À propos des livres

Catégorie : Gay Page 2 of 3

Les Frimas d’Oxford, Enzo Daumier

Ma note :

Enzo Daumier - Les Frimas d'OxfordSix mois après avoir dévoré Tendres baisers d’Oxford, le premier tome de cette trilogie, voilà que son auteur Enzo Daumier publie la suite tant attendue par celles et ceux qui, comme moi, avaient été conquis par les mésaventures amoureuses de Lucien, étudiant français exilé à Oxford pour terminer sa thèse. Dommage que HQN, l’éditeur numérique d’Harlequin qui avait fait connaître son premier roman, ne l’ai pas suivi… Si vous n’avez pas lu le premier tome (mais j’en serai surpris !), arrêtez-vous là, car le résumé de ce nouvel opus lève le voile sur les intrigues du premier bouquin.

Nous retrouvons donc Lucien, juste après que son petit ami Andrew, chanteur star du groupe pop du moment, a annoncé publiquement sur le plateau d’une émission qu’il n’y avait rien entre lui et Lucien… Désavoué et humilié, puis rapidement mis sur le devant de la scène médiatique et des réseaux sociaux, Lucien digère mal cette annonce télévisée, et se réfugie dans les bras de Matthew, son ex petit ami qui n’attendait plus que ça.

Mais rien n’est simple au pays des starlettes, et Lucien avait promis de passer Noël chez les Knight, la famille de son meilleur ami Nicholas, frère du chanteur lui ayant brisé le coeur. Abattu, il compte profiter de ses quelques jours d’exil pour faire le point sur les avances pressantes de Matthew et sur le silence d’Andrew. Tout allait plutôt pas mal, jusqu’à ce qu’Andrew rentre à l’improviste dans sa famille après qu’un de ses concerts privés a été annulé…

J’ai retrouvé dans ce court e-book le même plaisir que j’avais eu à la lecture du premier volet et je l’ai dévoré d’une traite. L’histoire est mignonne sans dégouliner de bons sentiments, agrémentée de quelques passages osés mais qui ne devraient choquer personne, et la fin du roman laisse la part belle au suspens : vivement la sortie du troisième et dernier tome !

Les Frimas d’Oxford, de Enzo Daumier, est auto-publié le 1er novembre 2016 au format e-book uniquement, et disponible sur Amazon.

Pas assez de toi, Valéry K. Baran

Ma note :

Valéry K. Baran - Pas assez de toiJ’ai douté, tout le temps qu’a durée ma lecture : est-ce que je n’aurais pas déjà lu ce bouquin. C’était impossible, puisqu’il venait d’être publié début juin, et pourtant… Une fois cette nouvelle terminée, j’ai quand même connecté quelques neurones : le début de l’histoire avait un vague air de déjà lu, la fin me semblait totalement inconnue. Mais quand même, le titre des chapitres qui n’était pas sans rappeler le film roumain 4 mois, 3 semaines, 2 jours, lauréat de la Palme d’Or du Festival de Cannes de 2007, me rappelait une nouvelle numérique achetée sur Amazon. C’est en recherchant sur mes listes SensCritique que j’ai trouvé, j’avais déjà lu cette nouvelle publiée aux éditions Laska, au moins dans une première version, il y a exactement un an.

L’histoire est celle de Yohan et Thomas, deux jeunes homos qui se tournent autour et dont l’attirance magnétique rend leur relation aussi chaotique qu’intense. Après plusieurs années à pratique la fuite en avant, Thomas se décide à rentrer à Paris après d’ultimes galères à l’étranger. Après des années d’errance à courir après une chimère, et à coucher avec le tout Paris dans des lieux toujours plus sordides, Yohan semble décidé à passer à autre chose. Aussi quand au hasard d’une backroom les deux amants se retrouvent, l’ambiance devient électrique.

Un départ précipité au Guatemala leur apprendra à se retrouver, et à construire un semblant de relation stable alors que leur situation sur place est absolument précaire. Alors qu’ils partent pour une dernière escapade à Livingston avant de songer à rentrer en France, ils font la rencontre fortuite d’une transsexuelle, reine de la nuit locale, et de son petit protégé Adrian, qui s’attire rapidement les regards convoiteux des deux amoureux. Leur récente stabilité après des années de tumulte résistera-t-elle au torse bronzé du jeune Apollon ?

