L'Homme Qui Lit

À propos des livres

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Là où tu iras j’irai, Marie Vareille

Ma note :

Marie Vareille - Là où tu iras j'iraiJ’ai découvert Marie Vareille sur Instagram, cette galerie d’art improvisée pour photographes amateurs qui a transformé depuis quelques mois les comptes influents (comprendre « avec le plus d’abonnés » ) en véritables vitrines publicitaires à pas cher, pour une montre, une marque de fringues, un soda à la mode, … Les éditeurs l’ont bien compris, les lectrices ont elles aussi un pouvoir de prescription auprès d’une vaste communauté d’amoureux du livre, par le biais de photographies à la savante mise en scène mettant en avant leur lecture du moment. Preuve que le procédé est efficace : il m’a permis de m’intéresser à Là où tu iras j’irai, un livre qui a envahi mon flux Instagram à sa sortie.

Isabelle a 32 ans, elle vit à Paris avec son copain Quentin qui a un peu tout de l’homme idéal, puisqu’il survit depuis plusieurs années à ses multiples névroses, à la stagnation de sa carrière d’actrice et à son éternel côté adolescente. Il est même tellement amoureux qu’il la demande en mariage, plongeant Isabelle dans la panique la plus complète à l’idée de devoir faire des enfants, et de se jurer un amour infaillible jusqu’à la mort. D’un coup d’un seul, Isabelle a 32 ans et se retrouve célibataire.

En galère financière, elle est contrainte d’accepter une drôle d’offre d’emploi : Adriana, fille d’un grand réalisateur, lui propose contre une très jolie somme d’argent de se faire engager comme nanny en remplacement de l’habituelle qui est malade, afin de séduire son père et de l’empêcher d’épouser sa fiancée. Un rôle à sa portée, lui promet-elle.

Elle part donc en Italie pour deux semaines de vacances hors norme avec la famille Kozlowski, avec la tâche de s’occuper de Nicolas, petit garçon de 8 ans qui ne prononce pas un mot depuis le décès de sa mère. Pour Isabelle, qui déteste les enfants, la corvée ne s’annonce pas aussi simple que ça, mais lui réserve tout de même de belles surprises…

Là où tu iras j’irai est une lecture très rafraichissante, et j’ai beaucoup rigolé des mésaventures de cette adulescente très spontanée. Il faut reconnaître à Marie Vareille un certain talent pour faire vivre un personnage atypique, et même si l’histoire a quelques fois des accents un peu burlesques, j’ai apprécié cette légèreté d’une auteur de ma génération. Une affaire à suivre !

Marie Vareille au Printemps du Livre de Montaigu (04/2017)

Là où tu iras j’irai, de Marie Vareille, est publié le 15 mars 2017 aux éditions Mazarine.

Le murmure des éoliennes, François Bossis

Ma note :

François Bossis - Le murmure des éoliennesLes éditeurs régionaux, comme toutes les petites maisons d’éditions, souffrent de leur visibilité réduite dans un marché du livre aussi concurrentiel que prolifique, où les crises de boulimie éditoriales que représentent les sempiternelles rentrées littéraires forcent les maisons d’édition à se livrer à de véritables guerres marketing pour faire vendre du papier, avoir la meilleure visibilité en librairie ou la couverture presse la plus étendue possible. Difficile, dans ce contexte, de réussir à faire connaître ses auteurs. Un constat frustrant, surtout lorsque l’on déniche dans un salon littéraire un livre comme Le murmure des éoliennes.

Paul est psychiatre à Paris, et hérite à quarante-cinq ans d’une maison sur la côte atlantique, léguée par un oncle au même prénom que lui dont il n’avait jusque là jamais entendu parler. Pour ce père de famille divorcé, orphelin de ses deux parents, découvrir si tard que son père avait un frère jumeau ne sera pas sans remous. « On s’est construit sur un mensonge, un manque, et on se met à vaciller » . Dans la maison de l’oncle décédé, ce sont des souvenirs d’une vie qu’il n’a jamais soupçonnée qui l’assaillent, comme cette photo de son père et de son oncle posant de part et d’autre de sa mère, qui l’attend sur le bureau, accompagnée d’une lettre testamentaire sur ce secret de famille.

Mon cœur se met à battre plus vite. Ce n’est pas évident de recevoir un courrier de quelqu’un que l’on n’a pas connu et qu’on ne connaîtra jamais, c’est comme un message de l’au-delà, la lumière d’une étoile morte.

