L'Homme Qui Lit

À propos des livres

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Parmi les vivants, Charlotte Farison

Ma note :

Charlotte Farison - Parmi les vivantsIl y a les thrillers qui se ressemblent, ils se lisent avec une facilité déconcertante, on anticipe la plupart du temps l’évolution de l’histoire, les implications, qui sont les salauds, qui va mourir et comment le roman se terminera. C’est la recette facile, le truc sans risque pour les écrivains du genre qui laisse généralement le lecteur satisfait mais c’est souvent aussi vite oublié que dévoré. Et puis il y a ces bouquins atypiques, plus denses que la moyenne, qui essaient de nous semer au fil des pages, qui distillent les indices au point qu’on a irrémédiablement envie d’avancer pour en savoir un peu plus. C’est une prise de risque, qui parfois paie, mais qui peut décevoir si l’acmé n’est pas à la hauteur des espérances.

Pour son premier roman, la parisienne Charlotte Farison n’a pas choisi la facilité. Son récit est raconté par la voix de deux personnages, Shula et Arturo, et même si l’on imagine que les deux récits vont à un moment entrer en collision, et que la lumière se fera sur ces histoires à priori sans aucun rapport, il faut s’armer de patience.

Nous sommes donc en 2002, et Arturo est un jeune homme un peu paumé, un peu hybride, qui se retrouve engagé par le PDG aussi invisible qu’énigmatique d’Hermonia, société nébuleuse spécialisée dans la sauvegarde des données d’autres entreprises, misant énormément sur le cloud. Chargé de gérer la branche mécénat de la société, Arturo prend la suite de Lise Marshall, décédée dans un dramatique accident de la circulation. Seulement dans sa boîte, rien n’est simple, et il se retrouve rapidement au croisements d’histoires et de querelles qui le dépassent, et dont il n’est pas certain de tirer son épingle du jeu.

Shula elle, est danseuse. Enfin, elle enseigne la danse à Paris, mais se livre également à des danses privées lors d’évènements particulièrement bien payés, histoire de mettre de l’argent de côté. Après qu’un contrat dans une immense villa de la Côté d’Azur ne vire au bain de sang, elle se retrouve malgré elle en exil forcé à Vienne, entourée de Victor Khan et de son associé, auxquels elle n’est pas tout à fait libre de fausser compagnie…

Arturo et Shula se remémorent pourtant des bribes d’une vie antérieure menée sur une île sans nom, qu’on comprend avoir été la proie d’une guerre civile, et dans laquelle des sociétés de mercenaires ont beaucoup gagné, et dans laquelle ils auront beaucoup perdu.

Ce roman atypique m’a laissé un sentiment très ambivalent à la fin de la lecture. Le livre fait plus de 600 pages, mais certains chapitres sont alourdis par des longueurs, et même si l’histoire est dense et globalement intéressante, je ne suis pas certain d’avoir bien saisi le dénouement de l’histoire, ce qui est un peu décevant après ces longues heures de lecture d’une intrigue languissante. Il faut pourtant reconnaître que d’une part, pour un premier roman, le récit est audacieux, et j’ai aimé cette histoire complexe et inattendue, et que d’autre part l’écriture de Charlotte Farison est talentueuse, car j’ai été happé dés les premières pages par ce style direct et envoûtant qui m’a rappelé Marco Mancassola. Une bonne lecture, dans l’ensemble, et une auteur à suivre.

Parmi les vivants, de Charlotte Farison, est publié le 2 mars 2017 aux éditions Super 8.

Je ne sais pas dire je t’aime, Nicolas Robin

Ma note :

Nicolas Robin - Je ne sais pas dire je t'aimeJ’imagine que vous aviez tous lu Roland est mort, le premier roman malicieux de Nicolas Robin publié l’an dernier chez le même éditeur et dont je vous avais parlé. Si par accident, oubli, enfermement ou problèmes financiers vous étiez passé à côté, pas de panique car il va bientôt sortir en poche au Livre de poche à un prix modeste et avec une couverture beaucoup moins sobre qu’en grand format, puisque vous pourrez admirer Mireille sur la couverture !

