L'Homme Qui Lit

À propos des livres

Catégorie : Polar (Page 1 of 3)

La Saison des feux, Celeste Ng

Ma note :

Celeste Ng - La Saison des feuxVous vous souvenez peut-être de mon coup de cœur absolu pour le premier roman de cette jeune auteure américaine, Celeste Ng (prononcez « ing » , c’est même son pseudo sur Twitter, @Pronounced_Ing), Tout ce qu’on ne s’est jamais dit, déjà publié il y a deux ans chez Sonatine ? Et bien l’auteure est de retour dans nos librairies avec un nouveau roman tout aussi splendide, à la mécanique savoureusement articulée, que j’ai pu lire il y a plusieurs mois en anglais grâce à NetGalley, la plateforme qui met les blogueurs et les éditeurs en relation, et qui m’a permis de solliciter ce titre paru en septembre dernier chez Penguin Random House : Little Fires Everywhere.

L’histoire se déroule sous l’administration Clinton, dans une ville atypique de la banlieue de Cleveland dans l’Ohio : Shaker Heights est en effet connue pour son organisation différente, puisque faite de rues courbes et non rectilignes, et pour sa planification extrême dans la vie de la cité, rien n’étant laissé au hasard, tout étant calculé et particulièrement réglementé. « À Shaker Heights, il y avait un plan pour tout » .

C’est dans cette banlieue si paisible, à la vie millimétrée, que par un beau matin, la famille Richardson se retrouve dans la rue à contempler sa maison entrain d’être ravagée par les flammes. Et tous de songer en eux-mêmes : comment a-t-on pu en arriver là ? Ce sera toute l’histoire de ce roman. Comment la famille Richardson, tellement parfaite en apparence, dans sa grande maison de banlieue chic, le père avocat, la mère journaliste dans la station locale, et les quatre enfants bien insérés, ont pu se retrouver dans cette situation ?

Il faudra alors remonter à l’arrivée en ville de Mia Warren et de sa fille Pearl, pour comprendre la cascade d’évènements qui aura permis de faire voler en éclat toute cette façade si tranquille. C’est que, chez les Warren, la vie n’a rien de commun avec celle des Richardson : sans attaches, toujours en mouvements, la mère célibataire et son adolescente de fille vivent un peu une vie d’artistes bohèmes. Aussi, chez les ados, la curiosité sera vite de mise, et si Pearl se lie d’amitié pour les Richardson et se retrouve régulièrement chez eux, on comprendra que la cadette de la fratrie, Izzy, la rebelle de la famille, se sente plus à l’aise en compagnie de Mia…

Seulement voilà, quand la meilleure amie de madame Richardson décidera de demander l’adoption du bébé asiatique abandonné que les services sociaux ont placé chez elle et son mari, et que sa mère biologique se décidera finalement à vouloir la récupérer, la vie des deux familles se cristallisera autour de cette délicate question, jusqu’au point de rupture.

Celeste Ng livre avec ce second roman une analyse absolument bluffante d’une banlieue chic américaine, avec ses faux semblants et ses rancœurs, son ouverture de façade et son racisme dissimulé. Elle y aborde sans concession la place de la femme, la filiation, le droit à l’enfant, l’avortement, et plus généralement ce que sont les familles, dans leurs modes de vie et leurs choix uniques. Comme dans son précédent roman, l’auteure réussit à disséquer parfaitement ces problématiques de société, le tout dans un récit à la langue savoureuse et qui jamais ne m’a ennuyé. Un roman à lire, et une auteure à suivre !

La Saison des feux, de Celeste Ng, est publié aux États-Unis en septembre 2017 sous le titre « Little Fires Everywhere » . Il est publié en France le 12 avril 2018 aux éditions Sonatine, dans une traduction de Fabrice Pointeau.

