À propos des livres

Catégorie : Roman Page 1 of 25

Le Chat, le Général et la Corneille, Nino Haratischwili

Ma note :

J’ai été très tenté par ce livre de la rentrée littéraire parce que j’avais lu énormément d’avis positifs sur La Huitième Vie (disponible en Folio), le précédent roman de Nino Haratischwili, jeune autrice géorgienne qui vit désormais en Allemagne. Il m’a fallu un certain moment pour me sortir de cette lecture dans laquelle j’ai eu l’impression d’être englué, alors que l’histoire était pourtant très intéressante.

Ce roman, c’est le point de rencontre entre trois personnages aux destins liés malgré eux. Il y a d’abord Sesili, qu’on appelle Le Chat, qui est une jeune actrice géorgienne exilée à Berlin qui se fait aborder par un homme lui proposant un rôle atypique pour un richissime homme d’affaire. Il s’agit d’Alexander Orlov, un oligarque russe qu’on appelle Le Général, qui porte le deuil de sa fille Ada qui s’est suicidée après les sombres révélations sur le passé de son père portée par l’enquête d’un journaliste allemand. C’est le troisième personnage de l’histoire, Onno Brender, tombé malgré lui fou amoureux de la jeune Ada au décours de son enquête et ayant sans le vouloir causé sa perte, qui porte un deuil plein de culpabilité.

Ces trois personnages vont collaborer pour que la justice se fasse enfin sur un drame du passé resté impuni malgré la détermination de quelques-uns à l’époque. Il s’agit du viol et du meurtre de la jeune Nura, jeune géorgienne qui eu le malheur s’approcher un peu trop près de ces soldats russes qui occupaient alors la Géorgie, dont faisait partie Orlov. Pour établir les responsabilités de l’effroyable drame de cette nuit là, le Général enverra la Corneille porter aux protagonistes une vidéo du Chat, sosie quasi parfaite de la jeune fille assassinée, afin de les convier à une réunion.

Bien évidemment, ce roman fleuve de près de 600 pages est très beau, l’histoire est riche, douloureuse, et illustre la difficulté de savoir qui sont les salauds et qui sont les héros dans un monde où les rôles sont rarement polarisés. Si l’histoire est très riche, j’ai peiné à avancer dans ma lecture, d’une part à cause de la construction du récit faite d’allers et retours dans le temps qui m’ont un peu perdu, et d’autre part parce que cette lecture qui demande un peu de concentration et de disponibilité est arrivée à un moment où je n’en avais pas. Si vous aimez l’autrice, il pourra sûrement vous plaire !

Le Chat, le Général et la Corneille de Nino Haratischwili a paru en Allemagne en mars 2020 sous le titre Die Katze und der General. Il paraît en France chez Belfond le 19 août 2021 dans une traduction de Rose Labourie. Service de presse obtenu via NetGalley.

Mohican, Eric Fottorino

Ma note :

J’avais offert ce roman d’Éric Fottorino à mon ami Rémi lors de son dernier passage en Vendée parce que l’action se déroulait dans son Jura natal et que j’étais convaincu qu’il pourrait apprécier ce roman que moi-même j’espérais lire un jour.

À l’occasion d’un séjour chez lui et d’une (autre) lecture dans laquelle j’étais entrain de m’embourber, j’ai décidé de lire Mohican pour retrouver un second souffle et je dois avouer que je n’ai pas été déçu.

Brun est un agriculteur qui a sacrément développé son exploitation et dont il tire une grande fierté. Parce qu’on lui a diagnostiqué une saloperie qui va abréger son passage sur terre, comme sa femme de nombreuses années avant lui, il se prépare à passer le flambeau à son fils Mo.

Avant de tout céder à celui qui n’envisage pas son métier comme lui et qui pense qu’on peut se passer de cette chimie qui a permis à la France d’être la puissance agricole qu’elle est, il signe un pacte avec le diable en acceptant de faire installer une série d’éoliennes sur ses terres.

