L'Homme Qui Lit

À propos des livres

Étiquette : éditions du seuil

Qui a tué mon père, Édouard Louis

Ma note :
Edouard Louis - Qui a tué mon père

C’est une surprise sans en être une : j’ai détesté ce roman. Roman, récit, à vrai dire on ne sait jamais trop avec Édouard Louis, l’homomiséreux du Nord qui avait déjà essayé de nous arracher, en vain, quelques larmes lors de ses deux précédentes psychanalyses littéraires, En finir avec Eddy Bellegueule et Histoire de la violence.

Cette fois, il suffit de tenir l’ouvrage en main pour savoir que l’on sera vite débarrassé, le tout ne faisant que quatre-vingt et quelques pages, et pourtant l’éditeur a vraiment tout fait pour donner un peu d’épaisseur au récit en réduisant le format d’impression, en limitant à 22 lignes chaque page, et en aérant le tout au maximum. Globalement, vous aurez une brochure pour 12 euros.

C’est peut-être ça, le pire, de payer 12 euros pour ce bouquin. J’aurais pu, j’aurais dû ne pas l’acheter, et j’ai même fait une carte d’emprunt à ma médiathèque municipale en ce sens, pour m’économiser le prix des mauvais bouquins (je l’ai inaugurée avec la mièvre déclaration d’amour de Philippe Besson à Emmanuel Macron, autant dire que l’investissement était justifié !), mais je ne sais pas pourquoi, en ce jour de canicule, alors que la ville se terrait à l’ombre en attendant la nuit pour respirer de l’air frais, je suis allé à pieds jusqu’à ma librairie, et probablement déshydraté, apoplexique, j’ai acheté Édouard Louis.

12 euros, donc, pour se farcir cet addendum à ses précédentes psychanalyses, notez que c’est ironique puisque normalement c’est à celui qui fait sa psychanalyse de payer, pas à ceux qui l’écoutent ou le lisent. Sur le récit, il n’y a pas grand chose à dire, la forme est fluide, l’auteur a une belle plume c’est évident, et c’est presque du gâchis. Sur le fond, c’est dégoulinant de bons sentiments,, de misère pas chère, heureusement que je ne suis pas dépressif sinon j’aurais dû aller m’avaler un anxiolytique pendant ces vingt minutes de lecture.

La dédicace à Xavier Dolan en début d’ouvrage m’a fait sourire car on pourrait effectivement croire que l’auteur essaie de rivaliser dans son récit littéraire avec les récits filmographiques du canadien, qui lui aussi aime à nous rappeler que son Œdipe ne s’est pas bien passé. Bref, une lecture malheureusement conforme à mes attentes, qui aurait vraiment méritée que je l’emprunte à la médiathèque. Bonne nouvelle malgré tout : ce sera ma dernière lecture de cet auteur, c’est décidé !

Qui a tué mon père, d’Édouard Louis, est paru le 3 mai 2018 aux éditions du Seuil.

Partagez...
0

Celui qui est digne d’être aimé, Adbellah Taïa

Ma note :

Abdellah Taïa - Celui qui est digne d'être aiméJ’ai toujours été sensible à la plume d’Abdellah Taïa, même si tous ses romans ne m’ont pas touché avec la même intensité, ou pour les mêmes raisons. Il y a pourtant une constante solide à son œuvre, c’est cet enchevêtrement complexe de fiction et de récit personnel, qui fait que l’on ne sait jamais trop à quel moment l’on doit être empathique, touché par le destin d’un personnage potentiellement pur produit de l’imagination de l’auteur.

Celui qui est digne d’être aimé ne diffère pas, en ce sens, de ses précédents romans. Ahmed est un marocain de quarante ans, installé à Paris. Le récit débute par une lettre à sa mère, sorte de figure tyrannique dans sa mémoire adolescente, décédée quelques années plus tôt, dans laquelle il exorcise ses démons et parle sans faux semblants de son homosexualité à cette mère qui avait effacé le père à peine était-il mort.

Ahmed, c’est aussi un cœur meurtri, un garçon tombé amoureux trop tôt d’un flamboyant français qui, d’une attitude paternaliste, aurait presque glissé à une posture colonialiste. C’est dans les lettres que ce roman s’écrit, et c’est une lettre de rupture qu’Ahmed écrit à Emmanuel, une lettre lucide sur le chemin parcouru, sur les bénéfices perçus, et sur l’émancipation du jeune homme de Salé, devenu aujourd’hui professeur en France.

Enfin, il y a cette lettre d’amour de Vincent, un amour fou et passionné, dévoré dans l’instant, aussi fugace que tragique, et celle de Lahbib, d’un amour d’évidence, fraternel, lui-même objet d’une attention concupiscente de la part d’un homme en âge d’être son père.

Derrière ce court récit épistolaire, c’est tout le talent d’Abdellah Taïa qui se dessine. C’est une longue et morne mélancolie comme on les aime, bercée d’amour, de déception et de souvenirs du Maroc, avec tout au fond, là-bas, l’espoir d’un avenir meilleur, d’un amour heureux, d’êtres en paix avec eux-même.

Celui qui est digne d’être aimé, d’Abdellah Taïa, est publié le 5 janvier 2017 aux éditions du Seuil.

Partagez...
0

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén