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Catégorie : Polar Page 1 of 3

Les corps se vendent la nuit, Barry Eisler

Ma note :

J’allais vous dire que je ne connaissais pas du tout Barry Eisler, mais après avoir fureté dans sa bibliographie, je réalise que non seulement il a déjà écrit un paquet de romans mais qu’en plus, j’en avais déjà mis un dans ma liste d’achats ! Je vais donc vous dire que je n’avais lu Barry Eisler. Si la plupart de ses titres précédents étaient sortis chez Belfond, c’est chez Amazon Publishing (maison d’édition du groupe Amazon, créée en 2009) que sortent désormais ses nouveaux titres, avec la particularité d’un prix d’achat broché modéré (dix euros), un prix de e-book encore plus abordable (deux euros) et la possibilité pour les abonnés Amazon Prime d’emprunter ce titre gratuitement dans leur bibliothèque numérique.

Vous auriez raison de vous dire : bon c’est bien beau tout ça, mais ça nous dit pas si le livre vaut le coup ! Et bien il vaut sacrément le coup. Pour résumer l’histoire : Livia Lone est flic à Seattle a un vécu terrible puisqu’elle est née en Thaïlande mais a été vendue par ses parents avec sa sœur à des trafiquants d’êtres humains qui l’ont emmenée aux États-Unis. Pendant le trajet en bateau, elles sont violées à de nombreuses reprises par des policiers corrompus. Arrivées aux États-Unis, elles sont séparées et se retrouvent de nouveau esclaves sexuelles. Aujourd’hui Livia elle en a gros sur la patate, et dans un précédent bouquin que j’aurais peut-être dû lire avant (Livia Lone) elle part en Thaïlande et se débarrasse d’une partie des enfoirés qui ont causé la mort de sa sœur et fait de sa vie un enfer.

Aussi quand elle est approchée par un agent fédéral qui monte une task force sur le trafic d’êtres humains et lui propose une mission de six mois en Thaïlande, ça ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd. Elle part quelques jours avant le début de sa mission dans le but secret de finir le ménage, et son enquête empreinte de vengeance la mène rapidement sur la piste de Sorm, un ancien responsable Khmer Rouge manifestement encore utilisé et protégé par quelques services de renseignements, à la tête du trafic.

Sur place elle va découvrir qu’elle n’est pas la seule à vouloir sa peau et elle devra faire équipe malgré elle avec Dox, un sniper et tueur à gage qui bosse pour la CIA. Croyez-moi, ça ne va être simple pour ces deux-là de mettre la main sur Sorm qui est en cavale, protégé par une flopée de gardes du corps et manifestement aidé dans sa cavale par un service de renseignement.

Il y a tout ce que j’aime dans ce genre de roman : c’est bien écrit, c’est crédible, c’est recherché et sacrément documenté (on voit que l’auteur a bossé un temps à la CIA), il y a des scènes d’action en veux-tu en voilà et les personnages sont attachants avec leurs forces et leurs failles. J’ai dévoré ce livre, je le recommande chaudement si vous cherchez un bon bouquin policier ces temps-ci. Pour ma part, j’ai très envie d’emprunter le premier titre de cette saga pour le plaisir de retrouver Livia Stone entrain de zigouiller des enfoirés, tout comme la suite de ce livre (All the Devils) qui a déjà paru en anglais en septembre dernier.

Les corps se vendent la nuit, de Barry Eisler, est publié aux États-Unis en janvier 2018 sous le titre « The Night Trade » . Il est publié aux éditions Amazon Publishing le 12 mai 2020 dans une traduction de Marie Chabin.

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Red Rabbit, Tom Clancy

Il y a quelques jours en indexant ma bibliothèque dans Gleeph, une application que je suis entrain d’essayer, j’ai remis la main sur mon rayon entièrement dédié aux bouquins de Tom Clancy, auteur aussi incontournable que prolifique, et j’ai entrepris de faire le point sur ceux que je n’avais pas encore lu. Mémoire de poisson rouge oblige, j’ai dû aller sur SensCritique pour voir où j’en étais arrivé dans la saga Jack Ryan qui compte quand même 17 titres. Et là quelle surprise : je n’ai pas marqué Red Rabbit comme lu, c’est à dire le onzième titre de la saga, alors que j’ai lu les douzième et treizième. Ni une ni deux, je ressors les deux tomes en grand format, pour mon plus grand plaisir.

