À propos des livres

Catégorie : Gay Page 1 of 3

De retour dans le placard, Bill Konigsberg

Ma note :

Je voulais terminer ma folle année de lecture sur une touche de romantisme, avec un livre facile mais optimiste, et j’ai immédiatement pensé à cette romance gay éditée dans une collection jeunesse que j’avais depuis quelques semaines dans ma liseuse. Évidemment, j’étais naïf de penser qu’il s’agirait là de ma dernière lecture de l’année, et lorsque j’ai vu minuit passer tout en étant incapable de m’arrêter de lire, j’ai compris que ce roman allait être fini bien plus rapidement que prévu, et je l’ai effectivement englouti tel un boulimique de lecture en une petite journée.

L’histoire de Rafe et Ben est un peu celle de toutes les romances adolescentes entre garçons qui ont été publiée jusque là : une attirance indomptable entre un jeune homo et un bel hétéro qui va passer du statut de meilleur ami au coup de foudre. Là où c’est original, c’est que Rafe était un lycéen à l’aise avec sa sexualité lorsqu’il vivait avec ses parents très libéraux dans le Colorado, mais qu’il décide pour son arrivée à l’université en Nouvelle-Angleterre de vivre sans étiquette, sans parler de son homosexualité, pour vivre une vie ordinaire, jouer au foot avec les sportifs du pensionnat sans qu’on le regarde de travers dans les vestiaires, etc.

Pour une raison qui échappe à tout le monde, de ses parents à sa meilleure amie restée au Colorado, il s’enfoncera dans le mensonge d’une vie hétérosexuelle, alors même qu’il n’existe aucune hostilité sur son campus de garçons, et que son propre colocataire, bien que totalement barré, soit ouvertement gay. Au fil des semaines, Rafe se rapproche de Ben, sorte de bellâtre à la carrure d’une armoire à glace, garçon sympa et très ouvert qui n’est bien sûr pas du tout gay, et dont notre jeune narrateur tombera éperdument amoureux. Le rapprochement entre les deux garçons semble inexorable, mais jusqu’à quand tiendra le mensonge de Rafe ?

Objectif atteint pour cette lecture pleine de charme et de bons sentiments. J’ai certes été désarçonné par les choix successifs de Rafe de s’enfoncer dans le mensonge sur qui il était vraiment, mais ça n’a absolument rien enlevé à la mignonitude de l’histoire entre les deux garçons. Ce premier tome pose les bases de l’histoire entre Ben et Rafe, racontée par Rafe, et la fin donne très envie de se précipiter sur le deuxième tome qui vient tout juste de sortir chez le même éditeur et qui s’appelle Être honnête avec soi-même, pour connaître la suite. À lire si vous êtes amateur du genre.

De retour dans le placard, de Bill Konigsberg, est publié aux États-Unis en mai 2013 sous le titre « Openly Straight » . Il paraît en France aux éditions Bookmark le 14 septembre 2020 dans une traduction de Sophie Bussenius et Terry Millien.

After Elias, Eddy Boudel Tan

Ma note :

Je vous avais déjà expliqué ce qui me poussait à lire en anglais, par delà le snobisme et ma volonté farouche de conserver un semblant d’aptitude bilingue, j’y vois généralement l’occasion de lire des romans qui ne sont pas voire ne seront pas publiés en français, et c’est souvent le cas pour la littérature de genre LGBT+ qui ne dépasse généralement pas la porte de son éditeur originel. Ainsi donc avant l’été, alors que je furetais dans le catalogue nord-américain de NetGalley à la recherche des livres les plus attendus outre-Atlantique, j’ai été accroché par la très belle couverture d’After Elias, avant de découvrir en lisant le résumé que les personnages principaux étaient un couple d’hommes.

Coen et Elias sont en couple depuis huit ans, vivent ensemble à Vancouver au Canada anglophone et s’apprêtent à se passer la bague au doigt dans quelques jours, sur une île paradisiaque au large du Mexique, d’où est originaire Elias. Tandis que Coen est déjà à l’hôtel pour finaliser les derniers préparatifs du mariage avec l’organisatrice, Elias parcourt le monde dans l’avion dont il est co-pilote. Tout va basculer lorsque sur la télévision du bar de l’hôtel, il verra sur une chaîne d’informations qu’un avion reliant l’Europe à Vancouver s’est abîmé en mer.

