L'Homme Qui Lit

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L’Archipel du Chien, Philippe Claudel

Ma note :

Difficile de rater la publication d’un Philippe Claudel, quand on s’est habitué à la plume de cet auteur dont tous les livres m’ont plu. J’aurais mis un peu de temps pour me plonger dans ce nouveau roman, mais je l’ai dévoré à la faveur d’un été indien chaleureux, cadrant parfaitement à l’ambiance du récit.

Dans une île sans nom ni géographie, dont l’auteur ne dira seulement qu’elle est « une île quelconque. Ni grande ni belle. Guère éloignée du pays dont elle dépend mais qui en est oubliée, et proche d’un autre continent que celui auquel elle appartient, mais qu’elle ignore ». Une île de l’Archipel du chien, constitué d’une multitude de petites îles dont certaines sont désertes, une île qui en son centre accueille un volcan millénaire que ses habitants appellent le Brau, et qui vit de la culture de la vigne, d’oliviers, et de la pêche.

C’est sur une plage de cette île que s’échoueront trois corps, ceux de trois jeunes noirs sans identité, rejetés là par les courants, sans qu’on ne sache rien des vies qu’ils ont vécu, ni des épreuves qu’ils ont enduré. Parmi la poignée d’habitants au courant, la Vieille, l’Instituteur,  Amérique, le Maire, le Spadon, le Docteur, le Curé, réunis comme dans une mauvaise pièce de théâtre, auprès de ce qui devra rester un secret ne devant surtout pas être ébruité, au risque de mettre en péril le projet d’installation d’un centre thermal. Il faut, dans la plus grande discrétion, se débarrasser des corps.

Les morts allaient faire payer aux vivants leur indifférence. Ils avaient traité le corps de leurs frères humains comme des dépouilles animales. Ils avaient choisi le silence plutôt que la parole. Ils allaient en être punis.

Ce n’est que lorsque les remords auront eu raison du silence de l’Instituteur que l’histoire basculera, avec l’arrivée par le ferry de celui qu’on appellera le Commissaire, et qui viendra chambouler l’équilibre ancestral de cette île, la quittant après des drames, la laissant livrée à elle-même, à sa décrépitude, et à une mort certaine, que d’aucun verront comme une malédiction en représailles des actions commises.

Un roman envoûtant et rapidement dévoré, qui explore le caractère des hommes à l’épreuve du jugement dans cette ambiance insulaire si particulière, un roman d’actualité sur ces drames quotidiens qui se jouent sur les mers transportant tous ces êtres humains en quête d’une vie meilleure. J’y ai retrouvé avec plaisir la plume et les mécanismes d’un auteur qui n’a plus à prouver son talent.

L’Archipel du Chien, de Philippe Claudel, est publié le 14 mars 2018 aux éditions Stock.

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Les huit montagnes, Paolo Cognetti

Ma note :

Paolo Cognetti - Les huit montagnesSuccès incontesté de la dernière rentrée littéraire, ce premier roman de l’italien Paolo Cognetti était incontournable pour celles et ceux qui aiment les romans prenant pour cadre la nature dans ce qu’elle a de plus beau, de plus sauvage, à la Jack London. Sans surprise, le livre s’est vu récompenser du prix Strega, probablement le prix littéraire le plus prestigieux d’Italie, ainsi que du prix Médicis étranger.

Je ne sais pas quelle part de l’auteur se retrouve dans cette histoire, mais elle semble être de cette intimité qui en appelle à l’expérience et aux souvenirs plus qu’à l’imagination. Dans les montagnes de la Vallée d’Aoste, se niche le petit village de Grana, où Pietro et ses parents viennent passer leurs étés, loin de leur quotidien de citadins. C’est là que l’enfant fera la connaissance de Bruno, celui qui deviendra son meilleur ami, et sera accueilli par sa famille comme un deuxième fils.

C’est à ses côtés que Pietro découvre la vie de la montagne, ses ruisseaux, ses difficultés et ses beautés. C’est avec son père que les enfants s’élanceront sur les chemins de randonnées, à la conquête de ces paysages magnifiques que l’on ne découvre que de l’autre côté des cimes. Ces deux là, l’innocent citadin et le taiseux montagnard, étaient faits pour s’entendre.

