L'Homme Qui Lit

À propos des livres

Les sœurs Van Apfel ont disparu, Felicity McLean

Ma note :

Mes lectures obéissent à une règle simple : prendre du plaisir. Cela me permet de ne pas m’enfermer dans un style en particulier, même si dans l’ensemble je sais que je ne prends pas de plaisir avec certaines littératures : les essais m’ennuient souvent, la science-fiction (ou la fantasy, je ne suis pas assez expert pour connaître finement les genres et les sous-genres) me perd, les romances ont souvent tendance à m’agacer d’un sentimentalisme dégoulinant. Notez que cela ne m’empêche absolument pas d’être agréablement surpris par quelques titres de ces genres là, et à l’inverse, d’être parfois terriblement ennuyé avec des romans qui, sur le papier, étaient censés me plaire.

C’est exactement ce qui s’est passé avec ce roman australien, Les sœurs Van Apfel ont disparu de l’autrice Felicity McLean, que j’ai repéré dans les nouveautés des éditions Presses de la Cité et dont j’avais hâte de débuter la lecture. Après avoir franchi le cap symbolique de la moitié de la lecture (que je m’oblige toujours à atteindre avant de baisser les bras), et en voyant pas d’amélioration, j’ai capitulé : je n’accrochais pas.

Il ne s’agit donc pas de dire du mal de ce roman, ni de le dénigrer sournoisement : c’est aussi inutile qu’irrespectueux. Je dirais simplement que ça n’a pas accroché. La rencontre entre un livre et un lecteur est une expérience parfois riche, parfois décevante, et c’est ainsi, il ne faut pas toujours y chercher d’explication. J’ai globalement apprécié le style de l’autrice mais après avoir atteint la moitié je ne voyais toujours pas ni de quoi ce livre parlait, ni où il m’emmenait. Mes yeux lisaient, pages après pages, sans rien y comprendre, sans jamais accrocher à quelque chose, comme poussés par une sorte d’habitude mécanique. Objectivement, je serai même bien incapable de résumer ce que j’en ai lu.

Faites-vous votre propre idée, et partagez avec moi ce qui vous a plu dans cette lecture !

Les sœurs Van Apfel ont disparu, de Felicity McLean est publié en Australie en mars 2019 chez HarperCollins Publisher sous le titre « The Van Apfel Girls Are Gone » . Il paraît en France le 28 mai 2020 aux éditions Presses de la Cité dans une traduction de Sylvie Schneiter.

L’Énigme de la chambre 622, Joël Dicker

Ma note :

Difficile d’être passé à côté de la sortie du dernier Joël Dicker, sortie décalée de fin mars à fin mai à cause de la fermeture des librairies pendant l’épidémie de Covid-19. Dicker, j’en suis parfois moi-même surpris, est un auteur que certaines et certains n’ont jamais lu. Preuve qu’au delà du phénomène, des critiques et des avis aux antipodes, de l’auteur belle-gueule super banquable, il subsiste une forme de désintérêt de ceux qui se méfient des romans dont on parle trop. Pour ma part, j’avais lu les trois précédentes parutions, avec beaucoup de plaisir pour La Vérité sur l’affaire Harry Quebert et Le Livre des Baltimore et un agacement certain, pour ne pas dire une déception inattendue à la lecture de La Disparition de Stephanie Mailer.

J’ai donc débuté L’Énigme de la chambre 622 avec une forme de réserve, une crainte. Tristement, cette dernière s’est avérée fondée, et j’ai terminé ma lecture de ce roman avec le soulagement d’avoir tenu bon jusqu’au bout. On ne va pas refaire le débat du « peut-on dire que Joël Dicker est écrivain » car c’est une discussion stérile et germanopratine qui ne mériterait pas d’avoir lieu en dehors des rédactions des magazines parisiens qui se font une haute idée de leurs goûts littéraires. Je ne vous dirais pas non plus que c’est un mauvais livre, parce que mon avis n’est pas universel, mon ressenti n’a pas vocation à se faire force de conviction. Je n’ai pas aimé, mais je sais que d’autres ont adoré et ça n’empêchera pas le monde de tourner.

