L'Homme Qui Lit

À propos des livres

Dans la forêt, Jean Hegland

Ma note :

Les livres ont parfois cette étrange manie de tomber à point nommé, que ce soit quand vous les croisez dans les rayonnages de votre librairie, ou que vous vous décidiez à les sortir de votre bibliothèque pour les lire : si l’on doutait encore que les livres avaient une âme et que c’étaient eux qui nous choisissaient, et non l’inverse, il fallait lire Dans la forêtroman post-apocalyptique publié initialement en 1996 mais resté confidentiel jusqu’à son retour en grâce en 2016 – en pleine pandémie mortelle de coronavirus.

Choisi au hasard dans ma conséquente pile à lire (oui, bon, je sais…), j’avais une certaine fébrilité à l’idée de m’attaquer à ce livre qui m’avait tant donné envie lors de son achat mais dont j’avais totalement oublié le sujet. Je n’avais que deux certitudes : j’y serai dans la nature, merci le titre et l’éditeur Gallmeister, spécialisé dans le nature writing.

En même temps que l’inquiétude et la confusion est apparu un sentiment d’énergie, de libération. Les anciennes règles avaient été temporairement suspendues, et c’était excitant d’imaginer les changements qui naîtraient inévitablement de ce bouleversement, de réfléchir à tout ce qu’on aurait appris – et corrigé – quand les choses repartiraient. Alors même que la vie de tout le monde devenait plus instable, la plupart des gens semblaient portés par un nouvel optimisme, partager la sensation que nous étions en train de connaître le pire, et que bientôt – quand les choses se seraient arrangées -, les problèmes à l’origine de cette pagaille seraient éliminés du système, et l’Amérique et l’avenir se trouveraient en bien meilleure forme qu’ils ne l’avaient jamais été.

Dans la forêt, donc, c’est l’histoire de deux sœurs racontée par l’une d’elle dans un cahier d’écolier, après que le monde d’hier se soit arrêté pour une raison assez floue pour être transposable à toutes les crises qui nous pendent au nez, voire que nous traversons. Elles vivent donc dans la maison familiale, à l’écart d’une petite ville de Californie, dans une certaine quiétude malgré l’absence. L’absence de leur mère, d’abord, emportée par la maladie. L’absence de leur père, ensuite, emporté par un banal accident.

Et l’absence de tout, ensuite. Plus de nouvelles. Plus d’électricité. Plus d’essence. Face à l’absence, il reste l’espoir, la fraternité, la lutte, l’intelligence, et la nature. Même si la violence des hommes n’est jamais loin -cruelle espèce que nous sommes !- la nature est ici magnifiée dans ce qu’elle offre de plus beau : une ressource nourricière et protectrice pour l’homme comme elle l’a été pendant des millions d’années déjà, si tant est que l’on cherche à la comprendre et qu’on la respecte.

Sans verser dans le sensationnel de la mode post-apocalyptique du moment, sans zombies ni hordes régressives de barbares, Jean Hegland nous emmène dans un récit simple, doux et sensuel, celui de deux sœurs qui ne peuvent survivre qu’ensemble, et qu’avec la nature. Une très belle lecture, qui ne pouvait vraiment pas mieux tomber.

La forêt qui se révélait à mesure que la nuit se retirait était un lieu dur, indifférent, un lieu où un homme pouvait verser le sang de sa vie sur le sol, et les arbres, les pierres, la terre même ensanglantée demeuraient identiques.

Si vous ne l’avez pas encore lue, bonne nouvelle : elle est disponible en poche et en broché, à tarif réduit donc, et elle est également adaptée en bande dessinée par Lomig aux éditions Sarbacane. Le tout se trouvera aisément chez votre libraire de proximité, c’est promis. Pour les cinéphiles, vous pourrez visionner l’adaptation sortie en salle en 2015 avec Ellen Page.

Dans la forêt, de Jean Hegland, est publié aux États-Unis en 1996 sous le titre « Into the forest » . Il paraît en France en janvier 2017 aux éditions Gallmeister dans une traduction de Josette Chicheportiche, et est disponible en poche dans la collection Totem du même éditeur depuis juin 2018.