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De la terre dans la bouche, Estelle Tharreau

Ma note :

Estelle Tharreau - De la terre dans la boucheJe n’avais jamais entendu parler des confidentielles éditions Taurnada jusqu’à ce qu’ils me contactent pour me présenter leur catalogue et leurs dernières publications : une excellente idée, puisque j’y ai noté quelques titres qui me donnaient envie de découvrir ce jeune éditeur basé à Nice. et que je me suis lancé dans la lecture du troisième roman d’Estelle Tharreau.

L’histoire débute en 1986, dans une étude notariale, où après le décès de sa grand-mère Rose, la jeune Elsa reçoit un drôle d’héritage : une maison dont elle n’avait jamais entendu parler, La Braconne. Très vite, on comprend qu’un secret de famille explique le mystère gardé autour de cette maison isolée dans la forêt à Mont-Éloi, commune fictive qu’on place sous Besançon et Dijon.

Pourtant la jeune fille se rendra sur place pour évaluer ce bien qu’elle imagine en ruine : on comprendra sa surprise lorsque, entrant dans cette cabane nichée dans la forêt, elle tombera sur Fred, grand gaillard entrain de jurer par tous les dieux en bricolant sous l’évier.

Leur rencontre inattendue et les questions qu’elle soulèvera auprès de leurs familles ré-ouvrira les plaies mal cicatrisées de la seconde guerre mondiale, où les trahisons et les amours interdits ont laissé de profondes blessures, tant pendant la guerre qu’après.

De la terre dans la bouche fut donc une bonne surprise, celle d’un roman numérique accessible pour moins de cinq euros d’abord, puis celle d’une lecture agréable et originale, que j’ai situé dans les forêts de pins entourant Pontarlier dans le Haut-Doubs, pour mon plaisir de lecteur. Une belle rencontre donc, que je vous invite évidemment à faire à votre tour.

De la terre dans la bouche, d’Estelle Tharreau, est publié le 18 janvier 2018 aux éditions Taurnada.

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Tu tueras l’ange, Sandrone Dazieri

Ma note :

Sandrone Dazieri - Tu tueras l'angeVous avez peut-être déjà lu « Tu tueras le père » , dont je vous avais parlé lors de sa sortie en 2015, et qui constituait le premier volet d’une saga en devenir autour du personnage atypique mais attachant de Dante Torre. L’auteur italien Sandrone Dazieri revient donc avec une suite sous forme d’une nouvelle enquête pour le binôme inattendu que forment Dante et la commissaire Colomba Caselli, tête brûlée de la police italienne.

C’est elle qui sera appelée lorsque arrive en gare le train reliant Milan à Rome, et dans lequel tous les passagers de la classe affaire sont retrouvés morts, manifestement tués par un gaz neurotoxique. Branle bas de combat dans la capitale italienne, les forces spéciales et l’armée s’en mêlent, l’attentat fait grand bruit. Pour Caselli, l’affaire semble trop vite entendue, et elle doute sérieusement qu’il s’agisse d’un attentat terroriste.

Pour y voir plus clair, elle fait appel à Dante, « l’homme du silo » avec qui elle avait travaillé dans Tu tueras le père, bien que son comportement quasi-autistique rende sa présence difficile pour le reste de la police, et surtout sa hiérarchie. Son enquête la mènera rapidement sur la piste d’autres assassinats à travers le monde, parfois déguisés en accidents, parfois en crime sordide, qui révèlent qu’un tueur est prêt à tout pour atteindre sa cible.

Ce tueur prend des allures quasi fantomatiques d’après les rares témoignages que Caselli et Torre réussissent à rassembler à travers l’Europe, et c’est sur la piste d’une femme mystérieuse et insaisissable que le binôme s’orientera, une sorte de Giltiné, l’ange lituanien des morts.

Si j’avais apprécié ma première rencontre avec le binôme Caselli-Torre dans Tu tueras le père, je n’ai pas retrouvé le même plaisir de lecture en me plongeant dans cette suite. Les premières pages laissant imaginer une enquête pour attentat m’ont bien plu, et j’ai finalement été assez déçu de cette histoire d’une tueuse vengeresse insaisissable avec laquelle j’ai peu accroché. Il y aura sûrement une suite à ces aventures, mais je crois que ce sera sans moi.

