À propos des livres

Catégorie : Roman Page 2 of 17

Pacifique, Stéphanie Hochet

Ma note :

Avant d’être capable d’aller vers un libraire et de demander des conseils, d’échanger sur les livres, de me sentir légitime à tenir une conversation malgré le fossé culturel et littéraire entre les professionnels du livre et moi, simple lecteur consommateur, j’ai longtemps choisi la facilité. Celle des auteurs à succès, qui exposaient à peu de risque, celle des recommandations des magazines littéraires auxquels je m’abonnais pour une année, de manière très sporadique, et qui ne me rassuraient pas vraiment sur mon niveau mais regorgeaient de bons conseils, et enfin celle des réseaux sociaux, ces simples amoureux des livres, armés de bonne volonté et de peu de prétentions, qui se révèlent parfois une formidable source d’inspiration au moment de constituer sa liste d’achats.

Et c’est comme ça qu’au détour d’un tweet et de deux recommandations très appuyées en commentaire, je me suis retrouvé avec ce joli livre de Stéphanie Hochet entre les mains, une autrice dont je n’avais jamais rien lu auparavant, en sortant de chez mon libraire.

Aucun regret, évidemment : le roman a tenu les promesses qui accompagnaient les recommandations. Il est court, je l’ai dévoré en un clin d’œil : à peine le temps de partir au Japon en pleine Guerre du Pacifique à bord d’un de ces avions pilotés par des jeunes soldats kamikazes, de transpirer un peu sur mon transat sous le soleil de plomb d’une journée sans vent, que j’étais déjà arrivé à la fin de ce voyage que j’aurais souhaité ne jamais interrompre.

C’est vrai qu’il y a de la poésie, dans la plume de Stéphanie Hochet, et comme souvent quand je suis touché par la musicalité des phrases, je me suis surpris à les lire à voix haute pour les apprécier plus encore. À mon tour de vous conseiller de vous laisser embarquer dans cette belle aventure au pays du soleil levant, dans ce roman aussi beau qu’annoncé, mélodieux, travaillé et très riche qui a résolument apporté sa touche de poésie et de délicatesse à mes lectures du mois de juin.

Pacifique, de Stéphanie Hochet, est publié le 4 mars 2020 aux éditions Rivages.

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Le jour où Kennedy n’est pas mort, R.J. Ellory

Ma note :

Depuis son médiatique assassinat à Dallas le 22 novembre 1963, John Fitzgerald Kennedy n’a cessé d’alimenter l’imagination d’écrivains ou de scénaristes, transportant le plus jeune président élu des États-Unis d’Amérique dans une sorte de panthéon de la mémoire collective. Il faudrait en effet avoir aujourd’hui plus de soixante ans pour pouvoir prétendre avoir un quelconque souvenir de cet évènement et pourtant, pas une année ne passe sans que JFK, son ascension sulfureuse et sa fin tragique, ne se retrouvent au cœur d’une quelconque actualité, fut-elle littéraire.

Et il faut tout le talent d’un écrivain que j’adore sans aucune réserve, Roger John Ellory, pour revisiter l’histoire sans nous ennuyer en écrivant cette superbe et passionnante uchronie qui sortira dans quelques jours chez vos libraires, toujours chez Sonatine, dont le catalogue est incroyablement riche de romans parfaits.

Mitch Newman est un photo-reporter sans grand talent, assez solitaire, rongé par l’alcool, le traumatisme de quelques mois passés à couvrir la guerre de Corée et la solitude qu’un chagrin d’amour avec la flamboyante Jean Boyd aura laissé. C’est justement quand il apprend, après quinze ans sans avoir eu de ses nouvelles, qu’elle se serait suicidée dans son appartement, que sa vie bascule. Pour lui comme pour celles et ceux qui côtoyaient Jean, difficile de penser que cette jeune journaliste talentueuse, flamboyante et opiniâtre ait pu choisir de s’ôter la vie par elle-même.

