À propos des livres

Catégorie : Premier roman Page 1 of 5

Le Démon de la Colline aux Loups, Dimitri Rouchon-Borie

Ma note :

Difficile d’être passé à côté de ce roman omniprésent sur Instagram depuis début janvier, le nombre de publications s’y rapportant grimpant plus vite encore que les nouveaux cas de l’épidémie ! Parce qu’on m’a dit environ mille fois MAIS BORDEL LIS CE BOUQUIN C’EST UN TRUC DE MALADE, je m’y suis mis, docilement.

Ce roman, c’est le récit que Duke fait de sa vie depuis sa cellule dans laquelle il purge sa peine de réclusion criminelle. Avec ses mots, son parlement comme il dit, il raconte sans enrobage inutile ni style ampoulé ce que fut son enfance puis sa vie d’adulte.

C’est un roman sur la misère absolue, et sur les ravages qu’elle engendre. Duke grandit dans un foyer dysfonctionnel à tous les niveaux, enfant sauvage, enfant victime, il ne nous laisse pas espérer un avenir joyeux.

Adulte, il plonge dans une nouvelle misère, faite d’errance, de folie, de violence, d’incarcération.

Je vois la plupart des lecteurs en PLS, à évoquer la claque que leur colle ce roman. Je comprends que, dans une vie ordinaire, on pourrait dire protégée, comme maintenue dans une sorte de « naïveté éclairée », on sait que ces profils existent, bien-sûr, on lit les journaux, ces faits divers, on imagine, on devine, mais on ne connait pas. Et tant mieux. Entrer dans cette intimidé là, la sentir au fil des pages, la toucher, je comprends que ce soit déroutant.

Ça ne m’a pas fait lever un sourcil plus haut que l’autre, mais je vous souhaite de pouvoir vivre ce grand bouleversement à l’intérieur de vous en lisant ce roman. Le style est excellent, brut, quasiment dénué de ponctuation, et j’ai pris un réel plaisir à dévorer ce premier roman franchement prometteur !

Le Démon de la Colline aux Loups, de Dimitri Rouchon-Borie a paru le 7 janvier 2021 aux éditions du Tripode.

Le Mal-épris, Bénédicte Soymier

Ma note :

Ce week-end aux urgences, pendant une garde assez calme, on avait discuté féminisme avec deux les deux médecins avec qui j’étais. On parlait plus exactement de littérature féministe, et au fond, on en revenait toujours à cette sombre histoire d’inégalité, de pouvoir détenu et non partagé, d’une forme de violence sociale historique, qui veut que les hommes, de préférence blancs et hétérosexuels, luttent activement pour rester en haut de ce qu’ils imaginent être une pyramide sociale.

Évidemment, quand après ça je débute Le Mal-épris, premier roman d’une collègue infirmière fraîchement paru chez Calmann-Lévy, j’ai comme un sourire en me disant « je suis dans le thème ». Et puis très vite, ce sourire laisse place à une gêne, une sorte de malaise indicible.

C’est que Paul, le narrateur, est un petit homme laid, un homme moyen, ordinaire, qui pourrait être un homme bien après tout, mais qui ne le sera pas. Il ronge sa solitude, son travail insipide, les femmes qui ne le regardent même pas. Elles se moquent de sa laideur, c’est sûr. Et c’est d’abord vers Mylène, sa voisine de palier, que son obsession maladive se porte.

Le rejet, la déception et la rancœur le pousseront à se tourner vers Angélique, sa collègue qui fera l’affaire, sans emballement, comme une proie abordable. Car c’est ça, Paul est un prédateur, un homme dérangé, et Angélique est sa proie. Il sera intrépide, sans pitié. Est-il trop tard pour lutter contre soi-même ?

Quel livre glaçant ! C’est rare, mais j’ai dû refermer le livre lors des scènes de violence. Je connais la violence, mais je n’en vois que le résultat dans ce qu’elle offre de plus laid, de plus injuste. Là, j’en étais le spectateur impuissant, presque complice. C’est une claque, ce premier roman, ça vous prend à la gorge, ça décortique la spirale de la violence, l’emprise, c’est effroyable et le style est sec et violent comme un coup parti trop vite. Bravo Bénédicte !

Le Mal-épris de Bénédicte Soymier a paru le 6 janvier aux éditions Calmann-Lévy.