J’ai été franchement désarçonné par la réaction initiale du personnage, finalement assez calme, qui ne s’effondre pas à grand renfort de hurlements, de vie terminée, de choses comme ça. Coen décide de rester sur l’île et de poursuivre les festivités avec les invités à venir, en transformant ce mariage non remboursable en une célébration de la vie d’Elias, tout juste disparu. Le staff de l’hôtel s’inquiète, ses amis, ses parents, tout le monde lui demande de rentrer, de tout annuler, l’imagine au fond du trou : mais non, Coen persiste dans son choix.

Un ultime enregistrement de quelques secondes est diffusé par la tour de contrôle de Reykjavík en Islande dans lequel on entend Elias dire un « pronto dios », ce que tout le monde comprend comme le message d’adieu d’un candidat au suicide, qui se serait tué avec des centaines de passagers, comme ce fût le cas avec cet avion de GermanWings en 2015, et dont l’histoire a inspiré l’auteur. Personne n’a de certitudes, et pourtant ce doute est un ennemi redoutable qui viendra jeter un voile sombre sur cette étrange célébration qui s’annonce.

Je ne peux pas révéler la fin, seulement vous dire que c’est vraiment excellent et que je ne m’attendais pas à ces derniers chapitres. Coen vit son deuil à sa manière, épaulé par sa famille et ses meilleurs amis. L’auteur, dont il s’agit du premier roman, alterne intelligemment entre des flashbacks permettant de comprendre l’histoire et la personnalité de chacun d’eux, et les jours qui suivent la disparition d’Elias. Un très beau roman sur l’amour, la culpabilité, le deuil. Vous pouvez bien sûr l’acheter en anglais au format papier ou en livre numérique, mais j’espère surtout que ce livre saura un jour attirer l’œil d’un éditeur francophone ! Fingers crossed, comme on dit là-bas.

After Elias, de Eddy Boudel Tan, a paru en septembre 2020 chez Dundurn Press.

Les Graciées, Kiran Millwood Hargrave

Ma note :

Les romans historiques se font rares dans ma rentrée littéraire, aussi j’étais très enthousiaste en débutant Les Graciées de la jeune autrice britannique Kiran Millwood Hargrave, qui nous embarque sur une petite île de Norvège à la limite du cercle polaire, en 1617. Plus exactement à Vardø dans le comté du Finnmark, où une tempête inattendue vient de tuer tous les hommes d’un village, ces pêcheurs partis dans le sillage d’une immense baleine pour lui disputer des bancs de poissons. Pour les femmes, c’est une déchirure, et si la mer met plusieurs jours à leur rendre les corps de ces pères, de ces maris, de ces fils, la dure réalité du quotidien les pousse plus vite encore à la survie. Sous le regard pas très encourageant du nouveau pasteur, certaines femmes partent même à la pêche, cette pratique d’hommes, car il faut bien manger pour vivre.

Le royaume de Norvège est en pleine conquête religieuse dans ces années là, et le nouveau roi cherche à asseoir son autorité en mettant fin de manière souvent expéditive à tous les rituels ou pratiques non chrétiennes. Quelques années plus tard, un nouveau seigneur est nommé à Vardø et pour le précéder, un délégué est envoyé s’installer dans ce village de femmes dont on dit qu’il abrite quelques samis, des lapons aux pratiques chamaniques. Ce délégué, Absalom Cornet a été choisi pour sa sordide contribution à l’exécution d’une sorcière en Écosse, et se trouvera pendant sa route vers l’île une jeune épouse norvégienne, Ursula, que sa famille appelle Ursa.

Ces deux là vont déchanter en arrivant sur l’île, où ils seront logés dans une ancienne remise sommairement aménagée. Très pieux, Absalom consacrera la plupart de son temps à l’église et à ses activités de délégué, laissant sa jeune épouse Ursa se débrouiller comme elle peut pour tenir la maison. Elle pourra compter sur l’aide de Maren Magnusdatter, une jeune femme dont le père, le frère et le prétendant ont été emportés par la tempête. Entre ces deux femmes au tempérament discret va se nouer une tendre et indicible histoire d’amour, à une époque où les amours lesbiens n’étaient pas encore nommés, et alors que tout le village se livre à une effroyable chasse aux sorcières dont personne ne sortira indemne.

