L'Homme Qui Lit

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Corniche Kennedy, Maylis de Kerangal

Ma note :

Maylis de Kerangal - Corniche KennedyLa chaleur de l’été est étouffante sur la cité phocéenne, et les jeunes issus des quartiers populaires trompent l’ennui en bravant les interdits. En bord de mer, coincée au bord d’une route longeant de belles propriétés, la corniche Kennedy est une petite falaise brute, agrémentée d’une zone bétonnée, et dépourvue de plage. C’est là qu’une petite bande, celle d’Eddy et ses copains, vient sauter depuis différentes hauteurs dans une mer qui n’est pas sans danger, le courant ayant déjà tué quelques intrépides.

Afin d’éviter ces morts inutiles, le maire de la ville est décidé à faire respecter la loi, et demande à la police de veiller à ce qu’aucun gamin ne contrevienne à ses arrêtés. C’est Sylvestre Opéra, un commissaire en surpoids, dégoulinant de sueur dans un bâtiment sans air conditionné, qui sera en charge de protéger son littoral, situé juste en face de l’immense bloc du commissariat. Depuis les toits, équipé d’une puissante paire de jumelles, il surveille d’un œil mi-amusé mi-autoritaire cette bande qui n’aspire qu’à profiter de l’été.

Pour les gamins, il s’agit surtout de se prouver quelque chose, de faire le fier devant les filles et les copains, d’imaginer les prouesses les plus folles et les cris les plus extravagants pendant cette chute, ce temps suspendu où les corps en pleine transformation semblent n’appartenir ni à la terre, ni à la mer, libres de toute entrave. Et c’est Suzanne, une fille de bonne famille qui s’ennuie dans sa villa située un peu plus haut, qui viendra perturber l’équilibre de cette petite bande, en imposant sa présence sur la corniche aux côtés des intrépides sauteurs.

C’est dans cette drôle d’ambiance, lourde de la chaleur d’un été sans air, que Maylis de Kerangal dissèque une fois de plus avec brio une tranche de vie, du côté des ados insouciants où les rapports de forces se jouent encore à des niveaux qui prêtent à sourire, comme du côté de l’autorité, volontairement grotesque face à cette bande rebelle. Un court roman à l’écriture ciselée, fidèle à l’esprit de l’auteur pour les belles histoires au rythme soutenu.

Corniche Kennedy, de Maylis de Kerangal, est publié en août 2008 dans la collection Verticales des éditions Gallimard, et disponible en poche chez Folio depuis avril 2010.

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Romanesque, Tonino Benacquista

Ma note :

Tonino Benacquista - RomanesqueQuelle meilleure journée que celle de la Saint-Valentin pour vous parler de l’une des plus belles histoires d’amour que j’ai pu lire ? Il faut en plus admirer le clin d’œil du destin, car c’est un ancien petit ami qui m’a offert deux romans de cet auteur qu’il aimait tant et dont je n’avais jamais entendu parler, et qui depuis fait parti de ceux que je suis avec une attention toute particulière, tellement ses romans résonnent en moi et me comblent à chaque fois.

J’avais acheté Romanesque lors de sa sortie, pour la rentrée littéraire de 2016, et je l’avais laissé dans les rayons de ma bibliothèque, jusqu’à ce que je réalise il y a quelques semaines, en surveillant une éventuelle nouveauté de Benacquista, que j’étais passé à côté de la lecture de son dernier roman… qui vient d’ailleurs tout juste de sortir en poche chez Folio. Une fois sa lecture terminée, sachez seulement que j’ai amèrement regretté de ne pas avoir savouré ce livre dés sa sortie.

Ce roman, c’est un peu un conte, une légende. Celle d’un couple maudit d’être tant amoureux qu’il se retrouve contraint à errer pendant des siècles sans jamais trouver la paix que leur amour mérite. Un couple de français est en cavale à travers les États-Unis, sans que l’on sache ce à quoi ils cherchent à échapper, et bientôt une gigantesque chasse à l’homme s’ouvrira. Dans leur cavale, ils se réfugient dans un théâtre pour assister à l’étonnant spectacle d’une histoire d’amour damnée, Les mariés malgré eux, une pièce du Moyen Âge à propos d’un braconnier et d’une cueilleuse qui, fous l’un de l’autre, défieront toutes les lois pour vivre leur amour comme ils l’entendent.