Les années passent, et Pietro revient vingt ans plus tard sur les traces de son enfance. Avec Bruno, pas plus bavard qu’à l’époque, ils travailleront à remettre sur pied cette masure de pierres nichée dans la montagne. Ces moments passés ensemble sont ceux des amitiés sincères et intenses, et l’on envie parfois cette complicité qui souvent de passe de mots. Pietro découvrira que, malgré son départ à l’autre bout du monde, Bruno et son père ont conservé jusqu’à sa mort une forme de complicité, un lien presque filial.

Je commençais à comprendre ce qui arrive à quelqu’un qui s’en va : les autres continuent de vivre sans lui.

Après s’être fait la main sur quelques nouvelles, Paolo Cognetti signe là un premier roman très abouti, fort, dont l’intensité se niche dans des phrases à la simplicité aussi belle que cette nature sauvage qu’elles servent souvent à dépeindre. Il y a les grands espaces verdoyants de Jack London et les aventures estivales de jeunes enfants dans la nature, à l’ombre d’un père omniprésent, comme dans un roman de Pagnol. Autant de bonnes raisons pour que Les huit montagnes soit un plaisir à lire, et un véritable succès pour l’auteur.

Les huit montagnes, de Paolo Cognetti, est publié en Italie en novembre 2016 sous le titre « Le otte montagne » . Il est publié en France le 23 août 2017 aux éditions Stock, dans une traduction d’Anita Rochedy.

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Cortex, Ann Scott

Ma note :

Ann Scott - CortexL’Amérique et le monde entier sont sous le choc depuis que le Dolby Theatre à Los Angeles fut soufflé par une explosion en pleine cérémonie des Oscars. A l’intérieur, l’élite du cinéma international, autant d’acteurs que de réalisateurs, de producteurs, de membres de l’Académie ou de petites mains du septième art, soit plus de trois mille personnes, sont potentiellement mortes ou gravement blessées.

Dans la stupeur qui suit cet improbable attentat, où chacun se sent meurtri car connaît telle actrice ou tel réalisateur, trois personnages divaguent, portés par une sorte de déambulation irréelle.

Russ est un vieux réalisateur californien dont la femme, Susan, en phase terminale d’un cancer auquel elle n’aurait pas survécu, vient de se suicider. Dans les différentes régies qui entourent la cérémonie, il coordonne une dernière fois la retransmission des Oscars, avant de tirer sa révérence.

Burt Levine est un humoriste de New-York connu pour ses vidéos satiriques où il apparaît portant le masque d’une célébrité, entrain d’imiter sa voix. Sa dernière vidéo en ligne le montre sur le tapis rouge, grimé en Tom Hanks, entrain de s’auto-interviewer avec son téléphone, afin de critiquer la cérémonie et les fastueuses dépenses qu’elle entraîne, et de s’interroger sur le fait que personne n’ait encore songé à faire d’attentat contre cette décadence.

Enfin, Angie est une jeune réalisatrice française qui va bientôt se lancer dans un gros projet qu’elle porte depuis un moment. A la cérémonie, elle vient avec Jeff, avec qui elle recouche de nouveau depuis deux jours après l’avoir croisé par hasard aux États-Unis, lui qui réalise des bandes-son pour le cinéma.

Ces trois personnages vont se retrouver à graviter dans un Los Angeles frappé en plein cœur, attaqué dans l’un de ses évènements les plus emblématiques. Chacun d’eux aura des préoccupations différentes qui pourtant, les amèneront à faire se croiser leurs chemins. Dans cette ambiance hébétée, Ann Scott dépeint le portrait d’une Amérique meurtrie mais résiliente : un roman intéressant à la plume maîtrisée mais comportant malgré tout quelques longueurs dans le récit.

Cortex, d’Ann Scott, est publié aux éditions Stock le 3 mai 2017.