Red Rabbit déplace l’intrigue dans le passé et correspondrait, dans la chronologie de la vie de son personnage principal, au troisième roman de la saga. Vous suivez toujours ? Nous sommes donc au tout début des années 80 et le chef du KGB s’inquiète d’un courrier que le pape Jean-Paul II a envoyé aux autorités de Pologne, qui menacerait l’autorité et donc le pouvoir de l’URSS sur cette partie du territoire. Pour cet homme qui a une foi inébranlable dans la grande Russie de Staline, il n’y a qu’une seule façon de régler le problème : il faut assassiner le pape.

Lorsque les services secrets britanniques et américains ont vent du courrier du pape, Jack Ryan qui a été envoyé à Londres avec sa famille par le directeur de la CIA pour travailler directement au sein du SIS, est chargé d’évaluer l’état de la menace, car tous se doutent que la vie du pape est en jeu. En parallèle, le couple d’agents du FBI Foley vient d’arriver sous couverture pour leur nouvelle résidence à Moscou, et ne tardera pas à être contacté par un agent du KGB en charge du chiffrement des transmissions, pour qui cette histoire de vouloir faire assassiner le pape va au-delà de ce qu’il peut accepter et qui ne voit pas d’autre solution que de faire appel à la CIA pour l’empêcher.

Dans ce grand roman d’espionnage à l’ancienne, dont l’histoire se déroule il y a 40 ans, pas de smartphone, d’internet, mais des fax cryptés, des lignes fixes sécurisées et des super ordinateurs qui stockent des données sur VHS dans d’immenses salles du sous-sol de la CIA. C’est encore l’époque d’un espionnage à l’ancienne, avec ses codes secrets sur papier, ses boîtes à lettres disséminées en ville, ses rencontres discrètes entre agents, les rideaux déplacés dans un sens précis pour faire passer un message, etc. Pour les amoureux des romans d’espionnage d’après-guerre, c’est tout simplement divin. L’intrigue est dense, basée en partie sur des faits réels (l’attentat contre le pape Jean-Paul II a bien eu lieu en 1981), et fait appel à un tel enchevêtrement que ça ne peut que rendre l’histoire crédible. Un roman formidable, un très bon Tom Clancy, et si vous n’avez jamais lu la saga des Jack Ryan, allez-y vous allez adorer.

Red Rabbit, de Tom Clancy, est paru aux États-Unis en août 2002 sous le même titre. Il est publié en France en deux tomes aux éditions Albin-Michel en octobre 2003 puis en poche au Livre de Poche en octobre 2005.

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Fermer les yeux, Antoine Renand

Ma note :

J’aime les polars réussis lorsqu’ils parviennent à me happer dans la lecture, qu’ils réussissent à me faire oublier l’heure qu’il est, le besoin de manger, toutes ces petites choses que j’avais pu prévoir de faire dans cette journée de week-end prolongé à la météo mitigée, et que seuls quelques impératifs parviennent à me faire reposer le livre temporairement. Je reviens alors vers le fauteuil ou le canapé en trottinant, pressé de me replonger dans une histoire aussi sordide que passionnante, comme une série télévisée captivante dont on serait incapable de s’empêcher de voir l’épisode suivant.

Tassi est un gendarme aujourd’hui à la retraite, divorcé, alcoolique en déclin, abîmé par la vie après qu’il eu causé la mort de sa fille dans un accident de voiture alors qu’il était alcoolisé, bien des années auparavant. À la fin de sa carrière, il aura bouclé l’enquête de la disparition d’une jeune enfant en arrêtant, le cadavre dans les bras, Gabin Lepage, marginal du village et coupable idéal qui ne tarda pas à signer des aveux.

Quelques années plus tard, et alors qu’il s’est brutalement sevré de l’alcool lorsque son médecin lui annonça une cirrhose, il entend parler d’une autre affaire dans la région, une adolescente plus âgée mais dont les lésions si particulières ayant fuitées dans la presse lui reviennent comme un flashback. Il en est convaincu, il ne peut que s’agir du même bourreau. Et Lepage étant toujours en prison, cela ne peut signifier qu’une chose : il a fait condamner le mauvais homme.