L’aurore, Selahattin Demirtaş

Ma note :

Les librairies sont des lieux magiques à bien des égards, mais une de leur fonction oubliée avant celle du simple commerce de l’objet livre, est celle du conseil littéraire. Je n’aurais probablement jamais remarqué ce mince recueil de nouvelles sur la table de présentation de ma librairie si Marie-O., ma libraire, ne m’avait pas glissé un « j’ai une nouveauté qui pourrait vous plaire… », en me présentant L’aurore, ce recueil de nouvelles écrit par Selahattin Demirtaş depuis la prison dans laquelle il est incarcéré en attendant un procès, à l’autre bout de la Turquie. Publié chez un éditeur que je ne connaissais pas, Emmanuelle Collas, je me suis laissé tenter par ces quelques nouvelles regroupées en 140 pages.

Et quel plaisir, les amis ! S’il s’agit de la première publication de l’auteur, qui n’est par ailleurs ni écrivain ni romancier mais homme politique – et avant tout désormais prisonnier – et s’il n’a pu bénéficier des nombreux conseils qu’un éditeur peut apporter à un auteur lors du travail d’écriture et d’amélioration d’un manuscrit, il faut malgré tout reconnaître un talent de conteur à son auteur, dont la plume est belle et qui réussit ce pari insensé de nous faire voyager, vivre des drames, des espoirs, des douleurs, en quelques pages à peine.

En douze nouvelles, Selahattin Demirtaş convoque tour à tour la violence et la cruauté, l’emprise des hommes sur les femmes, le silence des minorités opprimées, la fuite des peuples en guerre, la résilience, la poésie, l’amour, la littérature, la beauté des paysages et la rudesse de l’homme. C’est une très belle découverte, j’ai savouré chacune de ces histoires, aussi douloureuse soit-elle, comme un bonbon, avec gourmandise. Merci à Marie-O. pour ce conseil, merci à l’éditrice d’avoir porté une si belle plume jusqu’à nous, et merci à celles et ceux qui, en Turquie, ont permis à l’auteur de s’évader en écrivant.

L’aurore, de Selahattin Demirtaş, est publié en Turquie en septembre 2017 sous le titre « Seher » . Il paraît en France le 14 septembre 2018 aux éditions Emmanuelle Collas dans une traduction de Julien Lapeyre de Cabanes, et est disponible en poche chez Points depuis septembre 2019.

Leurs ailes de géants, Joost de Vries

Ma note :

Difficile de savoir par où commencer pour vous parler de ce livre. Tout du long de sa lecture, il m’a tout à la fois paru insaisissable, indescriptible, et par ailleurs captivant, presque enchanteur. Je me suis surpris au cours de ma lecture, n’arrivant pas à reposer ma liseuse alors qu’il était déjà deux heures du matin, de me dire qu’il y avait sûrement une dose de magie noire, de sorcellerie dans ce livre. Et la magie, en littérature, ça ne prend pas toujours avec tout le monde, mais je ne peux que vous conseiller de tenter l’aventure aux côtés de ces deux frères qui vous emmèneront dans des aventures inattendues de part le monde.

Edmund et Sieger van Zeeland sont deux personnages atypiques, charismatiques, qui ont probablement autant de points communs que de divergences flagrantes. Edmund se laisse vivre sur une fortune confortable amassée un peu par hasard en ayant été au bon endroit au bon moment lors de la genèse d’une appli mobile qui fit un carton. Solitaire, il se repaît de son savoir encyclopédique aussi impressionnant qu’inutile, créant admiration comme irritation autour de lui. On le retrouvera auprès de la femme de son frère Sieger qu’il partira retrouver sans vraiment la connaître, sur le tournage de la série de cape et d’épée du moment, aux confins de l’Europe, déguisé en conquistador sur une caravelle à Cuba, empêtré dans une relation née sans désir dans son immense appartement.