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Looping, Alexia Stresi

Ma note :

Alexia Stresi - LoopingCertaines femmes connaissent des destins incroyables, des vies rocambolesques, comme c’est le cas de Noelie, l’héroïne de ce second roman d’Alexia Stresi. Et même si l’œuvre est une pure fiction, c’est un beau clin d’œil qu’adressent les éditions Stock en publiant ce très beau roman un 8 mars, journée internationale des femmes.

Tout commence à Imperia, à la fin du dix-neuvième siècle, une ville placée « sous le soleil, près de la mer, et sur une terre fertile » qui vit de la culture des fleurs. Camilla est une jeune femme rustique, qui travaille aux champs avec les hommes la journée, s’occupe des bêtes le soir, et vit à la ferme avec ses parents. Quand après le passage d’une garnison de soldats, son ventre s’arrondit, ses parents accueillent la nouvelle sans grande chaleur, son père étant de ceux que l’on décrit comme taiseux.

À la campagne, il était naturel de se taire. C’était ainsi qu’on se comprenait le mieux, avant que les mots s’emmêlent.

Quelques mois plus tard naît Noelie, une petite fille dont la curiosité et la vivacité chambouleront rapidement la vie de la ferme. Quelques années plus tard, le père du soldat décide d’assumer les responsabilités que son fils n’a pas pris, et emmène Camilla et Noelie en ville dans sa vie d’industriel aisé, un monde de modernité, avec électricité, eau courante et accès à l’éducation. L’une et l’autre apprendront à lire et à écrire ensemble, binôme déjà inséparables.

Alors qu’elles retournent vivre à Imperia à la mort du vieil homme, leur vie va prendre un sacré tournant lorsque, quelques années plus tard, le soldat de passage revient accompagné d’un curé, bien décidé à épouser Camilla et à s’occuper de sa fille qu’il n’avait jusque là jamais vue. Soldat dévoué à un régime fasciste alors en pleine expansion, il sera envoyé en Libye, colonie italienne d’alors, comme podestat de Tripoli.

La rencontre de Noelie avec l’air chaud du moyen orient, le sable brûlant du désert et les tribus de bédouins, va changer sa vie et transformer le destin de celle qui était vouée à une vie de fermière illettrée pour en faire l’une des femmes les plus importantes d’Italie, côtoyant les chefs d’états, négociant le forage de l’or noir avec le nouveau régime libyen, s’entourant de la haute société italienne dans sa résidence de bord de mer.

C’est une folle épopée que la vie – les vies ? – de Noelie, un personnage incroyable comme on aimerait qu’il puisse en exister. J’ai lu d’une traite ce formidable roman en ayant l’impression d’avoir traversé l’histoire et les continents en trois heures d’une lecture ininterrompue. Une très belle découverte, et un joli coup de cœur que je ne saurai que vous conseiller de dévorer à votre tour.

Looping, d’Alexia Stresi, est publié le 8 mars 2017 aux éditions Stock.

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« Un président ne devrait pas dire ça… », Gérard Davet et Fabrice Lhomme

Ma note :

Davet et Lhomme - Un président ne devrait pas dire ça...Il en aura fait couler de l’encre, cet ouvrage ! Dés la parution des bonnes pages dans divers hebdomadaires et quotidiens, puis ensuite à sa sortie en librairie, ce livre eu un effet retentissant dans la presse – et dans les discussions – , comme de l’huile versée sur un feu déjà difficile à circonscrire, celui de la désaffection grandissante des français pour François Hollande.

Je le dis en préambule, j’ai attaqué la lecture de ce pavé de plus de 650 pages sans aucun esprit partisan, car je ne milite dans aucun parti, et que faisant fi de l’hystérie désormais collective qui touche le peuple dés lors que l’on parle de politique, j’ai gardé la tête sur les épaules en lisant cet essai, ce formidable témoignage, rédigé par deux journalistes. Je suis un électeur ayant échappé à la radicalisation politique, qu’on se le dise.