Un jour ce sera vide, Hugo Lindenberg

Ma note :

Voilà un roman que j’avais repéré à l’occasion de la rentrée littéraire mais que je n’avais pas acheté, parce qu’il faut bien faire un choix ! Grâce à l’amoureux, au Père Noël et la complicité de ma libraire, je l’ai reçu en cadeau en fin d’année. Le narrateur est un petit garçon d’une dizaine d’année qui passe ses vacances chez sa grand-mère, en l’absence de sa mère, et qui rêve de se retrouver dans ces familles qu’il observe à loisir à la plage pendant l’été.

Il rencontrera Baptiste, un autre garçonnet de son âge, avec qui ils auront l’une de ces amitiés estivales spontanées qui permet à deux inconnus de profiter de quelques semaines de vacances ensemble comme s’ils étaient les meilleurs amis du monde depuis toujours.

Des dissections de méduses mortes sur la plage en dîners dans la famille de Baptiste, où tous ses tourments se portent sur cette mère qu’il rêverait d’avoir, nous sommes transportés par la nostalgie de cet été particulier, où la solitude d’un enfant sans parents ne doit son salut qu’à une belle amitié lui offrant une famille ordinaire par procuration.

Si j’ai aimé la douce nostalgie de ce roman qui se lit très bien et m’a rappelé mes propres souvenirs estivaux, faits d’amitiés éternelles, d’aventures exaltantes et de promesses non tenues, j’ai parfois été un peu perdu dans la narration du roman, avec cette impression de passer à côté de certains passages et de ne pas saisir la fin de l’histoire.

Un jour ce sera vide d’Hugo Lidenberg, a paru aux éditions Christian Bourgois le 20 août 2020.

Que sur toi se lamente le tigre, Emilienne Malfatto

Ma note :

Par où commencer ? Peut-être, pour retarder l’inéluctable, par vous parler de pourquoi j’ai acheté ce livre, et pourquoi je l’ai lu, d’une traite, jusqu’à en avoir les poils hérissés et les yeux humides. Si sa parution aux éditions Elyzad, une maison d’édition tunisienne d’expression francophone, était totalement passée inaperçue dans la rentrée littéraire, ce très court roman de 79 pages bénéficie ces dernières semaines d’une très belle mise en avant sur les réseaux sociaux. Ne me demandez pas pourquoi, mais à force de le voir dans tout un tas de publications toutes aussi positives les unes que les autres, je me suis penché sur ce petit bouquin dont la photo de couverture est réalisée par l’autrice elle-même, Emilienne Malfatto étant photo-journaliste et particulièrement intéressée par les conflits armés et la vie sociale en Iraq.

Ce très court récit, j’ai fait le choix de l’engloutir comme pour faire passer la pilule plus vite, comme pour oublier la douleur en me disant « voilà, c’est fait, c’est derrière moi ». Car il y en a, de la douleur, à la lecture de ce récit, ce roman qu’on jurerait tiré d’une histoire en particulier. Une jeune iraquienne raconte sans larmoiements et avec une résignation bouleversante la mort qui l’attend de la main de son frère aîné. Son crime ? Être tombée enceinte de l’homme avec qui elle devait se fiancer et qui, à l’aube de partir au combat, n’a pas pu attendre avant d’éprouver sa virilité sur celle qui lui était destiné.

De ce rapport sans effusion, sans plaisir, et presque sans désir, découlera un drame inéluctable lorsque le soldat sera tué et que la jeune femme verra son ventre s’arrondir. Un enfant hors mariage, c’est l’honneur d’une famille et de toute une société qui est en jeu, et l’honneur a plus de valeur que la vie d’une femme et de son bébé à naître. Aussi, malgré la douleur de sa sœur, de ses autres frères qui aimeraient pouvoir s’opposer à cette barbarie d’un autre âge, personne ne fera rien, et elle subira le sort qui attend toutes les femmes qui ne respectent pas les règles.

Ce qui est incroyable, c’est qu’un roman aussi court puisse être aussi fort, aussi touchant et aussi dur. On n’y aborde pas seulement le poids des traditions, l’ubuesque supériorité d’un honneur intangible face à la valeur d’une vie humaine, car c’est également la vie des femmes dont il est question dans ce récit, leur liberté, leur vie, leur destinée. Ces femmes devenues objets qui étouffent leurs désirs et leurs aspirations pour s’enfermer dans ce que les hommes attendent d’elles. Un roman terriblement dur qui ne devrait pas vous laisser insensible.

