À propos des livres

Catégorie : Roman Page 2 of 24

Lorsque le dernier arbre, Michael Christie

Ma note :

On m’interroge souvent sur mon plaisir de lire partout et en tout lieu, comme si c’était une habitude d’un autre âge, un loisir archaïque voué à l’obsolescence, supplanté par l’oisiveté éphémère qu’offrent les écrans de Netflix à TikTok. Je ne sais pas toujours expliquer ou convaincre et je botte régulièrement en touche avec une formule creuse du style « chacun son truc », mais au fond j’aurais envie d’avoir les mots justes pour leur montrer les mille et un voyages qu’ils ratent en ne lisant pas. Je serais désormais tenté de leur mettre ce roman entre les mains afin qu’ils trouvent la réponse par eux-mêmes.

Michael Christie nous embarque dans le passé d’une famille à travers plus d’un siècle d’histoire, de secrets et de trahisons. C’est en 2038 sur Greenwood Island que le roman s’ouvre, une petite île canadienne devenue l’un des rares vestiges forestier d’une planète qui étouffe sous la chaleur et les poussières depuis que le Grand Dépérissement a commencé. Jake Greenwood, spécialiste des arbres y est employée comme guide forestier pour les derniers hommes assez riches pour s’offrir cette excursion végétale. Un ancien petit-ami devenu avocat pour la compagnie qui l’emploie lui apprend qu’elle pourrait, contre toute attente, hériter de cette île.

L’histoire nous entraîne ensuite en 2008 auprès de Liam, son père qu’elle n’a jamais connu, qui mourut jeune sur un des chantiers où il travaillait comme charpentier, puis en 1974 où ce dernier n’était encore qu’un enfant menant une vie de vagabond dans un van avec sa mère, Willow Greenwood. Elle-même eu une enfance incroyable aux côtés de Harris et Everett Greenwood, deux frères qui n’en sont pas vraiment, un arrangement de la vie qui leur fit prendre ensuite des chemins opposés, l’un faisant fortune dans le bois et cachant ses penchants embarrassants et l’autre devenant vagabond avec un bébé à protéger. Remontant jusqu’en 1908, c’est sur leur histoire et l’arrivée de cette fillette inattendue que l’auteur nous amènera, avant de reprendre le chemin à l’envers jusqu’à parvenir aux décisions difficiles que Jake Greenwood doit prendre pour sauver les arbres.

Une lecture, c’est une rencontre unique entre une histoire et un lecteur à un moment particulier. Ce qui marche chez les uns ne marche pas toujours chez les autres, et ce qui ne marche pas un jour marchera peut-être dans quelques mois. Avec Lorsque le dernier arbre, ce fut instantanément une évidence, celle d’un très grand roman autour des arbres et des forêts, ces êtres vivants qui voient défiler les siècles, nous observent naître et puis mourir. Un roman incroyablement beau, une histoire familiale qui m’a donné l’impression qu’on avait mis Trois mille chevaux vapeur d’Antonin Varenne, la saga Chronique des Clifton de Jeffrey Archer et Le Fils de Philipp Meyer dans un shaker pour en sortir ce livre dont je peux dire qu’il est ma lecture de l’année. Si vous êtes prêts pour une aventure incroyable, vous savez désormais vers quel livre vous tourner.

Lorsque le dernier arbre de Michael Christie a paru au Canada en 2019 sous le titre « Greenwood ». Il paraît le 18 août 2021 aux éditions Albin-Michel dans une traduction de Sarah Gurcel. Service de presse adressé par l’éditeur.

S’il n’en reste qu’une, Patrice Franceschi

Ma note :

Alors que je terminais l’épilogue de S’il n’en reste qu’une, un des six romans obtenus avant l’été grâce à ma participation au Prix du roman FNAC, je savais qu’il s’agirait de mon coup de cœur, du roman que je défendrais sans bafouiller. Je venais de traverser près de 250 pages d’un voyage initiatique incroyable qui m’avait transporté au Moyen-Orient et j’étais déjà convaincu de tenir là une de mes plus belles lectures de l’année.

Rachel Casanova est une journaliste canadienne travaillant au Sydney Match en Australie qui est envoyée dans le nord de la Syrie pour enquêter sur le devenir de ces combattantes kurdes ayant lutté contre Daech. C’est à Kobané, tout au nord de la Syrie à la frontière de la Turquie, qu’elle découvrira dans un cimetière fermé au public le portrait de deux de ces combattantes, Tékochine et Gulistan.