Pas assez de toi est une nouvelle que j’ai lu d’une seule traite, sans m’ennuyer, même si j’en avais déjà lu une première édition. Je suis toujours étonné des romances homosexuelles « male to male » qui sont écrites par des femmes, surtout quand elles sont parsemées de scènes érotiques sans aucune ambiguïté. Si la première partie était à mon sens un peu exagérée, stéréotype de quelques rares homosexuels parisiens, j’ai apprécié la seconde partie plus introspective et romantique. Si vous êtes gay ou que vous aimez ce genre de romance, sans que l’érotisme gay ne vous empêche de dormir, vous pouvez foncer : à 1,99€ l’éditeur vous fait une fleur !

Pas assez de toi, de Valéry K. Baran est publié au format numérique le 3 juin 2016 aux éditions HQN.

Poussière d’homme, David Lelait

Ma note :

David Lelait - Poussière d'hommeDécouvert grâce à la chronique de Gérard Collard dans A livre ouvert (France Info), Poussière d’homme a longtemps attendu dans ma liste de « livres à acheter », jusqu’à ce qu’il atterrisse dans ma bibliothèque, et qu’enfin un soir je me décide à me plonger dans ce court récit autobiographique.

Dés les premières pages, j’ai eu la gorge nouée, les yeux humides. Et puis très vite, les envolées lyriques, les phrases affutées comme autant de couteaux ont découpé ma carapace de lecteur. La chair de poule, les larmes qui roulent sans s’arrêter. Des pauses, parfois, le temps de noter une phrase plus belle qu’une autre sur mon petit carnet à phrases magiques.

David raconte son arrivée en Bretagne, terre natale de celui qui partageait sa vie, désormais réduit en cendres dans une urne qu’il n’ose plus quitter. La rencontre de cette belle-famille dont il avait été maintenu à l’écart, les dernières larmes, la cérémonie d’adieux. Ce vide de l’autre, qui creuse le coeur de l’homme en deuil et vient s’y nicher. « L’absence est un compagnon fidèle » , confiera l’auteur.

Et puis l’on revient en arrière, la rencontre, ce début inattendu, ces rebondissements. Ce géant aux cheveux gris de treize ans son ainé, tellement calme, rassurant, confiant. Cet homme qu’il aimera sans jamais faillir, d’un amour pur et merveilleux, dont on se drape pendant la lecture, qu’on sent réconfortant. D’un amour comme on aimerait être aimé un jour.

Cette maladie, qui terrasse sans prévenir, qui affaibli le roc, qui plonge l’amour dans la houle, le rend plus fort, presque indestructible. Et la mort, cette déchirure, ces passages que je ne saurai mettre en mots, qui font redoubler les larmes, chavirer le coeur, rendent la lecture presque douloureuse.

Ce livre est une claque, la plus belle déclaration d’amour que j’ai pu lire, la plus belle ode à la vie. J’en suis encore terriblement ému.

Poussière d’homme, de David Lelait, est publié en avril 2006 aux éditions Anne Carrière. Disponible au format poche depuis juillet 2012 chez Pocket.

De chair et d’Ombre, Alex Lether

Ma note :

Alex Lether - De chair et d'ombreAdolescent, un peu perdu avec cette homosexualité difficile à assumer, j’étais friand d’histoires d’amour entre hommes, plus ou moins érotiques, mais qui me permettaient de rêver à une vie normale, une relation stable, une folle histoire d’amour, un schéma classique malgré les obstacles. Aux balbutiements d’internet, je dévorais des nouvelles sur Nifty (site anglophone) et Textesgais (devenu uniquement éditeur), des histoires d’amour avec des garçons de mon âge qui vivaient les mêmes choses que moi. Des petites nouvelles de quelques centaines de signes, des longues épopées, des récits personnels, des sagas : toutes ces lectures m’ont fait un bien fou, ont été un support formidable, une ouverture face à l’intériorité.