J’ai été un tout petit peu déçu par l’absence d’originalité par rapport à mes lectures rurales précédentes (surtout avec Nature humaine de Serge Joncour). Pour autant, j’ai trouvé ce que je venais chercher dans cette lecture, de la nature, des hommes taiseux qui ne savent pas se parler, une ébauche de réflexion sur l’agriculture intensive. Et surtout, une lecture facile et rapide qui me redonnerait un peu de plaisir : mission accomplie.

Mohican d’Éric Fottorino a paru le 19 août 2021 aux éditions Gallimard.

Milwaukee Blues, Louis-Philippe Dalembert

Ma note :

I CAN’T BREATHE !

Ce roman est un roman, il s’est librement inspiré d’un fait divers tragique au retentissement international de par ses caractéristiques sociales : celle d’un américain noir qui meurt après une horrible asphyxie de 9 minutes, plaqué au sol par un policier blanc, une scène intégralement filmée par des témoins et qui a soufflé sur les braises toujours ardentes des inégalités raciales aux États-Unis.

Dans ce roman qui n’est donc pas un récit de la mort de Georges Floyd, l’auteur haïtien Louis-Philippe Dalembert revient sur un drame fictif mais similaire ayant conduit à la mort d’Emmett suite à l’appel au 9-1-1 d’un gérant d’une supérette de Franklin Heights, un quartier au nord de Milwaukee, pour une banale histoire de faux billet.

Après sa mort médiatisée, une galerie de personnages vient nous parler d’Emmett, de son ancienne institutrice à son pote dealer, en passant par son ancien coach sportif à l’université, une ex petite amie, des amis d’enfance, … Tous décrivent le même homme chaleureux et enthousiaste, une carrière possible dans le football professionnel jusqu’à cette blessure qui, mêlée à l’arrogance de la jeunesse, brise tous les espoirs et plonge Emmett dans une spirale infernale.

C’est un roman magnifique, incroyablement touchant que nous offre l’auteur au travers de tous ces récits débordant d’humanité. Ils viennent rappeler que, derrière chaque mort que chacun juge selon un tas de critères personnels, se trouvait un être vivant avec un passé, une famille, des amis et l’espoir d’une vie qui ne s’arrête pas si brutalement. À lire, et à relire, en attendant un monde meilleur.

Milwaukee Blue de Louis-Philippe Dalembert a paru le 26 août 2021 aux éditions Sabine Wespieser.

Nature humaine, Serge Joncour

Ma note :

Lors de la rentrée littéraire de l’an passé, j’avais fait main basse sur plusieurs titres « ruralité et territoires » (on dirait un parti politique de chasseurs, énoncé comme ça) avec notamment l’excellent premier roman de Florent Marchet, Le Monde du vivant (Stock), Le Banquet annuel de la confrérie des fossoyeurs de Mathias Enard (Actes Sud) que je n’ai pas encore lu et puis ce roman de Serge Joncour qui sortira en poche début janvier, que j’ai enfin débuté et qui m’a tenu en haleine le temps d’une journée pluvieuse.

On traverse dans Nature Humaine une tranche de l’histoire récente de la France, de la sécheresse de l’été 1976 jusqu’aux tempêtes Lothar et Martin de décembre 1999, vue depuis la ferme des Fabrier aux Bertranges dans le Lot, ferme qui héberge la famille depuis quatre générations. Alexandre y grandit en compagnie de ses trois sœurs qui ne s’intéressent pas à la reprise de l’exploitation des parents, laissant Alexandre malgré-lui récipiendaire de cet héritage.

Alexandre n’en parlait pas mais une pression folle pesait sur ses épaules, et si les filles se sentaient libres d’envisager leur vie ailleurs, elles le devaient à leur frère, il se préparait à être le fils sacrificiel, celui qui endosserait le fardeau de la pérennisation.