Elle débutera son enquête sur le destin tragique de ces deux femmes dont les noms accolés sonnent un peu comme la promesse d’une histoire incroyable, d’un conte moderne. De fil en aiguille et à force de patience, elle gagnera la confiance des combattant.e.s kurdes de cette province du Rojava, au nord de la Syrie, afin d’en apprendre plus sur l’histoire extraordinaire de ces deux camarades d’armes. Au cours de son périple, il lui faudra même braver la répression de l’armée turque pour rencontrer la cheffe d’un des camps cachés de la résistance kurde, afin de découvrir l’émouvant dénouement de leur ultime bataille.

Quel roman ! Quelle aventure ! De la première à la dernière page, j’ai été happé par ce récit, par le destin aussi intriguant qu’incroyable de Tékochine et Gulistan. Il en faut du talent pour faire vivre en si peu de pages une histoire si dense, transformée au fil des pages en un mythe guerrier. Le destin de ces combattantes kurdes, d’abord utilisées pour lutter contre Daech puis ensuite persécutées par la Turquie au nom de la lutte contre le terrorisme est un grand coup de cœur littéraire, un voyage chahuté qui chamboule, émeut, et ne devrait pas vous décevoir. Ne le ratez pas !

S’il n’en reste qu’une de Patrice Franceschi paraîtra le 25 août 2021 aux éditions Grasset.

Le Fils du professeur, Luc Chomarat

Ma note :

Je ne m’attendais pas vraiment à ce roman, à cette histoire, en me lançant dans Le Fils du professeur, mais ce fut une belle découverte que la plume de Luc Chomarat et un très agréable moment de lecture.

Il me semble que le récit est autobiographique (si je fais fausse route vous pourrez me jeter des romans dessus), et couvre en tout cas les jeunes années du narrateur, des premiers souvenirs de l’enfance jusqu’à la fin de l’adolescence avec les épreuves du baccalauréat.

À travers ses souvenirs, nous voyageons dans la France des années 60-70 avec la guerre d’Algérie et l’arrivée de cette famille dans la banlieue lyonnaise, jusqu’à la naissance de ce petit frère, des premiers émois face à ces femmes que l’on observe sans comprendre, des relations avec le père, des amitiés, des interrogations et puis de la construction de cet adulte qu’il faut devenir.

Si les premiers chapitres m’ont un peu déstabilisé car j’avais l’impression que tout allait à mille à l’heure et qu’on passait du coq à l’âne à chaque page, j’ai finalement lu ce roman dans la journée, embarqué dans ce très beau récit bercé de nostalgie et incapable de le reposer avant de l’avoir terminé. Une belle lecture que je vous recommande volontiers.

Le Fils du professeur de Luc Chomarat a paru le 19 août 2021 à La Manufacture de Livres.

L’intrusive, Claudine Dumont

Ma note :

Pour son troisième roman, l’autrice québécoise Claudine Dumont nous entraîne aux frontières de la folie avec Camille, son héroïne qui n’arrive plus à dormir comme si son corps avait cessé de fonctionner normalement et qu’elle devait à tout prix éviter de se laisser glisser dans le sommeil.

Après l’échec de tout un tas de thérapies et de prises en charge médicales pointues, et si elle veut revoir sa petite nièce, son frère et sa belle-sœur lui posent comme un ultimatum en lui proposant d’aller voir Gabriel, le frère de sa belle-sœur (vous suivez ?), spécialiste désavoué du sommeil et des rêves.

À leur côté, nous plongerons dans l’univers si sombre et douloureux de ses rêves pour comprendre les traumatismes qu’elle fuit en évitant de dormir. Accrochez-vous car ça va faire mal, vous ne serez pas déçu du voyage !

Un roman noir et abyssal qui nous emmène dans des territoires délicats et laisse quelque peu mal à l’aise. Au carrefour de la psychanalyse et de l’expérience onirique, L’intrusive est un excellent roman qui m’a sorti de ma zone de confort !

Hasard de mes lectures, j’ai eu l’impression pendant une grande partie du récit que la mère de Camille dans ce roman pourrait être la narratrice de Mon mari de Maud Ventura qui vient de sortir chez L’Iconoclaste ! J’adore quand mes lectures se parlent entre elles !

