L'Homme Qui Lit

À propos des livres

Catégorie : Récit (Page 2 of 2)

Les flamboyants d’Abidjan, Vincent Hein

Ma note :

Vincent Hein - Les flamboyants d'AbidjanVincent Hein est l’un de ces français de l’étranger, vivant hors de l’hexagone depuis presque toujours, comme un diplomate malgré lui. Après ses deux premiers récits sur l’Asie, À l’est des nuages puis L’arbre à singes, publiés en 2009 et 2012 sous forme de carnets aux éditions Denoël, l’auteur revient aujourd’hui sur un autre continent qui lui est cher, celui de la Côte d’Ivoire où il passa une partie de son enfance.

C’est un récit intime, celui d’un petit garçon qui voit Abidjan au travers ses yeux d’enfant. Un pays alors en pleine prospérité, avec plus de dix ans d’indépendance, dirigé par son président Félix Houphouët-Boigny. Ses parents vivent confortablement dans cette ancienne colonie, et c’est accompagné de quelques employés ivoiriens que le narrateur découvre la vie africaine.

Ce livre est malgré lui nostalgique, et s’ouvre comme une fenêtre sur une Afrique du passé, où les expatriés ont remplacés les colons. Le propos est tout entier dédié aux souvenirs, aux évocations tendres et chaleureuses que les adultes peuvent parfois faire de leur enfance, et on se surprend à respirer l’air de ce pays plein de couleurs au fil des pages.

Pour autant, j’ai eu du mal à me passionner pour ce récit très personnel, qui correspondrait presque à un journal intime écrit à posteriori. La langue est sublime, et si l’auteur m’a souvent fait interrompre ma lecture pour rechercher la signification exacte d’un mot, il est difficile de reprocher à un écrivain d’utiliser sa langue natale dans ses plus vastes possibilités. Un récit qui saura ravir les nostalgiques d’une enfance un peu bohème, mais que j’ai lu sans emballement.

Les flamboyants d’Abidjan, de Vincent Hein, est publié le 9 mars 2016 aux éditions Stock.

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La gloire d’Inès, Philippe Delaroche

Ma note :

Philippe Delaroche - La gloire d'InèsIl n’y a pire épreuve pour un parent que d’enterrer son enfant, car l’ordre des choses voudrait que les enfants enterrent leurs parents, et non l’inverse. C’est ce que nous rappelle Philippe Delaroche, éditeur et journaliste au magazine Lire, en évoquant le souvenir de sa fille Inès, décédée à 20 ans dans l’incendie d’un immeuble à Paris. C’était un 21 mars 2009.

L’auteur ouvre son récit par le récit détaillé comme un procès verbal de la matinée du drame, et on se retrouve avec la chair de poule dans ces volutes d’épaisse fumée noire et brûlante quand Inès, dans un geste aussi malheureux que désespéré, tentera de fuir dans la cage d’escalier alors grignotée par les les flammes.

Pour continuer à faire vivre celle qui n’est plus, le père raconte sa fille, n’épargne pas ses tourments de jeune adolescente parisienne, ses joies, ses peines. Tour à tour, ses amis évoqueront cette Inès qui nous est inconnue, et dont le récit des souvenirs réussit à la faire vivre au fil des pages. Et l’auteur d’en appeler à sa foi catholique, à ses amis qui l’ont si bien entouré, à ses lectures, pour supporter le poids d’un deuil difficile.

« Nulle mère et nul père sous le coup de la mort de l’enfant ne peut passer en trois jours, ni même en six mois, de la stupeur à l’accommodement » nous averti l’auteur, et c’est bien ça la conclusion de cette lecture touchante, celle d’un père offrant l’immortalité d’un livre à sa fille disparue trop tôt.

La gloire d’Inès, de Philippe Delaroche, est publié le 9 mars 2016 dans la collection La Bleue chez Stock.