Quelques semaines avant l’élection présidentielle de mai 2012, Gérard Davet et Fabrice Lhomme ont proposé au candidat Hollande de le suivre dans son parcours et, s’il était élu, d’écrire sur les 100 premiers jours de son mandat. L’élection passée, un accord fut trouvé afin que les journalistes puissent poursuivre leurs rencontres mensuelles avec le président pendant cinq ans, jusqu’à l’été 2016, quelques mois avant la fin du mandat auquel il fut élu.

Ce livre est donc le fruit de leurs rencontres, officielles, qu’elles aient eu lieu dans son bureau à l’Élysée, dans l’un des salons du palais présidentiel, ou autour d’un apéritif dinatoire dans l’appartement de l’un des journalistes. Tout fut enregistré, tout fut abordé, sans crainte ni tabou. De ces soixante-et-un entretiens, les deux journalistes tirent un travail dans l’ensemble passionnant, non retouché par l’intéressé, aux thématiques regroupées dans plusieurs grands chapitres, tels que « L’homme » , « La Méthode » , « Les Affaires » , …

Lui, président, l’un des plus intègres que la France ait connus, l’un des moins obsédés par le pouvoir et ses attraits, aussi, n’aura sans doute pas été le catastrophique chef d’État si souvent dépeint.

Président impopulaire, François Hollande ne fût pas pour autant inactif pendant son mandat, et s’il reconnaît quelques mauvais choix, ou des orientations gouvernementales sur lesquelles il aura mal communiqué, il porte la nostalgie d’une présidence qui ne lui accorda aucune mémoire de ses bonnes réformes, des crises qu’il a su gérer, ou du rôle qu’il pu avoir dans la diplomatie internationale. Les auteurs évoquent « cette étrange fatalité qui colle aux basques du président : rien n’est porté à son crédit, même quand tout paraît, au moins sur le fond, pouvoir militer en son sens » .

Les auteurs résumeront à propos de l’actuel locataire de l’Élysée, qu’il « est plus un gestionnaire qu’un visionnaire. Un technocrate d’élite, pur produit de la méritocratie républicaine, doublé d’un homme raisonnable, souvent calculateur, dont la vie n’aura pas vraiment été traversée par le souffle de l’épopée… » .

Un essai épais mais passionnant, qui m’a permis de découvrir un homme discret, un président qui aura tenu la barre malgré les querelles au sein de ses gouvernements, malgré les quolibets, malgré les affaires dans son entourage politique, malgré une vie amoureuse exposée dans la presse à scandale, malgré un bilan qu’il aurait souhaité plus favorable, et qui aura tenu la plus belle promesse qu’il avait faite aux français : rester quoiqu’il advienne un président normal.

« Un président ne devrait pas dire ça… » de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, est publié aux éditions Stock le 12 octobre 2016. Il est également disponible au format de poche aux éditions Points depuis le 2 mars 2017.

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Sans oublier d’être heureux, Marie-Dominique Lelièvre

Ma note :

Marie-Dominique Lelièvre - Sans oublier d'être heureuxJe dis souvent que la lecture ne rend pas plus intelligent, mais ouvre le monde à celui qui s’y adonne. C’est une formidable fenêtre sur l’imagination, le fantasme, l’histoire, la connaissance, les sentiments humains. Je le dis sans honte, je ne connaissais pas Claude Perdriel avant de me plonger dans Sans oublier d’être heureux. Cette biographie romancée par Marie-Dominique Lelièvre n’est pas son coup d’essai, puisqu’elle s’est déjà attachée à dépeindre la vie d’Yves Saint Laurent, Brigitte Bardot, Serge Gainsbourg et Françoise Sagan.

Me voici donc plongé dans « la vie très imprévue de Claude Perdriel, inventeur, industriel et homme de presse » . Une vie d’entrepreneur avant tout, mais tous azimuts : l’homme possède à la fois la SFA, à l’origine des inénarrables Sanibroyeurs, et des journaux tels que Challenge et Le Nouvel Observateur. C’est sur ce dernier que Sans oublier d’être heureux se penche essentiellement, du rachat en 1964 de France Observateur alors en pleine tourmente financière,  jusqu’à l’homme d’aujourd’hui.

La politique, on y entre par conviction, on y reste par ambition.