Nicolas Robin revient donc avec un second roman tout aussi rafraichissant, dont l’histoire se déroule, vous apprécierez l’ironie du calendrier, à quelques jours de l’élection présidentielle. Nous sommes à Paris, au côté de quatre personnages, tous à la recherche d’un amour épanouissant.

Ben est un trentenaire qui s’ennuie dans son couple, son compagnon avec qui il partage sa vie depuis sept ans, ne lui parle plus, n’aspire à rien, et cette situation l’amènera à prendre une grande décision. D’autant plus qu’il a récemment flashé sur Joachim, un grand brun baraqué au mono-sourcil, qui a carrément réveillé ses hormones.

Pourtant, le destin de Joachim n’est pas beaucoup plus enviable ! Après s’être fait larguer en direct dans une émission de télévision aussi débile que populaire, le voilà devenu célèbre bien malgré lui, déclenchant sur son passage des marques de soutien ou des cris enamourés dont il se passerait volontiers. Il ne le sait pas encore, mais sa vie est pourtant sur le point de changer.

Juliette vend des chaussures allemandes dans un grand magasin, sa collègue de rayon est une sorte de vieille sorcière désinhibée qui n’en fout pas une, et elle aspire à une promotion au sein du magasin, comme chef de stand, parce que les pieds qui puent ça va un moment. En plus, Juliette rêve du grand amour, mais entre son passé et sa psy qui ne sert pas à grand chose, elle n’est pas prête de s’en sortir. Heureusement, elle peut compter sur sa copine Goldie, qui tapine dans son immeuble…

Et puis enfin, il y a Francine, la maman du bouquin ! Francine, elle est heureuse avec son mari, mais quand elle veut faire refaire son passeport pour le voyage en Floride qu’ils ont prévu, elle découvre une drôle de surprise sur la copie du registre d’état civil ! Et puis, entre une voisine acariâtre qui maltraite son chien (mais non, elle ne s’appelle pas Mireille !) et un fils qui la tient à distance, il faudra bien qu’elle enterre son passé si elle veut aller de l’avant.

Voilà le succulent chassé-croisé que Nicolas Robin nous offre dans ce roman que j’ai dévoré en un rien de temps. C’est un véritable coup de cœur que ce roman, ça déborde de joie de vivre, c’est délicieusement drôle, résolument tendre, ça rend heureux, et on a envie de prendre les personnages dans nos bras pour leur dire que ça ira mieux, bientôt. Si vous avez l’impression que votre vie est morose, qu’il ne fait pas encore assez beau pour un mois d’avril, ou que vous avez simplement envie de lire autre chose que des sondages sur l’élection, n’hésitez pas, Je ne sais pas dire je t’aime est un rayon de soleil entre les mains !

Je ne sais pas dire je t’aime, de Nicolas Robin, est publié le 13 avril 2017 aux éditions Anne Carrière.

Quand le souffle rejoint le ciel, Paul Kalanithi

Ma note :

Paul Kalanithi - Quand le souffle rejoint le cielRegarder la mort en face pour garder la tête haute face à l’ultime injustice d’une vie écourtée n’est pas à la portée de toutes les personnes malades, mais c’est pourtant l’admirable leçon que l’on peut tirer de la lecture de ce livre posthume ô combien déchirant. Paul Kalanithi se découvre malade alors qu’il est interne en neurochirurgie, une spécialité difficile dans laquelle il excelle, et qui lui réserve sans nul doute une brillante carrière. Quand il consulte une consœur avec son épouse Lucy, également médecin, pour sa perte de poids et ses douleurs dorsales qui le font souffrir le martyr, il ne se fait guère d’illusion sur le résultat des examens.

Atteint d’un cancer pulmonaire ayant déjà tissé sa toile mortelle sur de nombreux autres organes, Paul voit sa vie basculer à 36 ans. Il passe alors du statut de chirurgien prometteur à celui de patient, et se retrouve « de l’autre côté » , derrière la barrière invisible que tout soignant redoute de franchir un jour.