L’intrusive de Claudine Dumont a paru le 19 août 2021 aux éditions Le Mot et Le Reste. Service de presse numérique adressé par l’éditeur.

Batailles, Alexia Stresi

Ma note :

J’avais découvert Alexia Stresi avec son premier roman Looping, paru chez Stock déjà en 2017. Quatre ans plus tard, alors que ma libraire me parle de ses récents coups de cœur, elle me tend Batailles en même temps qu’elle m’explique pourquoi elle a adoré.

Rose est une jeune sage femme qui voit sa vie bouleversée par la disparition soudaine de sa mère Brigitte. Bouleversée, ça veut dire qu’elle n’est plus capable d’assister à un accouchement sans faire un malaise, que l’abandon de sa mère partie sans laisser de traces en demandant à ce qu’on ne la retrouve pas l’empêche de se sentir complice de la création de cette filiation qui l’a trahie.

Alors Rose change de vie, cuisine, se soigne avec Rémi son amoureux, et alors qu’elle avait juré que non, jamais, la voilà maman de deux jumelles.

Un beau jour, c’est un fait divers sordide qui viendra remettre la douleur dans la vie de Rose, sur cette cicatrice qu’elle avait oublié. À Berk, le corps sans vie d’une très jeune enfant noire est retrouvé, et pour Émile qui l’a découvert comme pour le gendarme qui débute l’enquête, c’est une déchirure, surtout lorsqu’ils découvriront les circonstances du drame.

La première partie du roman essentiellement tournée vers la découverte de cette petite fille sans vie à Berk m’a beaucoup touché, et tandis que je lisais au cœur de la nuit, j’avais les yeux rougis de larmes. Batailles est un beau roman sur la filiation, le déracinement, sur l’histoire de ces enfants de la Réunion qu’on a arraché à leur famille pour repeupler la Creuse. J’ai été moins emballé par la seconde partie du roman, mais l’écriture est belle et j’ai été heureux de retrouver cette autrice sensible que je continuerai de lire.

Batailles, d’Alexia Stresi a paru aux éditions Stock le 6 janvier 2021. Service de presse numérique obtenu via NetGalley.

Face Mort, Stéphane Marchand

Ma note :

Pour un mec comme moi qui s’est fait ses premières dents littéraires sur les enquêtes du Club des Cinq, a grandi avec 007 dans ciné-dimanche et a dévoré dans son adolescence toute la saga Jack Ryan de Tom Clancy, rien ne pouvait plus me faire plaisir que de me retrouver en plein cœur de la Libye à traquer des terroristes !

La France fait face à une menace terroriste hors du commun, une arme alliant les nanotechnologies, la génétique, la nature et une vengeance sourde et impitoyable, un truc qui fera passer nos illuminés de banlieue partis égorger pour Daech pour les amateurs qu’ils sont.

Au siège de la DGSE, les services de renseignements français, le directeur et son bras droit sont en effervescence aux côtés du petit lieutenant et de Jade aux commandes de Face Mort, un super ordinateur travaillant à base d’algorithmes et d’intelligence artificielle, capable de voir et de comprendre tout ce qui échappe à l’esprit humain. Une arme redoutable au service de la sécurité du pays.

Sur le terrain, c’est l’équipe de la capitaine Barelli qui essuie les plâtres et se charge du sale boulot pour la DGSE, et elle se retrouve rapidement sur la piste des scientifiques qui travaillent à l’élaboration de cette nouvelle menace. Alors que l’attaque est imminente, une effroyable course contre la montre est lancée pour protéger le pays.

J’ajouterai une sixième étoile si je le pouvais ! Quel thriller de dingue : dès les premières pages, il m’a embarqué dans les arcanes du pouvoir, dans les magouilles politiques, les tensions diplomatiques, dans les couloirs feutrés de la DGSE, dans le désert du Sahel et je n’ai plus voulu le lâcher. Si vous adorez ce genre de bouquins, si vous avez aimé Le Bureau des Légendes, vous allez être servi, ce roman est magistral et brillant d’intelligence. À lire de toute urgence !

Face Mort de Stéphane Marchand a paru le 15 octobre 2020 chez Fleuve éditions. Service de presse numérique obtenu via NetGalley.