Les années suivantes, Perdriel découvrira le métier d’homme de presse, son pouvoir alors croissant dans la vie politique du pays. D’une foi inébranlable en son instinct, combatif et souvent visionnaire, il transformera un journal sur le déclin en grand hebdomadaire. Socialiste convaincu, il sera recruté par François Mitterand pour organiser ses campagnes présidentielles, inaugurant alors la collusion dangereuse entre le pouvoir politique et les médias.

La vie de cet homme de 90 ans est fascinante, à beaucoup d’égards elle fait rêver, mais elle est le produit d’une génération et d’une époque, qui aujourd’hui ne connaît plus de destins aussi forts que celui de cet entrepreneur au grand coeur. Un roman qui m’apprend quelque chose, c’est forcément une réussite pour moi, mais c’est en plus un récit dont on ne se lasse pas, bercé par la plume talentueuse de Marie-Dominique Lelièvre. A lire !

Sans oublier d’être heureux, de Marie-Dominique Lelièvre est publié le 7 septembre 2016 aux éditions Stock.

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Bronson, Arnaud Sagnard

Ma note :

Arnaud Sagnard - BronsonVoilà que s’achève la dernière lecture des quatre titres proposés par les éditions Stock pour le Prix SensCritique du Premier Bouquin, après L’éveil de Line Papin, Anthracite de Cédric Gras et Un travail comme un autre de Virginia Reeves, mon préféré de tous. Bronson est un peu différent des autres titres, puisqu’il s’agit d’une biographie romancée, un genre auquel je ne m’essaie pas assez souvent étant de principe peu attiré par les récits biographiques, mais dans lequel il faut reconnaître aux auteurs récents une volonté payante de transformer l’essai biographique en véritable roman, en invitant un peu la fiction pour lier les faits historiques entre eux.

« L’homme délesté de tout ce qui est accessoire » . Un jour, un critique a écrit cette phrase à son sujet. Névralgique et silencieux, Bronson est une puissance de retrait. L’air se raréfie en sa présence, ce stoïcien armé d’un revolver ne sature pas l’espace comme le font la plupart des grandes acteurs, il vide plutôt l’écran de toute autre présence. Sans se battre ni parler, il exerce une forme performative de violence. Elle est déjà là comme une pesanteur.

Bronson est une légende du cinéma américain, un homme destiné à tout sauf à se retrouver sur grand écran, qui débuta sa vie comme mineur de charbon, dans une famille de mineurs, habituée aux drames. Né entre deux guerres, il sera mobilisé lors de la seconde et se retrouvera mitrailleur dans la queue d’un avion militaire, à essayer de sauver sa peau face aux pilotes japonais.

Après quelques cours de théâtre dans une grande ville, Bronson se fait remarquer pour sa gueule, son physique de bandit qui l’aidera aussi souvent qu’il ne le pénalisera dans la vie. Un taiseux avare de mots souvent cantonné à ces rôles d’individu imperméable, qui aime les femmes à sa façon, et épousera sa première femme à 28 ans.

La carrière de Bronson sera ensuite à l’image de la filmographie qu’il laisse derrière lui après son décès en 2003 : un long succès, l’acteur étant adulé partout où il passe. « Depuis qu’il est apparu à l’écran un harmonica à la bouche, le public européen lui voue un culte sans précédent. (…) Il est le détenu creusant le tunnel du salut, l’homme poursuivant et trouvant l’assassin de son frère, l’enquêteur résolvant un mystère, il sera l’amant traquant et punissant la femme qui l’a trahi, l’Indien condamnant l’oppresseur, le mafieux mettant à bas le système, l’espion mettant fin à la guerre froide… » .

Arnaud Sagnard fait du récit de la vie de Charles Bronson, né Bunchinsky, un roman intriguant, une biographie originale qui plus souvent qu’à son tour donne envie de s’installer devant sa télé pour visionner ces films mythiques qui ne sont pourtant pas de ma génération, afin de rencontrer cet acteur dont je connais désormais la vie sans en connaître l’oeuvre.

Bronson, d’Arnaud Sagnard, est publiée le 24 août 2016 aux éditions Stock.