Entouré de sa femme, qu’il a rencontré en faculté de médecine, de son père, lui-même cardiologue, ainsi que du reste de sa famille, il débutera un premier traitement. Son cancer un temps stabilisé, et après un peu de rééducation, il retournera au bloc opératoire pour prendre en charge quelques patients, avec un rythme de travail allégé.

Le couple décide alors de s’organiser pour donner la vie, et quelques mois plus tard, les voilà heureux parents d’une petite Cady, rayon de soleil dans un ciel bien sombre. Malheureusement, très rapidement, la santé de Paul se dégrade, et l’écriture même de son livre devient difficile.

Il mourra entouré de ses proches le 9 mars 2015, en ayant choisi de partir sans souffrance ni acharnement. Son livre, resté inachevé, est terminé par sa femme Lucy, qui rédige un émouvant épilogue à la mémoire de celui qu’elle aura aimé et accompagné jusqu’aux derniers instants. Un récit intime et émouvant, d’une éprouvante lucidité, qui rappelle que ceux qui vont mourir nous donnent toujours les plus belles leçons de vie.

Pour en savoir plus sur Paul Kalanithi, voir quelques vidéos de lui et de ses proches pendant la rédaction de ce livre-testament, vous pouvez aller sur son site.

Quand le souffle rejoint le ciel, de Paul Kalanithi, est publié aux États-Unis sous le titre « When Breath Becomes Air » en janvier 2016. Il paraît en France le 15 février 2017 aux éditions JC Lattès dans une traduction de Cécile Fruteau.

Et à la fois je savais que je n’étais pas magnifique, Jon Monnard

Ma note :

Jon Monnard - Et à la fois je savais que je n'étais pas magnifiqueIl faut peut-être y voir une coïncidence perverse, mais c’est la seconde fois que je trouve un auteur helvète aussi sublime qu’hétérosexuel. Mais surtout, aussi sympathique que doué, et c’est peut-être ça, finalement, la marque de fabrique d’un écrivain chez nos voisins à l’impassible neutralité. Après Joël Dicker, qui avait fait vibrer le cœur de quelques midinettes – dont votre serviteur – et accompagné un paquet de lecteurs dans les pas de Marcus Goldman, voici que le tout aussi jeune Jon Monnard signe aux éditions L’âge d’homme son premier roman, au titre aussi long qu’intriguant, Et à la fois je savais que je n’étais pas magnifique.

Coska est un jeune homme à l’étroit dans une école d’arts dont il semble hermétique aux différents codes et comportements. Pourtant estimé brillant par certains professeurs, cette jeune étoile connaîtra le destin de tous les astres soumis à la pression : au bord de l’implosion, il fera le choix de tout plaquer pour se consacrer à sa passion viscérale qu’est la littérature, et surtout l’écriture.

Après avoir remporté un concours d’écriture pour une maison de haute couture réputée, il collaborera en grande pompe avec cette marque désireuse d’intellectualiser son image. Des étoiles plein les yeux, le jeune auteur découvrira à ses dépens un monde aussi hostile que superficiel, fait de faux semblants, de gloires éphémères et de promesses dorées.

Les ignares, les profiteurs se sont entichés de la littérature, de la bohème, de l’intellectualité comme de simples accessoires extérieurs ou des vecteurs d’images, sans grande profondeur.

De son vrai nom Jonathan Monnard, écrivain en herbe depuis ses douze ans, grand lecteur, instagrammeur prolifique et par ailleurs comédien amateur dans la troupe de théâtre Les Culturés, l’auteur s’est dit inspiré par un concours d’écriture organisé par la marque Prada, y voyant là une trame propice à l’écriture de ce roman dont il avait fait la promesse à sa mère quelques années avant son décès.