Aujourd’hui, je lis plus qu’avant, et mes lectures sont plus variées. L’habitude de la lecture m’a rendu plus exigeant vis à vis de la qualité de l’écriture, mais je garde pour ces récits amateurs une singulière affection, et j’apprécie encore assez régulièrement ce type de lecture, moins littéraire, plus midinette.

Avec De chair et d’Ombre, Alex Lether publie son premier roman aux éditions HQN, la filière numérique « coup de jeune » des éditions Harlequin. Un brin fantasy, le roman prend surtout des allures de conte pour adultes, avec son couple royal frappé d’une malédiction, son joli château au coeur du royaume imaginaire de Méragenne et Adamon, son séduisant chef de la garde. La tableau serait incomplet si je ne citais pas Méthias, fanfaron méprisé mais proche du roi le jour, cambrioleur insaisissable et cabotin la nuit, qui se joue des soldats et de leur chef, dont il est secrètement amoureux depuis toujours. Le royaume étant menacé par un complot impliquant la cour du roi et un monstre assoiffé de sang, le Dépeceur, Méthias et Adamon vont devoir se rapprocher pour travailler main dans la main…

J’ai dévoré ce livre numérique à l’écriture très simple, plein de bons sentiments mais à l’histoire originale et au romantisme latent dés les premières confrontations entre les deux personnages. Alex Lether prouve s’il en était encore besoin que les femmes savent écrire des histoires d’amours masculines avec sensibilité mais crédibilité, n’ayant pas peur de s’attaquer à quelques rares passages érotiques. Le roman idéal pour faire rêver du prince charmant les adolescents un peu perdus dans leur orientation sexuelle.

De chair et d’Ombre, d’Alex Lether, est publié au format numérique le 22 novembre 2013 aux éditions HQN.

Tendres baisers d’Oxford, Enzo Daumier

Ma note :

Enzo Daumier - Tendres baisers d'OxfordJ’ai comme la plupart des lecteurs une image un peu vieillotte des éditions Harlequin, celle des romans à l’eau de rose aux couvertures rebutantes, que je pouvais voir traîner chez ma grand-mère. Un peu du même genre que les romans photos de Nous Deux… Récemment, avec le prodigieux retour en grâce de la littérature érotico-romantique, dépoussiérée des années 60, les observateurs auront remarqué un positionnement rigoureusement moderniste des éditions Harlequin.

Aujourd’hui l’éditeur consacre une part belle à la littérature homosexuelle, avec la publication de quelques jolis titres sur les amours gays ou lesbiens, essentiellement au format numérique via les éditions HQN (et à tout petit prix).

Nous voici donc partis à Oxford, la fameuse cité universitaire britannique, aux côtés de Lucien, un jeune français expatrié pour ses études, qui pratique l’aviron dans un club assez ouvert avec son meilleur ami Nicholas. A son retour de France, où son coming out à sa très aristocratique mère ne s’est pas vraiment bien passé, il se fait larguer par Matthew, son imposant petit ami, alors qu’ils étaient sur le point de s’installer ensemble… Une période difficile pour le jeune homme, qui est alors en pleine rédaction de sa thèse !

Il pourra heureusement compter sur le soutien indéfectible de ses meilleurs amis, dont Ruby-Lou, qui s’occupera de lui changer les idées en l’emmenant à ces soirées qu’il déteste tant. Il y rencontrera par hasard Andrew, le frère de Nicholas, célèbre chanteur d’un groupe de pop à la mode dont notre amateur de musique classique médiévale n’a que faire. Et pourtant, entre l’universitaire au coeur brisé et le chanteur pourtant très hétérosexuel, va naître une complicité inattendue.

Je ne vous révèlerai pas la fin de ce roman, tant elle m’a sidérée, voire peut-être même frustrée, mais sachez que vous n’êtes pas au bout de vos surprises, et que j’espère rapidement pouvoir m’attaquer à une suite ! Enzo Daumier réussit à nous faire vivre une histoire romantique sans niaiserie ni vulgarité, toute en pudeur et en beaux sentiments. Une très belle lecture que je ne peux que recommander.