On assiste alors sous forme de flashbacks à la transformation d’un pays décidée depuis le siège du pouvoir et aux chamboulements que cela entraîne dans les territoires ruraux. Du voisin belliqueux qui sort le fusil pour empêcher l’implantation des poteaux en bois enduits de cyanure pour apporter le téléphone à l’arrivée de l’autoroute qui promet de défigurer la vallée, en passant par la construction des centrales nucléaires et l’émergence des supermarchés, rien ne semble pouvoir arrêter la marche du progrès.

Alexandre fera la rencontre d’une belle allemande lors d’une soirée organisée à Toulouse par sa sœur et ses colocs, où il mettra les pieds un peu par naïveté dans l’activisme, aux frontières de l’écoterrorisme. Entre ses aspirations amoureuses, son envie de protéger son territoire, l’adaptation à ce nouveau marché qui pousse à l’agriculture intensive et ce climat détraqué qui menace son activité, Alexandre va traverser bien des tempêtes.

Nature humaine fut exactement conforme à ce que j’en attendais, un roman social et rural qui prend discrètement partie sans militer lourdement, rend facilement nostalgique du monde d’avant définitivement révolu – c’était pourtant hier – et nous rappelle que tout ce que nous détruisons par intérêt immédiat ou pour assouvir notre besoin de consommer sans limites ne reviendra pas. Un beau roman qui m’a beaucoup rappelé Le monde du vivant de Florent Marchet et Sur une majeure partie de la France de Franck Courtès. Reste à lire le Mathias Enard, et tous les autres de la rentrée de cette année !

Nature humaine de Serge Joncour a paru le 19 août 2020 aux éditions Flammarion et paraîtra en poche en janvier 2022 chez J’ai lu. Il est le lauréat du Prix Fémina 2020.

American Rust, Philipp Meyer

Ma note :

Vous aviez peut-être déjà eu le plaisir de lire le superbe roman Le Fils de Philipp Meyer, publié aux éditions Albin-Michel en 2014 (disponible au Livre de Poche) ; roman qui avait d’ailleurs été adapté en série en 2018 avec Pierce Brosnan dans le rôle principal, que j’ai regardé d’un œil ennuyé, n’y retrouvant pas le plaisir de ma lecture.

Albin-Michel a récupéré les droits de son premier roman déjà sorti chez Denoël en 2010 et chez Folio en 2015 sous le titre Un arrière-goût de rouille pour en revisiter la traduction, alors que le roman vient d’être adapté en série par Showtime avec une bande-annonce qui semble fidèle à l’atmosphère du roman et qui donne vachement envie !

Isaac a vingt ans et s’occupe de son père handicapé dans une petite ville de Pennsylvanie qui n’est plus désormais qu’une ruine industrielle, les aciéries ayant fermé et l’industrie américaine étant en déclin face à la mondialisation. Avec son meilleur ami Poe, ils décident de tenter leur chance plus au sud, direction la Californie. Il suffira d’une mauvaise rencontre dans une usine désaffectée à l’orée de la ville pour qu’un drame change profondément leurs plans, laissant le cadavre d’un vagabond derrière eux.

Très vite, la police de Buell interpelle Poe connu dans le coin comme un jeune impulsif, un athlète raté déjà arrêté après avoir tabassé un gamin quelques temps plus tôt, que le shériff Harris avait protégé comme il pouvait. Il faut dire que l’homme couche avec Grace, la mère de Poe, qui survit comme elle peut avec son salaire de couturière.

Isaac décide de poursuivre sa route et prend la fuite, persuadé que la police est également à ses trousses. Peu à peu, il deviendra un de ces vagabonds, un hobo qui voyagera clandestinement en sautant à bord de trains de marchandises. Pourtant, un monde hostile l’attend dans la rue, et alors qu’il essaie de rester en vie, sa santé mentale commence à montrer des signes de fatigue.

Ce fut un roman passionnant, une plongée dans la société américaine modeste, celle de l’échec et du déclin, ces oubliés qu’on ne remarque pas dans le spectacle de la réussite américaine. C’est un excellent roman, une histoire d’amitié, de descente aux enfers et d’espoir d’une vie meilleure portée par des personnages attachants et une écriture superbe. Lisez-le rapidement, la série arrive sur Canal+ le 25 novembre !

