L'Homme Qui Lit

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Catégorie : Rentrée littéraire 2017

La maison des Turner, Angela Flournoy

Ma note :

Angela Flournoy - La maison des TurnerJe ne pourrais pas expliquer pour quelle raison, mais j’ai toujours été emballé par la lecture de ces sagas familiales au travers des générations, comme dans le prisé Le soleil des Scorta, de Laurent Gaudé, l’immanquable Chronique des Clifton de Jeffrey Archer ou encore le superbe Jours de juin, de Julia Glass. Autant dire que, lorsque j’ai lu la quatrième de couverture de La maison des Turner, je me suis dit que ce roman était fait pour moi.

Nous sommes à Détroit, ville portuaire du Michigan fondée par un français, longtemps prospère grâce à l’industrie automobile (d’où son surnom de « Motor city » ), puis lentement ville refuge des populations noires fuyant le sud des États-Unis, et enfin aujourd’hui cité sinistrée par la crise des subprimes, par le déclin des industries automobiles qui l’avaient fait vivre, par un chômage flirtant avec les pires records, l’ayant conduit il y a quelques années à être la première ville à se déclarer en faillite.

À Détroit, les Turner essaient de maintenir les liens familiaux alors que leur mère, Viola, montre des signes inquiétants de fatigue, et semble de plus en plus malade. Les treize enfants tâcheront de gérer au mieux leurs combats personnels afin de pouvoir se réunir et décider unanimement de ce qu’ils devaient faire de la maison familiale de Yarrow Street, à l’abandon et sans aucune valeur, maintenant que leur mère ne peut plus y vivre.

C’est Charles, l’aîné de la fratrie, dit Cha-cha, vers qui tous se tournent naturellement pour prendre la bonne décision, alors qu’il s’embourbe dans une thérapie après un accident au volant de son camion, pour lequel il a expliqué avoir vu le fantôme qui le poursuit depuis son enfance. Dans la maison abandonnée de Yarrow Street, il y a pourtant Lelah qui squatte dans un silence honteux après avoir tout perdu – travail, amis, famille, logement – à cause son addiction aux jeux, et surtout à la roulette dans les casinos.

Cette saga n’est pas construire chronologiquement, et les turpitudes entrecroisées des frères et sœurs Turner laissent de temps en temps place à un retour dans le passé, pour suivre l’histoire des parents, Viola et Francis Turner. Le roman est globalement intéressant, agréable à lire, et pourtant je garde comme une forme de déception à son endroit, car c’est un roman très inégal, avec des personnages quasi-inexistants et d’autres très détaillés. Si j’ai aimé ma lecture, je l’ai achevée avec le sentiment trouble qu’il manquait quelque chose, qui est peut-être tout simplement la raison pour laquelle les sagas m’emballent autant : l’attachement aux personnages et cette nostalgie qui accompagne les dernières pages, que je n’ai pas retrouvé dans La maison des Turner.

La maison des Turner, d’Angela Flournoy, est publié aux États-Unis en avril 2015 sous le titre « The Turner House » . Il paraît en France le 31 août 2017 aux éditions Les Escales, dans une traduction de Anne-Laure Tissut.

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Les huit montagnes, Paolo Cognetti

Ma note :

Paolo Cognetti - Les huit montagnesSuccès incontesté de la dernière rentrée littéraire, ce premier roman de l’italien Paolo Cognetti était incontournable pour celles et ceux qui aiment les romans prenant pour cadre la nature dans ce qu’elle a de plus beau, de plus sauvage, à la Jack London. Sans surprise, le livre s’est vu récompenser du prix Strega, probablement le prix littéraire le plus prestigieux d’Italie, ainsi que du prix Médicis étranger.

Je ne sais pas quelle part de l’auteur se retrouve dans cette histoire, mais elle semble être de cette intimité qui en appelle à l’expérience et aux souvenirs plus qu’à l’imagination. Dans les montagnes de la Vallée d’Aoste, se niche le petit village de Grana, où Pietro et ses parents viennent passer leurs étés, loin de leur quotidien de citadins. C’est là que l’enfant fera la connaissance de Bruno, celui qui deviendra son meilleur ami, et sera accueilli par sa famille comme un deuxième fils.

C’est à ses côtés que Pietro découvre la vie de la montagne, ses ruisseaux, ses difficultés et ses beautés. C’est avec son père que les enfants s’élanceront sur les chemins de randonnées, à la conquête de ces paysages magnifiques que l’on ne découvre que de l’autre côté des cimes. Ces deux là, l’innocent citadin et le taiseux montagnard, étaient faits pour s’entendre.

Les années passent, et Pietro revient vingt ans plus tard sur les traces de son enfance. Avec Bruno, pas plus bavard qu’à l’époque, ils travailleront à remettre sur pied cette masure de pierres nichée dans la montagne. Ces moments passés ensemble sont ceux des amitiés sincères et intenses, et l’on envie parfois cette complicité qui souvent de passe de mots. Pietro découvrira que, malgré son départ à l’autre bout du monde, Bruno et son père ont conservé jusqu’à sa mort une forme de complicité, un lien presque filial.

Je commençais à comprendre ce qui arrive à quelqu’un qui s’en va : les autres continuent de vivre sans lui.

Après s’être fait la main sur quelques nouvelles, Paolo Cognetti signe là un premier roman très abouti, fort, dont l’intensité se niche dans des phrases à la simplicité aussi belle que cette nature sauvage qu’elles servent souvent à dépeindre. Il y a les grands espaces verdoyants de Jack London et les aventures estivales de jeunes enfants dans la nature, à l’ombre d’un père omniprésent, comme dans un roman de Pagnol. Autant de bonnes raisons pour que Les huit montagnes soit un plaisir à lire, et un véritable succès pour l’auteur.

Les huit montagnes, de Paolo Cognetti, est publié en Italie en novembre 2016 sous le titre « Le otte montagne » . Il est publié en France le 23 août 2017 aux éditions Stock, dans une traduction d’Anita Rochedy.

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