Pour sa mère Alice autant que pour lui, il se lance sur les pas de sa dernière enquête, non sans mal car tout semble auréolé de secrets et Mitch ne tardera pas à comprendre que des enjeux bien supérieurs à ceux qu’il aurait pu imaginer sont probablement dans l’ombre de cette enquête. De Dallas à Washington, il poursuivra son enquête dans le sillage du président Kennedy et de son entourage, partira à la recherche de Lee Harvey Oswald, interrogera toutes celles et ceux qui pourraient l’aider à comprendre pourquoi, où pour qui, Jean était devenue trop gênante.

L’histoire est brillamment construite, je vous dirais sans surprise car c’est une habitude des romans d’Ellory, et j’ai autant aimé l’aspect polar, enquête et suspens que de me plonger dans une histoire que je ne connais que de très loin en découvrant la face cachée de ce jeune président qui, finalement, semblait destiné à devoir mourir.

Le jour où Kennedy n’est pas mort, de R.J. Ellory, est publié au Royaume-Uni le 21 mars 2019 chez Orion sous le titre « Three Bullets » . Il est publié en France aux éditions Sonatine le 4 juin 2020 dans une traduction de Fabrice Pointeau.

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Reine de beauté, Amy K. Green

Ma note :

Avec cette couverture, difficile de passer à côté de Reine de beauté, on s’imagine déjà dans ces maisons bourgeoises des banlieues américaines, ces familles parfaites derrière les façades des maisons entretenues, et pourtant cette noirceur, ces drames auquel nul n’échappe. J’ai lu ce roman en même temps que je regardais la série Little Fires Everywhere sur Amazon Prime (adaptée du superbe roman La saison des feux, de Celeste Ng) et j’ai pensé à ce parallèle amusant entre la série et le roman, celui des faux semblants d’une société si étonnante vue de nos yeux européens.

À Wrenton dans l’état du Maine, Jenny est retrouvée morte dans un bois. Son corps vêtu d’une chemise de nuit rose porte des traces de violence, elle a sûrement été violée, et dans une communauté plutôt paisible l’assassinat d’une jeune fille de treize ans, ancienne reine du beauté de son collège, plonge la ville dans la consternation. Qui a bien pu salir l’innocence d’une fille sans histoire ? Quel monstre rôde ?

Sa grande sœur Virginia mènera l’enquête avec l’inspecteur chargé de l’affaire, alors que sa famille finalement déjà très fragile est sur le point de voler en éclat. De fil en aiguille, nous découvrons à travers ses recherches que beaucoup de suspects se profilent, et que Jenny n’était pas la petite poupée dont on semble préférer se souvenir. Est-ce JP, cet intriguant marginal de trois ans son aîné avec qui elle voulait fuguer ? Est-ce Gil, ce pédophile de New-York sur lequel la police est incapable de mettre la main ? Est-ce Mark, ce professeur de mathématiques habile manipulateur qui a déjà fait des ravages auprès des lycéennes ? Est-ce sa propre sœur Virginia, un de ces samedis soir de beuverie dont elle ne garde qu’un souvenir embrumé ? Est-ce leur père, qui semble mener une double vie ? Leur belle-mère, que la folie et l’alcoolisme rendent imprévisible ?

Il y a tant de suspects et de rebondissements dans ce whodunit parfaitement maîtrisé que j’ai été surpris, chapitre après chapitre, de m’interroger à nouveau sur la possibilité que ce soit tel ou tel protagoniste qui ait tué Jenny Kennedy. Le roman n’est pas particulièrement sombre comme le serait un thriller, il n’y a pas un monstre terrifiant caché derrière les rideaux ou tapis dans les bois qui attend d’assassiner les jeunes reines de beauté. Il y a une communauté d’individus qui tous ont des failles, des secrets, des déviances, qui vivent en fragile équilibre avec ce fardeau et qui parfois, au gré des évènements qui s’enchaînent, forment un engrenage tragique et inéluctable. Un très bon polar, vous devriez adorer !