Que sur toi se lamente le tigre, d’Emilienne Malfatto, a paru le 3 septembre 2020 aux éditions Elyzad.

Radical, Tom Connan

Ma note :

Vous vous souvenez quand je me plaignais d’enchaîner les bonnes lectures dans ma chronique du roman Le Dit du Mistral, et que je réclamais des lectures qu’on abandonne sur sa table de chevet ? Et bien voilà, j’ai été servi ! J’avais pourtant bien vu des avis très clivés sur Radical, mais je ne sais pas, j’étais optimiste, comme poussé par une certaine forme de curiosité à la lecture de la quatrième de couverture. Il m’a pourtant fallu faire preuve d’abnégation littéraire pour parvenir à terminer ce roman qui, de bout en bout m’a déplu. Il aurait fallu m’entendre, tous les deux chapitres, à dire des mais bon sang c’est pas vrai ! dans mon salon.

Nous suivons donc Nicolas, étudiant à Sciences Po se réclamant plutôt de gauche, issu d’un milieu modeste le poussant à faire du soutien scolaire pour financer en partie ses études. Nicolas se déclare plutôt bisexuel mais chasse uniquement sur des applications de rencontres homosexuelles. Après avoir échangé trois messages avec Harry, un jeune minet, il tombe éperdument amoureux et n’arrive plus à se passer de leurs discussions. Harry, dix-huit ans, est un jeune exalté du Nord qui est lui aussi bisexuel et adore avant toute chose la radicalité, qu’importe l’étiquette.

Il sera tout à la fois nationaliste, militant politique au Rassemblement National et fer de lance dans le mouvement des gilets jaunes alors en plein développement. Avec tous les miséreux de la France, ils se retrouvent autour d’un ennemi commun : l’immigré, l’étranger, l’arabe, l’africain, tout ce qui peut avoir une culture, une langue, une couleur de peau différente de celle d’Harry. Alors jusque là vous pourriez penser tiens c’est étonnant que ces deux là s’entendent, mais c’était sans compter sur les personnalités atypiques de ces deux jeunes un peu paumés.

En bonne coquille vide, Nicolas n’est pas toujours d’accord avec les emballements racistes de Harry, parfois même il se dira qu’il faut le quitter, mais une petite pipe suffira à lui faire oublier qu’il avait commencé à réfléchir. Et c’est comme ça jusqu’à la fin, dans leur pseudo-spirale les entraînant tous les deux dans une relation toxique et improbable : il y a les prémices d’un éveil intellectuel, d’un sens critique, et puis une bonne bite dans le cul avec quelques lignes graveleuses en plus et tout est pardonné.

Alors entre les personnages ridicules et incohérents, la neurasthénie de Nicolas, l’envie de choquer le lecteur toutes les cinq pages en décrivant du sexe de manière crue, les revirements incessants à base d’un je-t’aime-moi-non-plus qui clashe un chapitre et se réconcilie le suivant jusqu’à en devenir loufoques et les derniers chapitres qui concluent le roman à la va-vite… non vraiment, je ne peux pas dire que j’ai apprécié ma lecture, alors que c’est dommage parce qu’idée était là et qu’il y aurait eu matière à faire un roman intelligent. Pour lire un très bon roman sur les colères sociales, je vous invite plutôt à vous plonger dans le sublime Un jour viendra couleur d’orange de Grégoire Delacourt.

Radical, de Tom Connan, a paru chez Albin-Michel le 19 août 2020.

Le Dit du Mistral, Olivier Mak-Bouchard

Ma note :

Quel fléau cette rentrée littéraire ! L’épidémie de coronavirus ne suffisait pas, il fallait qu’en plus on subisse une épidémie de bons livres, c’est vraiment affligeant. Je suis pour le retour des livres médiocres, des lectures ennuyeuses, des romans qu’on abandonne sur le coin de la table de chevet et qu’on regarde en se disant hum ce soir je vais plutôt me faire une série. Parce que là, avec ces histoires de nous sortir des bons bouquins, ils nous rendent complètement accros ces éditeurs : on y perd nos soirées, on néglige nos heures de sommeil, un dimanche à 14h on relève la tête de sa lecture en se demandant si c’est vraiment nécessaire de déjeuner, etc. Rien ne va plus, cette rentrée m’a totalement déréglé.