American Rust de Philipp Meyer a paru en 2009 aux États-Unis sous le même titre. Il est publié le 3 novembre 2021 aux éditions Albin-Michel dans une nouvelle traduction de Sarah Gurcel. Service de presse adressé par l’éditeur.

Les hérétiques de Dune, Frank Herbert

J’avais fait une pause dans la saga Le Cycle de Dune au mois de mai car il fallait préparer la rentrée littéraire et son déferlement de titres à lire dans un temps contraint. C’est donc avec plaisir que je me suis replongé dans l’univers de Dune avec ce cinquième tome, quelques semaines après avoir vu l’adaptation au cinéma de Denis Villeneuve. Si vous n’avez pas dépassé le premier tome, ne vous lancez pas dans la lecture de ma chronique qui spoile sans vergogne.

Il faudra dans ce roman faire encore un bon dans le temps, et c’est cette fois 1500 ans après la mort du tyran Leto II (l’Empereur-Dieu) que nous sommes. Sa mort entraîna une Grande Famine faisant des milliards de morts, ce qui causa la Grande Dispersion de l’humanité survivante à travers l’univers (fini, le Sentier d’Or).

Sur Dune devenue Rakis, les vers sont de retour depuis la mort de Leto II et l’épice a donc fait sa réapparition. Sheeana, une enfant venue du désert, possède le don incroyable de commander aux derniers vers des sables et les Prêtres de Rakis vont rapidement lui vouer un culte.

Sur Giedi Prime devenue Gammu, le Bene Tleilax qui est parvenu à synthétiser l’épice dans ses cuves axolotl livre au Bene Gesserit et à ses Révérendes Mères un nouveau modèle du ghola Duncan Idaho, qu’elles comptent bien éduquer et mettre en présence de Sheeana à des fins reproductrives.

Rien ne sera aussi simple pour le Bene Gesserit car un ordre concurrent, les Honorées Matriarche, plus violentes et plus nombreuses, sème la zizanie dans leurs projets. Jamais très loin, et jouant un jeu de dupe, les représentants du Tleilaxu tentent de tirer leur épingle du jeu en attisant les conflits en sous main. Les vies de tous sont en danger, et il ne faudra bientôt plus qu’une allumette pour que tout s’embrase…

Bon alors d’accord, ce bouquin est un enfer à résumer, et j’ai mis un moment à reconnecter mes neurones pour réussir à faire les liens, à identifier la foule de personnages, leurs intérêts cachés, les magouilles politiques etc. Mais alors en avançant dans le récit, c’est devenu comme une superbe adaptation au cinéma, vivant, prenant, et j’étais en manque dès que j’arrêtais de lire plus de huit heures. Un de mes tomes préférés, qu’il faudrait presque relire une deuxième fois pour en saisir toutes les subtilités.

Les hérétiques de Dune (Le Cycle de Dune, tome 5) de Frank Herbert a paru en 1984 aux États-Unis sous le titre « Heretics of Dune ». Il est publié en France chez Robert-Laffont depuis 1985 et disponible en poche chez Pocket dans une traduction de Guy Abadia.

Secrets boréals, Anna Raymonde Gazaille

Ma note :

Difficile de classer ce roman de l’autrice québécoise Anna Raymonde Gazaille dans un genre précis, tant il est à mi-chemin entre du nature writing et du polar. On pourrait dire, par simplicité, que c’est un polar qui se passe dans l’humidité de la forêt boréale canadienne, mais ce serait de toute façon réducteur tant ce roman nous emmène au-delà des frontières de tel ou tel genre littéraire.

Brigit vit à l’écart de la communauté dans une maison isolée et entourée par les bois à l’orée d’une petite ville canadienne où elle est arrivée il y a trois ans, fuyant un passé tourmenté et un homme qui la hante depuis des années. C’est dans les bois à la limite de sa propriété et de celle de ses parents qu’elle découvrira le corps sans vie de la petite Rondeau, treize ans, recherchée par sa famille et la police depuis la veille.