Reine de beauté, d’Amy K. Green, est publié aux États-Unis le 14 janvier 2020 chez Dutton sous le titre « The Prized Girl » . Il est publié en France aux éditions Belfond le 28 mai 2020 dans une traduction de Sarah Tardy.

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Stranded, Jessica Frances

Ma note :

J’aime bien les bouquins gays, bon d’abord parce que ça me parle un peu plus quand même que les romances hétéro dans lesquelles je m’identifie pas franchement, mais parce qu’en plus il y a toujours une palette de clichés qui me fait bondir pendant ma lecture, juste assez pour que mon côté fleur bleue ne prenne pas le dessus et que je ne me mette pas à rêver de prince charmant et de toutes ces conneries qui n’existent que dans ce genre de romans, précisément. Ça n’est clairement pas de la littérature érotique, disons plutôt un polar romantique, mais si vous êtes allergique à l’idée de lire trois ou quatre pages sur ce que deux mecs inondés d’hormones peuvent faire ensemble dans l’intimité, ne lisez pas Stranded. Bah non.

Un jour je vous ferais un article sur ce blog pour vous expliquer pourquoi je suis dans l’ensemble agacé que la littérature de pédés soit devenue un objet tendance, convoité et exploité par des autrices pour des lectrices, au point finalement de totalement nous déposséder de ce truc qui, sans misogynie aucune, est clairement une affaire de bonhommes.

Nous sommes donc à Midsummer, un petit bled paumé de l’Arkansas où Conner Sherwood est tombé en panne avec sa voiture alors qu’il venait tout juste de débuter un road-trip pour se retrouver avec lui-même et ses milliers d’abonnés sur les réseaux sociaux. C’est l’introspection américaine 2.0 ça, les enfants. À Midsummer, il n’y a pas grand chose, un gros millier d’habitants, et surtout Rocky Green, sorte d’égérie de Tom of Finland qui t’emballe notre je-suis-romantique-et-je-me-pose-trop-de-questions de Conner après deux œillades dans le bar du village.

Pour parfaire le cliché, Rocky est le shérif local, a une petite fille dont il a la garde et bien-sûr, c’est un cœur de pierre. Quand j’en étais arrivé là, je soupirais en me disant « mais bordel c’est pas possible » tellement dans cette histoire les homos étaient des clichés d’eux-mêmes : le passif superficiel et torturé qui finalement n’est rien d’autre que la fille, et l’actif viril intrépide et insensible dans le rôle du garçon dont il faut ravir le cœur.

Ce qui sauve l’histoire, parce que vous n’allez peut-être pas le croire mais j’ai bien aimé ce bouquin dans son ensemble, c’est que malgré tout, elle est bien écrite, que le développement de l’intrigue tient la route et que la petite enquête policière m’a plu ! Car oui, il suffit que Conner débarque à Midsummer pour que les cadavres s’empilent.

Je n’avais jamais lu Jessica Frances, c’est une autrice qui ne semble pas avoir été traduite en français, qui a publié essentiellement des histoires romantiques hétérosexuelles. Ce titre-là est auto-édité et surtout, il ne coûte que 99 cents sur les plateformes numériques, ce qui est un prix ridiculement dérisoire compte-tenu du travail réalisé par son autrice. Et comme je suis un peu maso et que Stranded est annoncé comme le premier tome d’une saga qui en contiendrait trois, croyez-bien que je lirais la suite.

Stranded, de Jessica Jones, est publié le 29 mai 2020 en auto-édition et disponible sur les plateformes numériques.

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Where’d you go, Bernadette, Maria Semple

Ma note :

Vous l’aviez peut-être déjà compris, mais sinon vous allez le découvrir, j’aime beaucoup lire en anglais. Pas par snobisme, mais soit quand les circonstances l’obligent (un roman pas encore publié en français, qui ne le sera jamais, ou alors trop tard pour mon impatience) soit quand j’ai bénéficié d’une offre sur le e-book, parce que les éditeurs américains bradent régulièrement leurs vieux titres avec des promos très intéressantes sur les versions numériques, que nos éditeurs francophones rechignent à faire (un jour, je vous ferais un article là dessus !). Bref, alors que ce roman a été publié en français sous le titre « Bernadette a disparu » il y a quelques années et est même disponible en poche, j’ai fait le choix de le lire en anglais pour mon plus grand plaisir.