Tu tueras l’ange, de Sandrone Dazieri, est publié en Italie en novembre 2016 sous le titre « L’Angelo » . Il est publié en France le 18 mai 2017 dans la collection La Bête Noire aux éditions Robert Laffont dans une traduction de Delphine Gachet.

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Le tunnel, Carl-Johan Vallgren

Ma note :

Carol-Johan Vallgren - Le tunnelVoilà un polar éminemment atypique ! Son auteur, Carl-Johan Vallgren, est un touche-à-tout : à 53 ans, l’homme est tour à tour chanteur, comédien ou écrivain, et fait publier ses derniers romans sous le pseudonyme de Lucifer, sauf en France où les éditeurs ont bien perçu que ça n’était pas très vendeur… Le tunnel, c’est un second roman avec le même personnage principal, Danny Katz, un toxicomane vaguement sevré, génie de l’informatique, et détective privé quand il le faut. Et après ses premières mésaventures dans Le garçon de l’ombre (chez le même éditeur), force est de constater que notre anti-héros s’attire les histoires compliquées.

Jorma Hedlund décide de se lancer dans un dernier braquage après avoir reçu des infos inespérées d’un homme travaillant pour une compagnie de transport de fond : lui qui voulait prendre sa retraite et se retirer du banditisme, c’est raté. Seulement, rien n’est jamais aussi simple dans la vie que sur le papier, et le braquage tournera au fiasco, obligeant Jorma à prendre la fuite et à se terrer.

Katz lui, retrouvera son ami et ancien dealer Ramon, qui vit désormais avec sa copine Jenny. Des retrouvailles de courte durée, puisque le premier sera retrouvé raide mort quelques jours plus tard, et que la seconde sera portée disparue.

Enquêtant sur la disparition de son ami, Katz va se retrouver au cœur d’un trafic glauque au possible, mêlant la drogue et la prostitution, et les hommes d’influence à un mystérieux réseau d’orgies sado-maso, à l’origine de nombreuses disparitions.

Le tunnel mérite amplement son titre original, « Les porcs » , quand il s’agit de résumer l’esprit global du roman. Si l’intrigue tient la route malgré les bas fonds dans lesquels elle évolue, j’ai pour autant eu beaucoup de mal à avancer dans ce roman – ce n’était peut-être tout simplement pas la bonne période – et j’ai mis plus de deux mois à en venir à bout. La saga Danny Katz s’arrêtera donc là pour moi…

Le tunnel, de Carl-Johan Vallgren, est publié en Suède en octobre 2015 sous le titre « Svinen » . Il est publié en France aux éditions JC Lattès le 10 mai 2017 dans une traduction d’Esther Sermage.

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La Fille idéale, Gilly Macmillan

Ma note :

Gilly Macmillan - La fille idéaleJ’avais découvert Gilly Macmillan avec son premier roman « Ne pars pas sans moi » que j’avais lu l’an dernier et à propos duquel je gardais un très bon souvenir, celui d’un polar très britannique, sombre et humide à la Broadchurch, sans l’aspect grandiloquent des thrillers américains. Aussi quand j’ai vu passer son nouveau roman, La Fille idéale, il était hors de question de rater l’occasion de retourner dans l’ambiance de cette auteure pleine de promesses.

Zoé est, en apparence, une jeune fille idéale, studieuse, évoluant dans une famille recomposée mais aimante, sur le point de donner un récital de piano devant pas mal d’invités. Bref, une jeune fille avec un brillant avenir. Et pourtant, ce soir là, tout s’effondrera lorsqu’un homme interrompra la représentation.