Si j’ai lu ce roman sans passion et trouvé qu’il était parfois même un peu long, où tout du moins un peu lent, j’ai vraiment été emballé par l’histoire en général, celle de ces femmes obligées de survivre, et j’ai été très touché par la brutalité des dénonciations, des tortures et des assassinats dans le cadre de ces purges religieuses. Un roman difficile dont la seconde partie m’a beaucoup plu, les sentiments entre Ursa et Maren commençant à prendre forme en parallèle des révélations sur les pratiques barbares de son mari, comme si dans ce grand nord où les cycles s’étirent et s’opposent pendant six mois, la lumière essayait d’éclairer l’obscurantisme.

Les Graciées, de Kiran Millwood Hargrave, a paru au Royaume-Uni en février 2020 chez Picador sous le titre « The Mercies » . Il est publié en France chez Robert Laffont le 20 août 2020 dans une traduction de Sarah Tardy.

Louis veut partir, David Fortems

Ma note :

C’est étonnant comme parfois, une couverture réussit à parler d’un livre sans en dire beaucoup. La première fois que mon regard s’est posé sur celle de Louis veut partir, que j’ai scruté l’image de ce jeune homme se laissant porter par l’eau de ce que j’imaginais être un lac en forêt, et que j’ai relu le titre, je me suis dit « ça doit parler du suicide d’un jeune homo » . C’est en lisant la quatrième de couverture que je me suis dit que j’avais vu juste, et qu’il fallait que je sollicite ce titre à l’éditeur parmi ma sélection de la rentrée littéraire.

On apprend dans les premières pages (mais c’est aussi écrit dans le résumé de l’éditeur, ne me jetez pas la pierre) que Louis s’est suicidé. Ce gamin d’à peine dix-huit ans a été retrouvé flottant dans un cours d’eau, la main crispée sur une boîte de médicaments, et lorsque son père arrive sur les lieux après un appel de la gendarmerie, la douleur laisse place à l’incompréhension. C’est qu’il a fait ce qu’il a pu, Pascal, pour élever son gamin tout seul. Avec sa vie d’ouvrier dans un village des Ardennes, il a fallu faire avec l’absence de la mère, et trouver un équilibre avec son fils.

Louis, c’était un taiseux, un mystère qui passait sa vie à dévorer des livres, semblait toujours heureux d’un rien, ne demandait pas grand chose et évitait de se plaindre. Entre eux, une douce harmonie dans une vie sans fioritures, jusqu’au drame, qui laisse plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Alors Pascal va chercher à comprendre, et quand après les obsèques il consultera le téléphone portable de son fils qui émet tout un tas de bruits, il commencera à détricoter la vie de celui qu’il ne connaissait en réalité absolument pas.

J’ai beaucoup aimé cette lecture, bien qu’elle soit relativement courte, parce que je trouvais ça original d’avoir le point de vue du père, celui qui reste, et pas simplement le récit misérabiliste du gosse qui se serait morfondu sur sa triste vie et ses espoirs fragiles d’un avenir meilleur. À plusieurs moments, j’ai même pensé, « qu’est-ce que mon père découvrirait de moi s’il venait à devoir nettoyer les dernières traces de ma vie ? » . Pourtant, si le récit est très bien écrit, sans forcer le trait, sans pathos, j’ai à certains moments trouvé que c’était un peu trop gros. Alors oui on peut certainement vivre avec un gamin discret qui ne dit rien de sa vie, mais là chapitre après chapitre, on en découvrait des vertes et des pas mures, et je me suis demandé ce qu’il pourrait nous trouver de plus gros encore au chapitre suivant. Un premier roman prometteur que je vous conseille de lire, et un auteur que j’espère retrouver prochainement en librairie.

Louis veut partir, de David Fortems, a paru le 20 août 2020 aux éditions Robert Laffont.