Son frère lui, est journaliste et se retrouve de son propre chef désigné héritier d’un grand reporter venant tout juste de passer l’arme à gauche. Personnage flamboyant et énigmatique, il mènera tour à tour une scission dans sa rédaction à Amsterdam en apprenant que son frère est sur le point de se voir confier un cahier central d’un nouveau genre, une cavale qui n’en est pas vraiment une après un attentat dans un lieu ultra sécurisé à Berlin, une enquête tumultueuse sur les traces d’un oligarque russe en pleine guerre d’Ukraine, une discussion sans faux semblants avec l’ancienne reine Beatrix, autour d’une clope.

Je vous avais prévenu : Leurs ailes de géants est un roman difficile à résumer en quelques phrases, mais le talent de son auteur que j’ai découvert grâce à cette lecture est incroyable, il réussit à vous emmener en voyage au fil des pages même si vous n’avez aucune idée de ce qui vous attend dans le chapitre suivant. Laissez-vous embarquer, j’espère que comme moi vous serez conquis !

Leurs ailes de géants, de Joost de Vries, est publié aux Pays-Bas en octobre 2017 sous le titre « Oude Meesters » . Il est publié en France le 19 mars 2020 aux éditions Les Escales dans une traduction d’Emmanuèle Sandron.

Camille, mon envolée, Sophie Daull

Ma note :

En moyenne, au moins une personne meurt chaque minute en France. Plus de six cent mille décès chaque année, et derrière la froide réalité biologique que les statistiques nous rappellent, des drames, des blessures, la douleur. La solitude et l’indifférence, parfois. Le soulagement. L’injustice. Le renoncement, aussi. Des vies parfois bien vécues, chargées d’histoires, et parfois des vies pas encore vécues, chargées d’espoir. La mort est terrible, inéluctable, aveugle à toute discrimination, résistante à toute prière.

Ce récit de Sophie Daull sur la mort de Camille, sa fille de seize ans, est magnifique. Tour à tour bouleversant puis léger, on y suit les quatre derniers jours de vie de Camille juste avant Noël, puis sa mort, jusqu’à ses obsèques. En parallèle, le récit de la vie d’après par sa mère, qui quelques mois plus tard couche sur le papier son histoire par peur d’oublier, par besoin de raconter.

Dans l’endormissement, dans la foule, dans le clair de lune, face à la mer, face à la tempête, dans une fin de fête, aux chiottes, sur une colline, dans le métro, faire ça : murmurer ton nom. Camille.

Je suis infirmier et la mort ne m’est pas étrangère. Nous l’accompagnons, souvent, et nous luttons contre elle, parfois. Je redoute toujours cet instant où, à l’issue d’une intervention, nous devons avec le médecin aller porter cette terrible nouvelle à un proche, un parent, un ami. Annoncer que nous avons perdu le combat, que la vie s’est arrêtée, et savoir que leur vie à eux portera à jamais une fissure ineffaçable à l’endroit de cette annonce. Parfois, voir un sourire triste et résigné, entendre des remerciements, et souvent, voir cette hébétude, ce sentiment d’irréalité, entendre un cri, un hurlement, des gémissements. Un bruit animal qu’on dirait venu du fond du corps, comme libéré par un déchirement de douleur, et qui toujours, toujours, me remplit les yeux d’humidité.

Ce livre est beau parce qu’il raconte ce que je vois souvent sans le vivre personnellement. Il m’a fait pleurer, a joué sur beaucoup d’émotions contradictoires, et je suis persuadé que l’on devrait le faire lire à tous les soignants, en apprentissage ou en exercice, pour leur rappeler l’humilité de leur fonction et pour leur montrer que derrière chaque patient, chaque cas, aussi anonyme soit-il, perdu dans un flot parfois ininterrompu d’autres cas anonymes, demeure un individu unique avec une histoire, une famille, un passé, un avenir.

Sauf si vous êtes au fond du gouffre actuellement, je ne peux que vous conseiller de lire ce récit servi par une plume prodigieuse.