Alors oui c’est vrai, vous allez me dire mais quand même il est joli ce bouquin, la couverture elle est sympa (doit-on remercier Phileas Dog ?), peut-être même tenterez-vous de vous justifier en disant mais tout le monde dit qu’il est génial, j’allais pas le rater !, vous blâmerez la belle-mère, vous accuserez votre libraire, vous ferez croire qu’on vous l’a prêté, que vous n’y êtes pour rien dans cette histoire, j’en vois même essayer de me dire que tout ça c’est parce qu’il a reçu le Prix Première Plume 2020 : fadeza*

D’abord, personne n’aime les belles histoires. Le Lubéron, la Provence, le sud, les cigales à n’en plus finir, ce mistral qui souffle à vous clouer au sol, les incendies qui ravagent les coteaux et les flancs de la montagne l’été, les vestiges de la conquête romaine et les légendes gauloises avec ses divinités espiègles, on n’a plus lu ça depuis des décennies. Et c’est bien les hommes qu’on pourra blâmer d’avoir déterré ces vieilleries, ces deux voisins qui n’ont jamais beaucoup échangé et qui se retrouvent soudainement à jouer les archéologues clandestins pour mettre à nu une improbable source ferrugineuse qui les entraînera dans des aventures rocambolesques.

Bien sûr, c’est bien écrit, c’est un roman magique qu’on peine à lâcher, qui nous entraîne pendant des heures dans cette région où le soleil cogne plus fort qu’ailleurs, où les légendes et les rêves se mélangent subtilement pour tenter de nous perdre, mais ne parviennent qu’à nous évader savoureusement de nos dimanches pluvieux. Évidemment, qu’on va le recommander partout, le prêter aux copains, dire à notre libraire dis-donc le premier roman de Mak-Bouchard là, c’est quelque chose hein, quel voyage ! Mais bon sang, laissez-nous nous ennuyer un peu à la fin. On en a marre, d’adorer vos histoires !

*fadaises

Le Dit du Mistral, d’Olivier Mak-Bouchard, a paru le 20 août 2020 aux éditions Le Tripode.

Bénie soit Sixtine, Maylis Adhémar

Ma note :

Cela fait un moment que j’ai envie de me plonger dans ce roman dont la thématique m’est particulièrement chère, et j’ai adoré me laisser embrigader dans cette histoire : un premier roman réussi, et de loin, pour Maylis Adhémar, journaliste indépendante en Haute-Garonne. Il faut dire que, si je suis un pédé de gauche, infirmier se rêvant libraire, j’ai grandi dans une famille aux valeurs traditionnelles, reçu une éducation catholique et passé quelques années à proximité de ce milieu catho-intégriste vers lequel mes copains scouts se dirigeaient par déterminisme social.

C’est ce qui attend Sixtine Duchamp, jeune fille de bonne famille, bien sous tout rapport, lorsqu’elle épousera Pierre-Louis Sue de la Garde après une cour des plus prudes, à peine agrémentée d’un baiser. Elle basculera alors dans le cercle de l’intégrisme religieux, Pierre-Louis faisant partie des Frères de la Croix, pseudo-confrérie et vraie secte fondée par un prêtre qui renie le Saint-Siège depuis l’ouverture au monde prônée par Vatican II. Pour son jeune mari entrepreneur et ses camarades, la France est à reconquérir face à tous les dégénérés qui tentent de la détruire : immigration, homosexualité, apostasie, artistes, gauchisme, il y a de la haine à revendre dans ces mouvements, la haine de tout ce qui ne porte pas de particule ni de chaussures bateau.

Sixtine se retrouve rapidement enfermée dans le rôle de la femme potiche, utérus dévot destiné à accueillir sans plainte ni plaisir les assauts hebdomadaires de son jeune mari afin de repeupler la France de ces petits soldats d’extrême-droite. Finies les études, les loisirs, la vie sociale : sa vie entière doit être consacrée à la tenue de la maison, à son époux, à l’enfantement et à la prière. Sa belle-famille, sa mère et la secte des Frères de la Croix l’enferment alors dans une emprise terrible, la laissant comme exsangue même lorsqu’elle devra faire face aux drames. Une seule solution, la fuite, au risque de découvrir que la vie est belle avec plus de liberté.

