Ma note :

Les librairies sont des lieux magiques à bien des égards, mais une de leur fonction oubliée avant celle du simple commerce de l’objet livre, est celle du conseil littéraire. Je n’aurais probablement jamais remarqué ce mince recueil de nouvelles sur la table de présentation de ma librairie si Marie-O., ma libraire, ne m’avait pas glissé un « j’ai une nouveauté qui pourrait vous plaire… », en me présentant L’aurore, ce recueil de nouvelles écrit par Selahattin Demirtaş depuis la prison dans laquelle il est incarcéré en attendant un procès, à l’autre bout de la Turquie. Publié chez un éditeur que je ne connaissais pas, Emmanuelle Collas, je me suis laissé tenter par ces quelques nouvelles regroupées en 140 pages.

Et quel plaisir, les amis ! S’il s’agit de la première publication de l’auteur, qui n’est par ailleurs ni écrivain ni romancier mais homme politique – et avant tout désormais prisonnier – et s’il n’a pu bénéficier des nombreux conseils qu’un éditeur peut apporter à un auteur lors du travail d’écriture et d’amélioration d’un manuscrit, il faut malgré tout reconnaître un talent de conteur à son auteur, dont la plume est belle et qui réussit ce pari insensé de nous faire voyager, vivre des drames, des espoirs, des douleurs, en quelques pages à peine.

En douze nouvelles, Selahattin Demirtaş convoque tour à tour la violence et la cruauté, l’emprise des hommes sur les femmes, le silence des minorités opprimées, la fuite des peuples en guerre, la résilience, la poésie, l’amour, la littérature, la beauté des paysages et la rudesse de l’homme. C’est une très belle découverte, j’ai savouré chacune de ces histoires, aussi douloureuse soit-elle, comme un bonbon, avec gourmandise. Merci à Marie-O. pour ce conseil, merci à l’éditrice d’avoir porté une si belle plume jusqu’à nous, et merci à celles et ceux qui, en Turquie, ont permis à l’auteur de s’évader en écrivant.

L’aurore, de Selahattin Demirtaş, est publié en Turquie en septembre 2017 sous le titre « Seher » . Il paraît en France le 14 septembre 2018 aux éditions Emmanuelle Collas dans une traduction de Julien Lapeyre de Cabanes, et est disponible en poche chez Points depuis septembre 2019.

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