Un Secret Birman, Enzo Daumier

Ma note :

C’est une addiction terrible que d’acheter plus de livres que je ne suis capable d’en lire : j’ai à peine lu la moitié de ma bibliothèque et je découvre parfois, caché dans un recoin, un titre s’étant fait si discret depuis des années alors que je l’avais pourtant acheté avec le désir de l’aventure littéraire immédiate, que je me demande si je ne devrais pas me faire interdire l’entrée dans les librairies ! Alors quand il s’agit de fouiller dans ma liseuse, remplie de services de presse, de promos américaines et de romans gays la plupart du temps auto-édité, le vertige me prends. Voilà comment, au détour d’une conversation avec son auteur Enzo Daumier, il s’est avéré que j’avais acheté en 2017 le troisième et dernier tome de cette saga dont les deux premiers titres, Tendres baisers d’Oxford et Les Frimas d’Oxford, m’avaient laissé un souvenir très agréable.

Quasiment quatre ans après, je viens donc de dévorer Un Secret Birman, qui reprend l’histoire où elle s’était arrêtée, c’est à dire avec un Lucien au cœur brisé par les deux déceptions sentimentales de sa vie, à savoir son ex-boyfriend Matthew et la star de la pop anglaise Andrew qui l’a publiquement renié pour protéger son identité sexuelle dans les médias. Il a fallu reconnecter pas mal de neurones pour me souvenir des deux précédents tomes, mais l’auteur glisse ça et là quelques rappels salutaires pour la compréhension de l’histoire.

Dans Un Secret Birman, Lucien emménage avec son chat dans une petite maison d’Oxford où il va tenter de se reposer et de finir sa thèse loin des tumultes passés. Évidemment, rien ne se passera comme prévu, et Andrew comme Matthew ne sont jamais bien loin. Nous serions bien naïfs de penser que ce voyage en Birmanie qu’il a prévu avec sa meilleure amie Ruby-Lou et son petit ami Nicholas se déroulera sans surprises !

Fidèle à l’esprit des deux premiers tomes, ce dernier opus fut une lecture très agréable dans laquelle j’ai pris plaisir à retrouver Lucien et ses turpitudes sentimentales. Je ne ferais aucune révélation, mais sachez quand même qu’à la fin du roman il est heureux, en bonne santé et très amoureux. Si vous ne l’avez pas encore lu, c’est le moment d’acheter les trois titres de la saga ; et si c’est déjà fait, vous serez ravi d’apprendre que sortira cette semaine Le Youtubeur, le nouveau roman d’Enzo Daumier, dans lequel il m’a promis que Lucien ferait une apparition. Autant vous dire tout de suite que le titre est déjà pré-commandé, et que j’essaierai de le lire avant 2025.

Un Secret Birman, d’Enzo Daumier, est auto-publié et a paru en décembre 2016 (disponible en livre papier ou livre numérique).

Stranded, Jessica Frances

Ma note :

J’aime bien les bouquins gays, bon d’abord parce que ça me parle un peu plus quand même que les romances hétéro dans lesquelles je m’identifie pas franchement, mais parce qu’en plus il y a toujours une palette de clichés qui me fait bondir pendant ma lecture, juste assez pour que mon côté fleur bleue ne prenne pas le dessus et que je ne me mette pas à rêver de prince charmant et de toutes ces conneries qui n’existent que dans ce genre de romans, précisément. Ça n’est clairement pas de la littérature érotique, disons plutôt un polar romantique, mais si vous êtes allergique à l’idée de lire trois ou quatre pages sur ce que deux mecs inondés d’hormones peuvent faire ensemble dans l’intimité, ne lisez pas Stranded. Bah non.

Un jour je vous ferais un article sur ce blog pour vous expliquer pourquoi je suis dans l’ensemble agacé que la littérature de pédés soit devenue un objet tendance, convoité et exploité par des autrices pour des lectrices, au point finalement de totalement nous déposséder de ce truc qui, sans misogynie aucune, est clairement une affaire de bonhommes.