Camille, mon envolée, de Sophie Daull, est publié en août 2015 aux éditions Philippe Rey, et est disponible au format poche au Livre de Poche depuis août 2016.

Find Me, André Aciman

Ma note :

Vous avez été nombreux (et peut-être nombreuses) à vous laisser séduire par la beauté gracile de Timothée Chalamet dans le rôle d’Elio, adolescent de dix-sept ans enivré d’une passion estivale aussi insaisissable qu’inattendue pour Oliver, étudiant américain de vingt quatre ans venu partager pour l’été la maison familiale du bord de mer de son professeur, en Italie. C’était dans le film Call me by your name réalisé par Luca Guadagnino, adapté du roman éponyme (et paru en France sous deux titres, Plus tard ou jamais paru aux Éditions de l’Olivier en 2008, puis Appelle-moi par ton nom chez Grasset en 2018) et qui eu un beau succès dans les salles en début d’année 2018 et énormément de récompenses, permettant au livre de connaître le même succès en librairie.

Il aura donc fallu attendre près de deux ans pour voir arriver en librairie une suite à cette histoire d’amour hors norme, et si le roman a paru aux États-Unis en octobre 2019, il est pour le moment inédit en français, son éditeur Grasset ayant repoussé la sortie au 27 mai 2020. Mon impatience à retrouver Elio et Oliver fut telle pendant cette période de confinement que je n’ai finalement pas pu attendre un mois de plus, et j’ai craqué en achetant le livre numérique sur ma liseuse Kindle en anglais. Voilà, fébrile, impatient, j’allais pouvoir me replonger dans cet amour indicible.

Je suis partagé entre deux sentiments vis-à-vis de ce roman que j’ai dévoré en deux jours : d’un côté, une terrible déception, celle de ne pas avoir trouvé un roman conforme à mes attentes, à mes espoirs, et d’avoir mis en doute jusqu’à environ la moitié du roman, le fait qu’il s’agisse d’une suite à Appelle-moi par ton nom. D’un autre, celui d’un plaisir rare, la lecture d’un livre à l’écriture musicale, mélodieuse, qui m’a même poussé à lire régulièrement à voix haute, pour le plaisir solitaire d’entendre la beauté des phrases dans mes oreilles.

Le livre nous amène donc plusieurs années après ce qu’on pourrait appeler « l’été italien » , auprès des différents personnages. Dix ans après, pour débuter, avec le père d’Elio, à Rome. Une rencontre inattendue dans un train, une passion flamboyante, que rien n’arrête, entre une jeune artiste photographe et un professeur de deux fois son âge. Entre eux, la séduction comme un jeu, le désir, le plaisir, et la peur de la fugacité et de l’abandon. Absolument pas ce à quoi je m’attendais en débutant le roman, mais il faut le dire, une belle histoire.

Cinq ans plus tard (donc quinze ans après l’été italien), avec Elio cette fois, à Paris. Une rencontre inattendue dans une église, une passion flamboyante, que rien n’arrête, entre un jeune artiste musicien et un avocat de deux fois son âge. Entre eux, la séduction comme un jeu… bref, vous avez compris. Un second acte comme un parfait miroir du premier.

Cinq ans plus tard, enfin, avec Oliver, cette fois à New-York. Marié à celle qu’il allait retrouver après l’été italien, il s’apprête à quitter leur appartement face à l’Hudson pour retourner vivre et enseigner dans le New-Hampshire. Le soir de ses adieux, lors d’une petite soirée organisée dans leur appartement vide, il se montre fidèle à l’ambiguïté sensuelle qu’on lui connaît et à sa tendance à désirer sans barrière, hommes ou femmes…

Pour le dernier chapitre… et bien il faudra lire le livre. Je ne souhaite pas vous en dévoiler plus, sachez que ces dernières pages m’ont fait pleurer. Je suis une âme sensible, il faut dire.

