L'Homme Qui Lit

À propos des livres

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Le tunnel, Carl-Johan Vallgren

Ma note :

Carol-Johan Vallgren - Le tunnelVoilà un polar éminemment atypique ! Son auteur, Carl-Johan Vallgren, est un touche-à-tout : à 53 ans, l’homme est tour à tour chanteur, comédien ou écrivain, et fait publier ses derniers romans sous le pseudonyme de Lucifer, sauf en France où les éditeurs ont bien perçu que ça n’était pas très vendeur… Le tunnel, c’est un second roman avec le même personnage principal, Danny Katz, un toxicomane vaguement sevré, génie de l’informatique, et détective privé quand il le faut. Et après ses premières mésaventures dans Le garçon de l’ombre (chez le même éditeur), force est de constater que notre anti-héros s’attire les histoires compliquées.

Jorma Hedlund décide de se lancer dans un dernier braquage après avoir reçu des infos inespérées d’un homme travaillant pour une compagnie de transport de fond : lui qui voulait prendre sa retraite et se retirer du banditisme, c’est raté. Seulement, rien n’est jamais aussi simple dans la vie que sur le papier, et le braquage tournera au fiasco, obligeant Jorma à prendre la fuite et à se terrer.

Katz lui, retrouvera son ami et ancien dealer Ramon, qui vit désormais avec sa copine Jenny. Des retrouvailles de courte durée, puisque le premier sera retrouvé raide mort quelques jours plus tard, et que la seconde sera portée disparue.

Enquêtant sur la disparition de son ami, Katz va se retrouver au cœur d’un trafic glauque au possible, mêlant la drogue et la prostitution, et les hommes d’influence à un mystérieux réseau d’orgies sado-maso, à l’origine de nombreuses disparitions.

Le tunnel mérite amplement son titre original, « Les porcs » , quand il s’agit de résumer l’esprit global du roman. Si l’intrigue tient la route malgré les bas fonds dans lesquels elle évolue, j’ai pour autant eu beaucoup de mal à avancer dans ce roman – ce n’était peut-être tout simplement pas la bonne période – et j’ai mis plus de deux mois à en venir à bout. La saga Danny Katz s’arrêtera donc là pour moi…

Le tunnel, de Carl-Johan Vallgren, est publié en Suède en octobre 2015 sous le titre « Svinen » . Il est publié en France aux éditions JC Lattès le 10 mai 2017 dans une traduction d’Esther Sermage.

La maison des Turner, Angela Flournoy

Ma note :

Angela Flournoy - La maison des TurnerJe ne pourrais pas expliquer pour quelle raison, mais j’ai toujours été emballé par la lecture de ces sagas familiales au travers des générations, comme dans le prisé Le soleil des Scorta, de Laurent Gaudé, l’immanquable Chronique des Clifton de Jeffrey Archer ou encore le superbe Jours de juin, de Julia Glass. Autant dire que, lorsque j’ai lu la quatrième de couverture de La maison des Turner, je me suis dit que ce roman était fait pour moi.

Nous sommes à Détroit, ville portuaire du Michigan fondée par un français, longtemps prospère grâce à l’industrie automobile (d’où son surnom de « Motor city » ), puis lentement ville refuge des populations noires fuyant le sud des États-Unis, et enfin aujourd’hui cité sinistrée par la crise des subprimes, par le déclin des industries automobiles qui l’avaient fait vivre, par un chômage flirtant avec les pires records, l’ayant conduit il y a quelques années à être la première ville à se déclarer en faillite.

À Détroit, les Turner essaient de maintenir les liens familiaux alors que leur mère, Viola, montre des signes inquiétants de fatigue, et semble de plus en plus malade. Les treize enfants tâcheront de gérer au mieux leurs combats personnels afin de pouvoir se réunir et décider unanimement de ce qu’ils devaient faire de la maison familiale de Yarrow Street, à l’abandon et sans aucune valeur, maintenant que leur mère ne peut plus y vivre.

C’est Charles, l’aîné de la fratrie, dit Cha-cha, vers qui tous se tournent naturellement pour prendre la bonne décision, alors qu’il s’embourbe dans une thérapie après un accident au volant de son camion, pour lequel il a expliqué avoir vu le fantôme qui le poursuit depuis son enfance. Dans la maison abandonnée de Yarrow Street, il y a pourtant Lelah qui squatte dans un silence honteux après avoir tout perdu – travail, amis, famille, logement – à cause son addiction aux jeux, et surtout à la roulette dans les casinos.

