L'Homme Qui Lit

À propos des livres

Étiquette : thriller

De la terre dans la bouche, Estelle Tharreau

Ma note :

Estelle Tharreau - De la terre dans la boucheJe n’avais jamais entendu parler des confidentielles éditions Taurnada jusqu’à ce qu’ils me contactent pour me présenter leur catalogue et leurs dernières publications : une excellente idée, puisque j’y ai noté quelques titres qui me donnaient envie de découvrir ce jeune éditeur basé à Nice. et que je me suis lancé dans la lecture du troisième roman d’Estelle Tharreau.

L’histoire débute en 1986, dans une étude notariale, où après le décès de sa grand-mère Rose, la jeune Elsa reçoit un drôle d’héritage : une maison dont elle n’avait jamais entendu parler, La Braconne. Très vite, on comprend qu’un secret de famille explique le mystère gardé autour de cette maison isolée dans la forêt à Mont-Éloi, commune fictive qu’on place sous Besançon et Dijon.

Pourtant la jeune fille se rendra sur place pour évaluer ce bien qu’elle imagine en ruine : on comprendra sa surprise lorsque, entrant dans cette cabane nichée dans la forêt, elle tombera sur Fred, grand gaillard entrain de jurer par tous les dieux en bricolant sous l’évier.

Leur rencontre inattendue et les questions qu’elle soulèvera auprès de leurs familles ré-ouvrira les plaies mal cicatrisées de la seconde guerre mondiale, où les trahisons et les amours interdits ont laissé de profondes blessures, tant pendant la guerre qu’après.

De la terre dans la bouche fut donc une bonne surprise, celle d’un roman numérique accessible pour moins de cinq euros d’abord, puis celle d’une lecture agréable et originale, que j’ai situé dans les forêts de pins entourant Pontarlier dans le Haut-Doubs, pour mon plaisir de lecteur. Une belle rencontre donc, que je vous invite évidemment à faire à votre tour.

De la terre dans la bouche, d’Estelle Tharreau, est publié le 18 janvier 2018 aux éditions Taurnada.

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La fille d’avant, J.P. Delaney

Ma note :

JP Delaney - La fille d'avantC’est un peu le thriller du moment, soutenu par un marketing très actif et une presse globalement emballée, La fille d’avant se veut « thriller psychologique haletant » dans une ambiance minimaliste. Publié il y a quelques mois aux États-Unis, ses droits ont été vendus dans 35 pays et le réalisateur Ron Howard – qui a dirigé les adaptations des romans de Dan Brown au cinéma – a déjà acheté les droits du livre pour un passage sur grand écran. Un immense jackpot pour l’auteur et publicitaire britannique Tony Strong, qui publie régulièrement sous différents pseudonymes, comme celui d’Anthony Capella, au point que je ne sois pas tout à fait certain de savoir lequel des deux est son nom réel.

Le récit est construit autour de deux occupantes d’une même maison, Emma, qui n’y vit plus puisqu’on apprend rapidement qu’elle est morte, et Jane, qui en est l’actuelle locataire, et qui tâche justement de découvrir ce qui est arrivé à Emma. Le point commun qui réunit ces deux femmes, c’est Edward Monkford, un énigmatique architecte devenu adepte du minimalisme après que sa femme et son fils ne trouvent la mort sur le chantier de cette intrigante maison du One Folgate Street.

Monkford est un propriétaire atypique, qui choisit ses locataires à l’aide d’un questionnaire intimiste aussi surprenant que dérangeant. Si les agences de location ne savent pas vraiment quels sont les critères de choix de l’architecte, qui propose un entretien en dernier lieu aux candidats sélectionnés, on comprend relativement vite qu’il choisit surtout des femmes ressemblant énormément à son épouse décédée, et victimes d’un drame personnel. Emma, a par exemple été violée lors du cambriolage de son précédent appartement, tandis que Jane a dû mettre au monde un enfant mort-né.