Ô, comme j’ai trouvé facile de m’arracher quelques larmes pour me faire oublier ennui et déception qui avaient accompagné ma lecture jusqu’à cette fin savoureuse. Si l’écriture est sincèrement magnifique, j’ai été un peu agacé de ces vies romanesques, trop faciles, surfant sur ce cliché nord-américain d’une vieille Europe vouée aux amours libertins et à la transgression de tous les interdits, fantasme d’une certaine indolence. Un livre étonnant, parfois, sur ce rapport aux pères, omniprésents de la première à la dernière page, tandis que les mères, elles, sont quasiment inexistantes. Sur cette obsession, également, de mettre ensemble de jeunes gens et des hommes plus âgés, qui m’a fait penser aux érastes et aux éromènes de la Grèce antique. Enfin, j’ai trouvé dommage que ce roman comme le précédent évitent soigneusement de nommer l’homosexualité et la bisexualité, et se contentent d’en montrer les aspects pratiques et en l’évoquant comme un désir, une envie de bonheur, de plaisir. Comme si cette orientation sexuelle n’était qu’une envie éphémère, qui pourrait être balayée le lendemain par une envie contraire.

Un avis mitigé donc : une histoire décevante un peu douceâtre servie par une plume magnifique.

Find Me, de André Aciman, est publié aux États-Unis en octobre 2019 chez Farrar, Straus and Giroux. Disponible en France sous le titre « Trouve-moi » aux éditions Grasset dans une traduction de Anne Damour le 27 mai 2020.

Toute la lumière que nous ne pouvons voir, Anthony Doerr

Ma note :

J’éprouve toujours un sentiment ambivalent entre la frustration et le regret quand je termine un aussi beau roman que celui-ci, en pensant qu’il était là, à portée de main, dans ma bibliothèque, et que je l’ai laissé filer pendant de longs mois, et parfois même de longues années. Allons donc à l’essentiel de cet avis : si vous avez ce roman chez vous, qu’il n’a pas encore été lu, allez-y, et si vous ne l’avez pas encore acheté, foncez !

L’histoire se déroule donc en Europe, à plusieurs époques mais disons d’une période qui s’étend de la montée du nationalisme allemand d’avant guerre à la libération française. Nous suivons deux personnages à travers différentes périodes de cette époque (avec d’ailleurs des sauts aléatoires dans le temps qui m’ont un peu déstabilisé au début) : Marie-Laure, une jeune aveugle vivant à Paris avec son père, serrurier en chef du Muséum d’Histoire Naturelle ; Werner, un jeune allemand en orphelinat avec sa sœur, se découvrant une passion pour les mathématiques et une autodidaxie pour la radio.

Entre ces deux personnages, l’auteur tisse une lente toile à travers les années afin que leurs destins s’entremêlent, et c’est avec un certain délice que l’on tourne frénétiquement les pages en se demandant quand, enfin, l’un et l’autre verront leur histoire commune s’écrire. C’est ironiquement un diamant rare dont on dit qu’il est porteur d’une malédiction, qui fera que leurs routes seront amenées à se croiser à Saint-Malo, où l’une est réfugiée dans une maison de famille tandis que l’autre traque des émissions radio de la résistance.

Si j’ai été un peu surpris au début de ma lecture par les chapitres microscopiques (j’ai horreur de toutes ces pages blanches qui alourdissent les livres sans alléger les histoires) et des sauts dans le temps un peu inattendus, j’ai été très rapidement happé par cette lecture, je l’ai littéralement dévorée en une journée et demi et je l’ai refermée après six cent pages avec ce sentiment de plénitude que les beaux romans offrent aux lecteurs gourmands. Foncez !

Toute la lumière que nous ne pouvons voir, d’Anthony Doerr, est publié aux États-Unis en 2014 sous le titre « All the Light We Cannot See » . Il paraît en France le 4 mai 2015 aux éditions Albin-Michel dans une traduction de Valérie Malfoy, et est également disponible en poche au Livre de Poche depuis septembre 2016.