Car ce couple-là avait déjà été puni, sur la Terre, puis au Ciel, et sur la Terre à nouveau. Il avait été persécuté dès le premier jour, il avait subi la peine capitale, il avait été sermonné par Dieu, puis chassé de son paradis, il avait connu la tempête, la fièvre, la prison, l’asile, l’acharnement des hommes, la menace des bêtes, la violence des éléments, tant de tourments subis au nom d’un seul : la privation de l’être aimé.

Il faut tout le talent de conteur et la plume magnifique de Tonino Benacquista pour réussir ce tour de magie littéraire et historique, celui de nous faire traverser les siècles aux côtés de ces deux amants bannis par la communauté, dont l’amour cristallin engendrera autant de rejet que d’admiration, ni les hommes ni les dieux ne parvenant à les séparer.

C’est un roman absolument magnifique, immanquable, peut-être l’un des plus beaux romans que j’ai pu lire, qui m’a souvent ému aux larmes et à propos duquel je ne saurais pas dire plus que : foncez, laissez-vous porter par cette histoire, vous ne le regretterez pas. Coup de coeur absolu !

Romanesque, de Tonino Benacquista, est publié en août 2016 dans la collection Blanche aux éditions Gallimard, et est disponible en poche aux éditions Folio depuis le 1er février 2018.

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Chagrin d’école, Daniel Pennac

Ma note :

Daniel Pennac - Chagrin d'écoleJ’ai découvert deux choses futiles et une chose importante avec ce petit roman autobiographique d’environ 300 pages dont la lecture fut savoureuse. La première, c’est que Pennac est un diminutif du nom Pennacchioni, et la seconde est que l’auteur est un vieux monsieur aux cheveux gris, ce qui m’a surpris parce que j’avais décidé en achetant ce roman dont l’auteur m’était alors totalement inconnu, qu’il serait un jeune quadra dans la fleur de l’âge. Bref, voilà pour les futilités.

Chagrin d’école retrace une carrière d’enseignant, une vie dédiée à l’apprentissage, à l’accompagnement des jeunes vers l’acquisition des connaissances. Sa mémoire de prof est surtout tournée vers ceux dont on parle moins, où jamais comme il faut : les cancres. Lui qui fut, jusqu’à sa maîtrise de lettres, considéré comme un cancre sans avenir par ses enseignants et sa famille, prend un plaisir serein à guider les élèves en difficulté sur le chemin de la réussite.

Rien n’est magique, et Pennac s’amuse de ses méthodes pédagogiques peu orthodoxes, rarement académiques, mais régulièrement efficace auprès des élèves qui ont baissé les bras face au savoir. Je me suis surpris au fil des pages à m’imaginer enseigner avec le même amour que lui pour la transmission, la même foi dans les capacités de ces jeunes habitués à ce que le corps enseignant  se conforme à leur prétendue incapacité.

Et c’est peut-être ça, la chose la plus importante de ce livre, c’est la leçon que tire Pennac de ses années de professeur : qu’il n’y a pas de recette magique, qu’il faut accepter l’échec, mais que toujours, les élèves ont besoin d’amour, ont besoin qu’on croit en eux. Une autobiographie bercée d’une douce nostalgie, débordante d’humanité et de malice.

Chagrin d’école, de Daniel Pennac, est publié en octobre 2007 aux éditions Gallimard dans la collection Blanche. Disponible au format de poche depuis mars 2009 chez Folio.

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La vie sexuelle des super-héros, Marco Mancassola

Ma note :

Marco Mancassola - La vie sexuelle des super-hérosJe serai tenté d’avertir le lecteur : ce livre n’est pas ce que vous imaginez. J’ai souvent lu, au moment de sa publication, des avis négatifs à son encontre, généralement rédigés par des lecteurs masculins, bercés depuis leur adolescence dans le monde formidable des super-héros de comics, fans inconditionnels des ces héros aux pouvoirs extraordinaires et aux tenues moulantes.

S’il est bien question de certains de ces héros, et de leur vie sexuelle, passez votre chemin si vous vous attendez à lire un comics sous forme de roman, car cela n’à rien à voir. Il s’agit d’un vrai roman de littérature, qui utilise les mêmes personnages que dans ces bandes-dessinées pour adultes, mais le propos est beaucoup plus noir, le style plus proche d’un essai dramatique.