Bernadette Fox est une architecte de renom qui n’a pourtant quasiment jamais exercé et n’a finalisé qu’un seul projet avant-gardiste en recyclant des matériaux trouvés à proximité immédiate de son chantier, ce qui lui permis il y a plusieurs années de rafler LE prix qui fait rêver tous les architectes américains, raflant au passage une coquette somme. Elle vit désormais à Seattle avec son mari Elgin qui est un ponte de l’intelligence artificielle chez Microsoft et sa fille Bee qui est fragile mais surdouée, dans une immense maison qui prend l’eau de toute part et que la municipalité reclasserait si elle venait à la visiter.

C’est un personnage, cette Bernadette Fox. Elle déteste les mamans de l’école avec qui elle n’a jamais réussi à s’entendre, et ces dernières ne ratent pas une occasion de lui gâcher le quotidien, surtout sa voisine Audrey Griffin qui est une sacré peste en son genre. Dans cette vie atypique, il y a malgré tout une certaine forme d’équilibre, jusqu’à ce qu’une suite d’évènements sans gravité convainquent son mari que Bernadette doit être hospitalisée sous contrainte en psychiatrie, et qu’au moment de tenter de la convaincre avec la psychiatre venue tout exprès la chercher, Bernadette disparaisse. D’un coup d’un seul, Bernadette a disparu.

Le roman est en fait le journal de recherche de sa fille Bee, constituée d’échanges divers et variés, comme un dossier contenant un tas de documents et entrecoupé de tranches de récits pour faire du lien entre tous les évènements. Je n’avais pas entendu parler de ce roman avant de le télécharger en promo, et j’ai même découvert ensuite qu’il avait été adapté au cinéma en 2019 avec Cate Blanchette et Billy Cudrup (voir la bande-annonce). J’ai beaucoup aimé cette lecture revigorante et truculente, Bernadette est totalement barrée tout comme l’ensemble de son entourage, et j’ai souvent rigolé ou souri de leurs aventures respectives. Un roman très agréable qui se lit facilement comme si on participait à la grande escapade. Pour ma part, j’ai désormais hâte de voir le film. Ce sera en anglais, car il semble inédit en France.

Where’d you go, Bernadette, de Maria Semple, est publié en août 2012 chez Little, Brown & Company. Il a été publié en France sous le titre « Bernadette a disparu » aux éditions Plon en janvier 2013 et en poche aux éditions 10/18 en avril 2014, dans une traduction de Carine Chichereau.

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L’audacieux Monsieur Swift, John Boyne

Ma note :

La mémoire est une faculté magique et insaisissable dans sa vaste complexité, on croit parfois se souvenir de quelque chose et en réalité, on se souvient de l’interprétation de cette chose. Parfois, on retient des détails inutiles, tant de choses insignifiantes qui peuvent rester graver là des années, alors qu’on aimerait pouvoir revisiter certains moments de notre vie à l’identique et que notre mémoire ne nous en offre que des bribes, des parcelles et parfois même, le néant. Et puis il y a ce que notre mémoire conserve, ce qu’elle garde évidemment mais qui ne nous est pas accessible à la demande, comme quand on butte sur un mot, bien sûr qu’on le connaît ce mot, mais c’est quoi déjà ? On l’a sur le bout de la langue. Ma mémoire, dans les premiers chapitres de L’audacieux Monsieur Swift, elle m’a fait imaginer Pierre Niney dans le rôle de ce vil Maurice Swift, au fond de moi je me disais « il serait parfait pour ce rôle, je crois, il a la beauté insolente et le talent d’acteur . Je souriais de ma trouvaille, sans pour autant réussir à m’enlever cette impression de déjà vu, de déjà lu. J’ai pensé, « il doit y avoir du Philippe Besson dans tout ça, ce rapport aux jeunes hommes séducteurs et intrépides » , et l’affaire était close.