Dicker nous emmène en escapade au Palace de Verbier, situé en bord d’un lac des Alpes suisses (si vous rêvez de randonnées dans les montagnes ou de descriptions verdoyantes, oubliez), et dans une grande banque de Genève. Alors qu’il séjourne au Palace après une pseudo rupture amoureuse, il s’interroge sur l’absence de chambre 622 à son étage, les numérotations passant de 621 à 621 bis avant de poursuivre sur 623. Puisqu’il explique puiser son inspiration dans de petits détails qui charrient de grandes questions, il se met à nous en faire un roman.

L’histoire s’étale à plusieurs périodes de l’histoire, et l’on passe régulièrement de l’une à l’autre de manière impromptue. Dicker, c’est un style facile à lire, agréable, une plume pas vraiment littéraire mais qu’on lit vite sans reformuler trois fois une phrase pour en saisir la compréhension ou y chercher une quelconque subtilité. Mais Dicker, c’est aussi comme dans le précédent roman, l’utilisation à outrance du même mécanisme que j’ai souvent expliqué par « un pas en avant, un pas en arrière » . Un personnage doit faire quelque chose, ou obtenir quelque chose. Il s’apprête à le faire, mais soudain se ravise ou change d’avis, ou alors ce qu’il devait obtenir lui échappe soudainement. Le chapitre suivant, tout repart dans l’autre sens, on se permet d’y croire. Et au chapitre suivant, c’est de nouveau compromis.

Après d’interminables atermoiements qui m’ont régulièrement arraché un « mais bon sang c’est pas possible, pas encore ! » , l’histoire passe de agaçante à ubuesque comme c’était déjà le cas dans le précédent titre avec une pirouette qui a transformé ma lecture en un mauvais Vaudeville, chaque personnage devenant ridicule à la caricature. Arrivé à la fin du récit page 569, j’ai soupiré en songeant que l’on ne m’y reprendrait pas.

L’Énigme de la chambre 622 de Joël Dicker est publié le 27 mai 2020 aux éditions De Fallois.

Le syndrome du héros, Philippe Laperrouse

Ma note :

Le résumé de ce bouquin m’avait laissé particulièrement songeur, pensant « tiens ça c’est original, ça peut faire un bon livre ». Il n’en avait pas fallu plus pour que je récupère le titre sur NetGalley, une plateforme qui met en relation les éditeurs et les prescripteurs littéraires (libraires, bibliothécaires, blogueurs, influenceurs de manière large) et que je me plonge dans sa lecture une fois reçu sur ma Kindle. En plus, j’aime bien l’idée de soutenir les auteurs qui s’auto-éditent en donnant de la visibilité à leur travail : c’est un secteur de publication désormais incontournable, surtout en littérature de genre.

Me voilà donc avec Jullian Paillard, un homme globalement médiocre, banquier sans ambition dont la vie sociale semble réduite à son incapacité chronique à tolérer la présence des autres. On pourrait le croire un peu autiste, mais qu’importe l’appellation : Jullian Paillard n’aime pas trop les autres et se plaît à rester dans l’ombre. Tout basculera quand, pas par courage mais suite à une sorte de réflexe surprenant, il évitera une tuerie dans le métro parisien. Il deviendra le héros national : acclamé dans les médias, remercié par la République, enfin regardé au travail.

Et c’est le patron de son agence bancaire qui aura l’idée d’un coup de com’ pour profiter de ce nouveau héros ordinaire : faire écrire un livre sur Jullian. Il sera contraint de collaborer avec une autrice qui souhaite présenter l’homme derrière le geste.

Dans l’ensemble j’ai été déçu de ma lecture, elle est à l’image du personnage du récit, assez terne et fade. L’idée est vraiment pas mal, celle du citoyen ordinaire, discret et effacé qui soudainement et un peu malgré lui se retrouve glorifié pour un acte quasi impulsif. J’ai dans la durée été agacé par le cynisme et l’apathie qu’il dégage dans ses discussions avec l’autrice et par l’absence totale de charisme dont il fait preuve. L’écriture est fluide et agréable malgré tout et j’ai terminé ce court roman sans peine, mais sans plaisir.

Le syndrome du héros, de Philippe Laperrouse est auto-édité chez Publicroom Factory et disponible depuis le 30 avril 2020 en livre numérique et livre papier.