Elle n’aura pas vraiment d’autre choix que de collaborer avec la police, surtout avec Simon Kerouac, un inspecteur dépêché par la Sureté du Québec pour mener l’enquête, qui ne la laisse pas indifférente. Comment réussira-t-elle à l’aider sans se livrer trop, ni trahir son passé et les secrets qu’elle essaie d’y cacher ?

Quand le cadavre d’une autre jeune fille sera retrouvé au bord de la route, disposé comme s’il avait été mêlé à un rituel ancien, l’enquête s’accélèrera et Kerouac aura besoin de l’aide de Brigit pour s’infiltrer à proximité des entrepôts ou Ben Rondeau, le frère de la victime, mène des activités connues pour être illégales. Des réponses à propos de ces deux morts inattendues s’y cachent peut-être…

C’est une belle surprise, une très belle surprise même que ce roman. J’ai d’emblée adoré l’ambiance, cette forêt boréale étant un personnage presque à part entière de l’histoire, avec son passé, ses peuples historiques et les secrets qu’elle abrite. Le style de l’autrice a fait le reste et je me suis retrouvé aimanté à cette histoire que j’ai englouti dans les vingt-quatre heures, pour mon plus grand plaisir. Ne le ratez pas !

Secrets boréals d’Anna Raymonde Gazaille paraîtra le 3 décembre 2021 aux éditions Le Mot et Le Reste. Service de presse numérique adressé par l’éditeur.

Un jour, Maurice Genevoix

Ma note :

Difficile de parler de ce roman de 1976 sans être un féroce littéraire – ce que je ne suis absolument pas – et je précise d’emblée qu’il ne s’agira ici nullement de donner un avis de spécialiste sur cette œuvre crépusculaire de Maurice Genevoix, l’Académicien disparu quatre ans avant ma naissance qui repose depuis l’an dernier au Panthéon, nécropole des illustres français.

Alors que son éditeur historique ne faisait semble-t-il pas grand chose pour maintenir vivante cette œuvre de Genevoix qui n’a jamais paru en poche, c’est son petit-fils Julien Larere-Genevoix qui est à l’initiative de cette réédition. C’est ainsi que le roman, préfacé par le petit-fils, fit une étonnante apparition parmi les titres de la rentrée littéraire à la mi-septembre.

Ce fut là pour moi l’occasion de découvrir ce roman tout en poésie et en nostalgie, où l’écrivain de guerre se balade dans son Val de Loire avec son personnage de Fernand d’Aubel qu’on comprend être son alter ego littéraire.

C’est le roman d’un vieil homme qui sonne comme un avertissement, un regard amoureux de la beauté de la nature qui nous met en garde sur sa destruction que notre avidité d’un monde moderne et industriel entraîne fatalement. Bien qu’il soit assez court, j’ai eu des difficultés à rentrer dans ce récit qui est assez éloigné de mes lectures habituelles, et si je l’ai trouvé souvent beau dans sa contemplation naturaliste je garde malgré tout l’impression d’être un peu passé à côté.

Un jour de Maurice Genevoix a paru dans une nouvelle édition le 16 septembre 2021 aux éditions Plon. Service de presse numérique obtenu via NetGalley.

Le fils de l’homme, Jean-Baptiste Del Amo

Ma note :

Il est incontestablement l’un des grands favoris de cette rentrée littéraire, ce roman qui marche bien en librairie et qu’on retrouve dans la plupart des sélections des prix littéraires. Onze ans après ma découverte de Jean-Baptiste Del Amo avec son roman Le sel, c’est avec grand plaisir que je me suis plongé dans le nouveau roman de cet auteur avec l’espoir secret de vivre les mêmes émotions que les lectrices qui l’avaient lu avant moi.