Dans une Amérique post-11 septembre, les super héros ont raccroché leurs uniformes pour profiter d’une retraite, tantôt médiatique, tantôt dans le monde des affaires. Pourtant, ces anciens héros démystifiés menant des vies quasi ordinaires sont la cible d’un mystérieux tueur. Robin d’abord, puis un à un, ces héros reçoivent une lettre les informant de leur sort funeste à venir.

Mancassola consacre à chacun de ces héros un chapitre de son roman, en commençant par Mister Fantastic, l’homme élastique reconverti en homme d’affaire à succès, puis ensuite Batman, Mystique et Superman. La vie et la personnalité de chacun d’eux est décortiquée à l’aube d’un pays ayant perdu ses repères, dans une société transformée, et chacun doit faire face à ses doutes et à ses interrogations. L’enquête de police menée par l’inspecteur Dennis De Villa constitue le fil conducteur de roman écrit comme un polar.

Je dois reconnaître que j’ai été totalement happé par ce roman. L’écriture de l’auteur est talentueuse, j’ai pris un plaisir fou à me retrouver plongé dans la vie des hommes extraordinaires, et il faut également pour cela rendre hommage au traducteur Vincent Raynaud. Un roman sombre, introspectif, à l’écriture parfaite, que je n’ai pas lâché et que je pourrais relire avec, j’en suis sûr, autant de plaisir que la première fois.

La vie sexuelle des super-héros, de Marco Mancassola, est publié en Italie en 2008 sous le titre « La vita erotica dei superuomini ». Il est publié en France chez Gallimard en janvier 2011 dans une traduction de Vincent Raynaud. Disponible au format de poche depuis mai 2012 chez Folio.

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Le liseur du 6h27, Jean-Paul Didierlaurent

Ma note :

Jean-Paul Didierlaurent - Le liseur du 6h27Il y a deux ans, un auteur inconnu du grand public – dont plusieurs nouvelles avaient été pourtant primées auparavant – faisait sa grande arrivée médiatique avec un livre dont à peu près tout le monde a parlé, sauf peut-être les cercles les plus intellectuels, dont les lectures doivent demeurer les plus en hauteur possible vis-à-vis des lectures populaires.

Le liseur du 6h27, c’est Guylain Vignolles, un tueur de masse : chaque matin, il grimpe dans un wagon bien précis du même RER, afin de se rendre comme des centaines de milliers de franciliens, à son travail. Et quel travail ! Guylain est un ouvrier qualifié qui a tout pour être détesté des lecteurs : il s’assure qu’une énorme machine outil au nom barbare déchiquette les livres qu’on lui fournit par tonnes afin qu’elle les détruise et les transforme en produit brut.

Pourtant, dans ce massacre quotidien, quelques feuilles échappent aux impitoyables broyeuses et c’est notre héros abhorré qui au nez et à la barbe de son odieux responsable d’atelier les sauve d’une mort annoncée, en les cachant dans sa blouse… afin de les lire le lendemain dans le RER du 6h27.

Ce rendez-vous quotidien dans le wagon de Guylain a ses adeptes, et lorsqu’il saisit les précieux feuillets épargnés, le silence se fait toujours. Les fans en réclament, et Guylain est même convié dans une maison de retraite pour faire profiter ceux qui ne peuvent se déplacer de ses intrigantes lectures.

Jean-Paul Didierlaurent, l’homme aux quatre prénoms, nous offre un roman d’une douceur enchantante, de ceux que l’on lit facilement et qui laissent un discret sourire de la première à la dernière page. Un roman solaire qui réconcilie avec l’humanité, comme Gavalda ou Constantine savent le faire avec brio, et que je ne peux que conseiller.

Le liseur du 6h27, de Jean-Paul Didierlaurent est publié en mai 2014 aux éditions Au diable vauvert. Disponible au format poche depuis août 2015 chez Folio.

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Les mangeurs d’étoiles, Romain Gary

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Romain Gary - Les mangeurs d'étoilesIl faut avant toute chose faire un aveu difficile pour un amoureux des livres : je n’avais jamais lu Romain Gary. Pas que j’ai dû faire face à de quelconques réticences, non, juste qu’il fait parti de cette trop longue liste de « classiques » publiés avant que je me mette à dévorer les sorties en librairie, et dans laquelle je pioche de temps à autre un titre. De Gary, je ne savais que deux choses : d’une part, je devais le lire, cela me semblait incontournable, d’autre part il fût le seul écrivain à obtenir deux fois le prix Goncourt, ce qui est théoriquement impossible, sauf à brouiller les pistes comme il aimait tant le faire en publiant régulièrement sous pseudonyme. C’est dire le talent de l’écrivain.