Pour autant, son passé à la gendarmerie ne plaide pas en sa faveur, et personne dans l’institution n’écoute les élucubrations de cet alcoolique parti en disgrâce sans demander son reste. Pourtant quand son ancien supérieur de l’époque à qui il se confie tente de l’aider, et que le soir même ce dernier est abattu et que Tassi échappe de justesse au même destin, le doute ne peut plus subsister : il est sur la bonne piste, et avec ou sans l’aide de la gendarmerie, il va devoir mener l’enquête dans la région pour retrouver ce tueur.

Il ira pour cela convaincre Nathan Rey, sorte de profiler autoproclamé et auteur de plusieurs bouquins sur les tueurs en série, et qui acceptera finalement de quitter Paris pour venir l’aider dans son enquête. Il pourra également s’appuyer sur Emma Marciano, l’avocate qui assure la défense de Lepage dans la révision de son procès.

Est-ce le meilleur polar du monde ? Non, assurément. Il faut faire abstraction de quelques clichés récurrents au genre, de facilités dans l’histoire, d’impressions de « déjà lu » que l’on retrouve fréquemment dans les romans policiers, mais pour autant l’écriture est ciselée, le rythme est là, et je me suis totalement laissé emporter par ce roman dont la fin m’a agréablement surpris. Il m’aura en tout cas donné envie de dire L’empathie, son précédent roman également publié dans la collection La Bête Noire l’an passé.

Fermer les yeux, d’Antoine Renand, est publié dans la collection La Bête Noire aux éditions Robert Laffont le 12 mars 2020.

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Le Poids du monde, David Joy

Ma note :
David Joy - Le Poids du monde

J’avais découvert l’écriture noire et ciselée de David Joy lors de la parution en France de son premier roman, Là où les lumières se perdent (que je vous conseille vivement si vous ne l’avez pas déjà lu, il est désormais disponible en poche chez 10/18). C’était il y a deux ans déjà, et pourtant le souvenir de cette lecture est toujours aussi étincelant, celui d’un roman sombre, violent, sans espoir, et terriblement réussi. Aussi, quand j’ai vu que son second roman allait sortir en librairie à la fin de l’été, je n’ai pas pu résister. Merci encore aux éditions Sonatine pour cette lecture anticipée.

Dans cette Amérique rurale et défavorisée, où le chômage, la drogue, la violence et la messe du dimanche rythment une vie de misère, Aiden et Thad sont d’inséparables amis. C’est que, pour ces deux ados, la vie a vraiment mal commencée, et c’est l’union de ces deux destins malheureux qui fera naître ce lien entre les deux garçons, à mi-chemin entre l’amitié et la fraternité. À douze ans, Aiden voit le crâne de sa mère voler en éclats lorsque son père lui tire dessus, avant de retourner l’arme contre lui, juste après lui avoir marmonné le seul « je t’aime » qu’il entendra de sa vie. Thad lui, est le fils non désiré d’un viol, poussé très jeune à vivre dans un mobil-home à bonne distance de sa mère et de son beau-père, qui ne sait que boire et cogner. Ceux que la vie rejetait ne pouvaient que se retrouver et s’entendre.

Des années plus tard, le pays est comme prostré, d’un côté il y a cette guerre contre les Talibans à l’autre bout du monde, qui ruine le pays et détruit toute une génération partie faire cette guerre sans y être préparée, de l’autre la crise économique qui frappe le pays plus durement que le terrorisme encore, et qui ravage tous ceux qui ne sont pas partis se battre en Afghanistan. À son retour de l’armée, Thad ne sera plus tout à fait le même, se réfugiant dans l’alcool et la drogue pour oublier ce dos en vrac et ces souvenirs dont il ne veut rien dire, et qui l’empêchent de dormir.

Avec Aiden, ils feront le coup de trop lorsque leur dealer, totalement défoncé, se fait exploser la cervelle en se collant le canon d’une arme qu’il pensait déchargée sur la tempe. Toute cette came, cet argent, ces armes, donnent de mauvaises idées aux deux voyous, qui se confronteront bien vite à un milieu qu’ils n’étaient pas prêts à affronter. Dans cet emballement pour sortir la tête de l’eau, dans cette course à l’argent facile, seul porteur d’espoir d’une vie meilleure, tous les chemins ne se valent pas, et ne conduisent pas au succès.