Très vite, nous comprendrons que Zoé est rattrapée par son passé, duquel sa nouvelle famille ne sait rien, sa mère ayant préféré leur cacher. C’est que, plus jeune, elle a tué trois de ses camarades dans un tragique accident de la route alors qu’elle conduisait sous l’influence de l’alcool et d’une drogue qu’elle clame avoir reçu à son insu. Après avoir purgé sa peine en centre de détention, Zoé et sa mère ont déménagé pour se lancer dans un nouvelle vie, prendre un nouveau départ.

Comme le superbe film Boy A (sorti en 2007) nous l’avait déjà appris, difficile pour ces jeunes au passé trouble de repartir de zéro, de faire table rase du passé. Zoé devra même revivre un nouveau drame au sein de sa famille, mettant chacun sous la loupe de la police, à la recherche d’un coupable pour cette macabre histoire.

J’ai été un peu moins emballé par cette seconde lecture de Gilly Macmillan, l’histoire ayant quelques airs de déjà-vu, et mis à part le twist final que j’attendais sans grande surprise, je ne peux pas dire que j’ai été plus passionné que cela par ce roman. C’est dommage, le talent est là, l’histoire a du potentiel, mais j’ai juste l’impression d’être passé à côté.

La Fille idéale, de Gilly Macmillan, est publié au Royaume-Uni en septembre 2016 sous le titre « The Perfect Girl » . Il est paraît en France aux éditions Les Escales le 4 mai 2017 dans une traduction de Christel Paris.

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Ilya Kalinine, Nathalie Hug et Jérôme Camut

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Nathalie Hug & Jérôme Camut - Ilya KalinineQuand deux écrivains se rencontrent et se mettent à écrire à quatre mains, cela donne en général des romans bien ficelés, mais on peut également observer dans de rares cas la naissance d’une histoire d’amour qui conduit les deux auteurs à se marier. Cette anecdote mise à part, le couple d’écrivains a fait un carton avec sa trilogie W3 parue aux éditions Télémaque et disponible depuis au format poche au Livre de Poche, et offre aux lecteurs une préquelle à sa trilogie, explorant les origines du tueur Ilya Kalinine.

Le roman  se veut le témoignage de Vera Obolanski, mère aimante d’un enfant ordinaire ayant plongé trop tôt dans ce que le monde avait de plus sombre à offrir pour espérer s’en sortir sans séquelles. Jumeaux nés d’un amour de passage, Ilya et sa sœur Tania sont condamnés à grandir dans la sordide misère de l’orphelinat de Kaliningrad par cette Russie qui les considère comme enfants illégaux.

Face aux épreuves de la vie, à la cupidité des adultes, à la lubricité des hommes, à la duplicité d’un orphelinat censé assurer leur sécurité, Ilya n’aura pas d’autre choix que de fuir avec sa sœur pour échapper aux prédateurs. C’est une histoire qui, très tôt, s’inscrit irrémédiablement dans la violence. La suite, c’est la fuite et la survie, les coups durs et les victoires, puis enfin l’espoir d’une vie tranquille. Quand sa sœur sera kidnappée afin d’alimenter un réseau de prostitution en Europe, s’en est trop pour Ilya, et un déferlement de violence s’abat alors sur ceux qui lui ont pris sa sœur. Un atout macabre qui n’échappera pas à l’œil intéressé des services de renseignement français…

Je n’ai pas encore lu la saga W3, qui trône pourtant dans une de mes étagères de livres de poche, mais j’ai adoré cette première lecture, et j’ai désormais hâte de me plonger dans les trois pavés dont on m’a toujours dit le plus grand bien. Pour les fans, sachez que les deux auteurs publient leur prochain roman Islanova le 12 octobre aux éditions Fleuve Noir.

Ilya Kalinine, de Nathalie Hug et Jérôme Camut, est publié le 3 mai 2017 aux éditions Le livre de Poche.

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Stockholm Delete, Jens Lapidus

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Jens Lapidus - Stockholm DeleteJens Lapidus est un auteur discret et trop peu connu en France malgré l’adaptation au cinéma des deux premiers tomes de sa trilogie Stockholm noir, parue chez Plon entre 2008 et 2013 pour les traductions françaises. Pour cet avocat suédois dans la quarantaine, habitué à baigner dans le milieu des grands criminels, c’est un retour dans l’univers sombre des réseaux mafieux qui s’opère avec ce quatrième roman.