La menace Andromède, Michael Crichton

Ma note :

Vous vous demandez quel est le point commun entre la série Westword, les dinosaures de Jurassic Park et l’équipe des urgences du County General Hospital de Chicago ? La réponse est simple : Michael Crichton ! Si l’auteur slash scénariste slash producteur est décédé depuis douze ans, son œuvre lui a depuis survécu et permet qu’aujourd’hui encore, comme pour d’autres grands auteurs de la fiction américaine, on poursuive son travail en s’inspirant de son style et en publiant des titres sous son nom. Cinquante ans après La variété Andromède (The Andromeda Strain), voilà qu’une suite est publiée par HarperCollins son éditeur américain, grâce à la plume de Daniel H. Wilson, The Andromeda Evolution.

L’histoire se déroule donc cinquante ans après qu’un incident impliquant une bactérie d’origine extraterrestre ai ravagé une petite communauté des États-Unis, ne laissant que deux survivants d’âges extrêmes. Le gouvernement américain a depuis mis sur pieds un projet top secret disposant d’un financement indécent pour surveiller la résurgence de cette bactérie andromède et de sa mutation, pour lequel il collabore avec des experts internationaux. Quand une surveillance satellite aidée d’algorithmes d’analyse repère en pleine forêt amazonienne une masse noire semblant croître et détruisant toute forme de vie autour d’elle, l’alerte remonte au plus haut niveau et une équipe de scientifiques coordonnée par l’armée est projetée sur place pour essayer de contenir la menace avant qu’elle n’infecte et ne détruise toute forme de vie sur Terre.

Si j’ai aimé le premier tiers, disons la première moitié du livre, j’ai ensuite rapidement perdu pied. Le style est assez rythmé et j’ai vraiment bien aimé le genre de narration « rapport d’incident » au début du roman, qui laisse entrevoir qu’il y a un après, des survivants pour témoigner, mais que nous sommes en chemin vers une catastrophe inéluctable. La petite équipe panachée qui crapahute dans la jungle hostile, c’était bien. Et puis ensuite, et bien ensuite on tombe dans la science-fiction, le récit s’encombre parfois de lourdes explications scientifiques ou tout du moins d’allure scientifique, tandis qu’à d’autres moments et bien on ne comprend pas trop comment les choses sont possibles mais elles sont écrites comme ça et c’est ainsi.

C’est peut-être mon allergie chronique à la science-fiction qui parle, mais globalement j’ai été plusieurs fois déçu par des raccourcis faciles, des orientations « what the fuck » de l’histoire sans parler de la traduction un peu étonnante qui utilise de temps en temps des mots rares pour ne pas dire désuets, ce qui détonne beaucoup pendant la lecture d’un techno-thriller d’anticipation. Les fans apprécieront peut-être, moi j’ai globalement un avis plutôt réservé, je l’ai débuté avec enthousiasme mais terminé sans plaisir. À vous de vous faire votre avis !

La menace Andromède, de Daniel H. Wilson dans le style de Michael Crichton, est publié aux États-Unis chez HarperCollins en décembre 2019 sous le titre « The Androma Evolution » . Il paraît en France le 18 juin aux éditions de l’Archipel dans une traduction de Philippe Rège et Antoine Guillemain.

Mon désir le plus ardent, Pete Fromm

Ma note :

Si vous me lisez de temps en temps, vous savez déjà que je suis assez fan (pour ne pas dire totalement mordu) de nature writing et donc par extension de quasiment toutes les publications de Gallmeister, éditeur dont le catalogue est aussi savoureux d’un point de vue littéraire que les couvertures de ses titres au format poche sont superbes. Alors que je n’avais guère entendu parler de Pete Fromm, il a soudainement et sans aucune explication débarqué dans mes réseaux sociaux. Impossible de regarder les publications sur Instagram ou les tweets d’amoureux des livres sans voir un Pete Fromm glissé dans les coups de cœur. Ni une ni deux, j’ajoutais Indian Creek son premier roman à ma colossale liste d’achats, et en échangeant avec une libraire sur Pete Fromm au moment de faire une commande, elle me convainquait de me laisser tenter par Mon désir le plus ardent.