Pour un premier essai, il est réussi, j’ai été happé dans ce récit à l’écriture moderne, et les cinquante ans bien tassés de ce roman ne se devinent pas au travers la plume de l’auteur. Gary, qui fut diplomate et effectua quelques missions consulaires en Amérique du Sud, nous plonge dans une dictature comme il en existait dans plusieurs pays de la zone à cette époque.

Alors que ce pays qui n’est jamais nommé est en proie à une révolte comme il s’en faisait régulièrement, un dictateur révolutionnaire en chassant un autre, plusieurs saltimbanques et artistes de cirque de toutes nationalités sont réunis et se dirigent en convoi pour une représentation destinée à José Almayo, dictateur en place et amateur affamé de ce genre de performances, en quête d’un tour s’approchant du mystique.

Mais dans ce pays en pleine révolte, l’heure n’est pas au spectacle, et très vite les invités de marque se retrouvent alignés face au peloton d’exécution, aux côtés de la mère du dictateur, et de son égérie américaine.

Construit essentiellement autour de récits des souvenirs des protagonistes, Les mangeurs d’étoiles interroge sur la folie des dictateurs, et sur la ferveur que certains hommes peuvent vouer à des projets extravagants. Ce portrait d’un dirigeant fictif, homme inculte nourri d’obsessions religieuses, rêvant d’un pacte avec le Diable faisant de lui le Hitler du continent, est une lecture passionnante qui ne manque pas de réalisme, d’intelligence ou de contemporanéité.

Les mangeurs d’étoiles, de Romain Gary, est publié en 1961 au Royaume-Uni sous le titre « The Talent Scout », puis en 1966 en France aux éditions Gallimard. Disponible depuis 1981 au format poche aux éditions Folio.

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Impardonnables, Philippe Djian

Ma note :

Philippe Djian - ImpardonnablesIl est tout à fait possible d’avoir été enivré par l’écriture et le style d’un auteur dans un précédent roman (Impuretés, en l’occurence), tout en découvrant lors d’une seconde lecture qu’en réalité, c’était probablement un effet isolé qui n’avait pas vocation à se répéter… Pourtant, on se dit « Philippe Djian, c’est quand même celui qui a écrit 37°2 le matin, et puis la saga Doggy Bag !« , mais rien n’y fait, je me suis ennuyé.

Impardonnables est un roman dans le roman, et on songerait volontiers que l’oeuvre est autobiographique, le temps de quelques pages. Pourtant, l’écrivain qui connu en son temps le succès s’appelle ici Francis, et il est en proie aux questionnements existentiels que tous les intellectuels aux alentours de la cinquantaine connaissent.

La vie ne lui a pourtant pas fait de cadeau : marié et père de deux enfants, il a vu mourir sous ses yeux sa femme et l’une de ses filles dans un terrible accident. Aujourd’hui, c’est sa fille Alice qui semble avoir disparue, personne n’a plus de nouvelles d’elle, et Francis est terriblement inquiet. Son nouveau couple, qui subissait les assauts du temps depuis déjà quelques mois, ne fait que souffrir de cette disparition.

Impardonnables interroge, comme le titre le laisse imaginer, sur la capacité, le désir et la place du pardon dans la société. Un père doit-il tout pardonner à sa seule fille ? Un mari doit-il tout pardonner à sa femme par amour ? Une mère doit-elle pardonner à un fils de ne pas être celui qu’elle aurait aimé ? Un veuf doit-il se pardonner le décès de sa femme ? Autant de questions qui resteront sans réponse, abordées dans le style littéraire très français, un peu existentialiste, un peu mélancolique, un peu dépressif, vaguement interrogatif, avec une notion très mince de philosophie derrière. Bref, un livre loin d’être indispensable, dont la lecture est assez ennuyante. Rien d’impardonnable, donc, si vous vous dispensez de le lire…

Impardonnables, de Philippe Djian, est publié en janvier 2009 chez Gallimard. Disponible en format poche chez Folio depuis avril 2010. Il a été adapté au cinéma en 2011 par André Téchiné.

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