Voilà une excellente lecture, certes difficile et que l’on pourrait parfois penser exagérée, mais il est nécessaire de rappeler que l’extrémisme religieux et l’extrême droite sont un fléau comme les autres qui, même s’il est constitué de fins de race, existe encore et fait des ravages dans la société et la vie de beaucoup de personnes fragiles. Un livre incroyablement documenté, au point qu’on se demande si l’autrice n’a pas elle aussi côtoyé ce milieu des MST (mocassins serre-tête) à un moment de sa vie. C’est étouffant comme on si on y était, intelligent dans son analyse, très juste dans le ton et porteur d’un beau message d’espoir : laissons les gens penser par eux-mêmes et faire le choix des valeurs qui leur conviennent.

Bénie soit Sixtine, de Maylis Adhémar, a paru le 20 août 2020 aux éditions Julliard.

La Petite Dernière, Fatima Daas

Ma note :

Difficile dans la rentrée littéraire d’être passé à côté de ce premier roman, d’avoir échappé à une chronique dans les médias, à un de ces nombreux encensement. Difficile donc, ensuite, de ne pas être tenté, de ne pas le chercher dans sa librairie alors qu’il est posé là, dés l’entrée, bien en évidence, et qu’après tout pourquoi résister, si tout le monde en dit du bien, si c’est le roman chouchou des médias, si c’est le personnage un peu moins lisse que les autres qu’on a choisi de mettre en avant cette année, il faut parfois se laisser entraîner par la meute, hurler avec les loups, et voilà comment un après-midi de repos j’ai commencé ce petit roman de presque 200 pages alors que je m’étais tenu à l’écart jusque là, presque comme réflexe, pour le goût de ne pas toujours faire comme les autres.

On le termine vite, ce récit, et c’est une lecture agréable il ne faut pas dire le contraire. C’est, dans les grandes lignes, le roman de la transition. Celui d’une adolescente renégate et douée qui traversera sa crisse pour devenir une jeune adulte un peu vive, un peu cinglante, qui a besoin de s’imposer, de mordre la première. Celui aussi d’une jeune musulmane partagée entre sa famille, sa religion et son identité sexuelle : comment concilier ces antagonismes, être la fille de ses parents et risquer de les décevoir, être une musulmane pratiquante mais transgresser les interdits religieux, éprouver le bonheur avec une femme quand on se retient, qu’on s’empêche, murée par la crainte de s’assumer, par la peur d’être soi-même.

J’ai beaucoup aimé la plume, c’est vrai que, comme le disent la plupart des critiques, ça claque, c’est cinglant, il n’y a pas beaucoup de rondeurs ni de bons sentiments dans la bouche de Fatima Daas, juste beaucoup de questions et peu de réponses. Ce journal intime d’une jeune lesbienne musulmane de la génération Z qui me laisse avec une interrogation : et maintenant, que va-t-elle écrire ?

La Petite Dernière, de Fatima Daas, est publié dans la collection Notabilia des éditions Noir sur Blanc le 20 août 2020.

Dérive des âmes et des continents, Shubhangi Swarup

Ma note :

Ah, cette couverture ! Elle m’a littéralement tapé dans l’œil, bravo aux éditions Métailié pour cette très belle composition qui a donc l’effet escompté, attirer l’attention du lecteur-chasseur entrain de choisir sa proie sur les étals de sa librairie afin qu’il lise la quatrième de couverture et ne jette son dévolu sur ce roman. « Voici peut-être le premier roman où la nature s’exprime directement et où les histoires semblent surgir organiquement le long d’une ligne de faille qui fait trembler la terre et tout ce qu’elle contient de l’océan Indien à l’Himalaya » , voilà qui m’a suffit pour avoir envie de voyager dans le premier roman de la journaliste indienne Shubhangi Swarup.

La suite sera plus difficile pour moi car je vais avoir toutes les peines du monde à vous résumer ce livre qui m’a littéralement perdu en chemin. Sur la première partie, j’étais avec un jeune couple venant de s’installer dans une ancienne demeure coloniale des îles Andaman sur ce qui semble être une faille sismique. Lui était un scientifique passionné par différents phénomènes, et elle était un peu sorcière et parlait avec les fantômes qui avaient choisis de rester ou de revenir sur l’île après leur mort. Ensemble ils auront un enfant, et puis ensuite à leur tour ils disparaîtront du récit.