Dans une maison isolée d’une petite île à l’écart de la ville, un crime a été commis. L’agent de sécurité dépêché sur place pour répondre à une alarme ne peut que constater le décès d’une victime tellement amochée qu’il ne sera pas possible de l’identifier. A proximité immédiate de la résidence, il trouvera une personne dans le coma à bord d’un véhicule, et rapidement les soupçons de la police se porteront sur cet homme qui n’est pas décidé à coopérer.

Il ne demande qu’une chose : Emelie Jansson. Pour cette jeune avocate bien en vue dans son cabinet d’affaires, accepter de prendre la défense d’un dossier pénal ne sera pas sans risque pour sa carrière, ses associés ne voyant pas d’un bon œil cette activité risquée et chronophage qui peut ternir l’image du cabinet.

Flanquée de Teddy, un ancien détenu ayant purgé sa peine et travaillant désormais comme enquêteur et homme à tout faire du cabinet, elle devra essayer de comprendre les tenants et aboutissants d’une affaire qui ne sera pas sans surprise. Celui ci devra affronter son passé et l’homme qu’il a kidnappé des années plus tôt afin de permettre à l’enquête d’avancer, en plus de devoir s’occuper de son neveu qui glisse dans la délinquance et qu’il espère pouvoir remettre sur le droit chemin.

Malgré un potentiel plutôt sympa, je n’ai pas réussi à accrocher avec ce roman qui m’a demandé beaucoup trop de semaines de lecture sans passion afin d’en venir à bout. Le souvenir sombre de l’immersion dans le milieu mafieux de la précédente saga n’est pas retrouvé dans ce roman qui manque un peu de noirceur, et reste souvent trop technique, comme un mauvais Grisham. Dommage.

Stockholm Delete, de Jens Lapidus, est publié en Suède le 7 octobre 2015 sous le titre « STHLM Delete ». Il paraît aux États-Unis le 18 avril 2017 aux éditions Vintage Books de Penguin Random House.

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La fille d’avant, J.P. Delaney

Ma note :

JP Delaney - La fille d'avantC’est un peu le thriller du moment, soutenu par un marketing très actif et une presse globalement emballée, La fille d’avant se veut « thriller psychologique haletant » dans une ambiance minimaliste. Publié il y a quelques mois aux États-Unis, ses droits ont été vendus dans 35 pays et le réalisateur Ron Howard – qui a dirigé les adaptations des romans de Dan Brown au cinéma – a déjà acheté les droits du livre pour un passage sur grand écran. Un immense jackpot pour l’auteur et publicitaire britannique Tony Strong, qui publie régulièrement sous différents pseudonymes, comme celui d’Anthony Capella, au point que je ne sois pas tout à fait certain de savoir lequel des deux est son nom réel.

Le récit est construit autour de deux occupantes d’une même maison, Emma, qui n’y vit plus puisqu’on apprend rapidement qu’elle est morte, et Jane, qui en est l’actuelle locataire, et qui tâche justement de découvrir ce qui est arrivé à Emma. Le point commun qui réunit ces deux femmes, c’est Edward Monkford, un énigmatique architecte devenu adepte du minimalisme après que sa femme et son fils ne trouvent la mort sur le chantier de cette intrigante maison du One Folgate Street.

Monkford est un propriétaire atypique, qui choisit ses locataires à l’aide d’un questionnaire intimiste aussi surprenant que dérangeant. Si les agences de location ne savent pas vraiment quels sont les critères de choix de l’architecte, qui propose un entretien en dernier lieu aux candidats sélectionnés, on comprend relativement vite qu’il choisit surtout des femmes ressemblant énormément à son épouse décédée, et victimes d’un drame personnel. Emma, a par exemple été violée lors du cambriolage de son précédent appartement, tandis que Jane a dû mettre au monde un enfant mort-né.