Et toutes les nuits, avant de se réveiller en frissonnant, il entendait les mots du Tout-Puissant, le Seigneur, qui disait : « Au bout du compte, c’est toujours le sang qui parle. »

David Joy nous offre une fois encore un roman réussi qui confirme le talent de l’auteur, au rythme parfaitement maîtrisé qui ne verse jamais dans le misérabilisme facile. L’écriture est percutante, et j’ai pris un plaisir fou à dévorer cette histoire, pourtant terriblement sinistre, et je vous invite à le découvrir dans quelques jours chez votre libraire, parmi toutes les publications de la rentrée littéraire. Son troisième roman venant tout juste d’être publié aux États-Unis, je ne peux qu’être pressé de le voir publié en France.

Le Poids du monde, de David Joy, est publié en mars 2017 aux États-Unis sous le titre « The Weight of This World » . Il paraît en France le 30 août 2018 aux éditions Sonatine, dans une traduction de Fabrice Pointeau.

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Les Mystères d’Avebury, Robert Goddard

Ma note :
Robert Goddard - Les Mystères d'Avebury

Je suis en retard : dans mes lectures, c’est vrai, mais encore plus dans la rédaction de ces petits avis dans lesquels je me lance parfois plusieurs mois après avoir terminé les dits romans. Et alors là, je vous assure, je dois mobiliser au mieux ma mémoire pour me souvenir non seulement de l’histoire, mais surtout de mes sentiments au fil des pages. C’est donc plus d’un an après la sortie de ce dernier roman du britannique Robert Goddard que je me lance dans cet avis, et exactement six mois après en avoir achevé la lecture. Vous pardonnerez donc quelques inexactitudes et commentaires assez vagues.

Le roman s’ouvre sur le dernier lundi du moids de juillet de 1981, « par un été doux et pluvieux qui vient de virer à la canicule« , dans le petit village d’Avebury. David Umber est alors un jeune étudiant d’environ vingt-cinq ans qui sirote sa bière en attendant quelqu’un, installé en terrasse du Red Lion. C’est de là qu’il sera le témoin d’un drame qui verra naître la suite de l’histoire : l’enlèvement en pleine rue de la jeune Tamsin, puis sa soeur Miranda qui se lance à la poursuite du fourgon avant que celui-ci ne la percute en prenant la fuite.

Tout commence à Avebury. Mais ce n’est pas là que l’histoire se termine.

Vingt-trois ans après, Umber est guide touristique à Prague, et mène une existence tranquille depuis le suicide de sa compagne Sally, qui était la baby-sitter des trois enfants du drame d’Avebury, et autre témoin de cet épisode. C’est là-bas que l’inspecteur Sharp, alors retraité, va le retrouver pour lui demander de reprendre l’enquête avec lui sur la disparition de la petite Tamsin et sur l’accident ayant coûté la vie à sa grande soeur, ne s’étant jamais satisfait des aveux d’un homme qui pour lui n’est pas du tout lié à l’affaire. Pour convaincre Umber, il lui montrera un étrange courrier anonyme l’enjoignant de reprendre l’enquête, signé Junius.

Il faut dire que Junius, pseudonyme d’un célèbre polémiste anonyme du dix-huitième siècle, était précisément le sujet de la thèse d’Umber, et que ce fameux jour de 1981, c’est une source possédant des lettres prouvant la véritable identité de Junius qu’il attendait en terrasse du Red Lion.

Goddard, féru d’histoire et de crime, nous offre dans ce nouveau polar une enquête à la fois moderne et historique, un roman qui ne laisse guère de place à l’ennui et qui, comme souvent avec l’auteur, nous tient en haleine du début jusqu’à la fin. Un polar dévoré en quelques jours, dont je ne me souviens pas le dénouement avec exactitude mais que je sais m’avoir offert de beaux moments de lecture.

Les Mystères d’Avebury, de Robert Goddard, est publié au Royaume-Uni en 2005 sous le titre « Sight Unseen » . Il est publié en France aux éditions Sonatine le 11 mai 2017 dans une traduction de Maxime Berrée.