Wild Idea, Dan O’Brien

Ma note :

J’ai toujours adoré voyager et m’évader dans la nature sans avoir à bouger de chez moi, c’est beaucoup plus simple et beaucoup moins coûteux que de s’organiser un voyage à la Into the wild. Je suis donc comblé que depuis une quinzaine d’années on trouve très facilement en France des romans de nature writing, ce courant littéraire nord-américain à mi-chemin entre la nostalgie d’une Amérique sauvage intouchée par l’homme et le documentaire écologiste, comme plaidoyer pour un mode de vie plus sain.

Les éditions Gallmeister se sont spécialisées dans ce genre de littérature, pour mon plus grand bonheur car leur catalogue s’est étoffé avec les années et des écrivains de talents ont pu percer en dehors de leurs frontières. C’est inspiré de ces lectures m’embarquant dans la nature américaine que j’ai cherché à compléter ma bibliothèque avec quelques classiques, et je dois là remercier ma libraire pour ses bons conseils, au delà des évidences comme David Thoreau.

Wild Idea, c’est donc un récit, une tranche autobiographique, mais cela se lit comme un roman. Dan O’Brien vit dans un ranch du Dakota du Sud (voir sur une carte), enseigne également la littérature, et est un grand amoureux de la nature et de la protection des espèces. Alors qu’avec son meilleur ami il pratique la chasse au faucon sur les terres de son ranch en élevant quelques bisons, il rêve de retrouver un écosystème permettant aux bisons de retrouver leurs terres et leur vie originelle.

C’est donc armé de cet espoir et aux côtés de Jill, la femme dont il tombera amoureux au premier regard, que Dan O’Brien fonde la Wild Idea Buffalo Company et rachète un ranch plus grand, avec un immense terrain et une autorisation de pacage pour son troupeau sur les terres d’une réserve fédérale tout à côté. Son crédo est simple : il veut élever, moissonner et vendre de la viande de bison nourri à l’herbe naturelle, sans engraissage intensif ni abattage industriel. De la viande saine, un élevage respectueux de la nature.

Outre la narration succulente et la tendresse évidente de cet homme pour sa famille, ses amis ou la nature, le roman interroge la viabilité d’un projet aux tendances écologiques à l’heure de la capitalisation folle : comment développer une entreprise vertueuse, respectueuse de la nature, des animaux, tout en respectant les contraintes légales, la sécurité sanitaire, la nécessité de faire assez d’argent pour vivre sans être dépendant des banques ou d’investisseurs gourmands.

Tout ne sera pas simple dans leur parcours, mais on se prend de tendresse pour ce projet qu’on aimerait pouvoir soutenir. Un magnifique roman qui m’a permis de passer deux jours dans les plaines verdoyantes du Dakota du Sud, entouré de bisons, de faucons, de chiens, de chevaux, d’une nature parfois hostile mais toujours généreuse, et d’une famille avec laquelle on aimerait partager un bon plat de viande de bison nourri à l’herbe, un soir, sous le porche d’un ranch des Grandes Plaines, à contempler la nature.

Wild Idea, de Dan O’Brien, est publié en septembre 2014 aux États-Unis sous le titre « Wild Idea: Buffalo and Family in a Difficult Land » . Il est publié en France en mai 2015 Au Diable Vauvert, dans une traduction de Walter Gripp.

Certaines n’avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka

Ma note :

J’avais acheté ce roman il y a quelques années déjà, guidé à la fois par un titre accrocheur et par des critiques qui m’avaient plu. Certaines n’avaient jamais vu la mer fut donc dévoré en deux temps, quelques pages hier soir avant de sentir le poids du sommeil sur mes paupières, puis les pages restantes ce matin, après la douche, caressé par un soleil jouant à cache-cache au travers les nuages, allongé dans un bain de soleil sur ma terrasse. Un livre peu épais, qu’on traverse rapidement.

Sur la forme, j’ai été surpris pour ne pas dire perturbé. La narration sans narratrice, ces anonymes comme parlant d’une seule voix et énonçant d’un souffle continu le calvaire de toutes ces femmes comme dans un catalogue de mauvais goût, m’a un peu déstabilisé.