Si les deux femmes ont partagé à des époques différentes ce même amant, elles ont surtout réussi à vivre dans une maison exigeante, au règlement drastique, interdisant par exemple d’avoir des livres. Inspiré de la méthode KonMari, qui vise à se débarrasser du superflu en vivant entouré de vide (à ce propos, le même éditeur propose un essai antagoniste, « De la joie d’être bordélique » de Jennifer McCartney), le One Folgate Street est une demeure épurée et bardée de technologie, dans laquelle la vie privée n’existe pas, puisque tout se commande à l’aide de HouseKeeper, une application intrusive placée sur son téléphone qui commande l’ouverture des portes, l’intensité de la lumière selon son humeur, la température de l’eau sous la douche, mais surveille également les recherches faites sur internet.

C’est une sorte de remake de Cinquante nuances de Grey en version thriller-déco que propose l’auteur avec La fille d’avant, une histoire aux ingrédients savamment dosés, de l’archi dominateur aux morts pas franchement expliquées, en passant par une palette de second rôles qui tous pourraient jouer un double jeu. Pour autant, le roman souffre d’un style un peu attendu, comme s’il avait été écrit pour être vendu au cinéma, et le dénouement, un peu tiré par les cheveux, m’a laissé sur ma faim. Pas de coup de cœur, donc.

La fille d’avant, de J.P. Delaney, est publié aux États-Unis en janvier 2017 sous le titre « The Girl Before » . Il est publié en France le 8 mars 2017 dans une traduction de Jean Esch.

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Parmi les vivants, Charlotte Farison

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Charlotte Farison - Parmi les vivantsIl y a les thrillers qui se ressemblent, ils se lisent avec une facilité déconcertante, on anticipe la plupart du temps l’évolution de l’histoire, les implications, qui sont les salauds, qui va mourir et comment le roman se terminera. C’est la recette facile, le truc sans risque pour les écrivains du genre qui laisse généralement le lecteur satisfait mais c’est souvent aussi vite oublié que dévoré. Et puis il y a ces bouquins atypiques, plus denses que la moyenne, qui essaient de nous semer au fil des pages, qui distillent les indices au point qu’on a irrémédiablement envie d’avancer pour en savoir un peu plus. C’est une prise de risque, qui parfois paie, mais qui peut décevoir si l’acmé n’est pas à la hauteur des espérances.

Pour son premier roman, la parisienne Charlotte Farison n’a pas choisi la facilité. Son récit est raconté par la voix de deux personnages, Shula et Arturo, et même si l’on imagine que les deux récits vont à un moment entrer en collision, et que la lumière se fera sur ces histoires à priori sans aucun rapport, il faut s’armer de patience.

Nous sommes donc en 2002, et Arturo est un jeune homme un peu paumé, un peu hybride, qui se retrouve engagé par le PDG aussi invisible qu’énigmatique d’Hermonia, société nébuleuse spécialisée dans la sauvegarde des données d’autres entreprises, misant énormément sur le cloud. Chargé de gérer la branche mécénat de la société, Arturo prend la suite de Lise Marshall, décédée dans un dramatique accident de la circulation. Seulement dans sa boîte, rien n’est simple, et il se retrouve rapidement au croisements d’histoires et de querelles qui le dépassent, et dont il n’est pas certain de tirer son épingle du jeu.

Shula elle, est danseuse. Enfin, elle enseigne la danse à Paris, mais se livre également à des danses privées lors d’évènements particulièrement bien payés, histoire de mettre de l’argent de côté. Après qu’un contrat dans une immense villa de la Côté d’Azur ne vire au bain de sang, elle se retrouve malgré elle en exil forcé à Vienne, entourée de Victor Khan et de son associé, auxquels elle n’est pas tout à fait libre de fausser compagnie…

Arturo et Shula se remémorent pourtant des bribes d’une vie antérieure menée sur une île sans nom, qu’on comprend avoir été la proie d’une guerre civile, et dans laquelle des sociétés de mercenaires ont beaucoup gagné, et dans laquelle ils auront beaucoup perdu.