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La Saison des feux, Celeste Ng

Ma note :

Celeste Ng - La Saison des feuxVous vous souvenez peut-être de mon coup de cœur absolu pour le premier roman de cette jeune auteure américaine, Celeste Ng (prononcez « ing » , c’est même son pseudo sur Twitter, @Pronounced_Ing), Tout ce qu’on ne s’est jamais dit, déjà publié il y a deux ans chez Sonatine ? Et bien l’auteure est de retour dans nos librairies avec un nouveau roman tout aussi splendide, à la mécanique savoureusement articulée, que j’ai pu lire il y a plusieurs mois en anglais grâce à NetGalley, la plateforme qui met les blogueurs et les éditeurs en relation, et qui m’a permis de solliciter ce titre paru en septembre dernier chez Penguin Random House : Little Fires Everywhere.

L’histoire se déroule sous l’administration Clinton, dans une ville atypique de la banlieue de Cleveland dans l’Ohio : Shaker Heights est en effet connue pour son organisation différente, puisque faite de rues courbes et non rectilignes, et pour sa planification extrême dans la vie de la cité, rien n’étant laissé au hasard, tout étant calculé et particulièrement réglementé. « À Shaker Heights, il y avait un plan pour tout » .

C’est dans cette banlieue si paisible, à la vie millimétrée, que par un beau matin, la famille Richardson se retrouve dans la rue à contempler sa maison entrain d’être ravagée par les flammes. Et tous de songer en eux-mêmes : comment a-t-on pu en arriver là ? Ce sera toute l’histoire de ce roman. Comment la famille Richardson, tellement parfaite en apparence, dans sa grande maison de banlieue chic, le père avocat, la mère journaliste dans la station locale, et les quatre enfants bien insérés, ont pu se retrouver dans cette situation ?

Il faudra alors remonter à l’arrivée en ville de Mia Warren et de sa fille Pearl, pour comprendre la cascade d’évènements qui aura permis de faire voler en éclat toute cette façade si tranquille. C’est que, chez les Warren, la vie n’a rien de commun avec celle des Richardson : sans attaches, toujours en mouvements, la mère célibataire et son adolescente de fille vivent un peu une vie d’artistes bohèmes. Aussi, chez les ados, la curiosité sera vite de mise, et si Pearl se lie d’amitié pour les Richardson et se retrouve régulièrement chez eux, on comprendra que la cadette de la fratrie, Izzy, la rebelle de la famille, se sente plus à l’aise en compagnie de Mia…

Seulement voilà, quand la meilleure amie de madame Richardson décidera de demander l’adoption du bébé asiatique abandonné que les services sociaux ont placé chez elle et son mari, et que sa mère biologique se décidera finalement à vouloir la récupérer, la vie des deux familles se cristallisera autour de cette délicate question, jusqu’au point de rupture.

Celeste Ng livre avec ce second roman une analyse absolument bluffante d’une banlieue chic américaine, avec ses faux semblants et ses rancœurs, son ouverture de façade et son racisme dissimulé. Elle y aborde sans concession la place de la femme, la filiation, le droit à l’enfant, l’avortement, et plus généralement ce que sont les familles, dans leurs modes de vie et leurs choix uniques. Comme dans son précédent roman, l’auteure réussit à disséquer parfaitement ces problématiques de société, le tout dans un récit à la langue savoureuse et qui jamais ne m’a ennuyé. Un roman à lire, et une auteure à suivre !

La Saison des feux, de Celeste Ng, est publié aux États-Unis en septembre 2017 sous le titre « Little Fires Everywhere » . Il est publié en France le 12 avril 2018 aux éditions Sonatine, dans une traduction de Fabrice Pointeau.

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De la terre dans la bouche, Estelle Tharreau

Ma note :

Estelle Tharreau - De la terre dans la boucheJe n’avais jamais entendu parler des confidentielles éditions Taurnada jusqu’à ce qu’ils me contactent pour me présenter leur catalogue et leurs dernières publications : une excellente idée, puisque j’y ai noté quelques titres qui me donnaient envie de découvrir ce jeune éditeur basé à Nice. et que je me suis lancé dans la lecture du troisième roman d’Estelle Tharreau.

L’histoire débute en 1986, dans une étude notariale, où après le décès de sa grand-mère Rose, la jeune Elsa reçoit un drôle d’héritage : une maison dont elle n’avait jamais entendu parler, La Braconne. Très vite, on comprend qu’un secret de famille explique le mystère gardé autour de cette maison isolée dans la forêt à Mont-Éloi, commune fictive qu’on place sous Besançon et Dijon.