La mémoire est formidable, je vous le disais, car parfois on ne se souvient pas d’un fait, en tout cas on n’a pas conscience de ce souvenir, et pourtant c’est là, enregistré dans un dédale de neurones. Et ça m’a frappé quand j’ai cherché dans la filmographie de Pierre Niney, car j’avais des images de lui en Maurice Swift dans cette villa en Italie, manipulateur, séducteur, prêt à tout pour parvenir à ses fins. Et c’était là, évidemment ! Comment avais-je pu ne pas me souvenir que ce livre faisait écho au film Un homme idéal ? Cette histoire d’un aspirant écrivain sans talent qui vole l’histoire d’un autre pour en faire un succès littéraire, et qui confronté à l’attente d’autres écrits se sent acculé face à la supercherie dans laquelle il s’est empêtré. Déjà en 1942, Henry Troyat écrivait une fiction sur ce thème, La mort saisit le vif.

J’ai retrouvé ce même plaisir en lisant L’audacieux Monsieur Swift, sous la plume de John Boyne, un écrivain que j’aime à lire et qui ne m’a jamais déçu. J’ai détesté ce Maurice Swift, dans sa flamboyance, sa perfidie, son arrivisme, sa séduction, ses manipulations, et pour tous ces crimes glaçants qu’il a commis pour maintenir l’illusion de son obsession : devenir un écrivain célèbre. Plusieurs fois, j’ai refermé ce livre en me disant « mais bon sang c’est pas possible ! Où va-t-il s’arrêter ?« , j’ai littéralement ressenti une haine profonde et viscérale pour cet anti-héros. Moi aussi, comme lecteur, il m’avait berné : j’avais espéré une romance furtive entre l’élève et le maître, un de ces amours interdits qui aurait pu faire les gorges chaudes d’un roman d’après guerre. Mais non, rien, juste un habile escroc dénué de remords.

C’était quelque chose, cette lecture. Une sacré épopée, beaucoup d’émotions contradictoires, de la tendresse comme de l’aversion, un roman incroyablement riche et bien écrit qui m’a tenu en haleine d’un bout à l’autre et dont j’ai savouré le dernier chapitre avec la concupiscence sadique des victimes enfin vengées. Ne le ratez pas, il fait déjà parti de mes meilleurs romans de 2020.

L’audacieux Monsieur Swift, de John Boyne, est publié au Royaume-Uni en février 2019 sous le titre « A Ladder to the Sky » . Il est publié en France en février 2020 aux éditions JC Lattès dans une traduction de Sophie Aslanides.

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Les Fleurs de l’ombre, Tatiana de Rosnay

Ma note :

Je plaide facilement coupable lorsqu’on me demande, à moi qui lit plus que la moyenne, ce que j’ai pensé d’un titre de Tatiana de Rosnay : je n’en ai lu qu’un (Elle s’appelait Sarah, 2012) qui était très bien, mais je n’ai de ce fait aucun avis intéressant à donner sur le style de l’autrice, ni de réponse à apporter au fameux « tu penses que ça pourrait me plaire ? ». Aussi lorsque j’ai vu passer l’autrice dans La Grande Librairie version confinée sur France 5, sa façon de parler de son livre m’a tout de suite plu, tout comme l’intrigue qui, pourrait-on dire, tombait à point nommé.

Il s’agit donc d’une dystopie, ce genre littéraire qui imagine le monde de demain en proie à une forme de toute puissance, et peut-être que c’est un hasard de mon programme de lecture ma foi assez aléatoire et éclectique, mais ces romans d’anticipation ont la part belle dans mes lectures du moment et je les dévore avec un œil particulièrement curieux. Clarissa Katsef est une autrice franco-britannique parisienne déjà grand-mère, et alors qu’elle échappe brusquement à son mariage elle cherche sans grand succès un appartement pour ce qu’elle envisage comme sa nouvelle vie.