Dans ce village qu’on imagine aisément situé à deux pas du littoral vendéen, Paul ira à la rencontre du souvenir de son oncle, médecin « des familles et des gens seuls » installé là quelques décennies plus tôt, et adopté par tous les habitants. Il y fera la rencontre de Claire, une jeune femme ayant bien connu son oncle, et qui connaît elle-même quelques moments difficiles dans sa vie de famille, sa sœur jumelle et elle devant accompagner un frère schizophrène, comme un volcan toujours au bord de l’éruption.

Ce sera, quelques temps après, son ami d’enfance qui le rejoindra dans la maison atlantique aux murs blancs et aux volets bleus, au pied des éoliennes. Blaise est abattu par une séparation à laquelle il ne s’attendait pas, et c’est auprès de son complice de toujours qu’il viendra chercher soutien et réconfort. Les deux hommes ne resteront pas insensibles aux charmes de Claire, et tandis que tous les trois courent ensemble régulièrement pour préparer le marathon de Paris, un triangle amoureux se dessine au fil des pages, comme une étrange résonance à un passé tenu secret.

La vie est multiple et imprévisible, concrète et rêvée, toujours instable, à construire, à reconstruire lorsque le hasard vient en détruire le fragile ordonnancement. La vie prend un malin plaisir à jouer, à redistribuer les cartes, c’est ce qui fait son drame et sa beauté.

Le murmure des éoliennes fut une très belle découverte, un roman riche de l’expérience de son auteur lui-même psychiatre en Vendée. Je  l’ai lu avec beaucoup de plaisir, tant pour ses trois personnages attachants, gravitant autour d’un secret de famille, que pour son écriture enivrante, aussi belle sur la forme que précise sur le fond. Un roman que je recommande fortement, et auquel il faut souhaiter un grand succès.

Le murmure des éoliennes, de François Bossis, est publié en mai 2016 aux éditions du Petit Pavé.

A Careful Heart, Ralph Josiah Bardsley

Ma note :

Ralph Josiah Bardsley - A Careful HeartLa littérature homosexuelle connaît, grâce au livre numérique, une véritable démocratisation au plan international. Alors qu’il fallait il y a quelques années encore chercher les quelques librairies « gay friendly » avec un rayon dédié, ce qui s’avérait difficile quand on vivait hors de Paris, et que les éditeurs étaient bien en peine de réussir à diffuser leurs titres dans les réseaux de distribution du livre, la dématérialisation permet aujourd’hui d’avoir accès de manière égale, sans discrimination territoriale et sans jugement, à une littérature LGBT. En français, mais également en anglais, puisque les États-Unis sont un gros pourvoyeur de fiction de genre. Je remercie d’ailleurs au passage Netgalley, la plateforme qui permet de mettre les blogueurs en rapport avec les éditeurs pour obtenir des titres à chroniquer, qui nous donne également accès au catalogue américain, me permettant donc ce vous parler de ce titre.

Travis et Stephen sont meilleurs amis depuis leur plus tendre enfance. Les deux garçons, nés à un mois d’intervalle, sont voisins dans un petit village isolé du New Hampshire, un état frontalier du Canada, quasiment à l’extrême nord-est des États-Unis. Pourtant les deux garçons ont un caractère bien différent, et si Travis est un sportif flamboyant, ami avec tout le monde, Stephen se fait plus discret, et préfère l’ombre à la lumière.

Après leurs études, qui les ont vu s’éloigner un peu, pour vivre leurs expériences chacun de leur côté, Travis et Stephen s’installent en colocation à Boston. Travis va travailler dans un gros cabinet financier et tomber sous le charme de Benson, un des directeurs de sa boîte, plus âgé que lui, charmant, sportif, fortuné… mais qui semble ne même pas le remarquer. Stephen intègre une boîte de communication, mais n’a pas le cœur à faire des rencontres après que son amourette avec Melanie se soit soldée par une cuisante rupture.

Pourtant, l’un et l’autre vont vivre une histoire d’amour. Travis et Benson finiront ensemble, dans une relation pathologique, où les coups pleuvent aussi fréquemment que les excuses, et que les promesses de lendemains meilleurs. Stephen, de son côté, se laissera charmer par Gabriel, un policier qui a craqué sur lui alors qu’il accompagnait Travis dans un bar gay. Une petite révolution, dans la vie de celui qui ne s’était jamais posé de question sur son orientation sexuelle. Préoccupé par son ami Travis, qu’il ne reconnaît plus, il va devoir agir pour le sauver de cette spirale destructrice avant qu’il ne soit trop tard.