Il faut pourtant aller voir au delà, et s’intéresser au message, à l’histoire. Cette histoire terrible de femmes plutôt jeunes – parfois trop jeunes – arrachées à leur pays, leur famille, leur culture, pour aller épouser des hommes choisis sur le papier là-bas, sur le continent américain. L’espoir d’une vie meilleure, loin des rizières, et l’espoir de l’argent qui permettra de soutenir la famille restée au pays.

Et quel drame, quelle déception. Exploitées par les hommes dans tous les aspects de leurs vie, ces jeunes femmes subiront une vie de soumission, de violence, de dur labeur, de racisme et de suspicion. Rien ne leur sera épargné, et le récit prend des tours mélancoliques sans jamais verser dans la rancœur pour aborder cette partie de l’histoire américaine, celle de ces jeunes immigrées venues comme esclaves invisibles. Un récit polyphonique, à la forme atypique, mais sacrément touchant, que je vous conseille à mon tour de dévorer.

Certaines n’avaient jamais vu la mer, de Julie Otsuka, est publié aux États-Unis en mars 2012 sous le titre « The Buddha in the Attic » . Il paraît en France en août 2012 aux éditions Phébus dans une traduction de Carine Chichereau, et est disponible depuis septembre 2013 en format poche aux éditions 10/18.

Combo Jack Reacher, de Lee Child

Ma note :
Lee Child - La Cible était française

Je suis clairement à la bourre pour lire toutes les nouveautés que je voudrais dévorer, et je suis encore plus en retard sur la rédaction de ces petites chroniques… Pour rattraper mon retard sur les titres obtenus auprès des éditeurs par le biais de NetGalley, je me suis donc plongé dans des titres « anciens » avant de me précipiter comme à chaque fois sur les nouveautés. Et là, parmi la liste de tous ces bouquins qui me faisaient de l’oeil, j’avais laissé La Cible était française, un bouquin de Lee Child, l’auteur – entre autres – de la saga Jack Reacher, que j’adore lire et voir adaptée au cinéma (mais si, avec Tom Cruise, vous savez !).

Ni une ni deux, je profite d’une météo automnale pendant mes vacances en Corse avec ma Kindle pour rattraper mon retard, et je me lance dans ce premier bouquin sorti l’été précédent. Reacher rend service à ses anciens employeurs militaires pour traquer un tireur d’élite qui a tenté d’assassiner le Président français à plus de mille trois cent mètres, heureusement protégé par une toute nouvelle vitre blindée. À quelques jours de la tenue du G8 à Londres, les services de sécurité sont sur les dents, et lorsqu’une liste d’auteurs potentielle circule, on appelle Reacher pour s’occuper de l’américain qu’il avait déjà mis en prison par le passé.

Le bouquin était top, j’ai adoré la façon dont l’intrigue s’est lentement épaissie, et ce moment où les gentils ne semblent plus tellement l’être est toujours aussi jubilatoire lorsqu’on ne l’avait pas vu venir. À peine la dernière page tournée, je découvre qu’un nouveau titre de la saga Jack Reacher vient de paraître chez Calmann-Lévy, aussi j’en profite pour solliciter Bienvenue à Mother’s Rest auprès de l’éditeur, afin de pouvoir rester encore un peu plus avec Reacher.

Ce second titre est un peu différent, on se retrouve perdu dans les étendues de maïs aux États-Unis, à la gare de Mother’s Rest, comptoir céréalier s’étant trouvé sur le chemin de Reacher, qui s’est arrêté intrigué par le nom de cette ville.  Il ne sera pas déçu du voyage, car la ville et ses habitants lui paraissent très rapidement suspects, comme s’ils avaient tous quelque chose à cacher. Il y rencontrera Michelle Chang, une ancienne agent du FBI devenue détective privée, qui cherche en vain son collègue Keever après qu’il lui ai demandé de rappliquer illico-presto. L’ambiance est radicalement différente de La Cible était française, car Reacher n’est en mission pour personne d’autre que lui-même et son besoin de rétablir la justice. Dans ce bouquin, pas de barbouzerie, pas de militaires, juste des gens d’apparence ordinaire, pourtant pas très clairs avec un secret à protéger, quitte à tenter d’éliminer les étrangers de passage qui se montrent un peu trop curieux. Je ne dévoilerai rien du reste de l’intrigue, si ce n’est que c’est clairement gore, comme dans un bon polar de R.J. Ellory.