Le Démon de la Colline aux Loups, Dimitri Rouchon-Borie

Ma note :

Difficile d’être passé à côté de ce roman omniprésent sur Instagram depuis début janvier, le nombre de publications s’y rapportant grimpant plus vite encore que les nouveaux cas de l’épidémie ! Parce qu’on m’a dit environ mille fois MAIS BORDEL LIS CE BOUQUIN C’EST UN TRUC DE MALADE, je m’y suis mis, docilement.

Ce roman, c’est le récit que Duke fait de sa vie depuis sa cellule dans laquelle il purge sa peine de réclusion criminelle. Avec ses mots, son parlement comme il dit, il raconte sans enrobage inutile ni style ampoulé ce que fut son enfance puis sa vie d’adulte.

C’est un roman sur la misère absolue, et sur les ravages qu’elle engendre. Duke grandit dans un foyer dysfonctionnel à tous les niveaux, enfant sauvage, enfant victime, il ne nous laisse pas espérer un avenir joyeux.

Adulte, il plonge dans une nouvelle misère, faite d’errance, de folie, de violence, d’incarcération.

Je vois la plupart des lecteurs en PLS, à évoquer la claque que leur colle ce roman. Je comprends que, dans une vie ordinaire, on pourrait dire protégée, comme maintenue dans une sorte de « naïveté éclairée », on sait que ces profils existent, bien-sûr, on lit les journaux, ces faits divers, on imagine, on devine, mais on ne connait pas. Et tant mieux. Entrer dans cette intimidé là, la sentir au fil des pages, la toucher, je comprends que ce soit déroutant.

Ça ne m’a pas fait lever un sourcil plus haut que l’autre, mais je vous souhaite de pouvoir vivre ce grand bouleversement à l’intérieur de vous en lisant ce roman. Le style est excellent, brut, quasiment dénué de ponctuation, et j’ai pris un réel plaisir à dévorer ce premier roman franchement prometteur !

Le Démon de la Colline aux Loups, de Dimitri Rouchon-Borie a paru le 7 janvier 2021 aux éditions du Tripode.

Le dernier enfant, Philippe Besson

Ma note :

Il y a deux événements littéraires que j’attends avec impatience chaque année : la rentrée littéraire de septembre qui adoucit la fin de l’été et son immanquable spleen et la parution d’un nouveau roman de Philippe Besson qui réchauffe les cœurs entre deux parts de galette en tout début d’année.

Je radote, mais chaque année je vous dis que ça vaut le coup d’essayer Besson. Vous n’aimerez peut-être pas, après tout les productions des auteurs sont inégales, mais il faut découvrir la beauté de ses phrases, de son style. Sauf quand il s’épanche sur ses amours élyséens, je ne suis jamais déçu.

Le dernier enfant, c’est une petite journée dans la vie d’une famille, un évènement banal scruté au microscope et disséqué par l’auteur : le dernier des trois enfants d’un couple quitte le foyer pour s’installer dans un studio, en ville. Si vous vouliez un pitch, le voilà.

Le talent de l’auteur, c’est d’arriver à parfaitement capturer et analyser les enjeux, les douleurs secrètes, des inquiétudes d’une mère. Je l’ai lu avec le ravissement au bord des lèvres, et si elle n’était pas partie trop tôt, c’est un livre que je me serai empressé de faire lire à ma mère pour savoir si, elle aussi, avait ressenti cet orage intérieur au départ du petit dernier.

Ce syndrome du nid vide dont ma libraire m’a parlé et que Philippe Besson illustre avec talent dans ce magnifique roman est une réalité terrible que beaucoup de femmes vivent dans le silence de leur cœur, et qui conduit à beaucoup de syndromes dépressifs.

Parce que c’est beau, parce que c’est touchant, intelligent, sensible sans effusion, parce que la plume de Besson me bouleverse toujours autant, je ne peux que vous inciter à lire Le dernier enfant.

Le dernier enfant de Philippe Besson a paru le 7 janvier aux éditions Julliard.

Le Mal-épris, Bénédicte Soymier

Ma note :

Ce week-end aux urgences, pendant une garde assez calme, on avait discuté féminisme avec deux les deux médecins avec qui j’étais. On parlait plus exactement de littérature féministe, et au fond, on en revenait toujours à cette sombre histoire d’inégalité, de pouvoir détenu et non partagé, d’une forme de violence sociale historique, qui veut que les hommes, de préférence blancs et hétérosexuels, luttent activement pour rester en haut de ce qu’ils imaginent être une pyramide sociale.