Nous sommes donc à Midsummer, un petit bled paumé de l’Arkansas où Conner Sherwood est tombé en panne avec sa voiture alors qu’il venait tout juste de débuter un road-trip pour se retrouver avec lui-même et ses milliers d’abonnés sur les réseaux sociaux. C’est l’introspection américaine 2.0 ça, les enfants. À Midsummer, il n’y a pas grand chose, un gros millier d’habitants, et surtout Rocky Green, sorte d’égérie de Tom of Finland qui t’emballe notre je-suis-romantique-et-je-me-pose-trop-de-questions de Conner après deux œillades dans le bar du village.

Pour parfaire le cliché, Rocky est le shérif local, a une petite fille dont il a la garde et bien-sûr, c’est un cœur de pierre. Quand j’en étais arrivé là, je soupirais en me disant « mais bordel c’est pas possible » tellement dans cette histoire les homos étaient des clichés d’eux-mêmes : le passif superficiel et torturé qui finalement n’est rien d’autre que la fille, et l’actif viril intrépide et insensible dans le rôle du garçon dont il faut ravir le cœur.

Ce qui sauve l’histoire, parce que vous n’allez peut-être pas le croire mais j’ai bien aimé ce bouquin dans son ensemble, c’est que malgré tout, elle est bien écrite, que le développement de l’intrigue tient la route et que la petite enquête policière m’a plu ! Car oui, il suffit que Conner débarque à Midsummer pour que les cadavres s’empilent.

Je n’avais jamais lu Jessica Frances, c’est une autrice qui ne semble pas avoir été traduite en français, qui a publié essentiellement des histoires romantiques hétérosexuelles. Ce titre-là est auto-édité et surtout, il ne coûte que 99 cents sur les plateformes numériques, ce qui est un prix ridiculement dérisoire compte-tenu du travail réalisé par son autrice. Et comme je suis un peu maso et que Stranded est annoncé comme le premier tome d’une saga qui en contiendrait trois, croyez-bien que je lirais la suite.

Stranded, de Jessica Jones, est publié le 29 mai 2020 en auto-édition et disponible sur les plateformes numériques.

Find Me, André Aciman

Ma note :

Vous avez été nombreux (et peut-être nombreuses) à vous laisser séduire par la beauté gracile de Timothée Chalamet dans le rôle d’Elio, adolescent de dix-sept ans enivré d’une passion estivale aussi insaisissable qu’inattendue pour Oliver, étudiant américain de vingt quatre ans venu partager pour l’été la maison familiale du bord de mer de son professeur, en Italie. C’était dans le film Call me by your name réalisé par Luca Guadagnino, adapté du roman éponyme (et paru en France sous deux titres, Plus tard ou jamais paru aux Éditions de l’Olivier en 2008, puis Appelle-moi par ton nom chez Grasset en 2018) et qui eu un beau succès dans les salles en début d’année 2018 et énormément de récompenses, permettant au livre de connaître le même succès en librairie.

Il aura donc fallu attendre près de deux ans pour voir arriver en librairie une suite à cette histoire d’amour hors norme, et si le roman a paru aux États-Unis en octobre 2019, il est pour le moment inédit en français, son éditeur Grasset ayant repoussé la sortie au 27 mai 2020. Mon impatience à retrouver Elio et Oliver fut telle pendant cette période de confinement que je n’ai finalement pas pu attendre un mois de plus, et j’ai craqué en achetant le livre numérique sur ma liseuse Kindle en anglais. Voilà, fébrile, impatient, j’allais pouvoir me replonger dans cet amour indicible.

Je suis partagé entre deux sentiments vis-à-vis de ce roman que j’ai dévoré en deux jours : d’un côté, une terrible déception, celle de ne pas avoir trouvé un roman conforme à mes attentes, à mes espoirs, et d’avoir mis en doute jusqu’à environ la moitié du roman, le fait qu’il s’agisse d’une suite à Appelle-moi par ton nom. D’un autre, celui d’un plaisir rare, la lecture d’un livre à l’écriture musicale, mélodieuse, qui m’a même poussé à lire régulièrement à voix haute, pour le plaisir solitaire d’entendre la beauté des phrases dans mes oreilles.