L’histoire débute dans le Wyoming, ou Maddy, qui s’était jurée de ne jamais sortir avec un garçon de son âge et encore moins avec un passeur (un guide de rafting), se retrouve dans les bras de Dalton, passeur de son âge, dont elle tombe follement amoureuse. Ce roman, raconté de la voix de Maddy, est en quelque sorte le roman de l’histoire d’amour entre Mad et Dalt, comme ils s’appelleront quasiment toute leur vie. Des rivières du Wyoming à celles de l’Oregon, en passant par des expéditions de pêche sauvage en Mongolie, la vie leur réservera les tourments ordinaires : un mariage atypique où ils scelleront leur union les doigts entrelacés dans la rivière pour « un voyage aussi long que celui du courant », une belle famille avec ses deux enfants Attila (At) et Izzy (Iz), une entreprise à eux pour emmener les touristes dans les remous des rivières, là où la nature est comme indomptable.

Et puis la sclérose en plaque, que Mad va développer. Un invité inattendu avec lequel le couple puis la famille passera sa vie à s’accorder, tentant de s’adapter en gardant autant que possible la tête haute, même quand il faudra quitter la rivière pour s’installer en ville, vendre l’entreprise, fixer des rampes dans les couloirs de la maison. Un roman qui raconte une histoire d’amour ne peut pas faire l’impasse sur les douleurs, sur les égarements, sur les coups de poing sur la table pour clore une discussion, sur ces larmes de frustration, de rancœur, de colère.

On ne m’avait pas menti en me disant que ce livre me plairait : j’ai tourné les pages sans m’en rendre compte, passé une vie aux côtés de Dalt, Mad, At et Iz, aux côtés de la SEP, des petits bonheurs, des moments douloureux, de cette fin qui a ouvert les vannes des larmes qui, depuis un bon moment, ne demandaient qu’à couler. C’est beau, c’est dur, ça a trouvé une résonance particulière dans ma vie et souvent en lisant Mad parler de sa maladie j’ai pensé à ma mère dans son fauteuil, la main en crochet et prise de spasmes, j’ai pensé à ces espoirs que la maladie emporte et aux nouvelles histoires qu’on doit alors écrire pour continuer d’avancer. Un roman magnifique, une histoire émouvante, un amour triomphant malgré tout. Immanquable. Merci Pete Fromm.

Mon désir le plus ardent, de Pete Fromm, est publié aux États-Unis en août 2014 chez Red Hen Press. Il est publié en France aux éditions Gallmeister en avril 2018 et en poche dans sa collection Totem en mai 2019, dans une traduction de Juliane Nivelt.

Un Secret Birman, Enzo Daumier

Ma note :

C’est une addiction terrible que d’acheter plus de livres que je ne suis capable d’en lire : j’ai à peine lu la moitié de ma bibliothèque et je découvre parfois, caché dans un recoin, un titre s’étant fait si discret depuis des années alors que je l’avais pourtant acheté avec le désir de l’aventure littéraire immédiate, que je me demande si je ne devrais pas me faire interdire l’entrée dans les librairies ! Alors quand il s’agit de fouiller dans ma liseuse, remplie de services de presse, de promos américaines et de romans gays la plupart du temps auto-édité, le vertige me prends. Voilà comment, au détour d’une conversation avec son auteur Enzo Daumier, il s’est avéré que j’avais acheté en 2017 le troisième et dernier tome de cette saga dont les deux premiers titres, Tendres baisers d’Oxford et Les Frimas d’Oxford, m’avaient laissé un souvenir très agréable.

Quasiment quatre ans après, je viens donc de dévorer Un Secret Birman, qui reprend l’histoire où elle s’était arrêtée, c’est à dire avec un Lucien au cœur brisé par les deux déceptions sentimentales de sa vie, à savoir son ex-boyfriend Matthew et la star de la pop anglaise Andrew qui l’a publiquement renié pour protéger son identité sexuelle dans les médias. Il a fallu reconnecter pas mal de neurones pour me souvenir des deux précédents tomes, mais l’auteur glisse ça et là quelques rappels salutaires pour la compréhension de l’histoire.