Cette saga n’est pas construire chronologiquement, et les turpitudes entrecroisées des frères et sœurs Turner laissent de temps en temps place à un retour dans le passé, pour suivre l’histoire des parents, Viola et Francis Turner. Le roman est globalement intéressant, agréable à lire, et pourtant je garde comme une forme de déception à son endroit, car c’est un roman très inégal, avec des personnages quasi-inexistants et d’autres très détaillés. Si j’ai aimé ma lecture, je l’ai achevée avec le sentiment trouble qu’il manquait quelque chose, qui est peut-être tout simplement la raison pour laquelle les sagas m’emballent autant : l’attachement aux personnages et cette nostalgie qui accompagne les dernières pages, que je n’ai pas retrouvé dans La maison des Turner.

La maison des Turner, d’Angela Flournoy, est publié aux États-Unis en avril 2015 sous le titre « The Turner House » . Il paraît en France le 31 août 2017 aux éditions Les Escales, dans une traduction de Anne-Laure Tissut.

Le vieux qui lisait des romans d’amour, Luis Sepúlveda

Ma note :

Luis Sepulveda - Le vieux qui lisait des romans d'amourNe vous fiez pas à son titre pour le glisser dans votre panier chez votre libraire préféré, vous risqueriez d’être déçu. Il y a bien un vieux, oui, qui lisait effectivement des romans d’amour, mais toute analogie avec le titre « Le vieux qui ne voulait pas fêter… » s’arrête là. Ce n’est pas à proprement parler un roman d’amour, et vous ne suivrez pas les déambulations d’un vieillard échappé de sa maison de retraite. Non, mieux, vous dévorerez un superbe roman, écolo avant l’heure, intemporel malgré les presque seize ans au compteur.

C’est au bord du fleuve, en plein cœur de la forêt amazonienne, que l’on retrouve le cadavre de l’homme blanc dans une pirogue. L’homme est salement blessé, et sans plus tarder, le maire du village, un homme potelé et suintant surnommé « la limace » , en vient à blâmer les indiens Shuars, autochtones de toujours. Pour Antonio José Bolivar, notre vieil homme féru des romans d’amour que lui apporte régulièrement par bateau le dentiste, aucun doute : il s’agit de la vengeance d’un félin, probablement d’une femelle dont les petits ont étés assassinés par la victime.

Plus tard, alors qu’une seconde victime est à déplorer chez ces blancs venus s’approprier les richesses de l’Amazonie, le maire n’aura pas d’autre choix que de contraindre Antonio d’accompagner une expédition de chasseurs, puis de se débarrasser de cette femelle ocelot. Contre son gré, l’homme s’enfonce alors dans la forêt que les Shuars, auprès de qui il a vécu quelques années, lui ont appris à aimer, afin de traquer cette femelle assoiffée de vengeance.

Le vieux qui lisait des romans d’amour est, à sa façon, une superbe fable écologique, le cri du cœur d’un amoureux de la nature, d’un homme simple qui ne demande rien d’autre que de pouvoir lire ses romans d’amour, qui se voit obligé d’abattre un animal pour protéger ceux qui viennent piller et détruire les richesses de la nature et des peuples qui l’ont pacifiquement occupée jusque là. C’est un très beau roman, qui se lit en un rien de temps, et qui devrait connaître encore de belles années devant lui.

Le vieux qui lisait des romans d’amour, de Luis Sepúlveda, est publié au Chili en 1992 sous le titre « Un viejo que leía novelas de amor » . Il est publié le 22 avril 1992 aux éditions Métailié dans une traduction de François Maspero.

Origine, Dan Brown

Ma note :

Dan Brown - OrigineJe me suis lancé dans la lecture d’Origine, le dernier né de la plume de Dan Brown, avec un mélange d’appréhension et d’excitation. Appréhension, car Inferno, son avant dernier bouquin, était imbuvable et n’était qu’un guide touristique romancé, dénué d’intérêt. Excitation car, comme je l’ai déjà dit dans ma critique d’Inferno, j’ai toujours l’espoir de retrouver le même univers qu’au commencement, quand le Da Vinci Code avait révélé au monde l’univers de son auteur, l’entraînant vers le succès qu’il connaît depuis.