Si les deux femmes ont partagé à des époques différentes ce même amant, elles ont surtout réussi à vivre dans une maison exigeante, au règlement drastique, interdisant par exemple d’avoir des livres. Inspiré de la méthode KonMari, qui vise à se débarrasser du superflu en vivant entouré de vide (à ce propos, le même éditeur propose un essai antagoniste, « De la joie d’être bordélique » de Jennifer McCartney), le One Folgate Street est une demeure épurée et bardée de technologie, dans laquelle la vie privée n’existe pas, puisque tout se commande à l’aide de HouseKeeper, une application intrusive placée sur son téléphone qui commande l’ouverture des portes, l’intensité de la lumière selon son humeur, la température de l’eau sous la douche, mais surveille également les recherches faites sur internet.

C’est une sorte de remake de Cinquante nuances de Grey en version thriller-déco que propose l’auteur avec La fille d’avant, une histoire aux ingrédients savamment dosés, de l’archi dominateur aux morts pas franchement expliquées, en passant par une palette de second rôles qui tous pourraient jouer un double jeu. Pour autant, le roman souffre d’un style un peu attendu, comme s’il avait été écrit pour être vendu au cinéma, et le dénouement, un peu tiré par les cheveux, m’a laissé sur ma faim. Pas de coup de cœur, donc.

La fille d’avant, de J.P. Delaney, est publié aux États-Unis en janvier 2017 sous le titre « The Girl Before » . Il est publié en France le 8 mars 2017 dans une traduction de Jean Esch.

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L’expérience Utopia, Kyle Mills

Ma note :

Kyle Mills - L'expérience UtopiaQuinze ans après sa mort, l’œuvre de Robert Ludlum vit encore grâce à la plume talentueuse d’écrivains méconnus, relégués à l’ombre par une rentable franchise, comme Eric Van Lustbader avec la poursuite de la saga Jason Bourne, ou bien pour la saga Covert-One qui nous intéresse ici, de nombreux autres auteurs dont Kyle Mills.

Covert-One est une agence non officielle, non gouvernementale, gérée par un espion, ami de longue date du président. Elle fait le sale boulot sans exister, détourne secrètement des fonds pour se financer, et remplit ses missions en utilisant les services et les hommes de différentes organisations fédérales, le tout sans éveiller l’attention.

Lorsque Dresner Industries dévoile son nouveau produit, le Merge, une véritable révolution technologique, humaine et militaire se profile. La machine, à peine plus grosse qu’un smartphone, se connecte à des implants cérébraux et transforme notre expérience de vie : amélioration de la vue, de l’ouïe, navigation web intuitive, programme Layer-Cake visant à déterminer si les personnes avec qui l’on interagit sont de bonnes personnes, mentent, …

Le colonel Smith, médecin microbiologiste de l’armée, est chargé de tester la version militaire du Merge, dont seule l’armée américaine serait dotée. Les applications sont incroyables, et rapidement un groupe de bureaucrates de l’armée met K.O. une équipe de Navy Seals dans une expérience visant à tester le potentiel du Merge.

Derrière cette façade révolutionnaire, Christian Dresner cache en réalité un projet fou, celui de l’amélioration de l’espèce humaine par l’épuration. Avec l’aide de Randi, une agent de la CIA qui découvrira en Afghanistan un village entièrement massacré, et qui fera le lien avec une expérience du Merge, le colonel Smith va devoir enquêter le plus discrètement possible sur les plans machiavéliques de son créateur, alors que chaque jour des dizaines de milliers de nouveaux Merge sont implantés…

Kyle Mills réussit avec L’expérience Utopia à refaire vivre l’esprit de Ludlum sous sa plume talentueuse. L’histoire est haletante, j’ai dévoré ce livre avec avidité, et j’ai souvent songé qu’il fallait une imagination débordante pour avoir songé à tel ou tel élément du bouquin. Ce n’est évidemment pas de la littérature intellectuelle, ça ne passera pas dans La Grande Librairie, mais c’est un sacré bon roman de divertissement comme je les aime !