A Careful Heart est une romance gay atypique. D’abord, les deux meilleurs amis ne finissent pas amoureux, contrairement aux habitudes de ce genre de romans, et j’ai été agréablement surpris de cette originalité là. Ensuite, il n’y a aucune scène de sexe, et c’est heureux, car il est parfois difficile de conseiller des romans étiquetés comme gays, sans avoir la crainte que les passages érotiques ne choquent un peu les lecteurs qui n’en ont pas l’habitude. Enfin, le roman est audacieux dans ses thématiques, car il est rare que l’on parle des violences conjugales au sein des couples de même sexe, alors qu’elles seraient selon les études jusqu’à deux fois plus fréquentes que dans les couples hétérosexuels. Un roman très agréable, sur l’amour et l’amitié, que j’ai lu quasiment d’une traite avec beaucoup de plaisir !

A Careful Heart, de Ralph Josiah Bardsley est publié aux États-Unis le 1er mars 2017 aux éditions Bold Strokes Books.

La fille d’avant, J.P. Delaney

Ma note :

JP Delaney - La fille d'avantC’est un peu le thriller du moment, soutenu par un marketing très actif et une presse globalement emballée, La fille d’avant se veut « thriller psychologique haletant » dans une ambiance minimaliste. Publié il y a quelques mois aux États-Unis, ses droits ont été vendus dans 35 pays et le réalisateur Ron Howard – qui a dirigé les adaptations des romans de Dan Brown au cinéma – a déjà acheté les droits du livre pour un passage sur grand écran. Un immense jackpot pour l’auteur et publicitaire britannique Tony Strong, qui publie régulièrement sous différents pseudonymes, comme celui d’Anthony Capella, au point que je ne sois pas tout à fait certain de savoir lequel des deux est son nom réel.

Le récit est construit autour de deux occupantes d’une même maison, Emma, qui n’y vit plus puisqu’on apprend rapidement qu’elle est morte, et Jane, qui en est l’actuelle locataire, et qui tâche justement de découvrir ce qui est arrivé à Emma. Le point commun qui réunit ces deux femmes, c’est Edward Monkford, un énigmatique architecte devenu adepte du minimalisme après que sa femme et son fils ne trouvent la mort sur le chantier de cette intrigante maison du One Folgate Street.

Monkford est un propriétaire atypique, qui choisit ses locataires à l’aide d’un questionnaire intimiste aussi surprenant que dérangeant. Si les agences de location ne savent pas vraiment quels sont les critères de choix de l’architecte, qui propose un entretien en dernier lieu aux candidats sélectionnés, on comprend relativement vite qu’il choisit surtout des femmes ressemblant énormément à son épouse décédée, et victimes d’un drame personnel. Emma, a par exemple été violée lors du cambriolage de son précédent appartement, tandis que Jane a dû mettre au monde un enfant mort-né.

Si les deux femmes ont partagé à des époques différentes ce même amant, elles ont surtout réussi à vivre dans une maison exigeante, au règlement drastique, interdisant par exemple d’avoir des livres. Inspiré de la méthode KonMari, qui vise à se débarrasser du superflu en vivant entouré de vide (à ce propos, le même éditeur propose un essai antagoniste, « De la joie d’être bordélique » de Jennifer McCartney), le One Folgate Street est une demeure épurée et bardée de technologie, dans laquelle la vie privée n’existe pas, puisque tout se commande à l’aide de HouseKeeper, une application intrusive placée sur son téléphone qui commande l’ouverture des portes, l’intensité de la lumière selon son humeur, la température de l’eau sous la douche, mais surveille également les recherches faites sur internet.

C’est une sorte de remake de Cinquante nuances de Grey en version thriller-déco que propose l’auteur avec La fille d’avant, une histoire aux ingrédients savamment dosés, de l’archi dominateur aux morts pas franchement expliquées, en passant par une palette de second rôles qui tous pourraient jouer un double jeu. Pour autant, le roman souffre d’un style un peu attendu, comme s’il avait été écrit pour être vendu au cinéma, et le dénouement, un peu tiré par les cheveux, m’a laissé sur ma faim. Pas de coup de cœur, donc.