L’intrigue se joue cette fois en Espagne, où Langdon a rendez-vous avec Edmond Kirsch, un de ses anciens élèves devenu l’un des scientifiques les plus controversés du moment. Ce soir là, au musée Guggenheim de Bilbao, l’homme s’apprête à révéler au monde sa dernière trouvaille, la réponse ultime à la question que les Hommes se posent depuis des millénaires, qui renverserait probablement l’équilibre des religions.

Seulement voilà, alors qu’il est sur le point de prendre la parole, face à un parterre d’invités triés sur le volet, et tandis que la planète entière suit son allocution retransmise sur internet, Kirsch est abattu. Aux côtés d’Ambra Vidal, la directrice du musée, et fiancée du futur roi d’Espagne, Langdon devra prendre la fuite afin de déverrouiller la séquence vidéo qu’allait lancer son ancien élève et ami avant son assassinat, et qui révèlera le fruit de ses recherches.

Luttant alors contre la montre, Langdon et Vidal devront filer à Barcelone en échappant aux tueurs qui en ont manifestement après eux, sans parler des gardes royaux dont ils ne savent pas vraiment s’ils essaient de les protéger où de les faire taire. Du palais royal jusqu’aux bureaux de Kirsch, le chemin sera long et semé d’embuches. Le jeu en vaut-il seulement la chandelle ?

Je serais presque réconcilié avec Dan Brown grâce à Origine. Presque, parce que ce roman est un peu moins étouffant sur l’aspect « j’étale le fruit de mes recherches » que le précédent roman, et que l’intrigue avec la couronne d’Espagne est un peu grosse, même si pour l’américain moyen tout ça doit être totalement plausible. Malgré tout, le rythme se tient, l’intrigue en général est assez originale, et j’ai pris du plaisir à lire ce Dan Brown, même si l’on reste loin des premiers romans…

Origine, de Dan Brown, est publié aux États-Unis en octobre 2017 sous le titre « Origin » . Il paraît en France le 4 octobre 2017 aux éditions JC Lattès dans une traduction de Dominique Defert et Carole Delporte.

Les huit montagnes, Paolo Cognetti

Ma note :

Paolo Cognetti - Les huit montagnesSuccès incontesté de la dernière rentrée littéraire, ce premier roman de l’italien Paolo Cognetti était incontournable pour celles et ceux qui aiment les romans prenant pour cadre la nature dans ce qu’elle a de plus beau, de plus sauvage, à la Jack London. Sans surprise, le livre s’est vu récompenser du prix Strega, probablement le prix littéraire le plus prestigieux d’Italie, ainsi que du prix Médicis étranger.

Je ne sais pas quelle part de l’auteur se retrouve dans cette histoire, mais elle semble être de cette intimité qui en appelle à l’expérience et aux souvenirs plus qu’à l’imagination. Dans les montagnes de la Vallée d’Aoste, se niche le petit village de Grana, où Pietro et ses parents viennent passer leurs étés, loin de leur quotidien de citadins. C’est là que l’enfant fera la connaissance de Bruno, celui qui deviendra son meilleur ami, et sera accueilli par sa famille comme un deuxième fils.

C’est à ses côtés que Pietro découvre la vie de la montagne, ses ruisseaux, ses difficultés et ses beautés. C’est avec son père que les enfants s’élanceront sur les chemins de randonnées, à la conquête de ces paysages magnifiques que l’on ne découvre que de l’autre côté des cimes. Ces deux là, l’innocent citadin et le taiseux montagnard, étaient faits pour s’entendre.

Les années passent, et Pietro revient vingt ans plus tard sur les traces de son enfance. Avec Bruno, pas plus bavard qu’à l’époque, ils travailleront à remettre sur pied cette masure de pierres nichée dans la montagne. Ces moments passés ensemble sont ceux des amitiés sincères et intenses, et l’on envie parfois cette complicité qui souvent de passe de mots. Pietro découvrira que, malgré son départ à l’autre bout du monde, Bruno et son père ont conservé jusqu’à sa mort une forme de complicité, un lien presque filial.

Je commençais à comprendre ce qui arrive à quelqu’un qui s’en va : les autres continuent de vivre sans lui.