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Regarde les lumières mon amour, Annie Ernaux

Ma note :

Annie Ernaux - Regarde les lumières mon amourNos sociétés occidentales, fortes de leurs richesses, ont érigé de véritables temples pour célébrer leur amour de la consommation : les supermarchés. Dans ce petit livre, première publication de la collection Raconter la vie (filiale des éditions du Seuil), Annie Ernaux raconte sous une forme originale, à mi-chemin entre le journal intime et le carnet de voyage, ses expéditions hebdomadaires dans son hypermarché Auchan du centre commercial des Trois Fontaines à Cergy, en banlieue parisienne.

L’apprentie sociologue s’interroge sur ce que l’on voit nous aussi lorsque nous faisons nos courses, mais avec un regard curieux, parfois critique, souvent amusé. Aussi, dans ces grandes églises du bien à consommer, égratigne-t-elle l’agencement du magasin, qui cache à côté du rayon dédié aux animaux de compagnie, celui du discount, qui sépare ceux ayant du pouvoir d’achat de ceux qui n’en ont pas assez.

Ces grandes surfaces vivent à une allure effrenée, le client doit aller vite, ne pas traîner dans les rayons, rien ne doit ralentir sa course. Aussi est-on amusé lorsqu’elle nous parle du rituel du passage en caisse : quelle caisse semble avancer, cette caissière est-elle assez rapide, va-t-elle me faire perdre une minute ? Va-t-on me juger parce que j’ai mis tel ou tel article sur mon tapis, va-t-on me cataloguer, me classer dans telle ou telle caste ? Quid de ces caisses automatiques, où le client est seul face à la machine, perdant le dernier contact humain qui lui restait dans cet univers dédié au bonheur d’acheter ?

Suivre Annie Ernaux au fil des pages et de ses réflexions est délicieux et salvateur, on s’interroge avec elle sur notre dépendance à ces hypermarchés et sur nos comportements lorsque nous y sommes. Pari réussi pour cette belle collection pleine d’humanité qui veut « contribuer à rendre plus lisible la société d’aujourd’hui et à aider les individus qui la composent à s’insérer dans une histoire collective« .

Regarde les lumières mon amour, d’Annie Ernaux est publié le 27 mars 2014 dans la collection Raconter la vie aux éditions du Seuil.

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Philby, Robert Littell

Ma note :

Robert Littell - PhilbyLa littérature et le cinéma n’ont quasiment plus rien en commun lorsqu’il s’agit de parler d’espionnage : là où l’un mise sur l’action perpétuelle à un rythme effréné, l’autre s’installe dans une savoureuse langueur propice à une intrigue pleine de complexité, riche de rebondissements. Oubliez donc votre culture cinématographique de l’espion aux mille gadgets avant de vous attaquer à un roman de Robert Littell (la recommandation est valable pour les autres écrivains de la même trempe, comme John Le Carré), au risque d’être terriblement déçu, pour ne pas dire ennuyé.

Philby, sobrement intitulé « Young Philby » par son auteur, et adapté en « portrait de l’espion en jeune homme » par l’éditeur français, revient sur un des personnages les plus troubles de l’histoire de l’espionnage moderne : Kim Philby. Fils d’un ornithologue aisé, orientaliste convaincu et faisant fonction de diplomate au Moyen-Orient tout en espionnant pour la couronne (en somme, le rival de Lawrence d’Arabie), le jeune Philby tombe très tôt dans le monde du renseignement.

Au début des années 30, notre héros étudie à Cambridge et fait parti d’une petite bande d’intellectuels s’intéressant au communisme, jusqu’à se laisser bercer par les douces paroles des services secrets soviétiques, pour lesquels il commencera à travailler, partant à moto à Vienne pendant l’insurrection de février et y épousant une jeune militante communiste. Plus tard, et alors que ses amis l’auront rejoint dans sa vie d’espion, formant ce qu’on appellera les Magnificent Five, il couvrira la guerre d’Espagne dans le camp de Franco pour le compte du magazine Times, puis le début de la seconde guerre mondiale dans le nord de la France faisant alors face à l’invasion allemande.