Tendres baisers d’Oxford, d’Enzo Daumier, est publié au format numérique le 25 avril 2016 aux éditions HQN.

Le secret de Tristan Sadler, John Boyne

Ma note :

John Boyne - Le secret de Tristan SadlerLa première guerre mondiale à peine terminée, l’Angleterre peine à se remettre de ce traumatisme qui causa la mort de tant de jeunes hommes d’une même génération. C’est dans cette ambiance lourde du deuil collectif que Tristan Sadler, rentré du front vivant, retrouve dans un café Marian Bancroft, la soeur de Will, un camarade de tranchée.

Le pays est encore comme tétanisé par cette guerre, les hommes trop jeunes pour être allé se battre rêvent de prendre les armes et se nourrissent des récits de ceux qui en sont revenus ; les réformés sont regardés de travers après avoir profité des jeunes femmes célibataires, bien à l’abri des combats, tandis que les soldats rentrés du front soignent les blessures qui peuvent encore l’être.

Sadler voulait voir Marian pour lui remettre les lettres que son ami Will échangeait avec elle, et qu’il a en sa possession. Leur rencontre est tour à tour polie, entre l’évocation de celui qui n’est pas revenu du front, pour parfois être tendue comme un arc, quand on devine que d’autres enjeux créent une rivalité inavouable.

Car si Will est bien mort pendant cette guerre, ce n’est pas d’avoir combattu, mais après avoir été fusillé sommairement pour s’être rebellé face à l’autorité, après avoir été témoin d’actes qu’il estimait ne pas être dignes de la guerre.

Ce roman est aussi, au delà de cette plongée oppressante dans les tranchées boueuses de cette drôle de guerre et des choix moraux qui s’imposent à ces jeunes adultes dans un monde à feu et à sang, une magnifique mais cruelle histoire d’amour entre deux garçons, dont l’amitié particulière prend lentement forme pour devenir ce que l’on pressent dés la première rencontre : une histoire impossible, incandescente et explosive. Un très beau roman.

Le secret de Tristan Sadler, de John Boyne, est publié en mai 2011 au Royaume-Uni sous le titre « The Absolutist ». Il est publié en France aux éditions de l’Archipel en avril 2015 dans une traduction de Cathie Fidler.

Rainbow Warriors, Ayerdhal

Ma note :

Ayerdhal - Rainbow WarriorsAlors ça, il fallait y penser ! Je ne sais plus bien comment ni où j’ai mis la main sur ce livre, mais le résumé de l’éditeur figurant sur la quatrième de couverture m’a tout de suite plu, par son improbable singularité. Imaginez : une armée de pédés, de gouines et travelos bien décidés à renverser un dictateur africain, on ne croise pas ça tous les jours chez son librairie.

Et pourtant, c’est l’histoire très sérieuse de ces Rainbow Warriors, une armée privée de mercenaires, recrutés dans le plus grand secret par un ancien général américain fraîchement retraité et un peu frileux à l’idée de diriger cette clique de soldats si différents. Financée par de très généreuses donations de célébrités, l’organisation est dirigée par l’ex-secrétaire général des Nations Unies, très au fait du manque de liberté de ce petit pays fictif de l’Afrique dictatoriale et de l’homophobie qui y règne.

Le récit suit donc le recrutement de quelques soldats remarquables, dont certains seront amenés à prendre le commandement d’unités lors du coup d’état qui se profile. L’entraînement de ces personnalités si différentes et pourtant toujours drôles et touchantes ne manque pas de passages hilarants, et tous apporteront leur pierre à l’édifice dans cette grande armée bigarrée.

Mais Ayerdhal ne se contente pas d’une fresque originale et humoristique sur cette improbable armée LGBT, il parvient à interroger sérieusement le lecteur sur l’exercice du pouvoir et ses dérives, que nous rencontrons une fois le coup d’état réussi et le nouveau gouvernement mis en place, car même la bonne volonté démocratique d’homosexuels trop longtemps ségrégationnés ne suffit pas toujours à réussir en politique. Un roman sérieusement marrant à dévorer !

Rainbow Warriors, d’Ayerdhal est publié en mars 2013 aux éditions Au Diable Vauvert. Disponible en format poche depuis février 2015 au Livre de poche.