Préfacé par le célèbre Philippe Besson, ce premier roman est surprenant dans ses thématiques, celles de la fugacité du succès, de la superficialité des apparences, et finalement, celle des illusions perdues. Un court roman initiatique et pourtant terriblement lucide sur la tyrannie du faux semblant dans le milieu de la mode comme dans sa représentation dans les réseaux sociaux, que j’ai lu avec beaucoup de plaisir et auquel il faut reconnaître de belles qualités. Jon Monnard aspire, et je ne le blâmerai surtout pas, à continuer d’écrire, des romans comme des scénarios. On ne demande pas mieux.

Et à la fois je savais que je n’étais pas magnifique, de Jon Monnard, est publié en Suisse le 9 mars 2017 et en France le 30 mars 2017 aux éditions L’âge d’homme.

Stasi Wolf, David Young

Ma note :

David Young - Stasi WolfQuand l’occasion se présente, j’aime lire des romans écrits en anglais et ce pour plusieurs bonnes raisons. La première, c’est que cela me permet de maintenir un semblant de niveau d’anglais, surtout pour le vocabulaire, la syntaxe et l’orthographe, que je complète par le visionnage tout aussi vorace de séries télévisées, pour maintenir l’oreille. La seconde raison est que je lis moins vite, donc j’ai l’impression de plus savourer ma lecture que lorsque j’achève un roman français en deux ou trois heures. Enfin, la dernière raison, et non des moindres, est que cela me permet de lire des titres qui ne sont pas encore publiés en France, une sorte d’avant première, si l’on peut dire.

Second roman d’une saga d’au moins trois tomes, Stasi Wolf fait suite à Stasi Child, qui avait été publié en France chez Fleuve éditions en novembre dernier et qui a remporté le CWA Endeavour Historical Dagger Award 2016 (un prix de l’association des auteurs de polars). A noter que l’auteur précise en préambule que Stasi Wolf peut être lu de manière indépendante, même sans avoir lu le précédent tome, ce qui est par ailleurs mon cas.

L’histoire se déroule donc en 1975, en Allemagne de l’Est, alors officiellement République Démocratique Allemande (la RDA ou DDR en allemand), territoire issu de la zone d’occupation soviétique à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Karin Müller est une officier de la police criminelle de Berlin, la Kriminalpolizei, ou Kripo. Suite à un refus d’intégrer la Stasi, elle se retrouve mise au placard, obligée de gérer des infractions de droit commun.

Quand elle est envoyée dans la ville modèle de Halle-Neustadt pour enquêter sur la disparition de deux jumeaux d’à peine quelques semaines, dont l’un a été retrouvé mort dans une valise au bord d’une voie ferrée, elle n’a pas d’autre choix que d’accepter si elle veut reprendre en main son unité. Aidée d’un technicien de police scientifique et de la police locale, elle va vite comprendre qu’elle n’aura pas les coudées franches pour mener son enquête, car la Stasi lui demande d’enquêter sans faire de vague… Elle sera même chaperonnée par un duo d’enquêteurs du Ministère de la Sécurité d’État, nom très officiel de cette police politique que l’on a appelé la Stasi.

Roman historique mais également polar, ce second roman de David Young réussit à conjuguer avec succès une intrigue qui nous tient en haleine jusqu’aux dernière pages, à un cadre historique inédit, celui d’un régime aux allures totalitaires. Le personnage de Karin Müller est attachant, et plus particulièrement dans cette enquête qui tournera autour de la filiation et de la maternité, sujet qui la concerne à bien des égards. Une lecture originale et captivante, servie par une plume talentueuse et richement documentée.

Stasi Wolf, de David Young, est publié au Royaume-Uni aux éditions Bonnier-Zaffre le 9 février 2017.

Le Printemps du Livre de Montaigu 2017

Affiche du Printemps du Livre de Montaigu 2017Il est un petit coin de Vendée que l’on connaît à cause d’une chanson grivoise y faisant référence, qui abrite une rencontre des amoureux du livre dans une ambiance très conviviale : pour sa 29ème édition, le Printemps du Livre de Montaigu se tiendra sous la bienveillance de sa Présidente d’honneur Françoise Bourdin, venue présenter son dernier roman « Face à la mer » , paru chez Belfond.