Un jour que l’enfant joue devant la maison qu’il habite avec sa mère, arrive un homme qui n’était qu’un souvenir mais dont la posture ne laisse aucun doute : le père est de retour. On ne sait pas vraiment d’où, on hésitera entre la cavale et la prison, mais le fait est qu’il est de retour comme s’il n’était jamais parti, peut-être même pire encore, parce qu’il veut rattraper le temps perdu et reprendre ce qu’il estime être à lui. Sa femme. Son fils.

Très vite, il les emmène aux Roches pour ce qui est censé être un séjour temporaire, cette ruine perdue dans la montagne que son propre père n’avait jamais terminée de retaper et où il se réfugia jusqu’à ce qu’on retrouve son cadavre à moitié dévoré par la faune locale, bien après que la légende de sa folie ne parvint jusqu’à la vallée.

Dans ce huis clos survivaliste, le repli et l’isolement répriment toute tentative de retour à une vie normale et on assiste alors, pauvre lecteur impuissant, à la lente agonie du bon sens et à l’approche d’un drame qu’on comprend être inéluctable. Un roman sombre et radical qui s’ouvre par un prologue inattendu qui donne le ton et dont la suite du récit étouffe toute lueur d’espoir, jusqu’à nous laisser le souffle coupé sur les dernières pages. Bravo !

Le fils de l’homme de Jean-Baptiste Del Amo a paru aux éditions Gallimard le 19 août 2021.

Au printemps des monstres, Philippe Jaenada

Ma note :

J’ai encore les neurones totalement désordonnés par cette lecture dont j’ai enfin vu le bout, et dans cet imbroglio synaptique je vais essayer de résumer ce récit et de vous partager mon ressenti, aussi inutile et décousu soit-il. Pour celles et ceux qui n’ont jamais croisé la route de ce livre, il s’agit d’un True Crime, un récit qui se rapproche de l’enquête journalistique et prend parfois des allures romancées, et revient sur une histoire criminelle réelle (et je dirais plutôt, lointaine). Comme De sang froid de Truman Capote ou L’Adversaire d’Emmanuel Carrère, quand il parlait moins de lui et plus des autres.

Jaenada refait donc le récit de la disparition du petit Luc Taron en mai 1964, suivie de la découverte de son corps sans vie le lendemain, et de la longue danse médiatique à laquelle son assassin se livrera les semaines suivantes sous le pseudonyme de L’Étrangleur, jusqu’à l’arrestation de Lucien Léger en juillet de la même année. À la fin de cette première partie qui synthétise les faits connus, on serait tenté de se dire « voilà, la messe est dite » tout en s’interrogeant sur le contenu des cinq cent pages restantes.

C’est là le talent incroyable de Jaenada : ne pas s’arrêter aux apparences. L’air de rien, entre deux péripéties médicales, une pandémie et des commentaires qu’il adore glisser dans des parenthèses (et parfois, des parenthèses dans les parenthèses (un peu comme ça (vous vous y ferez))), il nous explique que Lucien Léger est innocent, et que la seule certitude de cette histoire est qu’un enfant de 11 ans a été tué.

Le reste, c’est du vent. Tout le monde dans cette histoire a menti, je parle au passé car il me semble que quasiment tous les protagonistes sont morts, emportant avec eux la part de vérité qu’ils détenaient. Une partie des enquêteurs semble d’une incompétence crasse, les parents, l’assassin présumé, l’entourage, personne n’a été honnête, et si l’enquête méticuleuse et acharnée à laquelle s’est livrée l’auteur n’apporte pas de réponses, elle permet de se poser énormément de questions, et notamment d’offrir un immense « doute valable » quant à la culpabilité de Lucien Léger.

Un récit globalement passionnant mais qui est tombé au mauvais moment dans ma vie : j’ai mis trois semaines à l’achever et il m’a donné l’impression d’être interminable ! Je ne peux que vous le conseiller si vous aimez le True Crime, prévoyez juste un peu de temps devant vous.

Au printemps des monstres de Philippe Jaenada a paru le 18 août 2021 aux éditions Mialet-Barrault.

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