Pourtant la jeune fille se rendra sur place pour évaluer ce bien qu’elle imagine en ruine : on comprendra sa surprise lorsque, entrant dans cette cabane nichée dans la forêt, elle tombera sur Fred, grand gaillard entrain de jurer par tous les dieux en bricolant sous l’évier.

Leur rencontre inattendue et les questions qu’elle soulèvera auprès de leurs familles ré-ouvrira les plaies mal cicatrisées de la seconde guerre mondiale, où les trahisons et les amours interdits ont laissé de profondes blessures, tant pendant la guerre qu’après.

De la terre dans la bouche fut donc une bonne surprise, celle d’un roman numérique accessible pour moins de cinq euros d’abord, puis celle d’une lecture agréable et originale, que j’ai situé dans les forêts de pins entourant Pontarlier dans le Haut-Doubs, pour mon plaisir de lecteur. Une belle rencontre donc, que je vous invite évidemment à faire à votre tour.

De la terre dans la bouche, d’Estelle Tharreau, est publié le 18 janvier 2018 aux éditions Taurnada.

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Tu tueras l’ange, Sandrone Dazieri

Ma note :

Sandrone Dazieri - Tu tueras l'angeVous avez peut-être déjà lu « Tu tueras le père » , dont je vous avais parlé lors de sa sortie en 2015, et qui constituait le premier volet d’une saga en devenir autour du personnage atypique mais attachant de Dante Torre. L’auteur italien Sandrone Dazieri revient donc avec une suite sous forme d’une nouvelle enquête pour le binôme inattendu que forment Dante et la commissaire Colomba Caselli, tête brûlée de la police italienne.

C’est elle qui sera appelée lorsque arrive en gare le train reliant Milan à Rome, et dans lequel tous les passagers de la classe affaire sont retrouvés morts, manifestement tués par un gaz neurotoxique. Branle bas de combat dans la capitale italienne, les forces spéciales et l’armée s’en mêlent, l’attentat fait grand bruit. Pour Caselli, l’affaire semble trop vite entendue, et elle doute sérieusement qu’il s’agisse d’un attentat terroriste.

Pour y voir plus clair, elle fait appel à Dante, « l’homme du silo » avec qui elle avait travaillé dans Tu tueras le père, bien que son comportement quasi-autistique rende sa présence difficile pour le reste de la police, et surtout sa hiérarchie. Son enquête la mènera rapidement sur la piste d’autres assassinats à travers le monde, parfois déguisés en accidents, parfois en crime sordide, qui révèlent qu’un tueur est prêt à tout pour atteindre sa cible.

Ce tueur prend des allures quasi fantomatiques d’après les rares témoignages que Caselli et Torre réussissent à rassembler à travers l’Europe, et c’est sur la piste d’une femme mystérieuse et insaisissable que le binôme s’orientera, une sorte de Giltiné, l’ange lituanien des morts.

Si j’avais apprécié ma première rencontre avec le binôme Caselli-Torre dans Tu tueras le père, je n’ai pas retrouvé le même plaisir de lecture en me plongeant dans cette suite. Les premières pages laissant imaginer une enquête pour attentat m’ont bien plu, et j’ai finalement été assez déçu de cette histoire d’une tueuse vengeresse insaisissable avec laquelle j’ai peu accroché. Il y aura sûrement une suite à ces aventures, mais je crois que ce sera sans moi.

Tu tueras l’ange, de Sandrone Dazieri, est publié en Italie en novembre 2016 sous le titre « L’Angelo » . Il est publié en France le 18 mai 2017 dans la collection La Bête Noire aux éditions Robert Laffont dans une traduction de Delphine Gachet.

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Le tunnel, Carl-Johan Vallgren

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Carol-Johan Vallgren - Le tunnelVoilà un polar éminemment atypique ! Son auteur, Carl-Johan Vallgren, est un touche-à-tout : à 53 ans, l’homme est tour à tour chanteur, comédien ou écrivain, et fait publier ses derniers romans sous le pseudonyme de Lucifer, sauf en France où les éditeurs ont bien perçu que ça n’était pas très vendeur… Le tunnel, c’est un second roman avec le même personnage principal, Danny Katz, un toxicomane vaguement sevré, génie de l’informatique, et détective privé quand il le faut. Et après ses premières mésaventures dans Le garçon de l’ombre (chez le même éditeur), force est de constater que notre anti-héros s’attire les histoires compliquées.