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Anthracite, Cédric Gras

Ma note :

Cédric Gras - AnthraciteSeconde lecture de la sélection de premiers romans publiés chez Stock, en lisse pour le Prix SensCritique du Premier Bouquin, et déjà un peu plus intéressé qu’avec L’éveil de Line Papin, qui m’avait plutôt endormi.

Nous sommes donc cette fois en Ukraine, en 2014, à l’époque dite de la « crise ukrainienne » , quand le gouvernement décide de ne pas se rattacher à l’Union Européenne, entraînant alors sa chute dans une révolution partant tous azimuts. La crise prit une dimension internationale lorsque la presqu’île de Crimée demande à rejoindre la Fédération de Russie, entraînant un chaos diplomatique et militaire de grande envergure. Dans le Donbass, une région du sud-est de l’Ukraine, les miliciens s’affrontent, d’un côté les pro-russes, de l’autre les ukrainiens.

Au centre de tout ça, deux amis d’enfance aux destins divergents – l’un est chef d’orchestre et fuit une arrestation imminente, l’autre dirigeait une mine d’anthracite, une variété de charbon gris – prennent la fuite et tentent, en sauvant leur peau, de mettre à l’abri les femmes qu’ils aiment.

J’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire, mes connaissances du conflit ukrainien n’allant pas plus loin que celles apportées par les journaux télévisés et la presse en ligne (mais merci Wikipédia, hein !), et le roman était quelques fois un peu difficile à suivre dans sa logique. Il y a du bon, dans ce roman flirtant de réalisme, et j’ai apprécié la cocasserie des certaines situations, qui prêtent à sourire, en dépit du fait que l’on se retrouve au beau milieu d’une guerre, avec de vrais morts, et qu’en soit ça ne me fasse pas franchement marrer. J’ai été moins ennuyé mais pas passionné par l’histoire de ce premier roman.

Anthracite, de Cédric Gras, est publié le 24 août 2016 aux éditions Stock.

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Un travail comme un autre, Virginia Reeves

Ma note :

Virginia Reeves - Un travail comme un autreTroisième lecture des quatre titres proposés par les éditions Stock aux dix membres du jury de cette 1ère édition du Prix SensCritique du Premier Bouquin… et enfin un roman qui m’a absorbé. La courte biographie de l’auteur sur son site nous informe qu’elle est diplômée en écriture par l’université d’Austin au Texas, et qu’elle est désormais retournée vivre en famille dans le Montana, d’où elle est originaire. Ce premier roman a par ailleurs été retenu lors de la première sélection de treize titres du Man Booker Prize, l’un des plus prestigieux prix littéraires anglophones, mais il n’a malheureusement pas été retenu parmi les six finalistes.

Alabama, années 1920. Roscoe T Martin est électricien, ancien employé de la compagnie d’électricité Alabama Power, parti s’installer avec son épouse Marie et leur jeune fils Gerald dans la ferme de ses beaux parents dont ils ont hérité. Fasciné depuis toujours par la magie de ce courant dont il perçoit très vite le développement fulgurant, il s’adapte mal à la vie de fermier et ne s’occupe guère de l’exploitation qui décline alors doucement. Un jour, il décide que ses compétences d’électricien peuvent servir à moderniser la ferme, et avec l’aide de Wilson leur employé noir, prend sur lui de détourner du courant électrique sur une ligne de son ancienne compagnie qui passe à proximité, laissant croire à tout le monde que la compagnie innove en électrifiant les exploitations agricoles.

La ferme reprend lentement vie, de même que le couple, et l’exploitation connaît alors une période relativement heureuse. Seulement voilà, un soir alors que la famille est en plein dîner, le shérif vient arrêter Roscoe pour vol, mais également pour homicide : un des employés d’Alabama Power chargé de la maintenance des lignes est tombé sur leur installation permettant de détourner le courant et est mort électrocuté par son transformateur maison.

Tandis que Wilson est condamné comme complice, et vendu comme prisonnier à une mine, Roscoe est envoyé dans la prison de Kilby après avoir été condamné à vingt ans de prison lors d’un procès bâclé où sa femme refusera de venir le voir.