Il intègrera pendant la guerre le service de contre-espionnage des renseignements britanniques, persuadant Moscou qu’un de leurs agents les mieux placés venait d’accéder au coeur du pouvoir, lui fournissant ainsi des secrets d’une importance capitale. Pendant de très nombreuses années, et jusqu’à sa mort, Philby resta un cas d’école des agents doubles, personne ne sachant réellement s’il était un espion russe infiltré dans le renseignement britannique, où s’il avait rejoint les services secrets soviétiques sur instruction des anglais, conduisant les deux camps à le considérer avec autant d’égards que de méfiance.

Robert Littell (le père de Jonathan Littell, connu pour son roman Les Bienveillantes) s’intéresse avec ce roman aux jeunes années de l’emblématique espion, à cette dualité construite très tôt pendant ses études, et réussit à romancer une figure historique d’un monde voué au secret avec le talent qu’on lui connaît. Un livre passionnant, qui ne lève pas le voile sur tous les mystères entourant la vie d’espion de Kim Philby, mais qui permet de connaître les prémices d’une carrière placée sous le signe de la duplicité.

Philby, portrait de l’espion en jeune homme, de Robert Littell est publié en novembre 2012 aux États-Unis sous le titre « Young Philby ». Il est publié en France en novembre 2011 aux éditions Baker Street dans une traduction de Cécile Arnaud. Également disponible au format poche aux éditions Points depuis octobre 2012.

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Les vies multiples de Jeremiah Reynolds, Christian Garcin

Ma note :

Christian Garcin - Les vies multiples de Jeremiah ReynoldsMême si vous ne l’avez jamais lu, vous avez forcément entendu parler du roman d’Herman Melville, Moby Dick, grand roman américain de la moitié du 19ème siècle aujourd’hui vendu à des millions d’exemplaires de part le monde, et adapté une nouvelle fois au grand écran en 2015 par Ron Howard sous le titre « Au coeur de l’océan » (In the Heart of the Sea). Vous avez d’ailleurs le droit de connaître le titre de Melville, de savoir qu’il s’agit du récit de la chasse du légendaire et éponyme cachalot blanc, et de ne jamais l’avoir lu. C’est mon cas, bien que le roman soit dans ma bibliothèque, et je n’en dors pas moins bien.

Ce que vous connaissez moins, dans l’ombre de ce roman dont le succès vint tardivement, c’est qu’il a peut-être été inspiré, ou peut-être simplement été impulsé par un autre récit contemporain de Melville, celui de Jeremiah N. Reynolds, Mocha Dick ou la baleine blanche du Pacifique paru en France en 2013 aux éditions du Sonneur.

C’est de cet homme au destin incroyable dont il est question dans le très beau livre de Christian Garcin, de lui, de ses aventures, et de ses vies multiples. Jeremiah Reynolds a pour lui l’avantage d’avoir vécu ses rêves dans un monde qui permettait aux plus téméraires de les poursuivre, lui qui est né en 1799 et mort cinquante neuf ans plus tard, laissant derrière lui les souvenirs d’une vie haute en couleur.

Il se fit connaître aux côtés de John Cleeves Symmes Jr. lors de conférences qu’ils donnèrent à travers les États-Unis à propos de la théorie de la terre creuse, espérant lever les fonds nécessaires au lancement d’une expédition qui emmènerait ces nouveaux aventuriers vers le pôle sud, à la recherche de ces immenses passages donnant accès au monde souterrain. Après bien des déboires, et après avoir argumenté devant le Congrès américain, Reynolds réussit à partir à l’assaut de ces terres de glace. En vain.

Survivant à l’hostilité d’un climat pour lequel il n’était ni préparé ni équipé, il fera escale au Chili, où il combattit tel le Yankee Comandante pour la révolution, avant de combattre aux côtés de tribus indigènes. Il voulu mettre sur pied une chasse au cachalot blanc, Mocha Dick, avec un ancien chasseur de baleine qui lui faisait le récit de ses aventures, desquelles il tira son seul et unique livre. Il passa quelques années sur différents navires, dans différentes expéditions, avant de rentrer aux États-Unis où il reprit ses études de droit et devint avocat, avant de mourir paisiblement dans l’ancienne maison d’Edgar Allan Poe, accompagné de son épouse.