Ce roman atypique m’a laissé un sentiment très ambivalent à la fin de la lecture. Le livre fait plus de 600 pages, mais certains chapitres sont alourdis par des longueurs, et même si l’histoire est dense et globalement intéressante, je ne suis pas certain d’avoir bien saisi le dénouement de l’histoire, ce qui est un peu décevant après ces longues heures de lecture d’une intrigue languissante. Il faut pourtant reconnaître que d’une part, pour un premier roman, le récit est audacieux, et j’ai aimé cette histoire complexe et inattendue, et que d’autre part l’écriture de Charlotte Farison est talentueuse, car j’ai été happé dés les premières pages par ce style direct et envoûtant qui m’a rappelé Marco Mancassola. Une bonne lecture, dans l’ensemble, et une auteur à suivre.

Parmi les vivants, de Charlotte Farison, est publié le 2 mars 2017 aux éditions Super 8.

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Stasi Wolf, David Young

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David Young - Stasi WolfQuand l’occasion se présente, j’aime lire des romans écrits en anglais et ce pour plusieurs bonnes raisons. La première, c’est que cela me permet de maintenir un semblant de niveau d’anglais, surtout pour le vocabulaire, la syntaxe et l’orthographe, que je complète par le visionnage tout aussi vorace de séries télévisées, pour maintenir l’oreille. La seconde raison est que je lis moins vite, donc j’ai l’impression de plus savourer ma lecture que lorsque j’achève un roman français en deux ou trois heures. Enfin, la dernière raison, et non des moindres, est que cela me permet de lire des titres qui ne sont pas encore publiés en France, une sorte d’avant première, si l’on peut dire.

Second roman d’une saga d’au moins trois tomes, Stasi Wolf fait suite à Stasi Child, qui avait été publié en France chez Fleuve éditions en novembre dernier et qui a remporté le CWA Endeavour Historical Dagger Award 2016 (un prix de l’association des auteurs de polars). A noter que l’auteur précise en préambule que Stasi Wolf peut être lu de manière indépendante, même sans avoir lu le précédent tome, ce qui est par ailleurs mon cas.

L’histoire se déroule donc en 1975, en Allemagne de l’Est, alors officiellement République Démocratique Allemande (la RDA ou DDR en allemand), territoire issu de la zone d’occupation soviétique à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Karin Müller est une officier de la police criminelle de Berlin, la Kriminalpolizei, ou Kripo. Suite à un refus d’intégrer la Stasi, elle se retrouve mise au placard, obligée de gérer des infractions de droit commun.

Quand elle est envoyée dans la ville modèle de Halle-Neustadt pour enquêter sur la disparition de deux jumeaux d’à peine quelques semaines, dont l’un a été retrouvé mort dans une valise au bord d’une voie ferrée, elle n’a pas d’autre choix que d’accepter si elle veut reprendre en main son unité. Aidée d’un technicien de police scientifique et de la police locale, elle va vite comprendre qu’elle n’aura pas les coudées franches pour mener son enquête, car la Stasi lui demande d’enquêter sans faire de vague… Elle sera même chaperonnée par un duo d’enquêteurs du Ministère de la Sécurité d’État, nom très officiel de cette police politique que l’on a appelé la Stasi.

Roman historique mais également polar, ce second roman de David Young réussit à conjuguer avec succès une intrigue qui nous tient en haleine jusqu’aux dernière pages, à un cadre historique inédit, celui d’un régime aux allures totalitaires. Le personnage de Karin Müller est attachant, et plus particulièrement dans cette enquête qui tournera autour de la filiation et de la maternité, sujet qui la concerne à bien des égards. Une lecture originale et captivante, servie par une plume talentueuse et richement documentée.

Stasi Wolf, de David Young, est publié au Royaume-Uni aux éditions Bonnier-Zaffre le 9 février 2017.

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