Évidemment, quand après ça je débute Le Mal-épris, premier roman d’une collègue infirmière fraîchement paru chez Calmann-Lévy, j’ai comme un sourire en me disant « je suis dans le thème ». Et puis très vite, ce sourire laisse place à une gêne, une sorte de malaise indicible.

C’est que Paul, le narrateur, est un petit homme laid, un homme moyen, ordinaire, qui pourrait être un homme bien après tout, mais qui ne le sera pas. Il ronge sa solitude, son travail insipide, les femmes qui ne le regardent même pas. Elles se moquent de sa laideur, c’est sûr. Et c’est d’abord vers Mylène, sa voisine de palier, que son obsession maladive se porte.

Le rejet, la déception et la rancœur le pousseront à se tourner vers Angélique, sa collègue qui fera l’affaire, sans emballement, comme une proie abordable. Car c’est ça, Paul est un prédateur, un homme dérangé, et Angélique est sa proie. Il sera intrépide, sans pitié. Est-il trop tard pour lutter contre soi-même ?

Quel livre glaçant ! C’est rare, mais j’ai dû refermer le livre lors des scènes de violence. Je connais la violence, mais je n’en vois que le résultat dans ce qu’elle offre de plus laid, de plus injuste. Là, j’en étais le spectateur impuissant, presque complice. C’est une claque, ce premier roman, ça vous prend à la gorge, ça décortique la spirale de la violence, l’emprise, c’est effroyable et le style est sec et violent comme un coup parti trop vite. Bravo Bénédicte !

Le Mal-épris de Bénédicte Soymier a paru le 6 janvier aux éditions Calmann-Lévy.

Retour à Martha’s Vineyard, Richard Russo

Ma note :

Voilà encore un roman qui avait totalement échappé à mon radar de prédateur-lecteur et qui doit son salut à une joyeuse bande de passionnés de littérature sur les réseaux sociaux, qui ont insisté en fin d’année pour que plus de monde lise Retour à Martha’s Vineyard de Richard Russo. Alors est-ce que ça en valait la peine ? La réponse est oui ! Avec un très grand O, un très grand U et un très grand I. Et puisque vous n’êtes pas comme moi, c’est à dire que vous ne vous lancez pas dans des romans sans savoir de quoi ça parle au moins vaguement, je vous résume l’histoire : Lincoln, Teddy et Mickey sont trois vieux copains qui se retrouvent, au cœur de la soixantaine, pour un week-end dans la maison de vacances de Lincoln sur l’île de Martha’s Vineyard dans le Massachusetts (au nord est des États-Unis).

Ce week-end entre l’agent immobilier, l’éditeur et le musicien sera l’occasion de retrouvailles bien sûr, mais aussi de se remémorer leur dernier séjour sur l’île en 1971, où Jacy a disparue sans plus jamais donner de nouvelles. Lincoln et Teddy se rappelleront comme tous trois étaient amoureux d’elle, et s’interrogeront des années après sur les raisons de cette disparition : se peut-il que ce connard de voisin soit responsable d’un drame ? Faut-il reprendre une enquête, et faire de la place à la suspicion ? L’un d’eux en sait-il plus que les autres ?

C’est une sacré histoire que nous offre Russo avec ce roman, c’est à la fois un roman d’amitié, un roman d’amour, une tranche socio-historique de l’Amérique de la guerre du Vietnam jusqu’à la crise de 2008, un roman sur les secrets, une presque-enquête. Je l’ai lu avec délectation, et ma seule « déception » fut de m’étonner de l’absence de chapitre de Mickey, me mettant en tête que celui qui gardait le silence avait peut-être des choses à nous apprendre. C’est très beau, c’est le cœur des hommes dans un superbe livre, et bien sûr, c’est à ne pas rater !

De retour à Martha’s Vineyard de Richard Russo a paru en août 2019 aux États-Unis chez Alfred A. Knopf sous le titre « Chances are… » . Il paraît en France le 27 août 2020 aux éditions de la Table Ronde dans une traduction de Jean Esch.

Page 2 of 24

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén

error

Retrouvez également L'Homme Qui Lit sur