Le destin de cet homme inconnu est extraordinaire, et Christian Garcin réussit à raconter ses multiples péripéties sans jamais ennuyer, transcrivant avec brio cette formidable aventure que fût la vie – les vies ? – de Jeremiah Reynolds. Un livre passionnant qui fait parti des cinq titres en lice pour le Grand Prix RTL-Lire 2016 et à qui je souhaite beaucoup de succès.

Les vies multiples de Jeremiah Reynolds, de Christian Garcin, est publié le 6 janvier 2016 aux éditions Stock.

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The Yankee Comandante, David Grann

Ma note :

David Grann - The Yankee ComandanteDans l’un de ses numéros de 2012, le célèbre magazine américain The New-Yorker (plus connu en France pour ses caricatures et ses unes que ses longues et très documentées enquêtes) publia un fastidieux mais passionnant reportage de son chroniqueur David Grann sur un personnage hybride de l’histoire américano-cubaine, William Alexander Morgan, plus connu sous l’appellation de The Yankee Comandante. A l’heure du réchauffement des relations diplomatiques entre La Havane et Washington, cet éclairage historique sur un homme très peu connu se révèle passionnant.

Cet américain originaire du midwest, fils d’une famille plutôt aisée de l’Ohio, voyagea de la Floride à Cuba en 1957 pour s’engager dans la  jungle aux côtés de la rébellion cubaine contre le régime du dictateur Fulgencio Batista s’étant ré-emparé du pouvoir en 1952 après un coup d’état.

Se décrivant lui-même comme un ancien militaire ayant fait la guerre, il réussi à gagner la sympathie d’une rébellion mal organisée , très amateur et passablement épuisée après avoir mis en défaite avec beaucoup de culot un grand groupe de soldats de l’armée régulière. Au fil des semaines, il deviendra l’un des chefs armés incontournables de ces forces rebelles, cotoyant Fidel Castro et Ernesto « Che » Guevara, et rencontrant celle qui sera son grand coup de foudre.

Adoré des rebelles et des cubains, pendant et après la révolution, il fut à la même proportion détesté du FBI et de la CIA, qui surveillaient cette petite île qui semblait devenir un bastion du communisme, ennemi états-unien obsessionnel en cette période de l’histoire.

Pour en savoir plus sur ce personnage atypique, à la croisée d’un James Bond et d’un Indiana Jones, au destin aussi funeste qu’à la renommée heureuse, il vous faudra lire ce superbe reportage publié en France dans un livre à l’épaisseur rassurante pour ceux qui redoutent les pavés historiques.

The Yankee Comandante, de David Grann, est publié dans l’édition du 28 mai 2012 du magazine The New-Yorker, puis publié en France en janvier 2015 aux éditions Allia dans une traduction de Valeria Costa-Kostritsky.

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De quelques amoureux des livres, Philippe Claudel

Ma note :

Philippe Claudel - De quelques amoureux des livresJ’aime bien Philippe Claudel, ce prof de Lorraine touche à tout, écrivain, scénariste et cinéaste, que j’ai découvert en 2003 avec la parution de son roman Les âmes grises, et que je ne lâche plus depuis. Après son entrée au jury des Goncourt en 2012, il pourrait être « cet auteur prolifique et reconnu, juré du plus prestigieux des prix littéraires de son pays, qui cessa d’écrire des livres quand il commença à devoir juger ceux des autres« .

Pour une fois, l’auteur ne publie pas chez Stock, et c’est aux éditions FInitude que l’on doit ce petit plaisir de lecture. J’adore découvrir de nouvelles maisons d’édition, car elles s’accompagnent de l’espoir de nombreuses aventures littéraires originales.

Prenez une bonne inspiration, voici le titre complet : De quelques amoureux des livres que la littérature fascinait, qui aspiraient à devenir écrivain mais en furent empêchés par diverses raisons qui tenaient aux circonstances, au siècle de leur naissance, à leur caractère, faiblesse, orgueil, lâcheté, mollesse, bravoure, ou bien encore au hasard qui de la vie fait son jouet et entre les mains duquel nous ne sommes que de menues créatures, vulnérables et chagrines. Un titre à rallonge qui résume parfaitement l’ouvrage.