Après s’être fait la main sur quelques nouvelles, Paolo Cognetti signe là un premier roman très abouti, fort, dont l’intensité se niche dans des phrases à la simplicité aussi belle que cette nature sauvage qu’elles servent souvent à dépeindre. Il y a les grands espaces verdoyants de Jack London et les aventures estivales de jeunes enfants dans la nature, à l’ombre d’un père omniprésent, comme dans un roman de Pagnol. Autant de bonnes raisons pour que Les huit montagnes soit un plaisir à lire, et un véritable succès pour l’auteur.

Les huit montagnes, de Paolo Cognetti, est publié en Italie en novembre 2016 sous le titre « Le otte montagne » . Il est publié en France le 23 août 2017 aux éditions Stock, dans une traduction d’Anita Rochedy.

Positif, Camille Genton

Ma note :

Camille Genton - PositifJ’ai eu la drôle d’idée de lire ce récit alors que j’étais moi-même en attente de mes résultats de dépistage de différentes IST, effectué quelques jours plus tôt dans le centre d’information et de dépistage d’un établissement de santé à côté de chez moi. C’est une période toujours délicate, on se rassure comme on peut en imaginant, un peu anxieux, la possibilité du pire.

Camille Genton, visage angélique de 32 ans, est un jeune entrepreneur parisien que les spécialistes qualifient volontiers d’entrepreneur à succès. A 25 ans, celui qui résume son mode de vie du moment en parlant de « Gentonnerie » pour les « excès en tout genre du mec qui ne sait pas s’arrêter, veut toujours aller plus loin » , et qui est sur le point d’ouvrir son premier restaurant, tombe amoureux d’un garçon.

Entre eux, c’est aussi simple qu’évident, et deux semaines après leur coup de foudre, Marc-Antoine s’installe chez Camille « tout naturellement » . Parce qu’on s’aime, on va se faire dépister, le cœur léger, sans y penser. Et c’est là, dans ce laboratoire aux improbables employés, que le diagnostique sera posé : il est séropositif.

Commence alors une période difficile, celle de l’acceptation de la maladie, un moment où il faut trouver le médecin avec qui l’on se sent en confiance pour débuter le suivi de cette maladie chronique. Paradoxalement, le combat le plus difficile pour Camille ne sera pas de sauver son couple, qui perdure aujourd’hui encore, mais de faire face à ce qu’il appelle à juste raison « la double peine » , celle d’être malade et d’être considéré comme incapable.

Ma maladie m’a obligé à retrouver le goût des choses simples. J’apprécie la normalité autrefois tant redoutée.

De son combat et de ses nécessaires mensonges, notamment aux banques, afin d’obtenir les prêts nécessaires à son activité d’entrepreneur, Camille s’est inspiré pour écrire un récit résolument positif. Jamais larmoyant, ne cherchant aucune excuse ou aucune compassion, il expose sa vie de jeune homme actif et malade dans un superbe témoignage. En septembre, il a lancé avec l’appui de nombreuses personnalités le manifeste « Nous sommes tous positif.ve.s » afin de dénoncer les discriminations dont sont victimes les personnes séropositives et de réclamer un droit à l’oubli. Plus d’informations sur les articles du Parisien ou de FranceInfo.

J’ai terminé Positif le jour où je suis allé chercher mes résultats au centre d’information et de dépistage, un peu moins anxieux, et avec moins d’aprioris. Et Camille de conclure : « même si les molécules que j’ai dans le sang ne m’autorisent plus à être le même, je viens d’avoir trente et un ans, je suis atteinte du VIH et tout va bien, merci » .

Positif, de Camille Genton, est publié le 6 septembre 2017 aux éditions JC Lattès.

La Fille idéale, Gilly Macmillan

Ma note :

Gilly Macmillan - La fille idéaleJ’avais découvert Gilly Macmillan avec son premier roman « Ne pars pas sans moi » que j’avais lu l’an dernier et à propos duquel je gardais un très bon souvenir, celui d’un polar très britannique, sombre et humide à la Broadchurch, sans l’aspect grandiloquent des thrillers américains. Aussi quand j’ai vu passer son nouveau roman, La Fille idéale, il était hors de question de rater l’occasion de retourner dans l’ambiance de cette auteure pleine de promesses.