Un peu par hasard, elle tombe sur un nouveau programme immobilier tout proche de l’ancienne tour métallique si chère aux touristes du monde entier, qui a disparue comme une partie du quartier dans la série d’attentat qui a bouleversé la planète. Cette résidence, le programme CASA, semble attrayant : un bâtiment neuf, un loyer abordable pour un appartement inaccessible aux 95% des français les moins aisés, une résidence composée d’artistes triés sur le volet, et entièrement gérée par un assistant virtuel, l’avenir de la domotique.

Il y a pourtant bien quelque chose qui chagrine Clarissa, une impression assez floue, diffuse, celle d’être épiée en permanence et d’être comme le cobaye d’une expérience scientifique. Quand elle en parle autour d’elle, on sourit poliment, on s’inquiète pour son sommeil, voire même on la prend carrément pour folle. L’avenir lui donnera-t-il raison ?

J’ai passé un bon moment avec ce livre. Pas d’inquiétude pour celles ou ceux qui, comme moi, sont allergiques à la science-fiction, le genre est ici présent à dose homéopathique. C’est un roman intriguant car raconté d’une seule voix, qui se déroule dans un Paris meurtri, subissant également le dérèglement climatique et même parfois confiné, surveillé par des drones, ce qui n’est pas sans trouver un écho particulier à l’actualité. Il y a ce rapport intriguant aux lieux, cette société auscultée dans la façon dont elle a évolué, ce monde d’aujourd’hui qui ne sera plus jamais le même qu’hier, ces rapports amoureux qui s’effritent et parfois se renforcent. Une agréable lecture teintée de mystère qui m’a accompagné par une belle journée aux allures estivales, bercé par le roulis des vagues sur la plage.

Les Fleurs de l’ombre, de Tatiana de Rosnay, est co-publié aux éditions Robert Laffont et Héloïse d’Ormesson et sorti en librairie le 12 mars 2020.

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Les corps se vendent la nuit, Barry Eisler

Ma note :

J’allais vous dire que je ne connaissais pas du tout Barry Eisler, mais après avoir fureté dans sa bibliographie, je réalise que non seulement il a déjà écrit un paquet de romans mais qu’en plus, j’en avais déjà mis un dans ma liste d’achats ! Je vais donc vous dire que je n’avais lu Barry Eisler. Si la plupart de ses titres précédents étaient sortis chez Belfond, c’est chez Amazon Publishing (maison d’édition du groupe Amazon, créée en 2009) que sortent désormais ses nouveaux titres, avec la particularité d’un prix d’achat broché modéré (dix euros), un prix de e-book encore plus abordable (deux euros) et la possibilité pour les abonnés Amazon Prime d’emprunter ce titre gratuitement dans leur bibliothèque numérique.

Vous auriez raison de vous dire : bon c’est bien beau tout ça, mais ça nous dit pas si le livre vaut le coup ! Et bien il vaut sacrément le coup. Pour résumer l’histoire : Livia Lone est flic à Seattle a un vécu terrible puisqu’elle est née en Thaïlande mais a été vendue par ses parents avec sa sœur à des trafiquants d’êtres humains qui l’ont emmenée aux États-Unis. Pendant le trajet en bateau, elles sont violées à de nombreuses reprises par des policiers corrompus. Arrivées aux États-Unis, elles sont séparées et se retrouvent de nouveau esclaves sexuelles. Aujourd’hui Livia elle en a gros sur la patate, et dans un précédent bouquin que j’aurais peut-être dû lire avant (Livia Lone) elle part en Thaïlande et se débarrasse d’une partie des enfoirés qui ont causé la mort de sa sœur et fait de sa vie un enfer.

Aussi quand elle est approchée par un agent fédéral qui monte une task force sur le trafic d’êtres humains et lui propose une mission de six mois en Thaïlande, ça ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd. Elle part quelques jours avant le début de sa mission dans le but secret de finir le ménage, et son enquête empreinte de vengeance la mène rapidement sur la piste de Sorm, un ancien responsable Khmer Rouge manifestement encore utilisé et protégé par quelques services de renseignements, à la tête du trafic.