Dans Un Secret Birman, Lucien emménage avec son chat dans une petite maison d’Oxford où il va tenter de se reposer et de finir sa thèse loin des tumultes passés. Évidemment, rien ne se passera comme prévu, et Andrew comme Matthew ne sont jamais bien loin. Nous serions bien naïfs de penser que ce voyage en Birmanie qu’il a prévu avec sa meilleure amie Ruby-Lou et son petit ami Nicholas se déroulera sans surprises !

Fidèle à l’esprit des deux premiers tomes, ce dernier opus fut une lecture très agréable dans laquelle j’ai pris plaisir à retrouver Lucien et ses turpitudes sentimentales. Je ne ferais aucune révélation, mais sachez quand même qu’à la fin du roman il est heureux, en bonne santé et très amoureux. Si vous ne l’avez pas encore lu, c’est le moment d’acheter les trois titres de la saga ; et si c’est déjà fait, vous serez ravi d’apprendre que sortira cette semaine Le Youtubeur, le nouveau roman d’Enzo Daumier, dans lequel il m’a promis que Lucien ferait une apparition. Autant vous dire tout de suite que le titre est déjà pré-commandé, et que j’essaierai de le lire avant 2025.

Un Secret Birman, d’Enzo Daumier, est auto-publié et a paru en décembre 2016 (disponible en livre papier ou livre numérique).

Big Summer, Jennifer Weiner

Ma note :

J’ai repéré Big Summer dans la presse américaine, où les critiques, les magazines et les pages culturelles des journaux listent régulièrement leurs coups de cœurs, alimentant considérablement au passage ma liste d’achats pourtant déjà conséquente ! Ce titre était unanimement apprécié et en quelques clics il était arrivé dans ma Kindle. Le plus étonnant étant que j’ai acheté ce titre en anglais pour sa bonne presse – il est souvent évoqué comme LE roman de plage de cet été – mais qu’après avoir cherché si Jennifer Weiner avait déjà été publiée en France, je suis persuadé que je n’aurais pas acheté ce titre si je l’avais croisé en librairie chez moi car les couvertures françaises cataloguent clairement ses romans dans un genre littéraire dont le nom m’est insupportable : la chick lit, ou la littérature de poulettes.

Et pourtant, j’ai adoré ce livre ! Il m’a accompagné pendant près d’une semaine et m’a offert un très bon moment de lecture. Pour résumer l’histoire, Daphne Berg est une influenceuse « plus-size » (disons ronde) qui cartonne sur Instagram auprès d’une partie de la population souvent inexistante chez les influenceurs. Elle doit son succès à une vidéo devenue virale où, humiliée par un garçon dans un bar pour son physique, elle se dispute avec sa meilleure amie Drue Cavanaugh. Il faut dire qu’entre Daphne et Drue, il y a un monde ! Elles se sont rencontrées dans leur classe d’un lycée huppé de New-York où les parents de Daphne enseignent tandis que la famille de Drue a fondé l’établissement et fait parti des plus grandes fortunes de la ville.

Des années après qu’elles aient pris des chemins différents, Drue débarque dans la vie de Daphne en la suppliant d’être témoin à son mariage avec une célébrité issu d’une télé-réalité. Elle acceptera et rapidement les deux amies retrouveront leur complicité d’avant, jusqu’à la journée du mariage, sublime, parfaitement mis en scène et calibré pour les réseaux sociaux, où la vie des deux amies va basculer dans le décor pourtant somptueux de Cape Cod.

J’ai découvert Jennifer Weiner avec ce roman, et comme je le disais c’est une très belle découverte. Son style est différent de ce que j’ai l’habitude de lire, il y a un travail de fourmi qui est apporté au récit, des détails, des souvenirs qui soudain s’étalent sur plusieurs pages, une vraie densité dans le récit mais qui n’alourdi par la lecture. C’est profond, touchant, c’est étonnant, j’ai sincèrement beaucoup aimé cette lecture, ses personnages, son histoire, son positionnement sur les hommes et les femmes en surpoids, sur ces apparences que nous embellissons sur les réseaux sociaux, sur l’amitié, le pardon, la capacité que nous avons à faire amende honorable et à changer. Quand j’ai achevé ma lecture, la première chose que j’ai pensé c’est qu’elles allaient me manquer, et que j’aurais bien profité de quelques jours de plus avec elles. Un beau roman qui sortira je l’espère bientôt en France, et dont il faudra surveiller la parution pour ne pas le manquer !

