Ma note :

Luis Sepulveda - Le vieux qui lisait des romans d'amourNe vous fiez pas à son titre pour le glisser dans votre panier chez votre libraire préféré, vous risqueriez d’être déçu. Il y a bien un vieux, oui, qui lisait effectivement des romans d’amour, mais toute analogie avec le titre « Le vieux qui ne voulait pas fêter… » s’arrête là. Ce n’est pas à proprement parler un roman d’amour, et vous ne suivrez pas les déambulations d’un vieillard échappé de sa maison de retraite. Non, mieux, vous dévorerez un superbe roman, écolo avant l’heure, intemporel malgré les presque seize ans au compteur.

C’est au bord du fleuve, en plein cœur de la forêt amazonienne, que l’on retrouve le cadavre de l’homme blanc dans une pirogue. L’homme est salement blessé, et sans plus tarder, le maire du village, un homme potelé et suintant surnommé « la limace » , en vient à blâmer les indiens Shuars, autochtones de toujours. Pour Antonio José Bolivar, notre vieil homme féru des romans d’amour que lui apporte régulièrement par bateau le dentiste, aucun doute : il s’agit de la vengeance d’un félin, probablement d’une femelle dont les petits ont étés assassinés par la victime.

Plus tard, alors qu’une seconde victime est à déplorer chez ces blancs venus s’approprier les richesses de l’Amazonie, le maire n’aura pas d’autre choix que de contraindre Antonio d’accompagner une expédition de chasseurs, puis de se débarrasser de cette femelle ocelot. Contre son gré, l’homme s’enfonce alors dans la forêt que les Shuars, auprès de qui il a vécu quelques années, lui ont appris à aimer, afin de traquer cette femelle assoiffée de vengeance.

Le vieux qui lisait des romans d’amour est, à sa façon, une superbe fable écologique, le cri du cœur d’un amoureux de la nature, d’un homme simple qui ne demande rien d’autre que de pouvoir lire ses romans d’amour, qui se voit obligé d’abattre un animal pour protéger ceux qui viennent piller et détruire les richesses de la nature et des peuples qui l’ont pacifiquement occupée jusque là. C’est un très beau roman, qui se lit en un rien de temps, et qui devrait connaître encore de belles années devant lui.

Le vieux qui lisait des romans d’amour, de Luis Sepúlveda, est publié au Chili en 1992 sous le titre « Un viejo que leía novelas de amor » . Il est publié le 22 avril 1992 aux éditions Métailié dans une traduction de François Maspero.

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