Du vendredi 7 au dimanche 9 avril, le salon accueillera gratuitement ses quarante mille visiteurs, les nouveaux comme les plus fidèles, les plus jeunes comme les plus anciens, autour de nombreuses rencontres, débats et animations.

Plus de 250 auteurs de romans, d’essais, de littérature jeunesse et de bande dessinée seront présents durant ce Printemps du Livre très intimiste, réunissant plus de soixante exposants et réalisant généralement plus de dix mille vente de livres sur place. Citons par exemple la présence, cette année, du médecin et blogeur Baptiste Beaulieu, de Janine Boissard (qui sort « La lanterne des morts » aux éditions Fayard), Bernard Werber, Marie Vareille (qui vient de sortir « Là où tu iras j’irais » chez Mazarine), Samuel Doux (pour la promotion de « L’éternité de Xavier Dupont de Ligonnès » chez Julliard), Agnès Ledig, Yasmina Khadra, et tant d’autres !

Ces trois journées seront aussi l’occasion de remettre le Prix Ouest ainsi que le Prix Ouest Jeunesse, d’assister aux escales littéraires animées par Philippe Chauveau, journaliste à Web TV Culture, ou de participer aux rencontres et débats littéraires menés par Philippe Vallet, le « monsieur livres » de France Info. De nombreuses animations sont également prévues pour les enfants et les scolaires.

Je serai pour ma part présent la journée du samedi 8 avril, pour rencontrer les auteurs, suivre quelques débats, faire plein de photos et assurément, acheter pas mal de bouquins. Si vous passez au Printemps du Livre, faites-moi signe sur Twitter, Facebook ou ici en commentaire pour un café !

Toutes les informations concernant le 29ème Printemps du Livre de Montaigu sont à retrouver sur leur site internet !

De la joie d’être bordélique, Jennifer McCartney

Ma note :

Jennifer McCartney - De la joie d'être bordéliqueVous êtes peut-être passée à côté du phénomène 2016-2017 du développement personnel pour adulte sans personnalité (ça permet au moins de tourner la page du coloriage régressif), mais la méthode KonMari fait des émules partout dans le monde. C’est une idée saugrenue développée par Marie Kondo, une essayiste japonaise, qui vise à vivre entourée de vide, en passant par d’étranges rituels avec ses objets, afin de savoir s’ils nécessitent de rester dans votre vie, ou si vous pouvez leur dire adieu. Bref, c’est la débilité du moment, et comme tout ce qui est débile, ça cartonne !

Si vous êtes un adulte épanoui dans son bordel, comme moi, vous allez pouvoir compter sur une lecture réconfortante, celle de Jennifer McCartney, qui après s’être essayée à la méthode KonMari avec ses amis, a vraiment trouvé ça idiot et a préféré laisser s’exprimer son besoin naturel pour le bordel, que de toute façon elle n’avait réussi à chasser qu’une semaine…

Dans un court bouquin qu’on dévore en une bonne heure, et qu’on pourrait lire comme un anti-blog maison, l’auteur nous rassure : oui, il est normal de vivre dans le bordel, et non, notre intérieur n’est pas censé être aseptisé, prêt à être pris en photo sur Instagram ou Pinterest.

Si elle cite pour l’anecdote une étude scientifique publiée dans Psychological Science (l’article en PDF) qui a démontré qu’un environnement bordélique permettait une meilleure créativité, quand un environnement organisé renvoyait les gens vers la tradition et la convention, elle s’amuse surtout à démonter cette manie nouvelle pour le rangement et le style épuré à coup d’arguments aussi fantaisistes qu’hilarants, comme le fait qu’Einstein était un génie bordélique, alors que Ted Bundy ou Mussolini étaient des maniaques du rangement…

Un bouquin au ton poilant qui désacralise l’obsession de l’ordre et du rangement, que vous pourrez toujours offrir autour de vous aux MAE (Mortellement Accros à l’Élimination) ou laisser traîner n’importe où dans votre appartement, au choix.