La fille d’avant, de J.P. Delaney, est publié aux États-Unis en janvier 2017 sous le titre « The Girl Before » . Il est publié en France le 8 mars 2017 dans une traduction de Jean Esch.

L’imprévu, Chris Bohjalian

Ma note :

Chris Bohjalian - L'imprévuJe n’avais jamais entendu parler de Chris Bohjalian, un auteur américain prolifique et pourtant inconnu en France, puisque L’imprévu (« The Guest Room » ) est son dix-huitième roman publié, et qu’est déjà paru il y a quelques mois aux États-Unis son dix-neuvième titre ! C’est donc un regard vierge de tout a priori que j’ai posé sur ce roman, deuxième titre seulement publié en France. Et autant vous le dire tout de suite : je n’ai absolument pas été déçu !

La famille Chapman mène une existence relativement confortable, au sens américain du terme : Richard et Kristin habitent avec leur jeune fille Melissa dans une « majestueuse demeure de style Tudor dans ce qui était par pure coïncidence un lotissement entier de majestueuses demeures de style Tudor » , à deux pas de New-York. Richard travaille dans un gros cabinet spécialiste des fusions et des acquisition, ce qui lui permet d’assurer un certain confort financier à sa famille, qui jusque là n’a jamais vraiment connue de difficultés.

Pour l’enterrement de vie de garçon de son jeune frère Philip, il a proposé une soirée dans sa maison, tandis que sa femme et sa fille  profitent d’un week-end chez sa belle-mère à Manhattan. S’il était au courant qu’une strip-teaseuse, peut-être deux, agrémenterait sans surprise cette soirée pour son frère et ses amis, Richard Chapman n’aurait jamais pu imaginer que sa vie pourtant si tranquille serait sur le point de basculer à cette occasion.

Lorsqu’au cœur de la nuit, sa femme Kristin reçoit l’appel l’informant de la situation, elle comprend que rien ne sera plus pareil. Ils sont pourtant loin d’imaginer, à cet instant, la suite des évènements, et l’inexorable mécanisme de destruction qui s’est mis en marche.

Et c’est ce qui est passionnant dans ce roman que je n’ai pas pu lâcher avant de l’avoir terminé, de voir ce basculement, cette cascade de malchance s’abattre sur un type paisible qui n’a franchement rien demandé. Difficile d’en dire plus sur l’histoire sans trop en révéler, mais l’écriture est divinement perverse, j’ai été tenu en haleine au fil des innombrables retournements de situation que l’auteur a imaginé. Un excellent roman sur la prostitution, sur la responsabilité, sur une vie sous contrôle qui vole en éclat. Immanquable !

L’imprévu, de Chris Bohjalian, est publié aux États-Unis en janvier 2016 sous le titre « The Guest Room ». Il est publié en France le 2 mars 2017 aux éditions du Cherche-Midi dans une traduction de Caroline Nicolas.

Celui qui est digne d’être aimé, Adbellah Taïa

Ma note :

Abdellah Taïa - Celui qui est digne d'être aiméJ’ai toujours été sensible à la plume d’Abdellah Taïa, même si tous ses romans ne m’ont pas touché avec la même intensité, ou pour les mêmes raisons. Il y a pourtant une constante solide à son œuvre, c’est cet enchevêtrement complexe de fiction et de récit personnel, qui fait que l’on ne sait jamais trop à quel moment l’on doit être empathique, touché par le destin d’un personnage potentiellement pur produit de l’imagination de l’auteur.

Celui qui est digne d’être aimé ne diffère pas, en ce sens, de ses précédents romans. Ahmed est un marocain de quarante ans, installé à Paris. Le récit débute par une lettre à sa mère, sorte de figure tyrannique dans sa mémoire adolescente, décédée quelques années plus tôt, dans laquelle il exorcise ses démons et parle sans faux semblants de son homosexualité à cette mère qui avait effacé le père à peine était-il mort.

Ahmed, c’est aussi un cœur meurtri, un garçon tombé amoureux trop tôt d’un flamboyant français qui, d’une attitude paternaliste, aurait presque glissé à une posture colonialiste. C’est dans les lettres que ce roman s’écrit, et c’est une lettre de rupture qu’Ahmed écrit à Emmanuel, une lettre lucide sur le chemin parcouru, sur les bénéfices perçus, et sur l’émancipation du jeune homme de Salé, devenu aujourd’hui professeur en France.