La Cible était française est publiée en août 2014 au Royaume-Uni sous le titre Personal, et est publié en France aux éditions Calmann-Lévy le 6 septembre 2017 dans une traduction d’Elsa Maggion. Le titre est également disponible au format poche depuis le 5 septembre 2018 aux éditions Le Livre de Poche.

Bienvenue à Mother’s Rest est publié en septembre 2015 au Royaume-Uni sous le titre Make Me, et est publié en France aux éditions Calmann-Lévy le 19 septembre 2018 dans une traduction d’Elsa Maggion.

Germania, Harald Gilbers

Ma note :
Harald Gilbers - Germania

J’avais lu il y a deux ans Les Fils d’Odin, second roman du journaliste allemand Harald Gilbers, publié après Germania. Je m’étais gardé à l’esprit de lire, quand j’en aurais l’occasion, ce premier roman mettant déjà en scène le même personnage principal, qui m’avait laissé un souvenir sympathique, bien qu’assez vague. C’est donc avec cette petite pointe de nostalgie littéraire que je suis reparti en pleine Seconde Guerre mondiale, dans la capitale allemande bombardée sans relâche par l’armée britannique.

Richard Oppenheimer vit avec sa femme dans une « maison juive » , jusqu’à ce qu’il soit convié par un militaire de la SS, Vogler, à participer à une enquête. Pourquoi lui, me demanderiez-vous ? C’est qu’Oppenheimer, avant l’arrivée du régime nazi, était inspecteur dans la police criminelle de Berlin, la Kripo, est même un très bon inspecteur. Il avait permis l’arrestation d’un tueur en série particulièrement effroyable, et c’est à ce titre que la SS fait appel à lui.

Le roman s’ouvre donc avec un premier cadavre, celui d’une jeune femme, déposée aux pieds d’un monument à la gloire de la Première Guerre mondiale, sauvagement mutilée, avec des caractéristiques si particulières qu’elles évoquent d’emblée pour Oppenheimer et Vogler l’œuvre d’un tueur ayant mûrement réfléchi à sa mise en scène macabre. Sans compter qu’une huile du parti nazi a mis la pression pour que l’enquête avance, sa secrétaire faisant partie des premières victimes.

Dans cette ville en proie aux bombardements réguliers, Oppenheimer devra réaliser un travail d’enquête discret et efficace, souvent difficile à cause de son statut de juif, l’amenant à devoir collaborer avec ceux qui déportent et massacrent ses proches. En contrepartie, il obtient quelques faveurs, précieuses en ces temps difficiles, et la garantie d’être protégé encore quelques semaines, au moins jusqu’à résolution de l’enquête.

Si j’avais finalement moyennement aimé Les Fils d’Odin, j’ai été très emballé par ma lecture de Germania, tant pour la qualité de l’écriture que pour l’enquête, riche de rebondissements, ne me permettant pas de savoir qui était le tueur avant la toute fin du livre. Comme son second roman, j’ai retrouvé un peu le même genre que dans la saga Bernie Gunther du regretté Philip Kerr. Si je devais conseiller l’un des deux titres d’Harald Gilbers, je miserai sur celui-ci, d’autant plus que vous pouvez vous le procurer au format poche.

Germania, d’Harald Gilbers, est publié en Allemagne en 2013 sous le même titre. Il paraît en France le 23 mars 2015 aux éditions Kero, dans une traduction de Joël Falcoz. Il est disponible depuis mars 2016 au format poche aux éditions 10/18.

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