Sur place elle va découvrir qu’elle n’est pas la seule à vouloir sa peau et elle devra faire équipe malgré elle avec Dox, un sniper et tueur à gage qui bosse pour la CIA. Croyez-moi, ça ne va être simple pour ces deux-là de mettre la main sur Sorm qui est en cavale, protégé par une flopée de gardes du corps et manifestement aidé dans sa cavale par un service de renseignement.

Il y a tout ce que j’aime dans ce genre de roman : c’est bien écrit, c’est crédible, c’est recherché et sacrément documenté (on voit que l’auteur a bossé un temps à la CIA), il y a des scènes d’action en veux-tu en voilà et les personnages sont attachants avec leurs forces et leurs failles. J’ai dévoré ce livre, je le recommande chaudement si vous cherchez un bon bouquin policier ces temps-ci. Pour ma part, j’ai très envie d’emprunter le premier titre de cette saga pour le plaisir de retrouver Livia Stone entrain de zigouiller des enfoirés, tout comme la suite de ce livre (All the Devils) qui a déjà paru en anglais en septembre dernier.

Les corps se vendent la nuit, de Barry Eisler, est publié aux États-Unis en janvier 2018 sous le titre « The Night Trade » . Il est publié aux éditions Amazon Publishing le 12 mai 2020 dans une traduction de Marie Chabin.

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Red Rabbit, Tom Clancy

Il y a quelques jours en indexant ma bibliothèque dans Gleeph, une application que je suis entrain d’essayer, j’ai remis la main sur mon rayon entièrement dédié aux bouquins de Tom Clancy, auteur aussi incontournable que prolifique, et j’ai entrepris de faire le point sur ceux que je n’avais pas encore lu. Mémoire de poisson rouge oblige, j’ai dû aller sur SensCritique pour voir où j’en étais arrivé dans la saga Jack Ryan qui compte quand même 17 titres. Et là quelle surprise : je n’ai pas marqué Red Rabbit comme lu, c’est à dire le onzième titre de la saga, alors que j’ai lu les douzième et treizième. Ni une ni deux, je ressors les deux tomes en grand format, pour mon plus grand plaisir.

Red Rabbit déplace l’intrigue dans le passé et correspondrait, dans la chronologie de la vie de son personnage principal, au troisième roman de la saga. Vous suivez toujours ? Nous sommes donc au tout début des années 80 et le chef du KGB s’inquiète d’un courrier que le pape Jean-Paul II a envoyé aux autorités de Pologne, qui menacerait l’autorité et donc le pouvoir de l’URSS sur cette partie du territoire. Pour cet homme qui a une foi inébranlable dans la grande Russie de Staline, il n’y a qu’une seule façon de régler le problème : il faut assassiner le pape.

Lorsque les services secrets britanniques et américains ont vent du courrier du pape, Jack Ryan qui a été envoyé à Londres avec sa famille par le directeur de la CIA pour travailler directement au sein du SIS, est chargé d’évaluer l’état de la menace, car tous se doutent que la vie du pape est en jeu. En parallèle, le couple d’agents du FBI Foley vient d’arriver sous couverture pour leur nouvelle résidence à Moscou, et ne tardera pas à être contacté par un agent du KGB en charge du chiffrement des transmissions, pour qui cette histoire de vouloir faire assassiner le pape va au-delà de ce qu’il peut accepter et qui ne voit pas d’autre solution que de faire appel à la CIA pour l’empêcher.

