Ma note :

CouvertureLe phénomène qui a entouré ce livre reste assez extraordinaire pour une oeuvre littéraire fraîchement publiée. On en a parlé partout, j’ai lu des critiques dythirambiques un peu partout, et leur radical opposé ça et là. C’est d’ailleurs marrant, ces « pavés dans la marre », qui suscitent soit l’engouement soit un dédain pur et dur, sans jamais finalement susciter d’avis mitigé.

J’ai beaucoup aimé, je ne le cacherais pas plus longtemps. Je ne sais pas trop comment parler de ce livre, c’est assez difficile. On m’a souvent demandé dans le bus, au café, au travail, ce que je pensais de ma lecture : « ahhh, vous avez Les Bienveillantes ! Et bien, alors, c’est comment ? Parce que j’hésite beaucoup… ».

Alors, qu’en dire ? Ce livre est phénoménal, pour sûr. Le sujet, déjà, ne peut pas laisser insensible. Narrer la seconde guerre mondiale du point de vue « des méchants », c’est assez rare pour être relevé. Etablir une oeuvre de fiction construite sur l’Histoire, et pas la plus belle, ce n’est pas rien non plus. On suit ici la vie d’un officer SS jusqu’à la chute de Berlin, sur 900 pages, et parfois ce qu’on lit fait mal.

Je ne ferais que deux reproches à Littell, si je peux me permettre. La première, est particulièrement pénible dans la progression de la lecture au départ, c’est l’emploi de germanisme : les grades, les ministères, les tactiques, … tout est en allemand dans le texte, et le lecteur est prié de se reporter en fin d’ouvrage pour comprendre. Au départ, c’est assommant, on tient 900 pages à bout de bras, on est vite lassé de chercher à la fin. Mais passé un certain cap de lecture, on se familiarise avec le tout. Le second point, c’est que dans la vie du Dr Aue (le personnage principal) tout n’est pas rose. Il est un peu psychopathe sur les bords, et quand Littell se lance dans 20 pages de délire sexuel et psychotique, je vous assure, il faut tenir le cap.

Le tout se lit pourtant très facilement, et le roman crée une sorte de fascination assez étrange, je lisais dés qu’il m’était possible de lire, partout et en tout temps. On ne se sent alourdi par le récit que lorsqu’il digresse un peu. D’un point de vue historique, ma culture générale ne me permet pas de remettre en cause les éléments cités dans le livre, mais je trouve l’ensemble merveilleusement documenté. Une amie m’a laissé entendre que Littell s’était fasciné sur le sujet : je n’en doute absolument pas.

Si vous aimez lire, si vous avez de la patience et de la force dans les bras, lancez-vous dans la lecture de cette oeuvre singulière, parfois glassante d’effroi, toujours intéressante, étrangement fascinante. J’ai encore le souvenir du soir où j’ai achevé la lecture de ce roman : je suis resté interdit pendant un bon quart d’heure, comme sonné, à me dire « c’est terminé, réveille-toi, ce n’était qu’un livre« . Comment mieux illustrer que ce roman m’a pris corps et âme pendant toute sa lecture ?

Les Bienveillantes, de Jonathan Littell, est paru en août 2006 chez Gallimard, et remporte le Prix Goncourt ainsi que le Grand prix du roman de l’Académie Française la même année. Disponible en format poche chez Folio depuis février 2008.