Le livre nous amène donc plusieurs années après ce qu’on pourrait appeler « l’été italien » , auprès des différents personnages. Dix ans après, pour débuter, avec le père d’Elio, à Rome. Une rencontre inattendue dans un train, une passion flamboyante, que rien n’arrête, entre une jeune artiste photographe et un professeur de deux fois son âge. Entre eux, la séduction comme un jeu, le désir, le plaisir, et la peur de la fugacité et de l’abandon. Absolument pas ce à quoi je m’attendais en débutant le roman, mais il faut le dire, une belle histoire.

Cinq ans plus tard (donc quinze ans après l’été italien), avec Elio cette fois, à Paris. Une rencontre inattendue dans une église, une passion flamboyante, que rien n’arrête, entre un jeune artiste musicien et un avocat de deux fois son âge. Entre eux, la séduction comme un jeu… bref, vous avez compris. Un second acte comme un parfait miroir du premier.

Cinq ans plus tard, enfin, avec Oliver, cette fois à New-York. Marié à celle qu’il allait retrouver après l’été italien, il s’apprête à quitter leur appartement face à l’Hudson pour retourner vivre et enseigner dans le New-Hampshire. Le soir de ses adieux, lors d’une petite soirée organisée dans leur appartement vide, il se montre fidèle à l’ambiguïté sensuelle qu’on lui connaît et à sa tendance à désirer sans barrière, hommes ou femmes…

Pour le dernier chapitre… et bien il faudra lire le livre. Je ne souhaite pas vous en dévoiler plus, sachez que ces dernières pages m’ont fait pleurer. Je suis une âme sensible, il faut dire.

Ô, comme j’ai trouvé facile de m’arracher quelques larmes pour me faire oublier ennui et déception qui avaient accompagné ma lecture jusqu’à cette fin savoureuse. Si l’écriture est sincèrement magnifique, j’ai été un peu agacé de ces vies romanesques, trop faciles, surfant sur ce cliché nord-américain d’une vieille Europe vouée aux amours libertins et à la transgression de tous les interdits, fantasme d’une certaine indolence. Un livre étonnant, parfois, sur ce rapport aux pères, omniprésents de la première à la dernière page, tandis que les mères, elles, sont quasiment inexistantes. Sur cette obsession, également, de mettre ensemble de jeunes gens et des hommes plus âgés, qui m’a fait penser aux érastes et aux éromènes de la Grèce antique. Enfin, j’ai trouvé dommage que ce roman comme le précédent évitent soigneusement de nommer l’homosexualité et la bisexualité, et se contentent d’en montrer les aspects pratiques et en l’évoquant comme un désir, une envie de bonheur, de plaisir. Comme si cette orientation sexuelle n’était qu’une envie éphémère, qui pourrait être balayée le lendemain par une envie contraire.

Un avis mitigé donc : une histoire décevante un peu douceâtre servie par une plume magnifique.

Find Me, de André Aciman, est publié aux États-Unis en octobre 2019 chez Farrar, Straus and Giroux. Disponible en France sous le titre « Trouve-moi » aux éditions Grasset dans une traduction de Anne Damour le 27 mai 2020.

Ethan qui aimait Carter, Ryan Loveless

Ma note :

Ryan Loveless - Ethan qui aimait CarterCe mois ci, la plateforme NetGalley organisait un challenge de lecture auquel j’ai tenté de participer, avant de déposer les armes : trop de boulot, trop de trucs à faire à côté, et pas assez de temps pour lire. Résultat, parmi les romans accessibles pour l’occasion, je n’aurais finalement eu le temps que de lire Ethan qui aimait Carter, roman de Ryan Loveless, un auteur (une auteur sous pseudo ?) dont je n’avais jamais entendu parler, paru chez un éditeur qui m’était également inconnu : MxM Bookmark, spécialisé dans la romance homosexuelle. Bref, quitte à n’en lire qu’un, autant en lire un bon.

Voilà donc un roman pour grands ados ou jeunes adultes, une histoire d’amour atypique au pays des amours interdites, entre un garçon souffrant du syndrome de Gilles de la Tourette (Carter) et un autre ayant un léger retard suite à un traumatisme crânien sévère (Ethan). Avouez quand-même qu’au rayon des romances gay, on voit toujours le même genre d’histoire, mais là on est clairement dans un registre différent.