Enfin, il y a cette lettre d’amour de Vincent, un amour fou et passionné, dévoré dans l’instant, aussi fugace que tragique, et celle de Lahbib, d’un amour d’évidence, fraternel, lui-même objet d’une attention concupiscente de la part d’un homme en âge d’être son père.

Derrière ce court récit épistolaire, c’est tout le talent d’Abdellah Taïa qui se dessine. C’est une longue et morne mélancolie comme on les aime, bercée d’amour, de déception et de souvenirs du Maroc, avec tout au fond, là-bas, l’espoir d’un avenir meilleur, d’un amour heureux, d’êtres en paix avec eux-même.

Celui qui est digne d’être aimé, d’Abdellah Taïa, est publié le 5 janvier 2017 aux éditions du Seuil.

Parmi les vivants, Charlotte Farison

Ma note :

Charlotte Farison - Parmi les vivantsIl y a les thrillers qui se ressemblent, ils se lisent avec une facilité déconcertante, on anticipe la plupart du temps l’évolution de l’histoire, les implications, qui sont les salauds, qui va mourir et comment le roman se terminera. C’est la recette facile, le truc sans risque pour les écrivains du genre qui laisse généralement le lecteur satisfait mais c’est souvent aussi vite oublié que dévoré. Et puis il y a ces bouquins atypiques, plus denses que la moyenne, qui essaient de nous semer au fil des pages, qui distillent les indices au point qu’on a irrémédiablement envie d’avancer pour en savoir un peu plus. C’est une prise de risque, qui parfois paie, mais qui peut décevoir si l’acmé n’est pas à la hauteur des espérances.

Pour son premier roman, la parisienne Charlotte Farison n’a pas choisi la facilité. Son récit est raconté par la voix de deux personnages, Shula et Arturo, et même si l’on imagine que les deux récits vont à un moment entrer en collision, et que la lumière se fera sur ces histoires à priori sans aucun rapport, il faut s’armer de patience.

Nous sommes donc en 2002, et Arturo est un jeune homme un peu paumé, un peu hybride, qui se retrouve engagé par le PDG aussi invisible qu’énigmatique d’Hermonia, société nébuleuse spécialisée dans la sauvegarde des données d’autres entreprises, misant énormément sur le cloud. Chargé de gérer la branche mécénat de la société, Arturo prend la suite de Lise Marshall, décédée dans un dramatique accident de la circulation. Seulement dans sa boîte, rien n’est simple, et il se retrouve rapidement au croisements d’histoires et de querelles qui le dépassent, et dont il n’est pas certain de tirer son épingle du jeu.

Shula elle, est danseuse. Enfin, elle enseigne la danse à Paris, mais se livre également à des danses privées lors d’évènements particulièrement bien payés, histoire de mettre de l’argent de côté. Après qu’un contrat dans une immense villa de la Côté d’Azur ne vire au bain de sang, elle se retrouve malgré elle en exil forcé à Vienne, entourée de Victor Khan et de son associé, auxquels elle n’est pas tout à fait libre de fausser compagnie…

Arturo et Shula se remémorent pourtant des bribes d’une vie antérieure menée sur une île sans nom, qu’on comprend avoir été la proie d’une guerre civile, et dans laquelle des sociétés de mercenaires ont beaucoup gagné, et dans laquelle ils auront beaucoup perdu.

Ce roman atypique m’a laissé un sentiment très ambivalent à la fin de la lecture. Le livre fait plus de 600 pages, mais certains chapitres sont alourdis par des longueurs, et même si l’histoire est dense et globalement intéressante, je ne suis pas certain d’avoir bien saisi le dénouement de l’histoire, ce qui est un peu décevant après ces longues heures de lecture d’une intrigue languissante. Il faut pourtant reconnaître que d’une part, pour un premier roman, le récit est audacieux, et j’ai aimé cette histoire complexe et inattendue, et que d’autre part l’écriture de Charlotte Farison est talentueuse, car j’ai été happé dés les premières pages par ce style direct et envoûtant qui m’a rappelé Marco Mancassola. Une bonne lecture, dans l’ensemble, et une auteur à suivre.

Parmi les vivants, de Charlotte Farison, est publié le 2 mars 2017 aux éditions Super 8.

