Ma note :

Les livres ont parfois cette étrange manie de tomber à point nommé, que ce soit quand vous les croisez dans les rayonnages de votre librairie, ou que vous vous décidiez à les sortir de votre bibliothèque pour les lire : si l’on doutait encore que les livres avaient une âme et que c’étaient eux qui nous choisissaient, et non l’inverse, il fallait lire Dans la forêtroman post-apocalyptique publié initialement en 1996 mais resté confidentiel jusqu’à son retour en grâce en 2016 – en pleine pandémie mortelle de coronavirus.

Choisi au hasard dans ma conséquente pile à lire (oui, bon, je sais…), j’avais une certaine fébrilité à l’idée de m’attaquer à ce livre qui m’avait tant donné envie lors de son achat mais dont j’avais totalement oublié le sujet. Je n’avais que deux certitudes : j’y serai dans la nature, merci le titre et l’éditeur Gallmeister, spécialisé dans le nature writing.

En même temps que l’inquiétude et la confusion est apparu un sentiment d’énergie, de libération. Les anciennes règles avaient été temporairement suspendues, et c’était excitant d’imaginer les changements qui naîtraient inévitablement de ce bouleversement, de réfléchir à tout ce qu’on aurait appris – et corrigé – quand les choses repartiraient. Alors même que la vie de tout le monde devenait plus instable, la plupart des gens semblaient portés par un nouvel optimisme, partager la sensation que nous étions en train de connaître le pire, et que bientôt – quand les choses se seraient arrangées -, les problèmes à l’origine de cette pagaille seraient éliminés du système, et l’Amérique et l’avenir se trouveraient en bien meilleure forme qu’ils ne l’avaient jamais été.

Dans la forêt, donc, c’est l’histoire de deux sœurs racontée par l’une d’elle dans un cahier d’écolier, après que le monde d’hier se soit arrêté pour une raison assez floue pour être transposable à toutes les crises qui nous pendent au nez, voire que nous traversons. Elles vivent donc dans la maison familiale, à l’écart d’une petite ville de Californie, dans une certaine quiétude malgré l’absence. L’absence de leur mère, d’abord, emportée par la maladie. L’absence de leur père, ensuite, emporté par un banal accident.

Et l’absence de tout, ensuite. Plus de nouvelles. Plus d’électricité. Plus d’essence. Face à l’absence, il reste l’espoir, la fraternité, la lutte, l’intelligence, et la nature. Même si la violence des hommes n’est jamais loin -cruelle espèce que nous sommes !- la nature est ici magnifiée dans ce qu’elle offre de plus beau : une ressource nourricière et protectrice pour l’homme comme elle l’a été pendant des millions d’années déjà, si tant est que l’on cherche à la comprendre et qu’on la respecte.

Sans verser dans le sensationnel de la mode post-apocalyptique du moment, sans zombies ni hordes régressives de barbares, Jean Hegland nous emmène dans un récit simple, doux et sensuel, celui de deux sœurs qui ne peuvent survivre qu’ensemble, et qu’avec la nature. Une très belle lecture, qui ne pouvait vraiment pas mieux tomber.

La forêt qui se révélait à mesure que la nuit se retirait était un lieu dur, indifférent, un lieu où un homme pouvait verser le sang de sa vie sur le sol, et les arbres, les pierres, la terre même ensanglantée demeuraient identiques.

Si vous ne l’avez pas encore lue, bonne nouvelle : elle est disponible en poche et en broché, à tarif réduit donc, et elle est également adaptée en bande dessinée par Lomig aux éditions Sarbacane. Le tout se trouvera aisément chez votre libraire de proximité, c’est promis. Pour les cinéphiles, vous pourrez visionner l’adaptation sortie en salle en 2015 avec Ellen Page.

Dans la forêt, de Jean Hegland, est publié aux États-Unis en 1996 sous le titre « Into the forest » . Il paraît en France en janvier 2017 aux éditions Gallmeister dans une traduction de Josette Chicheportiche, et est disponible en poche dans la collection Totem du même éditeur depuis juin 2018.

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