Claudel nous offre donc une compilation de portraits d’écrivains fantasmés qui, face aux vicissitudes de la vie, ne parvinrent pas à écrire, être publiés ou être lus. Mêlant des récits très courts, presque comme des haïkus, à d’autres histoires abracadabrantes, il nous offre un court plaisir de lecteur, celui de pouvoir sourire de la malchance de ceux qui d’ordinaire nous torturent de leurs histoires. Un petit recueil agréable à lire, qui ne peut que faire plaisir aux amoureux/ses de la littérature.

De quelques amoureux des livres…, de Philippe Claudel, est publié le 5 novembre 2015 aux éditions Finitude.

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Nos bonheurs fragiles, Laurent Fialaix

Ma note :

Laurent Fialaix - Nos bonheurs fragilesIl m’est assez difficile de savoir par où commencer, et quoi dire, dans ce qui est une ébauche de critique de ce livre. J’y vois deux raisons assez simples, plus délicates que la traditionnelle angoisse de la page blanche.

Alors que je viens de tourner les dernières pages du roman de Laurent, je suis en proie à une sorte d’imbroglio émotionnel, qui d’un côté rend ma prose plus libre, mais de l’autre l’empêche de s’organiser afin d’avoir un sens. La seconde raison, qui pourrait finalement être aisément franchissable, est que je connais Laurent. Comme je lui disais lors d’une discussion à coeur ouvert sur mes premières impressions, alors que je venais d’en dévorer les premières pages, il est difficile d’être impartial dés lors qu’on connaît l’auteur d’un ouvrage à critiquer, surtout avec ce récit très personnel dont il serait très franchement difficile de dire du mal. Pas par retenue, mais par bon sens. Quel jugement critique peut-on porter sur une histoire vécue, à mille lieux de la fiction ?

Alors qu’en dire… ? Nos bonheurs fragiles est un roman qui n’en est pas un, ce serait plutôt un récit, un journal intime. Celui d’un homme qui, hanté par la mort de son compagnon, fait le maximum pour garder la tête hors de l’eau. Un récit construit à l’image des sentiments qui habitent l’auteur et qui finissent par se propager au lecteur : plein d’ambivalence et de contradictions, laissant apercevoir à quel point un drame peut laisser dévasté.

Il y a Laurent et son compagnon depuis six ans, un compagnon qu’il aime et qui pourtant l’épuise, dont il ne supporte plus les excès, l’alcoolisme, la violence, et cette envie de mort. Puis ce suicide, terrible, qui ouvre la voie du pire : la culpabilité. A laquelle vient s’opposer, parfois, la rancune : celle d’un vivant subissant les conséquences de la mort. Nos bonheurs fragiles est un récit profondément humain, où l’on assiste impuissant à la lente reconstruction d’un homme devant continuer à vivre malgré tout. Un livre difficile, mais que l’on sait thérapeutique pour son auteur.

Nos bonheurs fragiles, de Laurent Fialaix, est paru en août 2009 aux éditions Léo Scheer.

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Paradis amer, Tatamkhulu Afrika

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Tatamkhulu Afrika - Paradis amerL’auteur vous est probablement inconnu, et ce fut également mon cas jusqu’à ce que je fasse sa connaissance par le biais de cette autobiographie écrite du temps de son vivant. Si l’écrivain sud-africain est mort il y a plus de dix ans, il nous a laissé en ultime héritage un magnifique roman d’amour : Paradis amer.