Jusqu’à leur mort, j’étais parfois un peu surpris par la tournure mi-ésotérique mi-poétique du roman mais j’appréciais plutôt et j’arrivais encore à raccrocher les wagons entre eux. À partir de leur mort, je suis incapable de vous parler de ma lecture, alors que j’ai pourtant terminé le récit ! J’ai été totalement perdu par la suite, je n’accrochais que sur de courts paragraphes avant de laisser à nouveau mes yeux lire mécaniquement les pages les unes après les autres sans que mon cerveau n’imprime. J’ai songé à arrêté, et puis j’étais près de la fin, alors je l’ai terminé dans un certain soulagement.

Une déception, pas parce que ça n’est pas un bon roman, mais une déception parce que j’avais tant envie d’évasion extraordinaire avec ce livre et que finalement je n’ai pas trouvé ce que je venais y chercher, ça n’a pas pris. J’espère que le charme opèrera avec vous si vous vous lancez dans cette lecture !

Dérive des âmes et des continents, de Shubhangi Swarup est publié en Inde en juillet 2018 chez Harper Collins sous le titre « Latitudes of Longing » . Il paraît en France le 12 mars 2020 aux éditions Métailié dans une traduction de Céline Schwaller.

Africville, Jeffrey Colvin

Ma note :

Voilà déjà deux semaines que j’ai terminé ma lecture d’Africville de Jeffrey Colvin, et déjà sept romans se sont succédé depuis. Pourtant, c’est sûrement un signe, je traîne pour écrire ma chronique. Je me connais, je traîne parce que je ne suis pas inspiré, parce que je suis mitigé, et que je n’ai pas cet incendie ravageur qui couve après une lecture bouleversante, celle qui pousse à écrire, à dire comme c’était fou, comme c’était mauvais, comme ça m’a réveillé des émotions au fil des pages. Africville, c’était sympa, mais ça n’a pas allumé le feu sacré, ce fut une lecture intéressante, sans passion, qui m’a laissé comme anesthésié.

C’est donc en Nouvelle-Écosse (province canadienne située totalement à l’Est dans les territoire maritimes) que l’histoire débute, en 1930, et plus précisément dans les environs d’Halifax, dans un quartier pauvre peuplé des descendants d’esclaves et de jamaïquains. Les habitants n’auront pas accès aux installations modernes ou aux services publics mais le quartier servira néanmoins de lieu d’installation pour toutes les industries que la capitale provinciale ne souhaite pas héberger. Cette communauté noire décidera de se donner un nom, une existence propre, et c’est Africville qui sera retenu, passant doucement dans l’usage quotidien.

Dans cette communauté, une jeune femme rêve d’échapper au déterminisme social auquel son quartier d’origine la condamne, et décide de suivre des études universitaires pour devenir enseignante. Kath Ella y parviendra, et se retrouvera rapidement enceinte d’un homme qui viendra à décéder dans un accident avoir la naissance d’Omar. Elle élèvera donc seule son fils, clair de peau, jusqu’à ce qu’elle rencontre un canadien blanc qui l’épousera et adoptera son fils, qu’ils rebaptiseront Étienne. La suite du roman se passera aux côtés d’Étienne, parti vivre en Alabama où il pourra oublier ses origines africaines et vivre une nouvelle vie. Jusqu’à ce que son fils Warner, dans les années 80, ne s’intéresse à l’origine de sa famille et ne se rende au Canada dans les restes d’une ville que la municipalité d’Halifax tente de faire disparaître.

C’est un roman intéressant sur l’identité, notamment l’identité raciale, la filiation, l’héritage et le renoncement. La lecture est agréable dans l’ensemble, très bien documentée, et le pitch marketing d’un auteur ayant passé 20 ans à préparer son premier roman est bien encré dans la mémoire des lecteurs. Pourtant, c’est un roman assez inégal, qui souffre de longueurs et de lourdeurs, peut-être parce qu’il est étouffé par une trop grande documentation. Difficile pour moi de ne pas le comparer à L’autre moitié de soi, l’extraordinaire roman de Brit Bennett que j’ai lu quelques semaines avant et qui abordait avec talent la même thématique du passing, attitude visant à chercher à renier ses origines africaines pour se faire passer pour blanc.

Africville, de Jeffrey Colvin, est publié aux États-Unis aux éditions Harper Collins en décembre 2019 sous le titre « Africaville » . Il paraît en France chez le même éditeur le 26 août 2020 dans une traduction de Serge Chauvin.

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