Salamandre, Gilles Sebhan

Ma note :

Gilles Sebhan - SalamandreLe milieu interlope des sex-shops parisiens vit comme au ralenti depuis qu’un drame s’est produit dans la moite obscurité de ses cabines en sous-sols : un client aussi fidèle qu’énigmatique, uniquement connu sous le pseudonyme de « Salamandre » dont très peu sauraient expliquer l’origine, est retrouvé poignardé. La police a pourtant bien interrogé les clients du jour, les employés et les jeunes immigrés de l’est venus vendre quelques centimètres de chair aux parisiens les plus concupiscents, rien n’y fait, le mystère plane autour de ce meurtre.

Peut-être faudrait-il mieux connaître le passé tumultueux du défunt pour étendre les investigations à d’autres suspects…

Dans ses jeunes années, Salamandre fut professeur de français au Maroc, dans la très occidentale ville de Casablanca, et essayait d’inculquer son amour de la poésie à de jeunes lycéens, futurs officiers de l’armée marocaine. Subversif et ostentatoire, il aimait à choquer en bravant les non-dits, flirtant de trop nombreuses fois avec les interdits. Dans un pantalon qui laissait tout entrevoir de ses atouts masculins, il s’exhibait ainsi au bras d’Hélène, une femme mariée avec un industriel français et lasse d’ennui, qui avait publié sa poésie dans sa revue.

Sous la douce chaleur du Maghreb, il s’attachera les faveurs de Mouloud, son très jeune et miséreux amant à la peau mate à qui il donnera ses leçons particulières, mais deviendra également la victime consentante du tout aussi jeune Didier, à qui il enseigne à domicile, qui abusera de sa faiblesse et du secret très relatif de sa sexualité. A cause de ce dernier, il sera entraîné dans une affaire criminelle, qui le conduira plusieurs années derrière les barreaux.

Une fois libre, c’est dans une pension miteuse de Paris que notre cadavre en devenir goûtera de nouveau aux joies des backrooms et de la prostitution masculine auprès de jeunes arabes, d’abord, puis suivant l’évolution des flux migratoires, de tout aussi jeunes roumains ensuite. L’arrivée imprévue de celui qu’il comprendra être le fils de Mouloud et d’Hélène, ses deux anciens amants du Maroc, viendra perturber l’équilibre  précaire que son quotidien licencieux avait fini par lui procurer, jusqu’au drame que l’on connaît déjà.

Gilles Sebhan reste fidèle à ses habitudes d’écrivain avec Salamandre, et traite une fois encore des thèmes qui lui sont chers comme l’homosexualité, la violence, le crime, ou la paternité. Dans ce court mais intéressant récit qui se tient sur deux époques, il dresse le sulfureux portrait d’un homme entraîné dans des bas fonds où s’entremêlent violence et sexualité. Une lecture surprenante qui nous entraîne dans un milieu inconnu, qu’on finit par être ravi de ne pas fréquenter.

Salamandre, de Gilles Sebhan, est publié en janvier 2014 aux éditions Le Dilettante.

Les passants de Lisbonne, Philippe Besson

Ma note :

Philippe Besson - Les Passants de LisbonneVous pourriez me trouver snob, mais je n’aime pas Noël. Les cadeaux, les réunions de famille, les repas interminables, ce n’est pas mon truc, c’est comme ça. Ne parlons même pas des festivités du nouvel an… Pourtant chaque année, le mois de décembre voit naître en moi une certaine impatience que la petite rentrée littéraire, la rentrée d’hiver comme on l’appelle parfois, vient récompenser avec la sortie en librairie du désormais traditionnel « nouveau Besson ».

Cette année, l’auteur nous emmène dans la chaleur humide des rues lisboètes. Dans un hôtel qu’on imagine luxurieux et à la fois baigné d’un certain cachet historique, un homme aborde une femme. Il ne sait pas trop expliquer pourquoi, peut-être parce qu’ils sont tous deux français, mais la voir chaque jour dans le patio de cet établissement, seule, lui donne envie de l’aborder.