Big Summer, de Jennifer Weiner, et publié aux États-Unis le 5 mai 2020 chez Atria Books.

Toutes les histoires d’amour ont été racontées, sauf une, Tonino Benacquista

Ma note :

Tonino Benacquista et moi, c’est un peu une histoire d’amour qui n’a jamais été racontée. Il y a de cela quinze ans, j’arrivais fraichement à Paris et je fréquentais un garçon, un autre amoureux des livres, qui a eu l’idée extraordinaire de m’offrir deux romans de cet auteur dont je n’avais jusqu’alors jamais entendu parler : Saga et Quelqu’un d’autre. Les deux sont très différents, Saga est une lecture légère qui nous plonge dans les aventures truculentes, ubuesques, d’une série télévisée française nocturne faite de bric et de broc qui devient une institution nationale ; tandis que Quelqu’un d’autre est un roman qui m’a profondément touché, en offrant l’opportunité à des adultes de changer de vie, de repartir à zéro, en devenant quelqu’un d’autre. J’ai remercié le garçon et poursuivi mon histoire d’amour littéraire avec Benacquista depuis, et je dois dire qu’il est l’un de ces rares auteurs dont je guette avec une impatience folle les nouvelles parutions.

Son précédent livre, Romanesque, était parfait. Si, je peux le dire avec l’objectivité très relative d’un fan absolu : il était par-fait ! Vous comprendrez donc que la barre était haute lorsque j’ai débuté cette nouvelle lecture.

Et quel plaisir ! Quel bonheur ! Quelle joie, que de retrouver la plume de Benacquista. Un style à lui, des phrases sublimes dont on pourrait penser qu’il passe des heures à les retravailler comme on taillerait un diamant brut pour en faire le plus beau des bijoux. J’étais comme un enfant au jour de Noël, à relire encore et encore ces phrases que je trouvais si belles, en me disant qu’il me serait impossible de toutes les citer sur les réseaux sociaux sans me retrouver à recopier le roman dans son ensemble.

J’ai retrouvé avec plaisir quelques clins d’œil à l’univers de Saga (on pourrait parler d’un caméo) avec la profondeur et l’introspection de Quelqu’un d’autre : c’était aussi troublant qu’agréable. L’imagination de l’auteur est sans limite, et ce roman, c’est un peu comme des poupées russes littéraires : plein d’histoires dans l’histoire, des chemins improbables, un récit parfois un peu dur à suivre (j’admets avoir été parfois perdu, dérouté de ne pas savoir où Benacquista m’emmenait), mais alors un vrai bonheur d’inventivité. J’ai souvent songé « il y aurait de quoi écrire un roman sur cette petite histoire dans l’histoire ».

Si vous n’avez jamais lu Benacquista, je vous déconseille de le rencontrer par ce roman un peu plus difficile : lisez Malavita et sa suite, lisez Saga, Quelqu’un d’autre, Romanesque, débutez par les plus belles histoires et venez ensuite vous régaler avec celle qui n’avait pas encore été racontée.

Toutes les histoires d’amour ont été racontées, sauf une, de Tonino Benacquista, est publié le 5 mars 2020 aux éditions Gallimard.

Pacifique, Stéphanie Hochet

Ma note :

Avant d’être capable d’aller vers un libraire et de demander des conseils, d’échanger sur les livres, de me sentir légitime à tenir une conversation malgré le fossé culturel et littéraire entre les professionnels du livre et moi, simple lecteur consommateur, j’ai longtemps choisi la facilité. Celle des auteurs à succès, qui exposaient à peu de risque, celle des recommandations des magazines littéraires auxquels je m’abonnais pour une année, de manière très sporadique, et qui ne me rassuraient pas vraiment sur mon niveau mais regorgeaient de bons conseils, et enfin celle des réseaux sociaux, ces simples amoureux des livres, armés de bonne volonté et de peu de prétentions, qui se révèlent parfois une formidable source d’inspiration au moment de constituer sa liste d’achats.