Zoé est, en apparence, une jeune fille idéale, studieuse, évoluant dans une famille recomposée mais aimante, sur le point de donner un récital de piano devant pas mal d’invités. Bref, une jeune fille avec un brillant avenir. Et pourtant, ce soir là, tout s’effondrera lorsqu’un homme interrompra la représentation.

Très vite, nous comprendrons que Zoé est rattrapée par son passé, duquel sa nouvelle famille ne sait rien, sa mère ayant préféré leur cacher. C’est que, plus jeune, elle a tué trois de ses camarades dans un tragique accident de la route alors qu’elle conduisait sous l’influence de l’alcool et d’une drogue qu’elle clame avoir reçu à son insu. Après avoir purgé sa peine en centre de détention, Zoé et sa mère ont déménagé pour se lancer dans un nouvelle vie, prendre un nouveau départ.

Comme le superbe film Boy A (sorti en 2007) nous l’avait déjà appris, difficile pour ces jeunes au passé trouble de repartir de zéro, de faire table rase du passé. Zoé devra même revivre un nouveau drame au sein de sa famille, mettant chacun sous la loupe de la police, à la recherche d’un coupable pour cette macabre histoire.

J’ai été un peu moins emballé par cette seconde lecture de Gilly Macmillan, l’histoire ayant quelques airs de déjà-vu, et mis à part le twist final que j’attendais sans grande surprise, je ne peux pas dire que j’ai été plus passionné que cela par ce roman. C’est dommage, le talent est là, l’histoire a du potentiel, mais j’ai juste l’impression d’être passé à côté.

La Fille idéale, de Gilly Macmillan, est publié au Royaume-Uni en septembre 2016 sous le titre « The Perfect Girl » . Il est paraît en France aux éditions Les Escales le 4 mai 2017 dans une traduction de Christel Paris.

Cortex, Ann Scott

Ma note :

Ann Scott - CortexL’Amérique et le monde entier sont sous le choc depuis que le Dolby Theatre à Los Angeles fut soufflé par une explosion en pleine cérémonie des Oscars. A l’intérieur, l’élite du cinéma international, autant d’acteurs que de réalisateurs, de producteurs, de membres de l’Académie ou de petites mains du septième art, soit plus de trois mille personnes, sont potentiellement mortes ou gravement blessées.

Dans la stupeur qui suit cet improbable attentat, où chacun se sent meurtri car connaît telle actrice ou tel réalisateur, trois personnages divaguent, portés par une sorte de déambulation irréelle.

Russ est un vieux réalisateur californien dont la femme, Susan, en phase terminale d’un cancer auquel elle n’aurait pas survécu, vient de se suicider. Dans les différentes régies qui entourent la cérémonie, il coordonne une dernière fois la retransmission des Oscars, avant de tirer sa révérence.

Burt Levine est un humoriste de New-York connu pour ses vidéos satiriques où il apparaît portant le masque d’une célébrité, entrain d’imiter sa voix. Sa dernière vidéo en ligne le montre sur le tapis rouge, grimé en Tom Hanks, entrain de s’auto-interviewer avec son téléphone, afin de critiquer la cérémonie et les fastueuses dépenses qu’elle entraîne, et de s’interroger sur le fait que personne n’ait encore songé à faire d’attentat contre cette décadence.

Enfin, Angie est une jeune réalisatrice française qui va bientôt se lancer dans un gros projet qu’elle porte depuis un moment. A la cérémonie, elle vient avec Jeff, avec qui elle recouche de nouveau depuis deux jours après l’avoir croisé par hasard aux États-Unis, lui qui réalise des bandes-son pour le cinéma.

Ces trois personnages vont se retrouver à graviter dans un Los Angeles frappé en plein cœur, attaqué dans l’un de ses évènements les plus emblématiques. Chacun d’eux aura des préoccupations différentes qui pourtant, les amèneront à faire se croiser leurs chemins. Dans cette ambiance hébétée, Ann Scott dépeint le portrait d’une Amérique meurtrie mais résiliente : un roman intéressant à la plume maîtrisée mais comportant malgré tout quelques longueurs dans le récit.

Cortex, d’Ann Scott, est publié aux éditions Stock le 3 mai 2017.