Très vite, ces deux là scelleront un pacte tacite, celui de se raconter, de mettre des mots sur la tristesse dans laquelle ils sont drapés, sans espoir de se revoir, d’aller au delà de cet échange. Elle raconte la douleur, la souffrance et le vide qui l’habitent depuis qu’elle a perdu son mari lors du grand tremblement de terre qui a ravagé San Francisco, où il était entrain de travailler.

Il raconte ce vide qu’il tente de remplir de garçons éphémères depuis que son compagnon l’a quitté, ces soirées qu’il termine aux bras d’amants d’un soir, glanés dans les lieux festifs qu’offre la ville. Ils partagent cette triste solitude des êtres abandonnés par ceux qu’ils aiment, et sans en avoir conscience, parviendront tous deux à s’aider, à se soigner de cette envie d’exil, de solitude.

Ce livre est, à l’instar de tous les romans de Philippe Besson, un livre magnifique, à l’écriture ciselée : c’est un formidable roman sur le deuil. L’auteur parvient à mettre en mots les sentiments les plus variés de nos expériences humaines, que ce soit l’amour, la tristesse, la souffrance, le doute, l’apathie ou encore l’abandon. Ce roman ne fait pas défaut aux livres précédents, et tient toutes les promesses que la sourde fébrilité de l’attente avaient créées, en offrant un plaisir de lecture inégalé, que seule la plume de Besson sait faire naître. Vivement l’an prochain…

Les passants de Lisbonne, de Philippe Besson, est publié le 7 janvier 2016 aux éditions Julliard.

Le bal des hommes, Gonzague Tosseri

Ma note :

Gonzague Tosseri - Le bal des hommesNous voilà dans le Paris des années 30, dans l’entre-deux-guerres. La France se remet encore avec douleur de la première guerre mondiale, les anciens combattants sont légions, et l’agent Blèche en fait parti. Cet ancien soldat affecté à « La Mondaine« , la brigade des moeurs de la Préfecture de Paris, passe la plupart de ses nuits à écumer les bas fonds parisiens.

Dans les pissotières, les ruelles sombres, les bordels et les hôtels sordides, entouré chaque nuit des relents d’opium et de foutre, il surveille les invertis, les pédérastes, les tantes. Doté d’une mémoire impressionnante, il enregistre toutes les informations que les pipelets et les différents indics lui fournissent contre sa clémence. Dans Paris, pas un secret sexuel sordide qui lui échappe, que cela concerne ces jeunes légionnaires qui arrondissent leur solde auprès de clients assoiffés de chair ferme, ou les ministres et diplomates qu’il surveille derrière des miroirs sans tain que les bordels ont installés pour la mondaine.

Avec son collègue, un vieil alcoolique, camarade de tranché, il sera chargé d’une enquête ne l’emballant guère : une panthère et un tigre ont été tués dans un zoo parisien en pleine nuit, et émasculés. Persuadés que les sexes des fauves seront utilisés à des fins aphrodisiaques par quelques homosexuels, ses chefs lui demandent de mener l’enquête.

Dans ce Paris peu reluisant, son enquête le mènera sur les traces d’un vieux camarade des tranchées qu’un de ses officiers d’alors avait choisi comme favori, mais également dans d’étranges camps qui semblent former une armée de combattants aux moeurs troubles…

Il faut reconnaître à ce premier roman de deux journalistes, Arnaud Gonzague et Olivier Tosseri, un sacré talent : celui de nous immerger dans une tranche historique de Paris, pas la plus agréable ni la plus connue. J’ai retrouvé, le temps de ce roman, l’ambiance de l’excellent Dans les archives secrètes de la police, de Bruno Fuligni. Le personnage principal, l’inspecteur Blèche, est un anti-héros, un taiseux qui devrait être un salaud mais auquel on s’attache. L’histoire est intéressante et originale, la plume maîtrisée et jamais ennuyeuse. A part la toute fin du roman, qui m’a un peu déçue, j’ai lu avec plaisir ce roman que j’espère être le premier d’une longue série.

Le bal des hommes, de Gonzague & Tosseri est publié en août 2014 aux éditions Robert Laffont.

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