Le roman alterne entre les récits de la vie en prison, une prison moderne qui vient de se doter de la chaise électrique, et l’histoire de cette famille jusqu’au drame qui la fit voler en éclat. Je n’avais absolument pas entendu parler de ce roman, et c’est dommage, parce que je l’ai littéralement dévoré ! Le personnage de Roscoe, autour de qui tourne le récit, est plus complexe qu’il n’y paraît et rend l’histoire plus surprenante, ses réactions moins prévisibles. Je me suis surpris à m’être attaché à celui qui, dans les premières pages, m’avait clairement rebuté. C’est un roman magnifique sur la famille, sur la prison, sur le pardon et la rédemption : une de mes lectures préférées de cette année !

Un travail comme un autre, de Virginia Reeves, est publié en mars 2016 aux États-Unis sous le titre “Work Like Any Other” . Il est publié en France le 24 août 2016 aux éditions Stock dans une traduction de Carine Chichereau.

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L’éveil, Line Papin

Ma note :

L'éveil - Line PapinJe suis un fervent utilisateur du site SensCritique depuis plusieurs années. J’ai regardé avec un brin de jalousie l’industrie du cinéma offrir les meilleurs partenariats commerciaux à ce site de partage de critiques (et de bien plus, d’ailleurs). Aussi quand j’ai vu passer l’info d’un partenariat avec un éditeur, j’ai sauté sur l’occasion pour proposer ma candidature : autant vous dire que j’étais super content d’être retenu avec neufs autres lectrices et lecteurs du site.

L‘idée, c’est de nous partager via la plateforme NetGalley quatre “premiers romans” publiés aux éditions Stock à l’occasion de cette rentrée littéraire, de nous demander de les lire puis d’en publier notre avis sans contrainte au moins sur SensCritique, afin de désigner un lauréat. Vous avez raison, c’est un peu biaisé, parce que c’est une opération commerciale avant tout, et j’aurais aimé comme certains d’entre vous que SensCritique propose un prix littéraire indépendant. Qui sait, les années suivantes peut-être ?!

Concernant ma première lecture, L’éveil, je suis moins enthousiaste. J’ai découvert au moment de rédiger cet avis très bref que son auteur, Line Papin, avait tout juste vingt ans, et je n’avais même pas pris le temps de lire le résumé du roman, aussi on ne pourra pas penser que j’en ai débuté la lecture avec un à priori.

Nous sommes au Viêt Nam, à Hanoï. Un français expatrié bosse comme serveur et lors d’une fête, y fait la rencontre de Juliet, la fille de l’ambassadeur d’Australie. C’est mignon, ça sent bon les amourettes de vacances, on s’imagine déjà les balades dangereuses accrochés l’un contre l’autre sur un scooter dans les rues bondées, à jouer du klaxon pour essayer de n’écraser personne, et le coucher de soleil la tête de la fille posée sur l’épaule du garçon, doigts entrelacés, le regard perdu dans l’immensité du paysage teinté d’une douce chaleur rose orangée. On rêve un peu, on pourrait oublier avoir déjà subi Marc Lavoine et Zoé Félix dans le même genre de scène au cinéma.

Et en fait, non. Pour rester dans la tradition culturelle française, on se retrouve embarqué dans un ménage à trois avec une autre française, Laura, qui vient brouiller les cartes avec son anorexie, ses excès, son instabilité.

Tout n’est pas à jeter avec l’eau du bain, dans ce premier roman. Bon, c’est peut-être parce que je suis un mec, allez savoir, mais ces atermoiements émotionnels féminins, ça m’épuise : c’est lors de ce genre de lecture que je suis heureux d’être gay, pour tout vous dire. Et qu’on écrive un roman où le mec réfléchit comme une femme, c’est un mauvais point. Pour autant, il faut reconnaître que l’essentiel de la lecture est plutôt agréable et que la plume de l’auteur est prometteuse. À surveiller, donc.

L’éveil, de Line Papin, est publié le 24 août 2016 aux éditions Stock.

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