Dans ce grand roman d’espionnage à l’ancienne, dont l’histoire se déroule il y a 40 ans, pas de smartphone, d’internet, mais des fax cryptés, des lignes fixes sécurisées et des super ordinateurs qui stockent des données sur VHS dans d’immenses salles du sous-sol de la CIA. C’est encore l’époque d’un espionnage à l’ancienne, avec ses codes secrets sur papier, ses boîtes à lettres disséminées en ville, ses rencontres discrètes entre agents, les rideaux déplacés dans un sens précis pour faire passer un message, etc. Pour les amoureux des romans d’espionnage d’après-guerre, c’est tout simplement divin. L’intrigue est dense, basée en partie sur des faits réels (l’attentat contre le pape Jean-Paul II a bien eu lieu en 1981), et fait appel à un tel enchevêtrement que ça ne peut que rendre l’histoire crédible. Un roman formidable, un très bon Tom Clancy, et si vous n’avez jamais lu la saga des Jack Ryan, allez-y vous allez adorer.

Red Rabbit, de Tom Clancy, est paru aux États-Unis en août 2002 sous le même titre. Il est publié en France en deux tomes aux éditions Albin-Michel en octobre 2003 puis en poche au Livre de Poche en octobre 2005.

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Survivre, Vincent Hauuy

Ma note :

Comme un drôle de hasard, mes lectures de dystopies s’enchaînent, et alors que cette guerre sanitaire inopinée touche à sa fin, lire des œuvres de fiction décrivant un monde post-apocalyptique ou un monde du futur traversé par des crises majeures, comme des épidémies virales internationales, prend forcément une résonance toute particulière. J’ai donc lu en deux jours Survivre, quatrième roman de Vincent Hauuy qui se décrit comme « romancier, scénariste, concepteur de jeux vidéos » sur son site internet, et que je découvrais à l’occasion de ce roman.

L’auteur nous amène dans un avenir assez proche, dans quinze ans, en 2035. L’équilibre mondial est chamboulé par les grandes crises sanitaires, sociétales et climatiques que notre présence nuisible et chaque jour grandissante à la surface du globe a inexorablement fini par causer. Florian Starck est un ancien journaliste qui s’est exilé en ermite dans les Alpes après le décès de sa femme et de sa fille unique, à distance de la violence des émeutes des grandes villes, essayant de survivre paisiblement dans la nature avec la communauté voisine, sans demander grand chose à personne, malgré la présence de quelques pillards.

C’est sans compter sur sa sœur, Ministre de l’Intérieur d’un pays profondément fracturé, qui l’envoie enquêter sur l’inquiétante disparition de leur frère Pierrick aux États-Unis, où il était parti travailler à une biographie d’Alejandro Perez, milliardaire sur le point de lancer une émission de télé-réalité révolutionnaire dans un complexe hautement sécurisé. Officiellement, Starck a été choisi pour être un des coach de l’émission, tandis qu’en parallèle de son enquête et de l’émission, sa sœur lui demande de glaner quelques infos pour le compte de la DGSE…

J’étais assez mitigé dans la première moitié du roman, sur le style, la crédibilité de l’histoire, sur certaines libertés que les auteurs doivent prendre pour faire tenir leur intrigue mais qui parfois, aux yeux d’un lecteur, prennent des allures de ficelles un peu trop grosses. Et j’ai clairement été ennuyé par la lourde répétition des mots « bushcraft » et de « collapsologue » dans le récit au point que j’ai regretté de ne pas avoir compté le nombre de fois où j’ai pu les lire !

Malgré ces quelques points qu’un éditeur pourrait aider à corriger avant de boucler un manuscrit, j’ai été finalement assez étonné moi-même de me laisser prendre au jeu, si je puis dire, et d’être suffisamment happé par l’intrigue pour avoir hâte, le lendemain, de terminer ma lecture de ce roman et d’en connaître le dénouement. Les personnages prennent de l’épaisseur et deviennent attachants, l’histoire se complexifie dans le bon sens et il faut saluer au passage l’imagination de l’auteur pour un scénario aussi tordu mais appréciable. En somme, une découverte d’un auteur dont je vais désormais suivre les prochaines publications et une lecture agréable pour un roman qui ne peut, contexte oblige, que nous pousser à nous interroger.

Survivre, de Vincent Hauuy, est publié le 19 mars 2020 aux éditions Hugo Thriller.

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