Je ne sais pas dire je t’aime, Nicolas Robin

Ma note :

Nicolas Robin - Je ne sais pas dire je t'aimeJ’imagine que vous aviez tous lu Roland est mort, le premier roman malicieux de Nicolas Robin publié l’an dernier chez le même éditeur et dont je vous avais parlé. Si par accident, oubli, enfermement ou problèmes financiers vous étiez passé à côté, pas de panique car il va bientôt sortir en poche au Livre de poche à un prix modeste et avec une couverture beaucoup moins sobre qu’en grand format, puisque vous pourrez admirer Mireille sur la couverture !

Nicolas Robin revient donc avec un second roman tout aussi rafraichissant, dont l’histoire se déroule, vous apprécierez l’ironie du calendrier, à quelques jours de l’élection présidentielle. Nous sommes à Paris, au côté de quatre personnages, tous à la recherche d’un amour épanouissant.

Ben est un trentenaire qui s’ennuie dans son couple, son compagnon avec qui il partage sa vie depuis sept ans, ne lui parle plus, n’aspire à rien, et cette situation l’amènera à prendre une grande décision. D’autant plus qu’il a récemment flashé sur Joachim, un grand brun baraqué au mono-sourcil, qui a carrément réveillé ses hormones.

Pourtant, le destin de Joachim n’est pas beaucoup plus enviable ! Après s’être fait larguer en direct dans une émission de télévision aussi débile que populaire, le voilà devenu célèbre bien malgré lui, déclenchant sur son passage des marques de soutien ou des cris enamourés dont il se passerait volontiers. Il ne le sait pas encore, mais sa vie est pourtant sur le point de changer.

Juliette vend des chaussures allemandes dans un grand magasin, sa collègue de rayon est une sorte de vieille sorcière désinhibée qui n’en fout pas une, et elle aspire à une promotion au sein du magasin, comme chef de stand, parce que les pieds qui puent ça va un moment. En plus, Juliette rêve du grand amour, mais entre son passé et sa psy qui ne sert pas à grand chose, elle n’est pas prête de s’en sortir. Heureusement, elle peut compter sur sa copine Goldie, qui tapine dans son immeuble…

Et puis enfin, il y a Francine, la maman du bouquin ! Francine, elle est heureuse avec son mari, mais quand elle veut faire refaire son passeport pour le voyage en Floride qu’ils ont prévu, elle découvre une drôle de surprise sur la copie du registre d’état civil ! Et puis, entre une voisine acariâtre qui maltraite son chien (mais non, elle ne s’appelle pas Mireille !) et un fils qui la tient à distance, il faudra bien qu’elle enterre son passé si elle veut aller de l’avant.

Voilà le succulent chassé-croisé que Nicolas Robin nous offre dans ce roman que j’ai dévoré en un rien de temps. C’est un véritable coup de cœur que ce roman, ça déborde de joie de vivre, c’est délicieusement drôle, résolument tendre, ça rend heureux, et on a envie de prendre les personnages dans nos bras pour leur dire que ça ira mieux, bientôt. Si vous avez l’impression que votre vie est morose, qu’il ne fait pas encore assez beau pour un mois d’avril, ou que vous avez simplement envie de lire autre chose que des sondages sur l’élection, n’hésitez pas, Je ne sais pas dire je t’aime est un rayon de soleil entre les mains !

Je ne sais pas dire je t’aime, de Nicolas Robin, est publié le 13 avril 2017 aux éditions Anne Carrière.

Quand le souffle rejoint le ciel, Paul Kalanithi

Ma note :

Paul Kalanithi - Quand le souffle rejoint le cielRegarder la mort en face pour garder la tête haute face à l’ultime injustice d’une vie écourtée n’est pas à la portée de toutes les personnes malades, mais c’est pourtant l’admirable leçon que l’on peut tirer de la lecture de ce livre posthume ô combien déchirant. Paul Kalanithi se découvre malade alors qu’il est interne en neurochirurgie, une spécialité difficile dans laquelle il excelle, et qui lui réserve sans nul doute une brillante carrière. Quand il consulte une consœur avec son épouse Lucy, également médecin, pour sa perte de poids et ses douleurs dorsales qui le font souffrir le martyr, il ne se fait guère d’illusion sur le résultat des examens.

Atteint d’un cancer pulmonaire ayant déjà tissé sa toile mortelle sur de nombreux autres organes, Paul voit sa vie basculer à 36 ans. Il passe alors du statut de chirurgien prometteur à celui de patient, et se retrouve « de l’autre côté » , derrière la barrière invisible que tout soignant redoute de franchir un jour.