Jorma Hedlund décide de se lancer dans un dernier braquage après avoir reçu des infos inespérées d’un homme travaillant pour une compagnie de transport de fond : lui qui voulait prendre sa retraite et se retirer du banditisme, c’est raté. Seulement, rien n’est jamais aussi simple dans la vie que sur le papier, et le braquage tournera au fiasco, obligeant Jorma à prendre la fuite et à se terrer.

Katz lui, retrouvera son ami et ancien dealer Ramon, qui vit désormais avec sa copine Jenny. Des retrouvailles de courte durée, puisque le premier sera retrouvé raide mort quelques jours plus tard, et que la seconde sera portée disparue.

Enquêtant sur la disparition de son ami, Katz va se retrouver au cœur d’un trafic glauque au possible, mêlant la drogue et la prostitution, et les hommes d’influence à un mystérieux réseau d’orgies sado-maso, à l’origine de nombreuses disparitions.

Le tunnel mérite amplement son titre original, « Les porcs » , quand il s’agit de résumer l’esprit global du roman. Si l’intrigue tient la route malgré les bas fonds dans lesquels elle évolue, j’ai pour autant eu beaucoup de mal à avancer dans ce roman – ce n’était peut-être tout simplement pas la bonne période – et j’ai mis plus de deux mois à en venir à bout. La saga Danny Katz s’arrêtera donc là pour moi…

Le tunnel, de Carl-Johan Vallgren, est publié en Suède en octobre 2015 sous le titre « Svinen » . Il est publié en France aux éditions JC Lattès le 10 mai 2017 dans une traduction d’Esther Sermage.

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La Fille idéale, Gilly Macmillan

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Gilly Macmillan - La fille idéaleJ’avais découvert Gilly Macmillan avec son premier roman « Ne pars pas sans moi » que j’avais lu l’an dernier et à propos duquel je gardais un très bon souvenir, celui d’un polar très britannique, sombre et humide à la Broadchurch, sans l’aspect grandiloquent des thrillers américains. Aussi quand j’ai vu passer son nouveau roman, La Fille idéale, il était hors de question de rater l’occasion de retourner dans l’ambiance de cette auteure pleine de promesses.

Zoé est, en apparence, une jeune fille idéale, studieuse, évoluant dans une famille recomposée mais aimante, sur le point de donner un récital de piano devant pas mal d’invités. Bref, une jeune fille avec un brillant avenir. Et pourtant, ce soir là, tout s’effondrera lorsqu’un homme interrompra la représentation.

Très vite, nous comprendrons que Zoé est rattrapée par son passé, duquel sa nouvelle famille ne sait rien, sa mère ayant préféré leur cacher. C’est que, plus jeune, elle a tué trois de ses camarades dans un tragique accident de la route alors qu’elle conduisait sous l’influence de l’alcool et d’une drogue qu’elle clame avoir reçu à son insu. Après avoir purgé sa peine en centre de détention, Zoé et sa mère ont déménagé pour se lancer dans un nouvelle vie, prendre un nouveau départ.

Comme le superbe film Boy A (sorti en 2007) nous l’avait déjà appris, difficile pour ces jeunes au passé trouble de repartir de zéro, de faire table rase du passé. Zoé devra même revivre un nouveau drame au sein de sa famille, mettant chacun sous la loupe de la police, à la recherche d’un coupable pour cette macabre histoire.

J’ai été un peu moins emballé par cette seconde lecture de Gilly Macmillan, l’histoire ayant quelques airs de déjà-vu, et mis à part le twist final que j’attendais sans grande surprise, je ne peux pas dire que j’ai été plus passionné que cela par ce roman. C’est dommage, le talent est là, l’histoire a du potentiel, mais j’ai juste l’impression d’être passé à côté.

La Fille idéale, de Gilly Macmillan, est publié au Royaume-Uni en septembre 2016 sous le titre « The Perfect Girl » . Il est paraît en France aux éditions Les Escales le 4 mai 2017 dans une traduction de Christel Paris.

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