De la joie d’être bordélique, de Jennifer McCartney, est publié aux États-Unis en mai 2016 sous le titre « The Joy of Leaving Your Sh*t All Over the Place » . Il est publié en France le 15 février 2017 aux éditions Mazarine, dans une traduction d’Alexandra Maillard.

Monsieur Jean a un plan, Thomas Montasser

Ma note :

Thomas Montasser - Monsieur Jean a un planPour ces premiers jours d’un printemps déjà ensoleillé, quelle meilleure idée que de dévorer un roman qui rend heureux, un « feel good book » comme il est malheureusement coutume de l’appeler, dans un insolent anglicisme ? Monsieur Jean a un plan, second roman de Thomas Montasser, ancien journaliste allemand devenu maître de conférence puis directeur d’une troupe de théâtre, avant de fonder une agence littéraire avec son épouse, s’y prête parfaitement ! Le titre du roman est même encore plus parlant dans la langue de Goethe : Monsieur Jean et son sens du bonheur.

Monsieur Jean donc, puisqu’il s’agit du personnage principal de ce roman, est un concierge pas comme les autres : travaillant de nuit, discret et efficace, admiré et connu par tous, il est une figure emblématique du légendaire palace au Tour du Lac, à Zurich. Frappé par la limite d’âge, l’homme est contraint de prendre une retraite aussi méritée qu’effrayante.

Sophie avait l’impression qu’on avait construit l’hôtel autour de lui, ou qu’il était l’hôtel même et que tout le reste ne servait qu’à être régenté par lui.

Pourtant, Jean Picard a plus d’un tour dans son sac. D’abord, le secret de sa véritable identité, car l’homme n’est absolument pas français, et il traîne dans son passé l’ombre de nombreux larcins, héritage d’une jeunesse erratique. Enfin, il est bien décidé à occuper ses journées à pousser les gens sur la voie du bonheur.

Agissant dans l’ombre que sa fonction lui conférait pendant de nombreuses années, il va s’attacher à rapprocher un couple en plein déclin, faute d’attentions réciproques, mais également à sauver les pieds martyrisés d’une employée de l’établissement, à faire se rencontrer une femme de chambre et un acteur de théâtre talentueux, à aider une jeune femme qui rêvait d’ouvrir un salon de thé en ville à voir son rêve tenir bon malgré des débuts difficiles. Le tout, sans compter sur un destin espiègle, qui n’oublie pas que le bienfaiteur de l’ombre a lui aussi droit au bonheur…

C’est une lecture très agréable que ce court roman plein de vie et débordant de malice, le personnage de Monsieur Jean est terriblement attachant, et on se laisse une fois encore prendre en main par une histoire pétillante de bonheur, comme dans un roman de Barbara Constantine. C’est tout à fait le genre de livre solaire qui laisse une empreinte heureuse dans l’esprit du lecteur une fois terminé. Son troisième roman, La chance des petits moments, est paru en février en Allemagne : espérons qu’il soit bientôt traduit et publié en France !

Monsieur Jean a un plan, de Thomas Montasser, est publié en septembre 2015 en Allemagne sous le titre « Monsieur Jean und sein Gespür für Glück » . Il paraît en France le 2 février 2017 aux Presses de la Cité, dans une traduction de Leila Pellissier.

Adolphe a disparu, Éric Metzger

Ma note :

Eric Metzger - Adolphe a disparuLa vie de Jules, jeune trentenaire parisien, est chamboulée lorsque Lola, sa petite amie, annonce sans prévenir qu’elle l’aime mais qu’elle n’est plus amoureuse, et qu’elle le quitte. Abasourdi, il ne comprend pas ce qui lui tombe dessus, et c’est le moment que choisi sa mère Élise pour l’appeler, totalement paniquée, car Adolphe a disparu.

C’est que sa mère, c’est un personnage. Comme beaucoup de monde, il s’est doucement distancié d’elle, donnant des nouvelles de temps en temps, puis de plus en plus rarement, jusqu’à ne pas trop savoir quoi lui dire, aujourd’hui. Lorsqu’il la rejoint au bois de Boulogne, ou elle s’occupe chaque jour de nourrir des chats sauvages, abandonnés là par quelques maîtres sans scrupules, il se rend compte qu’elle est doucement azimutée.