Entouré de sa femme, qu’il a rencontré en faculté de médecine, de son père, lui-même cardiologue, ainsi que du reste de sa famille, il débutera un premier traitement. Son cancer un temps stabilisé, et après un peu de rééducation, il retournera au bloc opératoire pour prendre en charge quelques patients, avec un rythme de travail allégé.

Le couple décide alors de s’organiser pour donner la vie, et quelques mois plus tard, les voilà heureux parents d’une petite Cady, rayon de soleil dans un ciel bien sombre. Malheureusement, très rapidement, la santé de Paul se dégrade, et l’écriture même de son livre devient difficile.

Il mourra entouré de ses proches le 9 mars 2015, en ayant choisi de partir sans souffrance ni acharnement. Son livre, resté inachevé, est terminé par sa femme Lucy, qui rédige un émouvant épilogue à la mémoire de celui qu’elle aura aimé et accompagné jusqu’aux derniers instants. Un récit intime et émouvant, d’une éprouvante lucidité, qui rappelle que ceux qui vont mourir nous donnent toujours les plus belles leçons de vie.

Pour en savoir plus sur Paul Kalanithi, voir quelques vidéos de lui et de ses proches pendant la rédaction de ce livre-testament, vous pouvez aller sur son site.

Quand le souffle rejoint le ciel, de Paul Kalanithi, est publié aux États-Unis sous le titre « When Breath Becomes Air » en janvier 2016. Il paraît en France le 15 février 2017 aux éditions JC Lattès dans une traduction de Cécile Fruteau.

Et à la fois je savais que je n’étais pas magnifique, Jon Monnard

Ma note :

Jon Monnard - Et à la fois je savais que je n'étais pas magnifiqueIl faut peut-être y voir une coïncidence perverse, mais c’est la seconde fois que je trouve un auteur helvète aussi sublime qu’hétérosexuel. Mais surtout, aussi sympathique que doué, et c’est peut-être ça, finalement, la marque de fabrique d’un écrivain chez nos voisins à l’impassible neutralité. Après Joël Dicker, qui avait fait vibrer le cœur de quelques midinettes – dont votre serviteur – et accompagné un paquet de lecteurs dans les pas de Marcus Goldman, voici que le tout aussi jeune Jon Monnard signe aux éditions L’âge d’homme son premier roman, au titre aussi long qu’intriguant, Et à la fois je savais que je n’étais pas magnifique.

Coska est un jeune homme à l’étroit dans une école d’arts dont il semble hermétique aux différents codes et comportements. Pourtant estimé brillant par certains professeurs, cette jeune étoile connaîtra le destin de tous les astres soumis à la pression : au bord de l’implosion, il fera le choix de tout plaquer pour se consacrer à sa passion viscérale qu’est la littérature, et surtout l’écriture.

Après avoir remporté un concours d’écriture pour une maison de haute couture réputée, il collaborera en grande pompe avec cette marque désireuse d’intellectualiser son image. Des étoiles plein les yeux, le jeune auteur découvrira à ses dépens un monde aussi hostile que superficiel, fait de faux semblants, de gloires éphémères et de promesses dorées.

Les ignares, les profiteurs se sont entichés de la littérature, de la bohème, de l’intellectualité comme de simples accessoires extérieurs ou des vecteurs d’images, sans grande profondeur.

De son vrai nom Jonathan Monnard, écrivain en herbe depuis ses douze ans, grand lecteur, instagrammeur prolifique et par ailleurs comédien amateur dans la troupe de théâtre Les Culturés, l’auteur s’est dit inspiré par un concours d’écriture organisé par la marque Prada, y voyant là une trame propice à l’écriture de ce roman dont il avait fait la promesse à sa mère quelques années avant son décès.

Préfacé par le célèbre Philippe Besson, ce premier roman est surprenant dans ses thématiques, celles de la fugacité du succès, de la superficialité des apparences, et finalement, celle des illusions perdues. Un court roman initiatique et pourtant terriblement lucide sur la tyrannie du faux semblant dans le milieu de la mode comme dans sa représentation dans les réseaux sociaux, que j’ai lu avec beaucoup de plaisir et auquel il faut reconnaître de belles qualités. Jon Monnard aspire, et je ne le blâmerai surtout pas, à continuer d’écrire, des romans comme des scénarios. On ne demande pas mieux.

Et à la fois je savais que je n’étais pas magnifique, de Jon Monnard, est publié en Suisse le 9 mars 2017 et en France le 30 mars 2017 aux éditions L’âge d’homme.

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