L’histoire débute aux prémisses de la seconde guerre mondiale, quand le narrateur, Tom Smith, part au combat en Afrique du nord puis est fait prisonnier. Dans les camps dans lesquels ils s’entasseront avec d’autres combattants de différentes nationalités, ils passeront des mains des alliés  italiens à celles de l’ennemi absolu, les soldats du Reich, et si la vie au camp est un supplice psychologique et physique, l’ambiance, les conditions de détentions, les visites de la Croix-Rouge, les activités autorisées rendent le quotidien moins insupportable que dans les camps de concentration. Et c’était sans compter sur les sentiments nés de la promiscuité…

Aussi improbable que cela puisse sembler, ces camps de prisonniers ont abrité des histoires d’amour entre hommes, des relations qui allaient plus loin que le simple plaisir mécanique que deux hommes coupés du monde extérieur peuvent s’offrir. Il y aura donc Douglas, cet anglais pot-de-colle dont l’auteur semble ne pas réussir à se défaire, et vis à vis duquel un sentiment ambivalent apparaît : bien qu’il ne supporte pas ses manières d’épouse, il appréciera cette amitié si forte qui parfois l’aura porté au delà des épreuves de l’emprisonnement.

Tout sera remis en question par l’arrivée de Danny, un jeune éphèbe sans manières, solitaire et assez sauvage pour offrir au narrateur une échappatoire à sa relation étouffante avec Douglas. Très vite, leur relation éveillera des questionnements inédits chez Tom, sur la nature exacte de ses sentiments, sur la réalité de son attirance, sur ce désir physique qui s’impose malgré la fragilité des corps.

Paradis amer est une histoire d’amour singulière, différente parce qu’homosexuelle sans vraiment l’être, unique parce que subordonnée a un moment précis, un moment très sombre de la vie de deux hommes. J’y ai trouvé la camaraderie et la tendresse des Amitiés Particulières de Peyrefitte, avec ce désir brûlant, cet incendie amoureux qui couve, que j’avais tant aimé dans Brokeback Moutain. L’auteur nous rappelle au crépuscule de sa vie que l’amour est beau parce qu’il transcende les questions d’étiquette, et qu’il réussi tel une petite graine à germer dans le cœur pourtant aride de deux hommes déportés dans les camps de prisonniers nazis. Un roman qui se dévore et qui nous consume, une très belle histoire à découvrir sans tarder.

Paradis amer, de Tatamkhulu Afrika est paru en 2002 en Afrique du Sud sous le titre « Bitter Eden », et publié aux Presses de la Cité le 3 septembre 2015 dans une traduction de Georges-Michel Sarotte.

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Un anthropologue en déroute, Nigel Barley

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CouvertureNigel Barley, 68 ans cette année, est un anthropologue britannique atypique, qui s’est fait connaître (et parfois décrier) pour ses récits d’un genre nouveau, mêlant humour et récit personnel, là où la tradition est au travail universitaire austère et solennel. Dans une interview accordé au journal Le Monde en 2006, il se décrit d’ailleurs lui-même comme un anthropologue frivole.

Le britannique s’est fait connaître du grand public après la publication de son premier récit de voyage, The Innocent Anthropologist : Notes from a Mud Hut, paru en 1983, et sorti en France chez Payot en format poche en 2001 sous la titre d’Un anthropologue en déroute, dans une traduction de Marc Duchamp.

Pour son premier voyage d’étude anthropologique, Barley a choisi un peu par hasard de s’intéresser à une tribu du Cameroun, les Dowayo. Il raconte dans son récit truffé d’humour ses galères concrètes, loin de l’idée que l’on pourrait se faire d’un aventurier à l’Indiana Jones. Passées les difficultés administratives d’un Cameroun bien décidé à être aussi complexe que son ancienne attache coloniale, et gangrené par la corruption, il découvre une société assez réduite, s’adapte à ses rites, rigole avec eux de ses maladresses, et parvient à s’imposer dans le village comme objet d’étude autant que comme anthropologue.

Un livre atypique et surprenant, levant plein d’a priori sur une matière universitaire souvent inabordable pour le commun des mortels dans ses travaux trop complexes et rarement passionnants.

Un anthropologue en déroute, de Nigel Barley est publié au Royaume-Uni en 1983 sous le titre « The Innocent Anthropologist », puis publié en avril 2001 aux éditions Payot dans une traduction de Marc Duchamp.

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