Et c’est comme ça qu’au détour d’un tweet et de deux recommandations très appuyées en commentaire, je me suis retrouvé avec ce joli livre de Stéphanie Hochet entre les mains, une autrice dont je n’avais jamais rien lu auparavant, en sortant de chez mon libraire.

Aucun regret, évidemment : le roman a tenu les promesses qui accompagnaient les recommandations. Il est court, je l’ai dévoré en un clin d’œil : à peine le temps de partir au Japon en pleine Guerre du Pacifique à bord d’un de ces avions pilotés par des jeunes soldats kamikazes, de transpirer un peu sur mon transat sous le soleil de plomb d’une journée sans vent, que j’étais déjà arrivé à la fin de ce voyage que j’aurais souhaité ne jamais interrompre.

C’est vrai qu’il y a de la poésie, dans la plume de Stéphanie Hochet, et comme souvent quand je suis touché par la musicalité des phrases, je me suis surpris à les lire à voix haute pour les apprécier plus encore. À mon tour de vous conseiller de vous laisser embarquer dans cette belle aventure au pays du soleil levant, dans ce roman aussi beau qu’annoncé, mélodieux, travaillé et très riche qui a résolument apporté sa touche de poésie et de délicatesse à mes lectures du mois de juin.

Pacifique, de Stéphanie Hochet, est publié le 4 mars 2020 aux éditions Rivages.

Le jour où Kennedy n’est pas mort, R.J. Ellory

Ma note :

Depuis son médiatique assassinat à Dallas le 22 novembre 1963, John Fitzgerald Kennedy n’a cessé d’alimenter l’imagination d’écrivains ou de scénaristes, transportant le plus jeune président élu des États-Unis d’Amérique dans une sorte de panthéon de la mémoire collective. Il faudrait en effet avoir aujourd’hui plus de soixante ans pour pouvoir prétendre avoir un quelconque souvenir de cet évènement et pourtant, pas une année ne passe sans que JFK, son ascension sulfureuse et sa fin tragique, ne se retrouvent au cœur d’une quelconque actualité, fut-elle littéraire.

Et il faut tout le talent d’un écrivain que j’adore sans aucune réserve, Roger John Ellory, pour revisiter l’histoire sans nous ennuyer en écrivant cette superbe et passionnante uchronie qui sortira dans quelques jours chez vos libraires, toujours chez Sonatine, dont le catalogue est incroyablement riche de romans parfaits.

Mitch Newman est un photo-reporter sans grand talent, assez solitaire, rongé par l’alcool, le traumatisme de quelques mois passés à couvrir la guerre de Corée et la solitude qu’un chagrin d’amour avec la flamboyante Jean Boyd aura laissé. C’est justement quand il apprend, après quinze ans sans avoir eu de ses nouvelles, qu’elle se serait suicidée dans son appartement, que sa vie bascule. Pour lui comme pour celles et ceux qui côtoyaient Jean, difficile de penser que cette jeune journaliste talentueuse, flamboyante et opiniâtre ait pu choisir de s’ôter la vie par elle-même.

Pour sa mère Alice autant que pour lui, il se lance sur les pas de sa dernière enquête, non sans mal car tout semble auréolé de secrets et Mitch ne tardera pas à comprendre que des enjeux bien supérieurs à ceux qu’il aurait pu imaginer sont probablement dans l’ombre de cette enquête. De Dallas à Washington, il poursuivra son enquête dans le sillage du président Kennedy et de son entourage, partira à la recherche de Lee Harvey Oswald, interrogera toutes celles et ceux qui pourraient l’aider à comprendre pourquoi, où pour qui, Jean était devenue trop gênante.

L’histoire est brillamment construite, je vous dirais sans surprise car c’est une habitude des romans d’Ellory, et j’ai autant aimé l’aspect polar, enquête et suspens que de me plonger dans une histoire que je ne connais que de très loin en découvrant la face cachée de ce jeune président qui, finalement, semblait destiné à devoir mourir.

Le jour où Kennedy n’est pas mort, de R.J. Ellory, est publié au Royaume-Uni le 21 mars 2019 chez Orion sous le titre « Three Bullets » . Il est publié en France aux éditions Sonatine le 4 juin 2020 dans une traduction de Fabrice Pointeau.

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