retrouvé ce même plaisir en lisant L’audacieux Monsieur Swift, sous la plume de John Boyne, un écrivain que j’aime à lire et qui ne m’a jamais déçu. J’ai détesté ce Maurice Swift, dans sa flamboyance, sa perfidie, son arrivisme, sa séduction, ses manipulations, et pour tous ces crimes glaçants qu’il a commis pour maintenir l’illusion de son obsession : devenir un écrivain célèbre. Plusieurs fois, j’ai refermé ce livre en me disant « mais bon sang c’est pas possible ! Où va-t-il s’arrêter ?« , j’ai littéralement ressenti une haine profonde et viscérale pour cet anti-héros. Moi aussi, comme lecteur, il m’avait berné : j’avais espéré une romance furtive entre l’élève et le maître, un de ces amours interdits qui aurait pu faire les gorges chaudes d’un roman d’après guerre. Mais non, rien, juste un habile escroc dénué de remords.

C’était quelque chose, cette lecture. Une sacré épopée, beaucoup d’émotions contradictoires, de la tendresse comme de l’aversion, un roman incroyablement riche et bien écrit qui m’a tenu en haleine d’un bout à l’autre et dont j’ai savouré le dernier chapitre avec la concupiscence sadique des victimes enfin vengées. Ne le ratez pas, il fait déjà parti de mes meilleurs romans de 2020.

L’audacieux Monsieur Swift, de John Boyne, est publié au Royaume-Uni en février 2019 sous le titre « A Ladder to the Sky » . Il est publié en France en février 2020 aux éditions JC Lattès dans une traduction de Sophie Aslanides.

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