L’expérience Utopia, de Kyle Mills, est paru aux aux États-Unis en mars 2013. Il est publié en France aux éditions Grasset le 19 octobre 2016 dans une traduction d’Alexandre Guégan.

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Aurora, Vincent Peillon

Ma note :

Vincent Peillon - AuroraLes hommes politiques s’essaient parfois à la littérature, sans y laisser des traces inaltérables, et plus souvent dans les mêmes genres : la sempiternelle biographie écrite avec un peu (beaucoup ?) d’aide, ou l’essai historique assez pointu sur une figure paternelle en politique. Vincent Peillon, ministre de l’éducation nationale pendant près de deux ans dans les gouvernements de Jean-Marc Ayrault et député européen, publie son premier roman dans un genre inattendu, celui du thriller géopolitique.

Dans un monde un peu clivé, où le bien affronte le mal dans un combat perpétuel, Kuntz est à la tête d’un groupe d’anciens agents du Mossad, tueurs grisonnants mais reprenant du service pour défendre l’humanité, et surtout les intérêts d’Israël, comme au bon vieux temps. Face à lui, un richissime homme d’affaire allemand, Hans Ritter, nazi plein de rancoeur, qui oeuvre secrètement depuis des décennies pour faire renaître de ses cendres un nouvel empire à la croix gammée.

Pour mettre le monde à genoux, Ritter s’est allié avec quelques autres ennemis des États-Unis dans un consortium baptisé Aurora afin de faire main basse sur les réserves de pétrole et de gaz du Groenland. S’ils comptent sur le soutien de quelques puissances, de pas mal de sympathisants nazis et de plusieurs services de renseignements, ils n’auront pas celui de Kuntz et ses amis.

Décidé à les éliminer, l’heure est venu pour notre groupe indépendant de se mettre en mouvement. Comptant eux aussi sur des alliés disséminés partout sur la planète, au sommet de certains états et dans plusieurs organisations internationales comme l’OTAN, ils vont s’attaquer à ce délirant projet sans y aller par quatre chemins.

Aurora se lit bien. J’ai été agréablement surpris par la complexité et la documentation du propos, l’intrigue est dense, la géopolitique est partout, et on pourrait imaginer que tout ne soit pas que fiction. J’ai été séduit par les personnages, notamment Kuntz, cet anti héros vieillissant, un peu meurtri mais loin des clichés du genre. Le récit est riche en mouvement, plein d’action, et les cadavres s’empilent au fil des pages pour mon plus grand bonheur de lecteur sadique. Pourtant, si j’ai beaucoup aimé Aurora, et qu’il m’a positivement surpris, il manque quelque chose dans la plume de Vincent Peillon, qui reste parfois un peu trop scolaire, un peu trop lisse. Un « premier roman » néanmoins plein de promesses, avec lequel j’ai passé un agréable moment de lecture.

Aurora, de Vincent Peillon, est publié le 6 avril 2016 aux éditions Stock.

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Les Assassins, R.J. Ellory

Ma note :

R.J. Ellory - Les AssassinsIl aura fallu attendre beaucoup d’années pour que Roger Jon Ellory, connu comme R.J. Ellory, soit publié en France. L’honneur en revient à l’inquiétante maison d’édition Sonatine, fournisseur officiel de frissons, qui publia l’année de sa création Seul le silence, le premier R.J. Ellory traduit dans l’hexagone. De l’auteur britannique dont le succès est désormais international, on apprend dans sa biographie qu’il aura essuyé des centaines de refus d’éditeurs britanniques comme américains, avant que son premier roman ne soit finalement publié en 2003.

Depuis, et avec une heureuse régularité, l’auteur dont les thrillers se déroulent aux États-Unis enchaîne les succès en s’attaquant à la culture populaire américaine : la mafia dans Vendetta, le célèbre NYPD dans Les Anges de New-York, la CIA dans Les Anonymes. Avec Les Assassins, Ellory nous met une nouvelle fois sur la piste d’un insaisissable tueur en série.