Carter donc vient d’emménager face à la maison où Ethan vit avec ses parents et son petit frère de quinze ans, après avoir quitté Los Angeles pour une ville plus au calme. Entre les deux garçons « bizarres » comme ils se qualifient, quelque chose se passe, mais Carter préfère mettre un peu de distance entre eux, histoire de tirer ses sentiments au clair : qu’est-ce qui est impulsif en lien avec sa maladie, et qu’est-ce qui est du vrai désir ?

Les garçons apprendront à s’apprivoiser, à trouver un terrain d’entente entre leurs deux handicaps, et même cet équilibre fragile sera rapidement mis à l’épreuve des révélations concernant l’accident d’Ethan, qui n’en était finalement pas un. Comment leur récente histoire et leurs troubles surmonteront ces perturbations, entourés de leur famille et de leurs amis ?

Ryan Loveless signe avec Ethan qui aimait Carter un roman gay hors norme, dans lequel la sexualité et l’érotisme sont très peu présent, et qui reste dans les grandes lignes une histoire que je peux qualifier de mignonne. Un livre qui sensibilise sur la discrimination en général et en particulier des personnes atteintes de troubles psychiques au sein de la population LGBT. C’est vite lu mais c’est assez agréable, j’irais donc fouiller dans le catalogue de la maison d’édition !

Ethan qui aimait Carter, de Ryan Loveless, est publié aux États-Unis en septembre 2012 sous le titre « Ethan who loved Carter » . Il est publié en France aux éditions MxM Bookmark le 23 mai 2018 au format numérique et le 23 juin 2018 au format papier, dans une traduction de Christine Gauzy-Svahn.

La vie serait simple à Manneville, Pierre Cochez

Ma note :

Pierre Cochez - La vie serait simple à MannevilleManneville, c’est une maison de famille en Normandie, un refuge à quelques heures de Paris qui accueille les souvenirs heureux de Bruce, ceux d’étés passés avec ses sœurs, ses cousins et ses parents. Manneville, où la vie serait évidemment plus simple tant le quotidien y est si doux, fait de détente et de fous rires, comme coupé d’un monde où tout est plus compliqué, plus sombre et plus fragile.

C’est l’été, et Bruce est en plein deuil de cet ami fauché par une voiture, cet ami avec qui il aura connu les premiers émois, ceux bercés par la candeur de la découverte, quand les caresses et le désir ne compliquent encore rien, n’appellent ni tabou ni vie cachée. C’est l’été, et malgré la tristesse et l’insouciance, Bruce se prépare à quitter Manneville pour l’Angleterre, où ses études le conduiront à Oxford.

Il y fera la rencontre d’Alexander, un grand roux à la veste en tweed respecté pour ses talents sportifs, dans les bras duquel il oubliera ses premiers amours que la vie a contrarié. Alexander, l’ami féringien qui sera accepté par tous, sans que la proximité entre les deux garçons ne soulève de questions, même à Manneville où il est évidemment convié lors des vacances scolaires.

J’ai rencontré l’homme frère, ami, amant. Je l’ai choisi et il m’a choisi.

Pourtant, l’histoire entre Alex et Bruce est impossible, le premier ayant choisi de ne pas affronter le rejet et la vie dans la marge, pour tenter malgré son inclinaison naturelle, d’aller voir ce que l’autre camp peut lui offrir. L’espoir d’une vie normale, d’une vie plus simple, surtout. Bruce va alors profiter de son travail de journaliste pour s’exiler loin d’une histoire dont il n’arrivera pourtant pas à tourner la page. Des Féroé au Mozambique en passant par le Salvador, il parcourt le monde pour l’AFP en tentant, quand l’occasion se présente, d’oublier le bel Alexander dans les bras de garçons d’un soir.

Je marchais le long des arbres, pour me coucher les bras en croix en regardant la nuit. Comme avant cette histoire évaporée. J’étais ridicule ou mort, au choix. Mon ventre se serrait. J’étais seul et ce n’était pas juste.