Ilya Kalinine, Nathalie Hug et Jérôme Camut

Ma note :

Nathalie Hug & Jérôme Camut - Ilya KalinineQuand deux écrivains se rencontrent et se mettent à écrire à quatre mains, cela donne en général des romans bien ficelés, mais on peut également observer dans de rares cas la naissance d’une histoire d’amour qui conduit les deux auteurs à se marier. Cette anecdote mise à part, le couple d’écrivains a fait un carton avec sa trilogie W3 parue aux éditions Télémaque et disponible depuis au format poche au Livre de Poche, et offre aux lecteurs une préquelle à sa trilogie, explorant les origines du tueur Ilya Kalinine.

Le roman  se veut le témoignage de Vera Obolanski, mère aimante d’un enfant ordinaire ayant plongé trop tôt dans ce que le monde avait de plus sombre à offrir pour espérer s’en sortir sans séquelles. Jumeaux nés d’un amour de passage, Ilya et sa sœur Tania sont condamnés à grandir dans la sordide misère de l’orphelinat de Kaliningrad par cette Russie qui les considère comme enfants illégaux.

Face aux épreuves de la vie, à la cupidité des adultes, à la lubricité des hommes, à la duplicité d’un orphelinat censé assurer leur sécurité, Ilya n’aura pas d’autre choix que de fuir avec sa sœur pour échapper aux prédateurs. C’est une histoire qui, très tôt, s’inscrit irrémédiablement dans la violence. La suite, c’est la fuite et la survie, les coups durs et les victoires, puis enfin l’espoir d’une vie tranquille. Quand sa sœur sera kidnappée afin d’alimenter un réseau de prostitution en Europe, s’en est trop pour Ilya, et un déferlement de violence s’abat alors sur ceux qui lui ont pris sa sœur. Un atout macabre qui n’échappera pas à l’œil intéressé des services de renseignement français…

Je n’ai pas encore lu la saga W3, qui trône pourtant dans une de mes étagères de livres de poche, mais j’ai adoré cette première lecture, et j’ai désormais hâte de me plonger dans les trois pavés dont on m’a toujours dit le plus grand bien. Pour les fans, sachez que les deux auteurs publient leur prochain roman Islanova le 12 octobre aux éditions Fleuve Noir.

Ilya Kalinine, de Nathalie Hug et Jérôme Camut, est publié le 3 mai 2017 aux éditions Le livre de Poche.

Les souliers vernis rouges, Stella Vretou

Ma note :

Stella Vretou - Les souliers vernis rougesLes sagas familiales m’enchantent, c’est un genre de roman dans lequel je me retrouve, pas tant pour les histoires de familles, les secrets, les cicatrices qu’un geste ou une parole peuvent laisser dans la vie d’une famille, mais parce que ce sont des romans qui me donnent l’impression de durer des décennies, et qu’en les lisant je traverse les siècles, les océans, et que je vis plusieurs romans en un seul.

Les souliers vernis rouges suit la vie tumultueuse de la famille Xénopoulous à travers les siècles, à compter du départ de l’île grecque de Zakynthos des deux frères Dionysis et Yagos, en 1870. Les deux cordonniers partiront pour Constantinople (l’actuelle Istanbul) puis Odessa, afin de monter leur commerce de chaussures, qui deviendra une affaire florissante.

Le reste de roman sera fait de mariages, d’amours intenses, de tromperies, d’enfants cachés, de drames, de jours heureux, de bonheur tranquille, de déceptions et de regrets. C’est une vie de famille riche et pleine de rebondissements que nous offre la descendance de Yagos, et chaque génération vivra à sa façon les évènements de l’Histoire et de son histoire.

J’ai aimé tout particulièrement le premier tiers du romans, qui m’a fait voyager dans le temps et m’a littéralement transporté dans l’Empire Ottoman. J’avais l’impression de marcher dans les ruelles de Constantinople, de profiter des odeurs de ses marchés, de vivre aux côtés des personnages. La suite m’a parfois un peu déçu dans la forme du récit, l’auteur faisant le choix surprenant d’un rythme narratif inconstant, où elle peut décrire une rencontre autour d’un thé en cinq pages, puis ensuite nous dire en cinq lignes qu’ils se marièrent, eurent trois enfants, et qu’ils ont désormais chacun une dizaine d’année.

Une lecture agréable mais inégale, que je conseille malgré tout aux amateurs de sagas familiales.

Les souliers vernis rouges, de Stella Vretou, est publié en Grèce en 2014. Il paraît le 20 avril 2017 aux éditions Les Escales dans une traduction d’Anne-Laure Brisac.

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