C’est pourtant dans ces bois qui abritent une population interlope, faite de prostituées, de travestis, de dealers et de clients aux allures de bons pères de familles, que Jules cherchera Adolphe, ce chat blanc au sale caractère et à la petite moustache noire, lui donnant la drôle d’allure d’un autre Adolf, pas plus aimable.

Avec sa mère et au contact de cette faune inhabituelle, Jules passera doucement le cap de cette séparation qui l’a tant attristé, se voyant lui aussi comme un chat d’appartement dont on aurait décidé, sur un coup de tête, de se débarrasser parce qu’il ne faisait plus l’affaire.

Second roman d’Éric Metzger, surtout connu pour son duo humoristique farfelu Éric et Quentin, Adolphe a disparu est un court roman aux allures d’allégorie, où la recherche d’un chat perdu aide le narrateur à avancer en se posant les bonnes questions. C’est léger et doucement attendrissant, et ça m’a beaucoup rappelé le premier roman de Nicolas Robin, Roland est mort, qui figurait déjà le passage à l’âge adulte d’un trentenaire parisien un peu immature grâce à… un chien. Décidément !

Adolphe a disparu, d’Éric Metzger, est publié le 2 février 2017 dans la collection L’Arpenteur aux éditions Gallimard.

The Cruelty, Scott Bergstrom

Ma note :

Scott Bergstrom - The CrueltyJ’ai toujours regardé d’un œil circonspect l’emballement des lecteurs de ma génération pour la littérature adolescente, ou « young adult » comme il est coutume de l’appeler avec une très légère hypocrisie, y voyant là une sorte de syndrome de Peter Pan pour blogueuse immature. Parce que la littérature doit aussi permettre de s’ouvrir à l’inconnu, j’ai mis de côté mon a priori pour le genre en me lançant dans The Cruelty, premier roman de Scott Bergstrom, et premier tome d’une saga déjà annoncée, donc.

Gwendolyn Bloom est une adolescente américaine de dix-sept ans, fille de diplomate et habituée à suivre son père d’un pays à l’autre au gré de ses mutations pour le Département d’État. Pourtant, le lycée privé qu’elle fréquente actuellement à New-York ne lui réussit pas franchement, car elle se retrouve exclue après une altercation avec une petite peste de son établissement.

Alors que son père disparaît sans laisser de traces lors d’un séjour à Paris et que des agents fédéraux l’interrogent et passent leur appartement au peigne fin, elle découvre que son père n’est en réalité pas diplomate, mais espion au sein de la très célèbre CIA. Placée malgré elle chez une tante qu’elle n’a pas vu depuis des années, et contrainte de partir vivre chez elle au Texas, Gwendolyn décide d’aller demander de l’aide à ses voisins, amis proches de la famille.

L’adolescente se retrouve donc en Europe, où elle sera apprentie espionne auprès d’une agent israélienne devant des services à son père. Une fois son entraînement terminé, elles se lanceront toutes les deux sur les traces de son père, de Paris à Prague, où Gwendolyn découvrira un monde impitoyable où il faut savoir tuer pour espérer rester en vie le plus longtemps possible.

The Cruelty est un roman conforme à sa description, destiné à un public plutôt adolescent, avec comme dans les romans de mon enfance (comprendre Le Club des Cinq), une héroïne adolescente qui vit des aventures improbables d’adulte, forcée de mûrir rapidement, etc. Cet aspect mis de côté, on retrouve un premier roman de qualité, à l’écriture agréable et aux rebondissements assez riches pour m’avoir tenu jusqu’au bout. Un roman formaté pour que ses droits d’adaptation soient vendus, à l’image de Hunger Games et de tous les autres romans du même genre. Une affaire à suivre, donc !

The Cruelty, de Scott Bergstrom, est publié aux États-Unis en février 2017, sous le même titre. Il est publié en France aux éditions Hachette Romans le 1er février 2017 dans une traduction d’Alice Delarbre.

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