Cette histoire d’amour bancale est également le témoin, dans les années 80, de l’arrivée de cette maladie terrible qui emportera une flopée de jeunes homosexuels avec elle. Comme si la vie n’était pas déjà assez compliquée des amours contrariés, il aura fallu que la nature s’en mêle. Pierre Cochez signe là un roman tout en mélancolie, à l’écriture doucement poétique, dans lequel il laisse un peu de lui-même avec ce jeune journaliste ayant parcouru le monde. Un roman plein de tendresse dans lequel je me suis laissé bercer sans ennui.

La vie serait simple à Manneville, de Pierre Cochez, est publié le 13 avril 2017 aux éditions Les Escales.

A Careful Heart, Ralph Josiah Bardsley

Ma note :

Ralph Josiah Bardsley - A Careful HeartLa littérature homosexuelle connaît, grâce au livre numérique, une véritable démocratisation au plan international. Alors qu’il fallait il y a quelques années encore chercher les quelques librairies « gay friendly » avec un rayon dédié, ce qui s’avérait difficile quand on vivait hors de Paris, et que les éditeurs étaient bien en peine de réussir à diffuser leurs titres dans les réseaux de distribution du livre, la dématérialisation permet aujourd’hui d’avoir accès de manière égale, sans discrimination territoriale et sans jugement, à une littérature LGBT. En français, mais également en anglais, puisque les États-Unis sont un gros pourvoyeur de fiction de genre. Je remercie d’ailleurs au passage Netgalley, la plateforme qui permet de mettre les blogueurs en rapport avec les éditeurs pour obtenir des titres à chroniquer, qui nous donne également accès au catalogue américain, me permettant donc ce vous parler de ce titre.

Travis et Stephen sont meilleurs amis depuis leur plus tendre enfance. Les deux garçons, nés à un mois d’intervalle, sont voisins dans un petit village isolé du New Hampshire, un état frontalier du Canada, quasiment à l’extrême nord-est des États-Unis. Pourtant les deux garçons ont un caractère bien différent, et si Travis est un sportif flamboyant, ami avec tout le monde, Stephen se fait plus discret, et préfère l’ombre à la lumière.

Après leurs études, qui les ont vu s’éloigner un peu, pour vivre leurs expériences chacun de leur côté, Travis et Stephen s’installent en colocation à Boston. Travis va travailler dans un gros cabinet financier et tomber sous le charme de Benson, un des directeurs de sa boîte, plus âgé que lui, charmant, sportif, fortuné… mais qui semble ne même pas le remarquer. Stephen intègre une boîte de communication, mais n’a pas le cœur à faire des rencontres après que son amourette avec Melanie se soit soldée par une cuisante rupture.

Pourtant, l’un et l’autre vont vivre une histoire d’amour. Travis et Benson finiront ensemble, dans une relation pathologique, où les coups pleuvent aussi fréquemment que les excuses, et que les promesses de lendemains meilleurs. Stephen, de son côté, se laissera charmer par Gabriel, un policier qui a craqué sur lui alors qu’il accompagnait Travis dans un bar gay. Une petite révolution, dans la vie de celui qui ne s’était jamais posé de question sur son orientation sexuelle. Préoccupé par son ami Travis, qu’il ne reconnaît plus, il va devoir agir pour le sauver de cette spirale destructrice avant qu’il ne soit trop tard.

A Careful Heart est une romance gay atypique. D’abord, les deux meilleurs amis ne finissent pas amoureux, contrairement aux habitudes de ce genre de romans, et j’ai été agréablement surpris de cette originalité là. Ensuite, il n’y a aucune scène de sexe, et c’est heureux, car il est parfois difficile de conseiller des romans étiquetés comme gays, sans avoir la crainte que les passages érotiques ne choquent un peu les lecteurs qui n’en ont pas l’habitude. Enfin, le roman est audacieux dans ses thématiques, car il est rare que l’on parle des violences conjugales au sein des couples de même sexe, alors qu’elles seraient selon les études jusqu’à deux fois plus fréquentes que dans les couples hétérosexuels. Un roman très agréable, sur l’amour et l’amitié, que j’ai lu quasiment d’une traite avec beaucoup de plaisir !

A Careful Heart, de Ralph Josiah Bardsley est publié aux États-Unis le 1er mars 2017 aux éditions Bold Strokes Books.

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