Alors que la police peine à résoudre les centaines d’homicides sur lesquels elle planche, faute de moyens humains et financiers, un enquêteur du quotidien City Herald et la journaliste avec laquelle il collabore arrivent à relier plusieurs meurtres entre eux. John Costello est l’un des rares rescapés d’un tueur en série, encyclopédie vivante sur le phénomène, il va découvrir que ces meurtres en apparence très distincts sont en réalité des reconstitutions de crimes réalisés des années plus tôt, exactement le même jour.

Aux côtés de l’inspecteur Ray Irving, ils vont tenter de débusquer ce tueur qui semble toujours avoir un coup d’avance, et qui laisse dans son sillage de plus en plus de victimes, et jamais aucun indice sur son identité ou ses motivations…

Les Assassins marque une fois encore l’excellence d’Ellory dans son domaine, avec un roman palpitant, que l’on dévore avec autant d’impatience que d’effroi, et dont la lente progression est un merveilleux supplice. Le travail de documentation est saisissant, rendant l’histoire des plus réalistes, parvenant même à me coller la chair de poule et à me faire rallumer la lumière alors que je lisais au fond de mon lit. Un roman maîtrisé, une histoire glaçante : le plaisir absolu d’un merveilleux thriller.

Les Assassins, de R.J. Ellory, est paru aux États-Unis en 2010 sous le titre « The Anniversary Man », et publié en France aux éditions Sonatine le 19 août 2015 dans une traduction de Clément Baude.

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Lontano, Jean-Christophe Grangé

Ma note :

Grangé, LontanoFaut-il vraiment refaire ici la biographie de Jean-Christophe Grangé ? Difficile d’être passé à côté de l’un des rares (bons) auteurs de thrillers en France, surtout quand certains de ses titres ont été adaptés sur grand écran. Pour cette rentrée littéraire, Grangé sort donc un nouveau roman aussi sombre et aussi fou que ses précédents, en prévenant d’avance qu’une suite sera publiée en 2016, de quoi rendre fébrile n’importe quel aficionado.

Lontano, c’est la traque haletante d’un tueur ressurgi du passé, c’est une plongée dans les blessures et la folie d’une famille à deux doigts de l’implosion, c’est un regard cynique sur les ruines encore fumantes de la Françafrique et d’un passé colonial pas si éloigné que ça.

Erwan Morvan est commandant à la brigade criminelle, quai des orfèvres : il est chargé par son père – un flic de la vieille école, mi-barbouze mi-conseiller place Beauvau – de mener l’enquête en Bretagne sur la mort intriguante d’un élève officier pilote dans une école de l’aéronautique navale, survenue en plein bizutage. Son enquête est rendue difficile par ce que son père, qui semble être impliqué de près ou de loin dans cette histoire sordide, lui cache.

Alors qu’un second cadavre mutilé est retrouvé à Paris, l’enquête s’oriente vers une piste improbable : un ancien tueur en série ayant sévi au Congo, l’Homme-Clou, arrêté à l’époque par son père, et mort depuis quelques années dans une unité spécialisée en Bretagne…

Erwan devra alors mener de front une enquête de plus en plus complexe, une famille au bord de l’abîme, des magouilles dans l’exploitation minière que possède son père au Congo, une vie sentimentale chaotique ; le tout l’entraînant dans l’exploration de ses limites, de la noirceur de la perversité humaine, sur les traces de l’Homme-Clou.

J’ai dévoré cet excellent Grangé malgré ses 800 pages, sur le sillon de cette histoire totalement folle mais qui prend sens dans les derniers chapitres. On y retrouve une thématique chère à l’auteur, celle des modifications génétiques, mais qui ne dévie cette fois pas trop dans la science-fiction : de quoi rallier les déçus des précédents titres.

Lontano, de Jean-Christophe Grangé, est publié le 9 septembre 2015 chez Albin-Michel.

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